« Les fablabs accèdent à la reconnaissance »

Interview de Cyrille Jaouan, bibliothécaire à la Ville de Paris

DOI : 10.35562/arabesques.2563

p. 23

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Mots-clés

interview

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Cyrille Jaouan, responsable de la médiation numérique à la médiathèque Marguerite Duras, initiateur d’un fablab qui a fabriqué du matériel pour les soignants pendant la pandémie, revient sur cette expérience insolite.

 

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© Cyrille Jaouan cc by sa nc cyrzbib

Arabesques : comment est né le « corolab » de la médiathèque Duras ?

Cyrille Jaouan : je fais une veille active sur le monde des fablabs, dont je m’inspire beaucoup pour mes projets en bibliothèque, notamment autour de l’inclusion numérique. J’ai vu qu’une dynamique s’y mettait en place pour fabriquer du matériel sanitaire. J’ai commencé par participer à titre individuel et bénévole dans le réseau des fablabs d’Ile-de France qui assurait l’interface avec les hôpitaux. Quand j’ai livré à l’hôpital mes premiers masques fabriqués sur mon imprimante 3D personnelle et que j’ai vu des soignants obligés d’utiliser des sacs poubelles comme blouse, ça a été un choc. Je me suis dit qu’il fallait faire plus. J’ai ensuite participé au Simplon lab qui cherchait des bénévoles pour coudre des blouses d’après un modèle validé par les instances hospitalières. J’ai contacté des collègues qui nous ont rejoints. A partir de ces premières expériences, on a décidé, avec Pascal Ferry, le coordinateur du festival numérique parisien Numok, de créer notre propre fablab en bibliothèque pour apporter notre contribution1.

Comment et combien de temps a-t-il fonctionné ?

C.J. : avec l’accord de notre hiérarchie, nous avons rassemblé dans la salle de lecture de la médiathèque Marguerite Duras des imprimantes 3D et des machines à coudre récupérées dans d’autres établissements. En tout, 37 bibliothécaires du réseau parisien se sont relayés sur la base du volontariat pour coudre, découper, monter, assurer le nettoyage. Le « corolab », comme on l’avait appelé pour plaisanter, a fonctionné jusqu’à la réouverture au public en mai. À ce moment-là, les demandes des hôpitaux baissaient tandis que celles de tous les services publics qui allaient rouvrir explosaient. Nous avons estimé que ce n’était pas notre rôle d’y répondre et nous avons décidé de nous recentrer sur les besoins des bibliothèques parisiennes. Nous avons continué à fabriquer des objets pour le réseau tels que de la signalétique, des pousse-portes et un prototype de masques en plexiglass que nous avons élaboré pour que les bibliothécaires de nos cinq pôles sourds qui pratiquent la langue des signes en français puissent continuer à communiquer avec les parlants2.

Avec ce type d’activité, est-on encore dans le métier de bibliothécaire ?

C.J. : absolument. Faire des tutoriels, se renseigner sur les bons sites pour savoir, par exemple, comment désinfecter un bâtiment, cela reste au cœur de notre métier, c’est à dire trouver de l’information, la valider et la mettre à la disposition de tous. La signalétique qu’on a créée est en open source et tout le monde peut l’utiliser.

Quelles suites aura cette expérience à Paris ?

C.J. : le projet de création d’un fablab à la bibliothèque Marguerite Duras3, voté par les Parisiens au budget participatif de 2019 avec un montant de 300 000 euros vient d’entrer dans sa phase opérationnelle. En interne, nous avons mis en place des groupes de travail ouverts à toute l’équipe car l’enjeu est d’intégrer le futur fablab dans le projet d’établissement et surtout pas d’en faire un service isolé. La bibliothèque Robert Sabatier, dans le 18ème arrondissement, réfléchit dans le cadre de sa rénovation à installer un fablab. Plus largement, j’ai eu l’occasion d’échanger avec les élèves conservateurs territoriaux et d’Etat sur les fablabs, l’idée fait son chemin.

Cette initiative a été très médiatisée. Est-ce que cela a changé le regard porté sur les fablabs en bibliothèque ?

C.J. : cette expérience, effectivement très médiatisée, a valu tous les discours. Elle a montré, aux élus, à la hiérarchie, aux collègues, l’intérêt d’avoir de tels équipements dans une bibliothèque, et pas seulement en temps de crise, à la fois pour les besoins internes à un réseau et pour le public. Ils permettent de mener des actions de démocratisation de la culture numérique et d’accompagner les utilisateurs dans leurs projets personnels. Le fait que des projets de fablabs se développent dans des bibliothèques et soient ainsi largement accessibles à tous, et plus seulement à une poignée de geeks, montrent qu’on est entré dans un processus de reconnaissance. On est en train de passer de l’âge des pionniers à celui de la généralisation de ce type d’équipement.

Interview réalisée par Véronique Heurtematte, coordinatrice éditoriale d’Arabesques

1 https://cyrzbib.net/tag/corolab

2 https://bibliopi.wordpress.com/2020/06/22/qui-se-cache-derriere-le-masque

3 La médiathèque Duras accueillera cet automne une expo de ses photos relatant la période « Maker X Covid ». Cette expo tourne

Notes

1 https://cyrzbib.net/tag/corolab

2 https://bibliopi.wordpress.com/2020/06/22/qui-se-cache-derriere-le-masque

3 La médiathèque Duras accueillera cet automne une expo de ses photos relatant la période « Maker X Covid ». Cette expo tourne déjà dans les Fablabs https://www.billetweb.fr/expositionretrospectivemakers-x-covid

Illustrations

 

 

© Cyrille Jaouan cc by sa nc cyrzbib

References

Bibliographical reference

Cyrille Jaouan, « « Les fablabs accèdent à la reconnaissance » », Arabesques, 101 | 2021, 23.

Electronic reference

Cyrille Jaouan, « « Les fablabs accèdent à la reconnaissance » », Arabesques [Online], 101 | 2021, Online since 16 avril 2021, connection on 27 novembre 2021. URL : https://publications-prairial.fr/arabesques/index.php?id=2563

Author

Cyrille Jaouan

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CC BY-ND 2.0