Appel à articles n° 1 : Les objets nativement numériques : transformations et nouveaux enjeux documentaires ?

Coordination : Benoît Epron, Nathalie Pinède et Agnieszka Tona.

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Call for papers n°1: Born-digital objects: transformations and new documentary challenges?

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Appel

Est-ce qu’une application Smart City, une visualisation 3D, un flux de tweet ou un logiciel peuvent être considérés comme des documents ? Dans un contexte numérique structurellement instable, se reconfigurant en permanence, le concept de « document » est-il encore opérationnel ? De telles questions émergent naturellement lorsque l’on s’intéresse aux objets nativement numériques qui prolifèrent aujourd’hui, sous des formes extrêmement variées. Derrière cette expression “nativement numériques”, nous entendons ici toute chose concrète, fabriquée à l’aide des technologies numériques et perceptible par nos sens (visuel, auditif, tactile). C. Paloque-Berges (2016) en propose, par exemple, la typologie suivante : données numériques ; code informatique ; documents numériques ; artefacts matériels. Dans notre acception, nous nous focalisons sur les productions numériques non stabilisées, qui s’insèrent dans une logique de flux (Rifkin et St Upery, 2002) : données de la recherche, codes sources, simulations ou visualisations, données issues de réseaux sociaux, services de vidéo à la demande, données issues d’objets connectés, pages Web, Wikipédia (Barbe et al., 2015), jeux vidéo, streaming musical, cartes et plans interactifs, œuvres de l’art numérique… Cette liste est évidemment non limitative.

Plusieurs particularités peuvent être mises en évidence pour caractériser de tels objets. Dans notre approche, ils se construisent progressivement à travers un système complexe, organisé en couches et dont certains éléments demeurent plus ou moins dissimulés à l’usager au cœur de la machine et de ce fait, plus ou moins difficiles à appréhender. Les données sont enregistrées dans un fichier, qui est codé dans un certain format informatique, qui à son tour détermine le type du logiciel permettant de lire le fichier, et le type de matériel/support de lecture (ordinateur, smartphone, etc.). Ils croisent par ailleurs plusieurs dimensions (technique, sociale, juridique, etc.), à l’exemple de la dimension logistique : ils n’existent plus comme des objets autonomes et singuliers mais s’insèrent dans une logistique des flux (Robert & Pinède, 2012). De même, il n’est pas rare qu’ils se composent et recomposent sur la surface de l’écran en empruntant plusieurs apparences numériques (Robert & Tona, 2016). L’une des particularités remarquables de ces objets consiste donc en cette reconfiguration permanente, en lien avec l’environnement numérique dont ils sont issus. Complexes, pluri formes, hybrides (en partie numériques, en partie physiques), dynamiques, connectés entre eux ou à d’autres objets (notamment dans le cadre de l’internet des objets), ils possèdent des propriétés structurantes singulières, qui soulèvent de nombreuses questions, notamment lorsqu’on les considère en tant qu’objets documentaires (Delve et Anderson, 2014).

C’est cette problématique que propose d’explorer le premier dossier de la revue Balisages : comment prendre en charge au plan info-documentaire l’instabilité structurelle de ces objets complexes et évolutifs ? L’exemple du Software Heritage de l’INRIA est à ce titre significatif. Il vise à « collecter tous les logiciels disponibles publiquement sous forme de code source, avec l’historique de leur développement, de les dupliquer massivement pour garantir leur préservation, et de les partager avec tous ceux qui en ont besoin »1, ce qui fait émerger des enjeux classiquement documentaires autour d’un objet qui ne l’est pas traditionnellement (Abramatic et al., 2018).

C’est donc cette confrontation entre objets nativement numériques, hétérogènes, instables, complexes, dynamiques, hybrides et logiques documentaires (collecte, description, classification, partage, diffusion, conservation et archivage…) que nous souhaitons explorer ici, en posant les permanences et renouvellements à l’œuvre, à partir de différents exemples d’objets (données de la recherche, produits culturels, objets scientifiques, objets patrimoniaux, pour ne citer qu’eux…).

Les questionnements suivants pourront notamment être abordés :

  • Comment qualifier un « objet nativement numérique » ? S’agit-il encore d’un document ?

  • Quels enjeux posent ces objets numériques nouveaux pour la pratique documentaire par rapport aux objets documentaires traditionnels ? Ces nouveaux objets échappent-ils à la logique documentaire classique ?

  • Quelles approches en lien avec des dispositifs techniques rendent possibles leur accès, médiation, diffusions, etc. ?

  • Quels acteurs mobilisent-ils ? Dans quels écosystèmes documentaires s’inscrivent-ils ? Quelles nouvelles compétences (documentaires ou autres) nécessitent-ils ?

  • Quelles questions juridiques et éthiques soulèvent-ils ?

Calendrier

  • Janvier 2019 : appel à articles

  • 28 juin 2019 : date limite de soumission des propositions d’articles

  • 2 septembre 2019 : date limite de soumission des articles complets pour expertise

  • 30 octobre 2019 : réponse aux auteurs

  • Entre 15 et 30 novembre : derniers retours des relecteurs sur les articles modifiés

  • 30 novembre 2019 : date limite de réception des versions finales

  • Février 2020 : parution du n° 1 de la revue Balisages

Modalités de soumission et d’évaluation

Les auteurs peuvent au choix :

• Soit transmettre avant le 15 juin un résumé de leur projet d’article (environ 250 mots) accompagné de 3 références bibliographiques et d’une note biographique de l’auteur ou des co-auteurs.

• Soit remettre au 15 juin un texte complet qui ne devra pas dépasser 40 000 signes (notes, bibliographies, mots-clés, résumés, espaces compris).
Les contributions peuvent être soumises au choix en français ou en anglais.

Les propositions d’articles sont à envoyer aux trois coordinateurs de ce numéro thématique, Benoît Epron (benoit.epron@hesge.ch), Nathalie Pinède (Nathalie.Pinede@u-bordeaux-montaigne.fr) et Agnieszka Tona (agnieszka.tona@enssib.fr), ou à l’adresse suivante : balisages@listes.huma-num.fr, au format de leur choix : .doc, .odt ou .md.

Les textes feront l’objet de deux évaluations, selon une double procédure d’évaluation anonyme, par un comité de lecture, dont les membres seront sélectionnés en fonction de leur domaine d’expertise, à réception des articles.

Comité de lecture

Ses membres sont chargés de la procédure d’évaluation en double aveugle. Le comité est renouvelé à chaque numéro thématique en fonction du domaine d’expertise sollicité.

Mokhtar Ben Henda (Université Bordeaux Montaigne)
Anne Cordier (Université de Rouen)
Samuel Goyet (Université Paris 13)
Gérald Kembellec (CNAM – INTD)
Susan Kovacs (Université de Lille)
Olivier Le Deuff (Université Bordeaux Montaigne)
Vincent Liquète (Université de Bordeaux)
Basma Makhlouf (HEG)
Sabine Mas (EBSI)
Arnaud Mercier (Université Paris 2 Panthéon Assas)
Christine Michel (Université de Poitiers)
Sébastien Rouquette (Université Clermont Auvergne)
Alexandra Saemmer (Université Paris 8)
Nolwenn Tréhondart (Université de Lorraine)

1 INRIA. L’archive Sofware Heritage. https://www.softwareheritage.org/larchive-software-heritage/?lang=fr Voir aussi Léa Angeli. (30/06/2016).

Bibliography

Abramatic, J.F., Di Cosmo, R. & Zacchiroli, S. (2018). Building the universal archive of source code. Communication of the ACM, vol. 61 (n° 10), p. 29-31. DOI: 10.1145/3183558.

Barbe, L., Merzeau, L., & Schafer, V. (Eds.). (2015). Wikipédia, objet scientifique non identifié. Nanterre : Presses universitaires de Paris Nanterre.

Delve, J & Anderson, D. (2014). Preserving Complex Digital Objects. London: Facet.

Paloque-Berges, C. (2016). Les sources nativement numériques pour les sciences humaines et sociales. Histoire@Politique, 30 (3), 221-244. DOI : 10.3917/hp.030.0221.

Rifkin, J. & Saint-Upéry, M. (2002). L'âge de l'accès : La révolution de la nouvelle économie. Paris : La Découverte.

Robert, P. & Tona, A. (2016). Du mode d’existence des quasi-objets documentarisés. Hermès, 74 (1), 219-228. https://www.cairn.info/revue-hermes-la-revue-2016-1-page-219.htm.

Robert, P. & Pinède, N. (2012). Le document numérique, un nouvel équipement politique de la mémoire sociale ? Communication & Organisation, 42, 191-201. DOI : 10.4000/communicationorganisation.3948.

Abramatic, J.F., Di Cosmo, R. & Zacchiroli, S. (2018). Building the universal archive of source code. Communication of the ACM, vol. 61 (n° 10), p. 29-31. DOI: 10.1145/3183558.

Barbe, L., Merzeau, L., & Schafer, V. (Eds.). (2015). Wikipédia, objet scientifique non identifié. Nanterre : Presses universitaires de Paris Nanterre.

Delve, J & Anderson, D. (2014). Preserving Complex Digital Objects. London: Facet.

Paloque-Berges, C. (2016). Les sources nativement numériques pour les sciences humaines et sociales. Histoire@Politique, 30 (3), 221-244. DOI : 10.3917/hp.030.0221.

Rifkin, J. & Saint-Upéry, M. (2002). L'âge de l'accès : La révolution de la nouvelle économie. Paris : La Découverte.

Robert, P. & Tona, A. (2016). Du mode d’existence des quasi-objets documentarisés. Hermès, 74 (1), 219-228. https://www.cairn.info/revue-hermes-la-revue-2016-1-page-219.htm.

Robert, P. & Pinède, N. (2012). Le document numérique, un nouvel équipement politique de la mémoire sociale ? Communication & Organisation, 42, 191-201.

Notes

1 INRIA. L’archive Sofware Heritage. https://www.softwareheritage.org/larchive-software-heritage/?lang=fr
Voir aussi Léa Angeli. (30/06/2016). Software Heritage : collecter, organiser, préserver et partager le patrimoine logiciel de l’humanité ? https://inria.fr/actualite/mediacenter/software-heritage-pour-sauvegarder-le-patrimoine-mondial-du-logiciel.

References

Electronic reference

« Appel à articles n° 1 : Les objets nativement numériques : transformations et nouveaux enjeux documentaires ? », Balisages [Online], Online since 19 février 2020, connection on 08 décembre 2021. URL : https://publications-prairial.fr/balisages/index.php?id=266

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