Diversité des formes et des missions des consortia et des réseaux de bibliothèques

DOI : 10.35562/arabesques.675

p. 4-5

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Quels sont les différents types de collaboration mis en place par les bibliothèques et les tendances en cours dans leurs réseaux ? Quelques éléments de réponse avec la présentation d’un panorama de ces coopérations par Maurits van der Graaf, consultant hollandais du Cabinet Pleiade qui travaille, depuis de nombreuses années, auprès des bibliothèques de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Il s’agit ici de présenter une vue panoramique des types de collaboration entre les bibliothèques, des tendances les plus récentes observées dans ce domaine, ainsi que des établissements et organisations les plus représentatifs de ces modes de collaboration, tant au niveau européen qu’international. Trois directions stratégiques pour la collaboration entre les bibliothèques peuvent être distinguées :

Les stratégies horizontales : depuis plusieurs décennies, il existe des collaborations entre les bibliothèques visant à partager la charge de travail et/ou à améliorer l’accès aux collections numériques ou imprimées, ainsi que leur utilisation.

Les stratégies en amont, dirigées vers la communication savante : d’une part, les groupements d’achats visant à augmenter la force de négociation auprès des éditeurs scientifiques ; d’autre part, les collaborations entre les bibliothèques (et souvent avec d’autres acteurs), visant à encourager la science ouverte, comme par exemple le libre accès aux publications et aux données de la recherche.

Les stratégies en aval : les types de collaborations mentionnés ci-dessus ont souvent aussi pour objectif de développer de nouveaux services aux utilisateurs finaux.

Les trois directions stratégiques

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Catalogage partagé

Les réseaux de bibliothèques « classiques » comme le Sudoc ont pour objectif de partager le catalogage et de permettre aux usagers l’accès aux collections des autres participants, au moyen d’un catalogue collectif et de mécanismes d’accès (prêt entre bibliothèques, prêt mutualisé). Ce type de collaboration est profondément influencé par les changements dans le domaine du catalogage (la production de métadonnées s’est largement déplacée vers les éditeurs scientifiques), et par les nouveaux SGB mutualisés. Ces systèmes de cloud « multitenants1 » ouvrent la possibilité de partager les métadonnées entre les bibliothèques participantes, sans collaboration formelle. Il existe déjà des réseaux qui ont migré vers les systèmes de cloud : la plupart d’entre eux maintiennent leur collaboration en l’état, alors qu’il existe un réseau américain (Libros2), qui a quasiment mis fin à la collaboration entre ses membres, et un autre réseau américain, Palni3, qui, lui, a choisi d’intensifier cette même collaboration interne. La plupart des collaborations de ce type ont lieu à l’échelle nationale ou régionale. Au niveau international, OCLC est, avec WorldCat, l’acteur dominant dans ce domaine4.

Numérisation et conservation

On estime que les collections des bibliothèques européennes comprennent 5,4 milliards de livres, dont 77 millions de titres uniques (sans compter les journaux et les périodiques) et dont 12 % ont été numérisés5. La numérisation et la conservation des collections imprimées ont conduit à de nouveaux types de collaboration entre les bibliothèques :

• La mise à disposition commune de collections numérisées : Europeana et le Consortium of European Research Libraries (Cerl) en sont les acteurs principaux à l’échelle européenne.

• La conservation commune de collections imprimées : la numérisation ainsi que la pénurie d’espace conduisent au désherbage des collections imprimées. Néanmoins, on veut généralement conserver un ou deux exemplaires des publications imprimées par région ou par pays, ce qui conduit à de nouvelles collaborations : par exemple, la UK Research Reserve6 consiste en une gestion commune des collections de périodiques imprimés dans le cadre de laquelle chaque bibliothèque conserve des exemplaires désignés. Un autre exemple est la Speicherbibliothek Luzern7, où un groupe de bibliothèques exploite un magasin commun pour les exemplaires uniques. Les collaborations concernant la numérisation et la conservation de publications imprimées peuvent être réalisées au moyen de catalogues collectifs ou d’outils reposant sur les catalogues collectifs (par exemple l’outil Périscope basé sur le Sudoc).

Des collaborations autour des outils open source

Le développement et la maintenance d’outils open source (outils de découverte comme Blacklight, VUFind, et SGB, SIGB comme KOHA et Kuali Ole) constituent également un type de collaboration horizontale.

Mutualisation des acquisitions

Les groupements d’achats de bibliothèques (via les libraries consortia) sont surtout focalisés sur l’achat de licences pour l’information numérique. La tendance est la suivante : achat des licences à l’échelle nationale ; collaborations concernant la production de données liées aux licences pour les bases de connaissances, et négociations portant sur les conditions spécifiques des licences (par exemple l’utilisation dans le cadre de l’enseignement, l’harmonisation des conditions d’utilisation des livres numériques, etc.). L’organisation chapeautant au niveau international ces groupements d’achat est l’Icolc (International Coalition of Library Consortia).

Science ouverte

• Sparc-Europe
• Research Data Alliance
• Codata
• COAR – Confederation of Open Access Repositories
• Core – Connecting Repositories
• EuroCRIS – Current Research Information Systems
• OpenAire – projet européen focalisé sur l’accès libre
• Eudat – projet européen focalisé sur les données de la recherche

Des collaborations autour de la science ouverte

Les bibliothèques de recherche sont de plus en plus impliquées dans l’encouragement de la science ouverte. Plusieurs collaborations à l’échelle internationale, visant à influencer la communication savante, grâce au lobbying, ainsi qu’à la création d’éléments spécifiques faisant partie d’une infrastructure dédiée (voir cadre) existent :

• Les archives ouvertes sont souvent exploitées par les bibliothèques universitaires. Elles sont considérées comme un élément crucial du mouvement vers le libre accès. On peut observer une tendance au développement des Current Research Information Systems, lesquels offrent des informations pertinentes pour l’administration de la recherche (research management).

• Le développement d’infrastructures et de services destinés à archiver les données de la recherche pendant et après le projet de recherche, facilitent le partage et la réutilisation de ces mêmes données.

• Le lobbying relatif aux droits d’auteur, vise par exemple à écarter les restrictions concernant la fouille de texte (text and data mining).

On peut cependant observer une mutualisation des activités de groupements d’achats et d’encouragement de la science ouverte. Par exemple, le consortium des bibliothèques universitaires aux Pays-Bas (UKB) a obtenu, dans le cadre de négociations avec les grands éditeurs scientifiques, le libre accès aux publications des auteurs néerlandais dans plusieurs bouquets des périodiques.

Associations européennes / internationales des bibliothèques

Bibliothèques de recherche :

Liber – Europe
ARL – États-Unis
Carl – Canada
Caul – Australie

Autres associations :

Ifla – global ; tous types des bibliothèques
EIFL – focus sur l’information numérique pour les pays émergents
Eblida – Europe ; tous types de bibliothèques
CNL – global ; bibliothèques nationales

Conclusions

Les deux éléments moteurs du changement des bibliothèques de recherche sont la numérisation de l’information scientifique et l’évolution inexorable vers la science ouverte8. Ces deux tendances impliquent une transformation profonde des rôles et des services des bibliothèques de recherche. On peut cependant s’attendre à ce que cette transformation ait lieu dans le cadre d’une pression budgétaire constante sur les bibliothèques. Cela peut conduire à une intensification de la collaboration entre ces mêmes bibliothèques de recherche. À cette collaboration s’ajoute souvent le concours d’autres acteurs du monde de la communication savante.

L’intensification de la collaboration devrait amplifier encore la diversité des formes de coopérations aux échelles régionale et nationale, dont le but est de développer et de maintenir des services spécifiques. Les activités collaboratives deviendront ainsi essentielles pour chaque bibliothèque de recherche. Une attention particulière sera portée à la forme que revêtiront les différents types de collaborations, notamment quant à leur gouvernance et quant à l’évaluation des services rendus.

En revanche, à l’échelle internationale, une concentration des activités collaboratives des bibliothèques de recherche au sein de Liber (Ligue de Bibliothèques Européennes de Recherche) est à prévoir. Cette association est devenue un acteur de premier plan à l’échelle européenne. Liber peut en effet jouer un rôle essentiel au sein du champ de la communication savante, en y représentant les bibliothèques de recherche. Liber et ses homologues au niveau mondial (voir cadre) pourraient ainsi définir, encourager et soutenir la mise en place de nouveaux rôles et de nouveaux services attribués à ses membres, ces derniers constituant la majorité des bibliothèques de recherche du monde occidental.

1 Toutes les bibliothèques participantes emploient le même système en cloud, comprenant d’une part des bases de données communes, d’autre part des

2 libguides.unm.edu/LIBROS/Home

3 Private Academic Library Network of Indiana. Ce réseau de 23 bibliothèques américaines a migré vers un système de cloud afin d’augmenter l’effort

4 Consulter aussi L’avenir de Rero au sein d’un système en cloud, Maurits van der Graaf et le Groupe de travail Bibliothéconomie Rero 2017 (2015

5 The cost of digitising Europe’s cultural heritage, Nick Poole (2010, Collections Trust)

6 www.bl.uk/ukrr

7 www.zhbluzern.ch/home/

8 Report of the Association of Research Libraries (ARL) Strategic Thinking and Design Initiative, Août 2014, ARL

Notes

1 Toutes les bibliothèques participantes emploient le même système en cloud, comprenant d’une part des bases de données communes, d’autre part des bases de données spécifiques à chaque bibliothèque ou groupe de bibliothèques.

2 libguides.unm.edu/LIBROS/Home

3 Private Academic Library Network of Indiana. Ce réseau de 23 bibliothèques américaines a migré vers un système de cloud afin d’augmenter l’effort collaboratif visant à développer les services destinés aux usagers. Cette forte collaboration se focalise sur la gestion commune des collections, le partage des workflows en bibliothèque et le partage des ressources.

4 Consulter aussi L’avenir de Rero au sein d’un système en cloud, Maurits van der Graaf et le Groupe de travail Bibliothéconomie Rero 2017 (2015, Rero). Dans ce rapport, plusieurs cas portant sur les réseaux de bibliothèques ayant migré vers un système de cloud, et notamment Palni et Libros, ont été étudiés.

5 The cost of digitising Europe’s cultural heritage, Nick Poole (2010, Collections Trust)

6 www.bl.uk/ukrr

7 www.zhbluzern.ch/home/

8 Report of the Association of Research Libraries (ARL) Strategic Thinking and Design Initiative, Août 2014, ARL

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Les trois directions stratégiques

Les trois directions stratégiques

References

Electronic reference

Maurits van der Graaf, « Diversité des formes et des missions des consortia et des réseaux de bibliothèques », Arabesques [Online], 82 | 2016, Online since 23 juillet 2019, connection on 23 octobre 2020. URL : https://publications-prairial.fr/arabesques/index.php?id=675

Author

Maurits van der Graaf

Pleiade Management & Consultancyi http://www.pleiade.nl

m.vdgraaf@pleiade.nl

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CC BY-ND 2.0