<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<TEI change="metopes_publication#openedition"
     xmlns="http://www.tei-c.org/ns/1.0"
     xmlns:xsi="http://www.w3.org/2001/XMLSchema-instance"
     xmlns:xs="http://www.w3.org/2001/XMLSchema"
     xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink"
     xmlns:xi="http://www.w3.org/2001/XInclude"
     xmlns:ns="http://www.tei-c.org/ns/1.0"
     xmlns:mathml="http://www.w3.org/1998/Math/MathML"
     xmlns:loext="urn:org:documentfoundation:names:experimental:office:xmlns:loext:1.0"
     xmlns:dcr="http://www.isocat.org/ns/dcr">
  <teiHeader>
    <fileDesc>
      <titleStmt>
        <title type="main">Les multiples vies bien remplies du
        patrimoine</title>

        <author role="aut"><name>Tiphaine-Cécile
        Foucher</name><affiliation>Cheffe de produit data.bnf.fr à la
        Bibliothèque nationale de France</affiliation><idno
        type="IDREF">203347765</idno><idno
        type="VIAF">http://viaf.org/viaf/201150565728406251065</idno></author>
      </titleStmt>

      <editionStmt>
        <edition><date>2020-09-29T09:13:00</date></edition>
      </editionStmt>

      <publicationStmt>
        <ab type="papier"><dimensions>
            <dim type="pagination">4-5</dim>
          </dimensions><date>01/10/2020</date></ab>

        <idno type="book"/>

        <ab type="lodel"><date/></ab>
      </publicationStmt>

      <sourceDesc>
        <p>Version Métopes : 2.2</p>

        <p>Written by OpenOffice</p>

        <bibl>Arabesques</bibl>
      </sourceDesc>
    </fileDesc>

    <encodingDesc>
      <tagsDecl>
        <rendition scheme="css" xml:id="none">color:black;</rendition>
      </tagsDecl>
    </encodingDesc>

    <profileDesc>
      <langUsage>
        <language ident="fr-FR"/>
      </langUsage>

      <textClass/>
    </profileDesc>

    <revisionDesc>
      <change when="2020-10-07T15:03:00"
      who="Marie-Pierre Roux">Révision</change>
    </revisionDesc>
  </teiHeader>

  <text xml:id="text">
    <front>
      <titlePage>
        <docTitle>
          <titlePart style="T_3_Article" type="main">Les multiples vies bien
          remplies du patrimoine</titlePart>
        </docTitle>

        <byline><docAuthor style="txt_auteur">Tiphaine-Cécile
        Foucher</docAuthor><affiliation style="auteur_Institution">Cheffe de
        produit data.bnf.fr à la Bibliothèque nationale de
        France</affiliation><email style="auteur_Courriel"><ref
        target="mailto:tiphaine-cecile.foucher@bnf.fr">tiphaine-cecile.foucher@bnf.fr</ref></email></byline>
      </titlePage>

      <argument>
        <p style="txt_chapo">Trait d’union entre passé et présent, le
        patrimoine doit être largement accessible à tous. Sa valorisation,
        dans un processus créatif associant les professionnels et les publics,
        constitue pour les bibliothèques une condition indispensable à leur
        survie et un enjeu essentiel de démocratisation culturelle.</p>
      </argument>
    </front>

    <body>
      <div type="chapitre" xml:id="mainDiv">
        <p style="txt_Normal">Grottes de Dunhuang, extrême fin du
        XIXe siècle : le gardien du site, Wang Yuanlu, prêtre taoïste,
        découvre l’entrée d’une grotte contenant des trésors patrimoniaux
        inestimables. Certaines versions de l’histoire racontent qu’il se
        serait adossé à un mur qui aurait cédé. L’entrée d’une grotte scellée
        au début du XIe siècle, puis oubliée, se dévoile alors sous les yeux
        du prêtre. Le contenu de cette grotte est exceptionnel et
        remarquablement bien conservé. Des dizaines de milliers de rouleaux
        manuscrits ainsi que quelques imprimés sur papier et environ
        300 bannières sur soie s’y trouvaient entassés. L’importance
        historique de cette découverte est fondamentale, puisque les documents
        présents dans la « grotte 17 » permettent de donner un nouvel
        éclairage sur la Chine médiévale. L’histoire de cette découverte a un
        côté romanesque certain, à tel point qu’on imaginerait très bien son
        utilisation comme point de départ d’un roman d’aventures. Cependant,
        en tant que bibliothécaire, ce n’est pas le caractère anecdotique de
        cette histoire qui m’interpelle, mais plutôt ces multiples questions
        qui en découlent : comment le contenu de la grotte a-t-il pu être
        oublié ? Combien de fois passons-nous à moins d’un mètre d’un trésor
        patrimonial sans le voir ? Combien de personnes ont conscience que,
        dans leur ville, dans leur bibliothèque, des trésors sont conservés ?
        Le patrimoine est-il nécessaire à la vie humaine ? Le patrimoine, les
        traces du temps sont visibles et omniprésents dans nos vies. Le
        patrimoine est multiple. Il peut être accessible, conservé sous sa
        forme originelle ou suivre les usages des temps qu’il traverse. Il
        peut aussi être détourné, réutilisé. On peut aller voir le matin une
        toile de maître dans un musée, croiser par hasard l’après-midi sa
        reproduction dans une publicité, et le soir utiliser des applications
        Web pour en changer les couleurs, le dessin. À n’être plus visible,
        approprié, découvert, à ne plus susciter l’intérêt, on peut craindre
        aujourd’hui qu’à l’image des manuscrits de Dunhuang le patrimoine soit
        oublié, presque emmuré. Pourquoi et comment, dès lors, rendre le
        patrimoine des bibliothèques visible et accessible ? Cette question
        mérite d’être abordée selon plusieurs angles : l’angle des
        professionnels des bibliothèques, l’angle des publics, l’angle du
        patrimoine lui-même.</p>

        <figure>
          <graphic url="../icono/br/arabesques_99_02_article_inaugural_fig01.JPG"/>

          <head style="titre_figure">Le 22 juin 1900, un moine taoïste
          découvre accidentellement une bibliothèque dans un passage de la
          grotte n° 16, l’une des grottes de Dunhuang, dans la province
          chinoise de Gansu.</head>

          <p style="ill-credits-sources">Crédit C. Arnaud</p>
        </figure>

        <div type="section1">
          <head style="T_1" subtype="level1">Donner accès au patrimoine, un
          enjeu de démocratie culturelle</head>

          <p style="txt_Normal">Parmi les rôles de la bibliothèque et des
          bibliothécaires, il y a la conservation et la valorisation des
          collections. Ces deux aspects sont les deux faces d’une même
          médaille : conservation et valorisation sont indissociables et
          prennent tout leur sens dans leur association. La connaissance même
          des fonds (signalement, catalogage, référencement) est un préalable
          à leur valorisation. Les bibliothèques doivent concilier les
          impératifs permettant la conservation des ouvrages et l’accès à ces
          collections. Leurs efforts pour rendre accessible le patrimoine est
          important et doit permettre à tous les publics visés d’avoir au
          minimum connaissance de l’offre. Cependant, pour des publics
          éloignés de la lecture et du patrimoine écrit, la simple
          connaissance de l’offre proposée par les bibliothèques n’est pas
          suffisante. Le bibliothécaire doit donner aux usagers l’occasion de
          se confronter au patrimoine écrit pour qu’ils puissent ensuite
          décider s’ils souhaitent faire de cette expérience une pratique
          culturelle ou professionnelle récurrente. Valoriser le patrimoine et
          améliorer son appropriation par un large public permet de lui donner
          une légitimité hors de ses réserves, et reste l’un des meilleurs
          moyens de faire prendre conscience de son importance et de son
          impact. Dans ce cadre, le bibliothécaire apparaît comme la personne
          capable de faire le lien nécessaire entre le public et le patrimoine
          écrit. La proximité entre les collections patrimoniales et les
          publics permet aussi de mieux penser l’accroissement du patrimoine
          en y intégrant de nouveaux items en concertation avec les
          usagers : il s’agit du concept plus récent de démocratie culturelle.
          Associer ainsi les usagers permet à ces derniers de mettre en avant
          leur propre culture, qui pourra être reconnue et valorisée ensuite
          comme patrimoine. La manière de construire le patrimoine, qui était
          auparavant souvent le résultat d’aléas et de choix d’experts, en est
          fondamentalement modifiée. L’objectif devient alors de sauvegarder
          et de projeter la vie vers l’avenir, de ne pas faire du patrimoine
          une tentative hasardeuse et idéologique de figer un temps passé,
          mais au contraire de relier le passé à l’avenir par le travail
          continu de l’appropriation présente. Au-delà de ces considérations
          convenues, le patrimoine lui-même a besoin de contact fréquent avec
          le public pour conserver son statut d’objet patrimonial. Sans
          public, la bibliothèque est souvent vouée à fermer ses portes et à
          tomber dans l’oubli, tout comme la « <hi rend="italic"
          style="typo_Italique">grotte 17 </hi>». Car la nature du patrimoine
          est comparable à celle de la mémoire. À l’instar de la mémoire qui
          est vivante, dynamique, active, qui se construit au fil des années
          et s’enrichit à force d’expérience, le patrimoine est indissociable
          du présent et ne peut pas exister hors du temps ou parallèlement à
          lui. Plus que des artefacts d’exception, le patrimoine est le reflet
          des passions, des pratiques et des habitudes des individus
          appartenant à une époque donnée. Quel peut-être le rôle du numérique
          dans ce double mouvement continu, du public vers le patrimoine et du
          passé vers le futur partagé ?</p>

          <figure>
            <graphic url="../icono/br/arabesques_99_02_article_inaugural_fig02.jpg"/>

            <head style="titre_figure">La Carte de la voûte céleste avec la
            Grande Ourse (environ 700 AV-JC), l’un des milliers de manuscrits
            retrouvés dans la « bibliothèque de la grotte », conservée à la
            British Library.</head>

            <p style="ill-credits-sources">Source Wikimédia Commons</p>
          </figure>
        </div>

        <div type="section1">
          <head style="T_1" subtype="level1">Accroître la visibilité grâce à
          la médiation numérique</head>

          <p style="txt_Normal">L’utilisation des fichiers numérisés pose de
          nombreuses questions, dont les suivantes : est-ce que la présence
          des documents sur Internet suffit pour considérer qu’ils sont à la
          disposition de tous ? Comment les mettre en valeur pour le grand
          public ? Faut-il les mettre sous licence ouverte ? Faut-il permettre
          leur réutilisation commerciale ? Le Web permet de créer de nouvelles
          communautés, de nouvelles habitudes et pratiques de recherches. Dans
          ce nouvel espace, la bibliothèque a dû trouver une place et
          développer de nouveaux types d’actions. On pense notamment aux
          bibliothèques numériques dans lesquelles des documents sont
          accessibles, et à toutes les actions de médiation permettant aux
          publics de s’approprier ces documents numériques. La multitude des
          outils et des technologies du Web permet d’envisager des
          possibilités quasi infinies de médiation, à condition bien sûr de
          disposer d’un contexte budgétaire favorable. A priori, tout semble
          simple et idyllique mais il est important de rappeler que la
          surutilisation du Web induit aussi de nombreux biais, comme
          l’illusion d’accessibilité et d’exhaustivité. Une des difficultés
          réside alors dans la nécessité d’exister sur la première page des
          résultats du moteur de recherche, lieu hautement concurrentiel qu’il
          faut s’arracher auprès des algorithmes de tri. Il faut aussi ajouter
          à cette première difficulté que, pour exister dans un monde organisé
          autour d’une barre de recherche, il faut paradoxalement que les
          bibliothèques et le patrimoine conservé soit déjà connus avant même
          d’être recherchés : il faut que le patrimoine soit un objet de
          recherche possible dans les représentations mentales des publics. Il
          s’agit dès lors de trouver un moyen d’être visible au moins une fois
          pour tous, notamment en étant présent sur les plateformes utilisées
          par le grand public. L’objectif étant de « <hi rend="italic"
          style="typo_Italique">parler </hi>» le langage du public et non
          d’attendre des publics qu’ils connaissent le langage et les outils
          des bibliothèques. La médiation est alors non pas vulgarisation et
          nivellement mais traduction patiente, adaptation, destinée à
          restituer et à donner à voir, quel que soit le médium, le cœur
          signifiant de l’œuvre, de l’objet, du témoignage. Loin d’être une
          solution miracle, la valorisation numérique soulève les mêmes
          questions que la valorisation physique. Ces deux formes de
          valorisation, physique et numérique, sont complémentaires. Le
          contact avec les originaux est nécessaire pour susciter l’émotion
          chez les utilisateurs, tandis que les reproductions numériques
          permettent une manipulation facilitée et la réutilisation des
          documents. Et la médiation numérique semble être essentielle pour
          permettre aux internautes de s’approprier les documents et faire des
          ponts, des liens entre les différentes collections, sans la force
          mais aussi sans les limites de la présence. Elle permet de
          multiplier le sens de ce patrimoine, qui, parfois, se trouve
          paradoxalement plus proche alors qu’il ne peut pas être touché. La
          valorisation peut se faire sous des formes très différentes,
          l’inventivité est sans limite. Il y a autant de formes de médiation
          qu’il y a de publics, de territoires, d’attentes, de possibilités,
          autant de médiations qui témoignent au fond, non pas d’un
          travestissement de l’œuvre, mais de l’infinie variation que la
          richesse fondamentale d’un patrimoine vivant seule permet. Plus
          qu’un acte purement technique, il s’agit d’un processus créatif dans
          lequel les professionnels, les publics et le patrimoine jouent un
          rôle partagé et entrent, peut-être, en <hi rend="italic"
          style="typo_Italique">résonance</hi>, au sens où peut l’entendre
          Hartmut Rosa, dans son ouvrage <hi rend="italic"
          style="typo_Italique">Remède à l’accélération : </hi>« <hi
          rend="italic" style="typo_Italique">Nous sommes non aliénés là où et
          lorsque nous entrons en résonance avec le monde. Là où les choses,
          les lieux, les gens que nous rencontrons nous touchent, nous
          saisissent ou nous émeuvent, là où nous avons la capacité de leur
          répondre avec toute notre existence </hi>».</p>
        </div>
      </div>
    </body>
  </text>
</TEI>
