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      <titleStmt>
        <title type="main">Les bibliothèques en 2020 : quatre points de
        rupture</title>

        <author role="aut"><name>Raphaëlle Bats</name><affiliation><ref
        target="#aff01" type="affiliation"/></affiliation><idno
        type="IDREF">114260931</idno><idno
        type="ISNI">0000000385383495</idno><idno
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      </titleStmt>

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        <edition><date>2021-03-30T12:33:00</date></edition>
      </editionStmt>

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          </dimensions><date>01/04/2021</date></ab>

        <idno type="book"/>

        <ab type="lodel"><date/></ab>
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      <sourceDesc>
        <p>Version Métopes : 2.3</p>

        <p>Written by OpenOffice</p>

        <bibl>Arabesques</bibl>
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      <change when="2021-03-30T15:56:00"
      who="Marie-Pierre Roux">Révision</change>
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    <front>
      <titlePage>
        <docTitle>
          <titlePart style="T_3_Article" type="main">Les bibliothèques en
          2020 : quatre points de rupture</titlePart>
        </docTitle>

        <docAuthor style="txt_auteur">Raphaëlle Bats</docAuthor>

        <byline style="auteur_Courriel"><email><ref
        target="mailto:rbats.pro@gmail.com">rbats.pro@gmail.com
        </ref></email></byline>

        <byline style="auteur_Institution"><affiliation xml:id="aff01">Centre
        Gabriel Naudé, Enssib // Urfist, Université de
        Bordeaux</affiliation></byline>
      </titlePage>

      <argument>
        <p style="txt_chapo">Sous l’impact de la pandémie, les bibliothèques
        doivent aujourd’hui redéfinir leur rôle en prenant mieux en compte la
        diversité des vulnérabilités subies par les citoyens.</p>
      </argument>
    </front>

    <body>
      <div type="chapitre" xml:id="mainDiv">
        <p style="txt_Normal">Une année déjà que nos vies sont bouleversées
        par la pandémie de Covid-19 et l’ensemble des mesures sanitaires qui
        ont ponctué nos existences et nos expériences de l’autre, de l’espace
        public, du déplacement et du temps. Une année que les bibliothèques
        font face à un complet bouleversement de leurs pratiques : réduction
        des jauges, limitation des usages et des espaces, annulation des
        événements, télétravail des agents, formation à distance, essor
        soudain de la médiation numérique. Cette évolution, le milieu
        professionnel n’a pas attendu que l’année soit finie, et encore moins
        que la pandémie soit derrière nous, pour la penser. Pour ma part, en
        mars 2020, alors que le pays vivait son premier confinement, je me
        faisais la réflexion que le rôle-même de la bibliothèque semblait ici
        questionné autant par sa fermeture que par la mobilisation générale
        pour occuper les esprits et les corps à coup de partages de
        ressources, savoirs, analyses, références bibliographiques. Pour y
        réfléchir collectivement, j’ai animé un séminaire<note n="1"
        place="foot" style="txt_Note" type="standard" xml:id="ftn1"><p> <ref
        target="https://www.enssib.fr/seminaire-Biblio-Covid"><hi
        rend="underline"
        style="typo_souligne">https://www.enssib.fr/seminaire-Biblio-Covid</hi></ref>
        : 8 rendez-vous de mars à décembre 2020.</p></note> d’échanges entre
        professionnels en vue de rechercher en quoi cet événement<note n="2"
        place="foot" style="txt_Note" type="standard" xml:id="ftn2"><p> Voir
        l’introduction de l’épisode 5 : <ref
        target="https://raphaellebats.blogspot.com/2020/06/bibliocovid19-episode5.html"><hi
        rend="underline"
        style="typo_souligne">https://raphaellebats.blogspot.com/2020/06/bibliocovid19-episode5.html</hi></ref></p></note>
        agissait comme un point de déviation et de rupture dans la définition
        du rôle de la bibliothèque. Cet article sera l’occasion de revenir sur
        quatre de ces ruptures.</p>

        <div type="section1">
          <head style="T_1" subtype="level1">De l’accueil à
          l’hospitalité</head>

          <p style="txt_Normal">Les bibliothèques ont pu incarner l’idée
          d’espace public, tant la circulation des objets, des humains et des
          idées est au cœur du projet bibliothéconomique. Le contexte actuel,
          où les politiques de lutte contre la pandémie ne sont rien moins que
          des transformations et limitations de nos possibilités et modalités
          de circulation et de rencontre, ne peut qu’obliger les bibliothèques
          à interroger leur modèle. Les bibliothèques se sont rapidement
          penchées sur un premier aspect de ce problème en cherchant à
          renouveler ou rétablir les conditions d’accueil permettant aux
          usagers de pouvoir jouir pleinement du lieu, à savoir la sécurité,
          la santé, le confort et l’ambiance. N’insistons donc sur ces points
          que pour dire combien l’enjeu ne se situe pas seulement dans la
          réalisation d’un accueil optimal dans les espaces physiques de la
          bibliothèque, mais bien également dans ses espaces numériques, qu’il
          s’agisse des actions menées sur les réseaux sociaux ou des
          animations organisées sur des plateformes d’échange à distance. La
          médiation numérique qui se développe actuellement doit porter une
          véritable attention à ces quatre points cardinaux de l’accueil afin
          de s’assurer que les espaces de la bibliothèque permettent toujours,
          et dans la mesure du possible, une véritable circulation des humains
          et des idées. Par ailleurs, la situation appelle à aller au-delà de
          l’accueil pour s’intéresser à l’hospitalité et donc à ajouter à cet
          accueil l’acceptation de l’étrangeté de nos hôtes et la volonté de
          recevoir autant que de donner dans cette relation d’hôte à hôte. Il
          s’agit alors de transformer une institution accueillante en une
          institution hospitalière, susceptible de devenir un lieu (physique
          ou numérique) véritablement ménagé<hi rend="sup"
          style="typo_Exposant"><note n="3" place="foot" style="txt_Note"
          type="standard" xml:id="ftn3"><p> Voir l’article de Thierry Paquot
          sur l’accueillance et l’hospitalité : <ref
          target="https://www.cairn.info/ethique-architecture-urbain--9782707133038-page-68.htm"><hi
          rend="underline"
          style="typo_souligne">https://www.cairn.info/ethique-architecture-urbain--9782707133038-page-68.htm</hi></ref></p></note></hi>,
          qui prend soin de ceux qui passent, s’installent, transitent,
          circulent.</p>
        </div>

        <div type="section1">
          <head style="T_1" subtype="level1">De l’hospitalité à la
          vulnérabilité</head>

          <p style="txt_Normal">Cette bibliothèque hospitalière ne peut donc
          voir le jour sans un véritable effort autour de l’attention<hi
          rend="sup" style="typo_Exposant"><note n="4" place="foot"
          style="txt_Note" type="standard" xml:id="ftn4"><p> Un mémoire sur
          l’attention et les bibliothèques, rédigé par Vân Ta-Minh, est en
          préparation à l’Enssib.</p></note></hi> et du soin. Le premier
          confinement a bousculé le regard que nous portions sur les publics
          par la situation exceptionnelle de communauté d’expérience qu’il a
          créé. L’approche des services par les bibliothécaires a été abordée
          non plus directement par le prisme de l’accessibilité, mais par
          celui des besoins des personnes en situation de confinement en
          dehors de l’usage de la bibliothèque. En d’autres termes, le
          confinement a créé pour les bibliothécaires une situation inédite
          d’empathie avec leur public et plus généralement avec les habitants.
          Or, cette communauté d’expérience est limitée et l’empathie doit
          faire place au souci et à la compassion envers les situations de nos
          concitoyens que nous n’expérimentons pas, afin de pouvoir développer
          des services adaptés à un éventail de vulnérabilités plus large.
          Ainsi, pour les services numériques, il y a une vulnérabilité à ne
          pas avoir accès au service en raison de l’équipement ou des
          compétences, mais l’addiction aux écrans ou le resserrement de la
          vie sociale autour de la vie sociale numérique constituent également
          des vulnérabilités. Penser ces vulnérabilités permet d’affiner la
          proposition de service numérique ou physique et répond à l’exigence
          de service public de la bibliothèque en se donnant les moyens d’une
          approche des fractures, qui ne soit pas uniquement la description
          des dominations à l’œuvre. C’est donc une approche éthique, basée
          ici sur celle du <hi rend="italic" style="typo_Italique">care</hi>,
          qui est proposée pour assumer cette hospitalité de toutes les
          vulnérabilités, dont certaines nous sont étrangères, mais dont la
          connaissance permet d’accomplir plus précisément encore la mission
          de service public de la bibliothèque.</p>
        </div>

        <div type="section1">
          <head style="T_1" subtype="level1">De la vulnérabilité à la
          responsabilité sociale et environnementale</head>

          <figure>
            <graphic url="../icono/br/arabesques_101_page_05_article_inaugural_bats_fig01.jpg"/>

            <head style="titre_figure">Illustration Cristina Estanislao</head>

            <p style="ill-credits-sources">@unitednations-Unsplash</p>
          </figure>

          <p style="txt_Normal">Cette attention aux vulnérabilités oblige
          l’institution à prendre position en s’engageant dans des actions qui
          répondent à des situations qui sont la marque d’un défaut ou d’un
          déficit de la société à l’encontre de nombre de ses membres. Ces
          situations de vulnérabilités déjà présentes ou celles que nous
          prévoyons interpellent dès aujourd’hui les bibliothèques, mais aussi
          leurs tutelles, universités comme municipalités, et ce de manière
          concrète. Il ne s’agit plus de considérer par principe que les
          institutions publiques jouent un rôle dans la société, mais bien
          d’affirmer les modalités de ce rôle. Ainsi les feuilles de route sur
          le développement durable ou la résilience, ainsi les politiques de
          science ouverte et l’axe science et société, ainsi les politiques de
          lutte contre les discriminations. Aux bibliothèques maintenant de
          définir les réponses qu’elles souhaitent apporter à ces politiques
          et de dresser les contours de leur responsabilité sociale et
          environnementale. L’approche éthique appelle à ce que la réponse des
          bibliothèques ne se satisfasse pas d’une liste d’actions et
          d’indicateurs de fonctionnement et de résultats, mais qu’elle
          s’engage également dans des indicateurs de son intention et de son
          impact. Il s’agit donc de penser l’action de la bibliothèque, non
          plus de manière opportuniste en vérifiant que la bibliothèque est
          active sur tel ou tel champ de responsabilité, mais de manière
          stratégique sur une ligne du temps qui passe de la volonté d’agir
          sur le monde à la définition des actions pour aller jusqu’à la
          mesure de leur effet non pas sur les modalités du modèle de
          bibliothèque mais bien sur la société.</p>
        </div>

        <div type="section1">
          <head style="T_1" subtype="level1">De la responsabilité au
          trouble</head>

          <p style="txt_Normal">Assumer cette responsabilité signifie que la
          bibliothèque soit capable d’identifier ce qui nécessite son action.
          De fait, la définition du rôle de la bibliothèque comme une
          institution réagissant aux crises<note n="5" place="foot"
          style="txt_Note" type="standard" xml:id="ftn5"><p> Voir
          l’introduction de l’épisode 8 du séminaire : <ref
          target="https://raphaellebats.blogspot.com/2020/12/les-bibliotheques-et-le-trouble-8eme-et.html"><hi
          rend="underline"
          style="typo_souligne">https://raphaellebats.blogspot.com/2020/12/les-bibliotheques-et-le-trouble-8eme-et.html</hi></ref></p></note>
          semble avoir fait long feu pendant cette pandémie, tant il
          paraissait à la fois difficile de penser l’indispensabilité de la
          bibliothèque à l’acmé de la crise et de déterminer précisément ce
          qui faisait la crise : les problèmes d’accessibilité numérique en
          temps de confinement ? Le développement de la réception au
          complotisme ? La redéfinition des modalités de relations sociales ?
          La prise de conscience de l’impact de nos vies quotidiennes sur la
          nature sauvage ? Ajoutons à cela que ces crises sont en vérité le
          mode de vie habituel, bien que non souhaité, d’un nombre important
          de nos concitoyens ou d’autres habitants du globe : maladie,
          incarcération, isolement, transformation climatique des territoires.
          Ne faut-il pas admettre que nous vivons dans une crise continue,
          dont les manifestations sont multiples, les expériences, déjà
          faites, et dont il ne s’agit pas d’attendre la résolution. Dès lors,
          il me semble voir plus d’opportunités et de réalités à penser le
          rôle de la bibliothèque non pas face à la crise mais dans des
          situations de trouble<note n="6" place="foot" style="txt_Note"
          type="standard" xml:id="ftn6"><p> Voir les travaux de Donna J.
          Haraway et plus largement ceux de ce qu’on appelle
          l’écosophie.</p></note> sur lesquelles on ne s’illusionne pas, dans
          une perception de notre société qui ne nous fait pas nier la
          construction historique et sociale des troubles actuels, dans une
          prise en compte des vulnérabilités liées à ces troubles, mais aussi
          dans une écoute attentive et une retransmission des paroles de ceux
          et celles qui vivent le trouble au quotidien et enfin dans sa propre
          capacité bibliothéconomique à créer le trouble. En se défaisant de
          sa relation à la crise pour assumer son rôle dans le trouble, la
          bibliothèque peut aujourd’hui être une institution qui nous invite à
          partager nos expériences d’habitation du monde, qui accueille dans
          ses espaces, comme dans ses collections, les récits plus ou moins
          construits, plus ou moins élaborés, plus ou moins légitimés, de
          notre appréhension de l’existence en un monde troublé. Alors, la
          bibliothèque offrira en plus de son hospitalité de lieu une
          véritable hospitalité documentaire et, plutôt que d’instituer des
          paroles d’autorité, saura se présenter comme un espace politique de
          mise en circulation et en visibilité des récits, des humains, des
          vivants.</p>
        </div>
      </div>
    </body>
  </text>
</TEI>
