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      <titleStmt>
        <title type="main">Les Trente Glorieuses de la connaissance ?</title>

        <author role="aut"><name>Benoît Lecoq</name><affiliation><ref
        target="#aff01" type="affiliation"/></affiliation><idno
        type="IDREF">035731788</idno><idno
        type="ARK">http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb13332660q</idno><idno
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        <edition><date>2021-01-08T14:37:00</date></edition>
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          </dimensions><date>01/01/2021</date></ab>

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        <p>Version Métopes : 2.3</p>

        <p>Written by OpenOffice</p>

        <bibl>Arabesques</bibl>
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      who="Marie-Pierre Roux">Révision</change>
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    <front>
      <titlePage>
        <docTitle>
          <titlePart style="T_3_Article" type="main">Les Trente Glorieuses de
          la connaissance ?</titlePart>
        </docTitle>

        <docAuthor style="txt_auteur">Benoît Lecoq</docAuthor>

        <byline style="auteur_Courriel"><email><ref
        target="mailto:benoit.lecoq@igesr.gouv.fr">benoit.lecoq@igesr.gouv.fr</ref></email></byline>

        <byline style="auteur_Institution"><affiliation
        xml:id="aff01">Inspecteur général de l’Éducation, du Sport et de la
        Recherche (IGÉSR), responsable du collège Bibliothèques,
        documentation, livre et lecture publique (BD2L)</affiliation></byline>
      </titlePage>

      <argument>
        <p style="txt_chapo">L’organisation actuelle des connaissances,
        devenues valeurs économiques autant que productions intellectuelles, a
        conduit les bibliothèques à élargir leur territoire, rassemblant flux,
        données, services.</p>
      </argument>
    </front>

    <body>
      <div type="chapitre" xml:id="mainDiv">
        <p style="txt_Normal">« Le livre, cette marchandise » : ainsi
        Henri-Jean Martin intitulait-il, en 1958, le quatrième chapitre de son
        <hi rend="italic" style="typo_Italique">Apparition du livre</hi><hi
        rend="italic" style="typo_Italique"><note n="1" place="foot"
        style="txt_Note" type="standard" xml:id="ftn1"><p> Lucien Febvre et
        Henri-Jean Martin, <hi rend="italic"
        style="typo_Italique">L’apparition du livre</hi>, Paris, Albin Michel,
        1958, XXIX – 558 p. (Bibliothèque de synthèse historique. L’Évolution
        de l’humanité, n° 49).</p></note></hi>, juste avant d’aborder
        l’évocation d’un « petit monde du livre » aux confins de l’artisanat,
        du négoce et des lettres. Au regard des 25 années qui viennent de
        s’écouler, nous sommes aujourd’hui tentés d’écrire : la connaissance,
        cette économie… Et ce d’autant plus que la société de l’information
        dans laquelle nous vivons est tributaire des modèles économiques
        dominants qui, de fait, la gouvernent.</p>

        <p style="txt_Normal">D’abord exclusivement constituée de biens
        matériels, la bibliothèque, lieu de savoir et donc de pouvoir, s’est
        pour ainsi dire dilatée, étendant son territoire à des biens
        immatériels où gravitent des flux, des données, des services, des
        plateformes, des outils dans un contexte où les objets si divers du
        numérique demandent toujours davantage à être fédérés et, partant,
        maîtrisés. Autrefois vigoureusement dénoncée par un Edgar Morin<note
        n="2" place="foot" style="txt_Note" type="standard" xml:id="ftn2"><p>
        Voir <hi rend="italic" style="typo_Italique">passim</hi> : Edgar
        Morin, <hi rend="italic" style="typo_Italique">Science avec
        conscience</hi>, Paris, Seuil, 1990, 315 p.</p></note>,
        l’hyperspécialisation disciplinaire, qui s’est affirmée dès la fin des
        années quatre-vingts, est venue doper de façon décisive la croissance
        du nombre des publications scientifiques. Qu’on en juge : 800 000
        articles scientifiques publiés dans le monde en 2000, 1 800 000 en
        2015, plus de deux millions en 2020. Dans le début de ces
        transformations si considérables, nous avions cru, un peu naïvement,
        avoir affaire à une simple révolution technique. C’est en fait à une
        révolution épistémologique que nous étions conviés. Désormais au cœur
        d’enjeux concurrentiels, la connaissance est devenue une valeur
        économique autant qu’une production intellectuelle.</p>

        <div type="section1">
          <head style="T_1" subtype="level1">La documentation au sein d’une
          économie de services</head>

          <p style="txt_Normal">Ce changement de décor aura eu d’importantes
          répercussions sur l’organisation et les missions des établissements
          d’enseignement supérieur et sur celles de leurs services
          documentaires. De façon progressive, il est apparu plus clairement
          que les bibliothèques universitaires ne sauraient être cantonnées à
          un rôle de services support mais que leur action s’inscrivait
          pleinement dans la politique globale des universités. De cette
          inflexion témoignent notamment la place nouvelle qui leur est donnée
          au sein des universités fusionnées, y compris dans les
          organigrammes, ou encore la floraison des <hi rend="italic"
          style="typo_Italique">learning centres</hi>, dont l’ambition<hi
          rend="italic" style="typo_Italique"> </hi>est de situer la
          bibliothèque à la croisée de la pédagogie, de la recherche et de
          l’apprentissage. Autre conséquence – et non des moindres – : dans un
          contexte dominé par la question du développement de l’accès libre,
          de l’ouverture des données et de l’émergence d’une « science
          ouverte », les professionnels des bibliothèques et de la
          documentation ont été naturellement conduits à constater que les
          ressources documentaires ne se suffisaient plus à elles-mêmes mais
          qu’elles demandaient à être déployées dans une économie de services,
          notamment dans le domaine des données de la recherche, des archives
          scientifiques voire, plus largement, de la formation. Un rôle
          nouveau leur a ainsi été assigné : celui d’être des facilitateurs de
          projets. C’est bien dans cet esprit, du reste, qu’a travaillé
          l’équipe de préfiguration du Grand équipement documentaire (GED) qui
          constitue le cœur du campus Condorcet. Par ailleurs, de manière
          aussi imprévue que paradoxale, ces mutations auront aussi contribué
          à la relégitimation des bibliothèques comme lieux – qu’une vision
          simpliste de la démocratisation numérique avait cru pouvoir
          condamner - : un peu comme si l’on avait pris conscience, qu’au
          milieu de la vague, on ne saurait jeter le bébé avec l’eau du
          bain…</p>

          <figure>
            <graphic url="../icono/br/arabesques_100_page_05_article_inaugural_fig01.jpg"/>

            <head style="titre_figure">Champs d’ATP (adenosine triphosphate)
            synthase</head>

            <p style="ill-credits-sources">© Odra Noel</p>
          </figure>
        </div>

        <div type="section1">
          <head style="T_1" subtype="level1">Un mouvement d’ouverture
          irréversible</head>

          <p style="txt_Normal">Convenons néanmoins que toutes ces évolutions
          – conséquences lointaines d’une révolution – se font pas à pas et à
          un rythme propre à chaque établissement d’enseignement supérieur.
          Consacré par les dispositions des lois du 10 août 2007 et du 22
          juillet 2013, le renforcement de l’autonomie des universités a
          inévitablement conduit à une appropriation différenciée des usages,
          des pratiques et des environnements. Toutefois, du belvédère
          qu’offre le regard de 25 années panoramiques, on voit bien que se
          sont affirmées quelques tendances probablement irréversibles. Au
          cloisonnement qui caractérisait encore si bien la situation des
          bibliothèques universitaires du début des années quatre-vingt-dix
          (cloisonnement disciplinaire mais aussi institutionnel et parfois
          corporatiste) a succédé une politique d’ouverture dans de multiples
          directions : remise en cause du système des anciennes sections au
          profit d’organigrammes faisant la part belle à la transversalité et
          aux départements thématiques, politique d’élargissement des horaires
          d’ouverture soutenue par le ministère de l’Enseignement supérieur,
          ouverture des bibliothèques sur la cité et développement de leur
          contribution à la politique culturelle des universités, aujourd’hui
          participation à la gageure de l’ouverture des données (pour ne citer
          que quelques exemples). En somme, ouverture à la connaissance. Cette
          extension du périmètre de compétences des bibliothèques, qui exige
          de leurs personnels des savoirs neufs étendus à la gestion des
          données de la recherche, au droit, devenu complexe, de la propriété
          intellectuelle, au défi de la science ouverte ou encore à la
          maîtrise des enjeux de la fouille des textes, doit nécessairement
          inviter à s’interroger à nouveau sur la structuration des emplois
          dans les bibliothèques universitaires. Le pilotage stratégique
          dévolu à l’encadrement supérieur doit pouvoir s’appuyer sur des
          compétences spécialisées. Nous ne faisons ici qu’effleurer cette
          question, si sensible et si complexe que la teneur d’un long article
          ne suffirait pas à l’épuiser.</p>
        </div>

        <div type="section1">
          <head style="T_1" subtype="level1">Repenser le pilotage national de
          la politique documentaire</head>

          <p style="txt_Normal">L’extension du domaine des bibliothèques, dans
          un univers informationnel traversé de contradictions (économiques
          mais aussi déontologiques), invite naturellement à s’interroger
          aussi sur la place, le poids et les modalités d’un pilotage national
          de la politique documentaire. Longtemps assuré par une
          administration centrale forte, nourrie de moyens humains et
          financiers, ce pilotage s’est progressivement déconcentré, d’abord
          en confiant à des opérateurs des missions d’intérêt national. De ce
          point de vue, il n’est pas inutile de rappeler que le Centre
          technique du livre de l’Enseignement supérieur (CTLes) et l’Agence
          bibliographique de l’Enseignement supérieur (Abes) ont été créés la
          même année, en 1994. Initialement conçue pour mettre en œuvre un
          système universitaire de documentation unifié (le Sudoc) –
          entreprise qui exigea aussi un savoir-faire diplomatique à une
          époque où les services documentaires s’estimaient parfois
          propriétaires de solutions locales -, l’Abes s’est vu confier, au
          fil des années, un nombre croissant de missions nationales, que l’on
          peine à énumérer : production d’outils de mutualisation, portage de
          groupements de commande et de licences nationales, mise à
          disposition d’un corpus d’archives scientifiques (Istex),
          participation aux instances de normalisation, contribution décisive,
          en collaboration avec la Bibliothèque nationale de France à ce que
          l’on nomme la « Transition bibliographique », veille sur toutes les
          questions liées au signalement documentaire, structuration des
          métadonnées (les métadonnées, cet autre nom des notices
          bibliographiques…), etc. Ainsi, d’abord accompagnatrice, l’Abes est
          devenue moteur. Et il nous faut lui pardonner le barbarisme des
          termes qu’elle aura contribué à vulgariser dans le petit monde des
          bibliothèques : la « FRBérisation » des catalogues, le code RDA, la
          « Transition bibliographique » ne sont, au fond, que les
          transpositions techniques, à vocation normée, d’une évolution de la
          pensée et de l’organisation des connaissances.</p>
        </div>

        <div type="section1">
          <head style="T_1" subtype="level1">Vers un accroissement du
          périmètre de compétences de l’Abes ?</head>

          <p style="txt_Normal">Il nous semble qu’aujourd’hui le périmètre des
          compétences de l’Abes demanderait à être étendu et clarifié en sorte
          de fédérer aussi bien les établissements publics dédiés aux services
          documentaires (parmi lesquels l’Inist) que la gerbe de services et
          d’initiatives portées par des organisations aux statuts les plus
          divers - et parfois fragiles - : le consortium Couperin, le Centre
          pour la communication scientifique directe (CCSD), le GIS
          CollEx-Persée, le Comité pour la science ouverte (CoSO), etc.</p>

          <p style="txt_Normal">De ce survol, on retiendra que les services
          documentaires des établissements d’enseignement supérieur auront
          appris, soutenus en cela par des opérateurs et parfois de simples
          associations (Couperin, dont le rôle continue d’être si
          déterminant), à se soumettre autant qu’à s’affranchir : être au
          service d’une politique de site, bien entendu ; s’ouvrir aussi à une
          émancipation qui passe par le chemin d’une science ouverte.</p>

          <p style="txt_Normal">La connaissance, ce ferment ? Ou bien,
          plutôt : la connaissance, cette insoumise ?</p>
        </div>
      </div>
    </body>
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