Réticularités de La Chapelle numérique

DOI : 10.35562/balisages.468

Abstracts

Le fonds patrimonial numérisé La Chapelle numérique met en ligne depuis 2015 des documents iconographiques, textuels, audios et vidéos, plans et cartes autour de l’histoire du quartier de la Chapelle, à Paris. Créé et alimenté par la bibliothèque Václav-Havel, ce fonds est valorisé sur les réseaux sociaux numériques (RSN). Le fonctionnement réticulaire de ce fonds auquel contribuent habitants, institutions patrimoniales, artistes locaux, participe à l’ancrage territorial de la bibliothèque, lui donne une identité et encourage une communauté d’intérêt autour de la thématique du quartier. Dans la communication en ligne comme dans la gestion du fonds, c’est le rapport de la bibliothèque à son environnement qui est en jeu. Afin d'analyser la façon dont les stratégies de communication sur les RSN s’appuient sur l’identité de la bibliothèque, ses forces réticulaires, la communauté d’intérêt qu’elle suscite et l’émergence d’une communauté virtuelle et physique, une analyse inspirée des travaux de Niklas Luhmann est proposée. La médiation en ligne du fonds Chapelle numérique est ainsi analysée à l'aune de la relation de la bibliothèque avec son environnement.

The digital collection Chapelle numérique has been giving access since 2015 to iconography, texts, maps, sound recordings and videos related to La Chapelle district, in Paris. Created and supplemented by the Václav-Havel Library, this collection gets promoted through digital social networks. The reticularity of this project, to which inhabitants, institutions, local artists contribute, participates in the library's territorial anchorage, reinforces its identity and encourages a community of interests linked with the theme of the district. With online communication as with the collection’s administration, what is at stake is the relationship of the library with its environment. Niklas Luhmann works is mobilized to analyze how communication strategies on digital social networks rely on the library’s identity, its reticular forces, the community of interests it has created and the emergence of a both physical and virtual community. Chapelle numérique’s online facilitation is thus analyzed in the light of the library’s relationship with its environment.

Index

Mots-clés

La Chapelle, Niklas Luhmann, réseaux sociaux numériques, bibliothèques, démarche participative, ressources libres

Keywords

La Chapelle, Niklas Luhmann, digital social networks, libraries, participative approach, open access resources

Outline

Text

Innovation is not found in technology, but in the way in which, for example, librarian and patron interact. Bednarz Jr [2008, p. 81]

Les bibliothèques sont des institutions qui mettent en réseaux des ressources, notamment documentaires, et créent du lien entre les usagers autour de ces ressources. Afin de mener à bien ces missions sur un territoire donné, les bibliothèques viennent par ailleurs se reposer sur un ensemble de réseaux déjà existants : réseaux d’acteurs institutionnels locaux, réseaux de partenaires possibles, réseaux d’habitants. L'architecture de ces dispositifs interactionnels complexes, sur lesquels s’appuie la bibliothèque, se trouve renouvelée par les possibilités offertes par les outils de médiation numérique et par les réseaux sociaux. Ceux-ci instaurent une nouvelle manière de construire des réseaux et impliquent de repenser la nature même du territoire qu’ils composent : la bibliothèque n’est plus seulement le lieu physique où se retrouvent des documents et un public, mais une infrastructure qui repose sur des liens, comme elle crée des liens.

C’est le cas en particulier de La Chapelle numérique, fonds numérisé sur le quartier de la Chapelle porté par la bibliothèque Václav-Havel, et pour lequel nous proposons ici un retour d’expérience. En amont, sa constitution est inséparable d’autres institutions patrimoniales et de la participation des acteurs non-institutionnels du quartier : habitants de la Chapelle, associations, chercheurs, etc., qui produisent et/ou y déposent des documents d’archives. En aval, la valorisation du fonds ainsi constitué se fait principalement en ligne, via les réseaux sociaux numériques (RSN).

Afin d’assurer la visibilité, la consultation, la valorisation et la mise à jour de ce fonds, la bibliothèque prend appui sur l’émergence d’une communauté physique et virtuelle autour de la thématique du territoire de la Chapelle. Comment les allers-retours entre RSN et réseaux sociaux en présentiel permettent de capitaliser sur l’intérêt que peut susciter cette thématique locale et ainsi favoriser le lien social et l’émergence d’une communauté Chapelle numérique ?

Nous nous proposons de mobiliser l’appareil théorique de Niklas Luhmann pour aborder la thématique locale comme fil d’Ariane des réseaux présentiels et numériques. Nous traitons, dans le cadre de notre retour d’expérience, les échanges avec les internautes, la production de contenus et le remix d’œuvres patrimoniales, et l'ensemble des dispositifs mis en place afin de favoriser les interactions au sein du public et entre le public et le fonds.

La bibliothèque, dans son environnement

Nous disposons, afin de traiter ces questions, d’une littérature scientifique sur la présence en ligne des bibliothèques qui n’est pas pléthorique. Celle-ci repose principalement sur des analyses de la présence en ligne des bibliothèques en termes de gains (attendus) de lien social ou de capital social. Afin de complémenter ces approches, et notamment de mieux aborder les relations d’une bibliothèque à son environnement d’une part, et afin de nous concentrer sur les processus de communication d’autre part, nous nous proposons d’introduire dans l’analyse des concepts issus de la théorie de la modernité de Niklas Luhmann.

Nous trouvons dans un article récent [Slouma et al., 2017] une application des théories du lien social et en particulier une application de Paugam [2016] à la question de la création de lien social par ou via les bibliothèques, avec une attention toute particulière portée aux RSN. Si cette étude porte sur la présence en ligne des bibliothèques universitaires, on peut transposer une partie de ses apports aux établissements de lecture publique. Les auteurs émettent en particulier l’hypothèse suivante : « La présence des bibliothèques sur les réseaux sociaux numériques favorise le lien social entre les usagers de la bibliothèque, entre les usagers et les professionnels et entre les professionnels. » [Slouma et al., 2017, p. 127] L’étude, menée sur la base d’entretiens avec des professionnels des bibliothèques, conclut notamment que « les réseaux sociaux numériques dans leur principe général, convergent vers certains des principes fondateurs du lien social au sens de Paugam » [2016, p. 141] : « le désir de vivre ensemble, la volonté de relier les individus dispersés, l’ambition d’une cohésion plus profonde de la société dans son ensemble » [Paugam, 2016, p. 4, cité par Slouma et al., 2017, p. 141]. Les auteurs nuancent néanmoins en soulignant que les RSN sont à ce titre un moyen supplémentaire, ou nouveau, de poursuivre cet objectif de création ou de pérennisation du lien social : « le lien social préexiste aux RSN [entretien 6] et la présence de la bibliothèque universitaire (BU) sur Facebook ne fait que renforcer ce lien et faciliter les échanges. » [2017, p. 142] Pour les auteurs, la présence des établissements sur Facebook présente quatre bénéfices en termes de lien social : faciliter les échanges avec les publics, renforcer les collaborations entre bibliothécaires, valoriser le divertissement (avec des gains en termes de sociabilité et de convivialité, en particulier entre professionnels et usagers), et enfin renforcer le sentiment d’appartenance à une BU [2017, p. 142]. Si cette étude est précieuse pour ses conclusions concrètes, nous souhaitons élargir notre approche pour aborder la présence en ligne des bibliothèques non plus depuis les seuls objectifs de la bibliothèque, mais dans une perspective qui replace les missions des bibliothèques dans le contexte de leur environnement sociétal.

L’approche en termes de capital social paraît prendre une perspective plus large, dépassant les seuls objectifs programmatiques de la bibliothèque (i.e. renforcer le lien social avec le public, entre les publics, entre les professionnels), et observant la façon dont la bibliothèque peut contribuer dans la société à la production de capital social, i.e. à la production de confiance généralisée – dans la société1. Vårheim et al. [2008] soulignent ainsi que plusieurs mécanismes sont à l’œuvre dans cette production de confiance, pointant en particulier un mécanisme institutionnel lié à la mise en place de politiques publiques et de programmes administratifs, et un second mécanisme lié à la bibliothèque comme espace de rencontres informelles (low-intensive meeting space) entre les usagers [voir aussi Audunson, 2005] :

Le mécanisme qui crée de la confiance généralisée est l’institution bibliothèque elle-même, autant que le fonctionnement de l’espace bibliothèque comme lieu de rencontres de faible intensité. Cela signifie que l’on peut identifier deux mécanismes différents de création de confiance généralisée liés à la bibliothèque publique. Un mécanisme est institutionnel et lié à la mise en place de politiques. L’autre mécanisme émerge de la bibliothèque comme espace de rencontres informelles entre les usagers. [Vårheim et al., 2008]2

Il nous semble qu'une telle analyse de la façon dont les contacts, notamment informels, entre les usagers d’une bibliothèque peuvent avoir un effet positif sur la création de confiance généralisée [Vårheim, 2017], peut s’étendre aux RSN. Si ces derniers viennent transformer la façon dont les gens se réunissent et interagissent dans l’espace public, alors on pourra dans cette perspective s’interroger sur les RSN comme une extension de l’espace de la bibliothèque, où les rencontres, notamment informelles, peuvent mener à une création de confiance dans la société, sous l’impulsion des professionnels des bibliothèques.

Reste que la création de communautés autour de la bibliothèque, la création de lien social ou de capital social sont des objectifs qui débordent largement, et qui préexistent à la présence sur les RSN des bibliothèques publiques. Il conviendra donc de s’interroger sur la façon dont les RSN viennent actualiser ces objectifs, tout en gardant à l’esprit que la communication en ligne d’une bibliothèque est liée à la façon dont elle se définit elle-même, dans ses missions et par rapport à son environnement.

Il nous semble que pour ce faire, une approche dérivée des travaux de Niklas Luhmann, sociologue allemand qui a développé une théorie de la communication et de la différenciation sociétale en termes de systèmes sociaux autopoïétiques opérant sur les événements de communication, pourrait avoir des avantages [Luhmann, 1984, 2011, 2021 ; pour une introduction, voir Ferrarese, 2007]. Cette approche, en abordant les systèmes sociaux comme opérationnellement et informationnellement clos, propose une manière innovante d’analyser les relations d’un système social à son environnement. En d’autres termes, Luhmann nous permet ici de nous pencher sur les opérations du système bibliothèque, en prenant en compte le rôle des bibliothèques dans la société, tout en intégrant l’incertitude liée à l’environnement des bibliothèques dans l’analyse des stratégies de communication de ces institutions. En outre, l’appareil luhmannien permet également d’appréhender les RSN sous l’angle de leur logique propre [voir par exemple Lee et al., 2010].

Luhmann développe une théorie de la société au sein de laquelle les systèmes sociaux (systèmes fonctionnels et organisations) reproduisent la communication [Luhmann, 1992]. En abordant les systèmes sociaux, et donc les bibliothèques (comme organisations, ou systèmes organisationnels) du point de vue de la communication sociale, cette approche permet de se focaliser à la fois sur les opérations de la bibliothèque et sur les rapports de cette dernière avec son environnement. Les difficultés rencontrées par une bibliothèque dans sa communication en ligne peuvent alors être remises en perspective en traitant de la façon dont la bibliothèque se situe dans la société fonctionnellement différenciée. L’hébétude de l’institution sur la position à adopter face aux RSN peut alors s’analyser comme le fruit d’une crise d’autoréférence et d’auto-description, antérieure aux RSN. La communication d’un établissement sur les RSN n’est finalement qu’un moyen parmi d’autres d’essayer d’assurer la poursuite de la communication et des opérations du système bibliothèque. Si l’approche de Luhmann rend difficile une analyse en termes de lien social, on rejoint néanmoins Slouma et al. sur le point suivant : les mécanismes à l’œuvre dans la communication des bibliothèques sur les RSN, assez largement orientés vers l’appréhension de l’environnement sociétal de ces systèmes sociaux, préexistent, au moins en partie, aux RSN.

Dans cette perspective de systèmes sociaux autoréférentiels, l’angle de l’identité de la bibliothèque s'impose. Comment la bibliothèque se situera-t-elle dans un environnement de plus en plus complexe ? Ou dans les termes de Luhmann, comment, dans un environnement fonctionnellement et organisationnellement différencié, la bibliothèque comme système social va-t-elle orienter ses opérations internes dans le but de favoriser la poursuite de la communication ? Et si l’on revient ici à la littérature professionnelle des bibliothèques, on peut observer que ce thème de l’identité y est également prégnant pour la question de la présence en ligne des établissements. Dans les stratégies de présence en ligne des bibliothèques, la littérature professionnelle enjoint souvent à la mise en retrait de l’institution bibliothèque. Plus que sur l’institution, c’est sur la proximité avec les utilisateurs du réseau social qu’il faudrait parier :

Souvenez-vous que les gens voient votre bibliothèque comme un élément parmi d’autres dans leur réseau social. Cela signifie qu’elle est principalement l’équivalent de n’importe quelle autre personne de ce réseau. Alors, parlez comme une personne ! Soyez humain. Laissez tomber le jargon institutionnel. Oubliez le ton formel. [Solomon, 2013, p. 38, voir aussi Dujol, 2014, p. 19]

Il s’agirait donc d’abandonner une « identité numérique institutionnelle » [Dujol, 2014], afin de mieux épouser le fonctionnement des RSN et les opportunités de proximité qu’ils peuvent faire émerger. Lee et al. [2010], dans leur analyse luhmannienne des RSN, argumentent en ce sens. Ceux-ci décrivent en effet les RSN comme un système de réduction de la complexité où chacun (i.e., chaque individu - person) développe un profil, et où la mise en contact des différents profils pourra donner lieu à des liens de friendship. En d’autres termes, pour ces auteurs, « les réseaux sociaux révèlent la capacité de la communication à produire les effets de la personnalité » [2010, p. 49, nous soulignons]. Et de la même manière que chaque individu mettra en scène sa personnalité, une institution sera, sur les RSN, amenée à suivre ce chemin. Le réseau social, à son tour, travaillera à favoriser de manière algorithmique les liens de friendship entre participants ayant développé des profils concordants, assurant ainsi la poursuite de la communication.

Or, l'« identité numérique institutionnelle » que la bibliothèque est sommée d’abandonner laisse derrière elle un grand vide : sur quoi la communication en ligne de la bibliothèque se fera-t-elle, si elle ne se fait pas sur la bibliothèque ? Ainsi que peut le souligner Dujol [2014, p. 13], l’identité numérique institutionnelle est la démarche la plus « naturelle » pour une bibliothèque :

Parce qu’évidente, cette identité numérique institutionnelle est la plus largement adoptée. Elle présente néanmoins l’inconvénient d’être peu lisible, hormis pour les affranchis, sur un web dans lequel l’approche privilégiée est d’abord thématique et subjective, et où partager les mêmes centres d’intérêt prime sur l’institution ou la marque. [Dujol, 2014, p. 13]

En d’autres termes, l’identité numérique institutionnelle peut se révéler opérationnellement insuffisante pour assurer la poursuite de la communication sur les RSN, et la bibliothèque sera amenée à construire un profil plus complexe, multifacettes, dans une approche plus subjective et tournée vers les centres d’intérêt des différents publics. C’est donc une vaste question qui s’impose aux bibliothécaires et à l’organisation : celle des thèmes que pourra aborder la bibliothèque afin d’assurer la poursuite de la communication.

On peut revenir ici à l’approche en termes de capital social évoquée plus haut : de la même façon que la bibliothèque peut favoriser la production de confiance généralisée par des moyens formels (politiques publiques) ou moins formels (relations sociales dans la bibliothèque), elle pourra tenter de poursuivre ces objectifs via les RSN en favorisant les interactions informelles entre la bibliothèque et les lecteurs, et entre les lecteurs eux-mêmes. Pour ce faire, elle sera amenée à multiplier les thèmes de communication, et ainsi les occasions de se lier avec son public, ou de susciter des discussions entre ses followers. La bibliothèque devra alors mobiliser des thèmes de communication qui génèrent déjà de la communication en ligne. On retrouve chez Luhmann une prépondérance des thèmes de communication dans l’appréhension par les systèmes sociaux de la complexité et la variété de leur environnement3.

Avant de nous saisir de l’exemple de la Chapelle numérique, nous nous proposons de nous tourner vers Elbeshausen [2019], qui fournit des clés de contextualisation de la façon dont cette logique de thématisation et de différenciation de la communication s'impose aux bibliothèques. Celui-ci mobilise en effet Luhmann de manière fort pertinente afin de fournir une analyse de l’évolution moderne des bibliothèques danoises dans un contexte de différenciation fonctionnelle. Elbeshausen fait le constat suivant : dans un contexte de différenciation fonctionnelle, les bibliothèques voient leur identité ébranlée. Auparavant manifestations et symboles du pouvoir politique, elles évoluent vers un modèle d’empowerment des populations à travers l'éducation et la connaissance [Elbeshausen, 2019, p. 42]. Ce faisant, elles élargissent leurs domaines de compétence, et connaissent une expansion de leurs fonctions dans la société [ibid., p. 43]. Pour l'auteur, il en résulte une « crise » des bibliothèques qui les met face à un risque de perdre leur cohérence, de devenir un « non-lieu » au sens de Marc Augé, « un espace sans histoire ni identité ». [Ibid., p. 44].

L’analyse d’Elbeshausen repose donc sur le rapport des bibliothèques à leur environnement. Le risque de devenir un non-lieu peut être éloigné lorsque la bibliothèque se donne les moyens de faire face à la complexité de son environnement sociétal4. Pour cet auteur, l’expansion des fonctions de la bibliothèque est alors à la fois une manifestation de la crise que peuvent vivre les bibliothèques (crise d’identité notamment) et une manifestation de la réponse qu’elle est à même de mettre en œuvre pour faire face à la société moderne telle que Luhmann la décrit :

L'expansion évidente des tâches et des fonctions peut être considérée à la fois comme un signe de crise et comme les tentatives de l'institution pour reprendre son élan, développer une compréhension de soi contemporaine et renouveler leur base d'identification. [Elbeshausen, 2019, p. 43]

Abandonnant une identité institutionnelle dans un contexte différencié, comment la bibliothèque pourra-t-elle assurer la poursuite de la communication et éloigner ainsi le risque de devenir un non-lieu sur les RSN, avec une présence en ligne vide de sens et d’identité ? Nous trouvons de nouveau des éléments de réponse chez Dujol, pour qui une démarche alternative, i.e. « la démarche à dominante “connaissance” vise à participer à une communauté d’intérêt sur un thème au nom de la bibliothèque » [Dujol, 2014, p. 13, nous soulignons].

En d’autres termes, on retrouve ici mises en perspective les thématiques, cruciales, de l’auto-référence et de l’auto-description de l’institution [voir Von Foerster, 1978]. La difficulté d’une bibliothèque à définir son identité, notamment en ligne, est liée à l’évolution de la place de la bibliothèque dans une société de plus en plus différenciée. Si une bibliothèque adapte son offre documentaire et de services à son environnement proche, elle devra également établir ses stratégies de présence en ligne en sélectionnant des thèmes de communication qui feront sens dans son environnement.

Réticularités de la Chapelle numérique

Nous nous proposons d’aborder, à la lumière des apports théoriques que nous venons de développer, le cas spécifique de la mise en place d’un fonds local numérisé à la bibliothèque Václav-Havel (75018), exclusivement disponible en ligne. Les exemples et conclusions que nous allons présenter dans ce cadre sont issus d’un retour direct d’expérience sur la mise en place et la gestion de la stratégie en ligne accompagnant la Chapelle numérique. Afin de fournir des données les plus objectives possibles, une analyse des comptes Twitter et Facebook de la bibliothèque Václav-Havel a été menée, à laquelle s’ajoute une analyse qualitative des échanges et interactions sur le projet avec le public et les partenaires. La période couverte court du début de l’année 2016 (lancement de la Chapelle numérique) à aujourd’hui.

Il nous semble pertinent de questionner la présence en ligne du fonds Chapelle numérique dans le contexte plus large du rapport de la bibliothèque Václav-Havel à son environnement : les publics, les partenaires et, plus largement, le tissu local. Cela implique de se pencher sur les stratégies de communication en ligne autour du fonds Chapelle numérique en les mettant en perspective d’une part avec les opérations afférentes à la gestion du fonds lui-même, et d’autre part avec les processus liés à l’ancrage territorial de la bibliothèque. Nous souhaitons notamment avancer l’idée que le thème du quartier de La Chapelle permet à la bibliothèque de bénéficier de bases solides, de communautés préexistantes sur lesquelles appuyer sa communication en ligne.

La bibliothèque Václav-Havel est localisée dans le territoire de La Chapelle qui fait face à de nombreuses problématiques sociales. Le taux de pauvreté y englobe 34 à 41 % de la population, y vivent de nombreuses familles monoparentales (24,4 %)5 et le quartier a connu l’installation et le démantèlement de plusieurs campements d’exilés, dont un aux pieds de la bibliothèque en 2015. Le tissu associatif y est très dense et l’intérêt des habitants pour l’histoire de ce quartier industriel, lieu d’accueil pour les classes populaires et les migrants de toute époque, est réel. La bibliothèque Václav-Havel, de par sa jeune histoire6, se prête assez bien à l’analyse d’Elbeshausen [2019] pour deux raisons. La première, c’est qu’elle est largement organisée autour de la mise en place de services qui, depuis l’ouverture, évoluent constamment avec les attentes et les besoins du public. Cela implique une grande variété dans les programmes d’action culturelle et les services proposés, avec des processus d’essais-erreurs et des expérimentations constantes. La deuxième, c’est que cette bibliothèque a vu le jour à la suite d’une mobilisation forte des habitants du quartier de La Chapelle qui demandaient des lieux de convivialité en opposition à un projet municipal initial largement tourné vers la densification de l’habitat [pour un historique, voir Gardesse & Grudet, 2015]. C’est probablement de là que découle ce mode de fonctionnement de la bibliothèque Václav-Havel : une diffusion de l’information orientée vers les besoins des lecteurs, et un travail sur l’offre d’apprentissage et les services aux citoyens ainsi qu’Elbeshausen les décrit. L’implantation de la bibliothèque dans un quartier politique de la Ville a en effet incité les bibliothécaires à développer nombre de services spécifiques tels que le jeu vidéo, l’aide aux devoirs, des cours de français langue étrangère, une permanence d’écrivain public, une permanence administrative sur le droit d’asile7. En outre, des liens ont rapidement été noués entre la bibliothèque, les habitants et les associations très impliqués dans la vie du quartier, liens qui ont joué un rôle crucial dans l’adaptabilité de la jeune bibliothèque à son environnement.

C’est dans cette perspective de l’ancrage de la bibliothèque Václav-Havel sur son territoire qu’émerge le projet Chapelle numérique, visant à la conquête de nouveaux publics, au renforcement des liens de la bibliothèque avec le tissu local associatif et institutionnel, à la participation active à la mémoire du quartier.

Mis en ligne en 2016, la Chapelle numérique est un fonds constitué de cartes, plans, documents écrits, éphémères et photographies numérisés qui concernent l’histoire du quartier de La Chapelle, à Paris. Les documents sont pour la plupart libres de droits : dans le domaine public et conservés par des institutions patrimoniales, ou sous licence Creative Commons et cédés ou produits par les habitants. Ces derniers sont invités à nourrir les collections par la mise à disposition de photographies personnelles, de témoignages et de documents de toute nature qui peuvent contribuer à raconter l’histoire du quartier. Les associations locales sont amenées à contribuer à l’alimentation du fonds par le biais d’ateliers menés auprès du public. Ce fonds numérisé est accessible via trois sites supports : une carte interactive8, un compte Flickr pour l'iconographie et un compte box pour les documents écrits. La carte Umap, idéale pour montrer un territoire, est pensée comme la principale porte d’entrée du fonds : elle permet une exploration circonstanciée des ressources par lieux sur lesquels sont épinglées et géolocalisées des sélections de textes, images, vidéos, audios rassemblées par thèmes.

Le fonds Chapelle numérique revêt plusieurs spécificités qu’il est utile de souligner pour notre propos. La première, c’est que ce fonds s’entend comme une « collection numérique » au sens de Martin & Bermès [2010, p. 15] :

L’une des principales forces de la collection numérique par rapport à la collection physique est qu’elle peut se constituer à partir d’apports multiples. L’interopérabilité entre les gisements de ressources numériques, lorsqu’elle est techniquement possible et pertinente du point de vue de la politique documentaire que l’on choisit, permet de recréer virtuellement un ensemble cohérent, construit à partir de contributions documentaires dispersées, mais dont le regroupement fait sens. Le concept même de collection reste pleinement opératoire : on réunit des ressources, numérisées par des bibliothèques différentes, dans une discipline donnée, ou pour reconstituer un fonds dont les éléments physiques ont pu être dispersés par les aléas de l’histoire.

Le fonds Chapelle numérique est ainsi né du constat qu’une bibliothèque de quartier, à Paris, possède le double avantage d’être proche de son public, donc en capacité de mettre des collections à disposition des habitants, et d’avoir accès à des fonds patrimoniaux conservés dans d’autres institutions9, donc capable de rassembler des collections initialement éloignées de certains publics. Le fort sentiment d’appartenance des habitants de La Chapelle à leur quartier place alors la bibliothèque dans une position stratégique pour donner au public l’accès à une collection numérique, à constituer, sur le quartier de La Chapelle. La spécificité des collections numériques soulignée par Martin et Bermès [2010] place la bibliothèque (et les bibliothécaires) dans une posture nouvelle : celle de la gestion de collections qui n’appartiennent pas à la bibliothèque, et qui ne figurent pas physiquement dans ses fonds. La bibliothèque, tout en poursuivant ses missions de diffusion du patrimoine, opère une modification de son autoréférence qui va affecter ses opérations.

Une seconde spécificité du fonds Chapelle numérique, qui revêt une pertinence toute particulière pour notre propos, est le fait que l’existence « naturelle » du fonds Chapelle numérique est en ligne. C’est particulièrement important pour nous, car cela implique une forte dépendance du fonds et de son évolution à des processus de médiation et d’éditorialisation, en particulier en ligne, sur les RSN. À considérer avec Martin et Bermès que « la collection numérique nécessite d’être traitée et gérée, tout autant qu’une collection physique, et sans doute davantage. » [2010, p. 15], c’est sur l’articulation de ces processus de gestion du fonds et des stratégies de présence en ligne que nous allons maintenant nous attarder.

La stratégie de présence en ligne du fonds Chapelle numérique obéit à un objectif premier de consultation du fonds. Pour ce faire, les canaux utilisés sont ceux mis en place par la bibliothèque Václav-Havel pour l’ensemble de sa communication : page Facebook, compte Twitter, blog de la bibliothèque. Pas de compte ou page dédiés donc, à l’exception d’un compte Flickr quasiment exclusivement utilisé pour l’hébergement de documents iconographiques, mais dont les fonctionnalités de réseau social ne sont pas exploitées10.

Concernant l’organisation de la présence en ligne, l’équipe n’a pas reçu de formation spécifique et utilise sa propre expérience des RSN pour les publications. La programmation des posts est le fruit d’un travail collectif, via un groupe de travail « communication » qui répartit les tâches, s’accorde sur des plannings et sur le contenu des posts. Cette collégialité permet d’observer une ligne éditoriale souple et adaptative. La communication en ligne sur la Chapelle numérique a pu rencontrer des difficultés en raison de l’écart entre le temps long du projet et les tâches quotidiennes d’une bibliothèque de lecture publique très fréquentée. En conséquence, les grosses opérations d’enrichissement et de valorisation en ligne se font au gré des disponibilités des membres de l’équipe. Sur Twitter comme sur Facebook, un tableau permet de préparer les fils de discussion qui seront publiés sur des sujets concernant le quartier et son histoire. Les posts, dont le contenu fait l’objet de recherches historiques et documentaires poussées, sont rédigés avec un ton léger, décalé et accessible. La recherche documentaire qui précède ces posts, et peut impliquer un temps long, permet de proposer des contenus « nouveaux » qui valorisent la qualité de collection numérique du fonds (hétéroclite et multi-sources). La transformation d’objets patrimoniaux par la réutilisation d’images pour des mèmes ou des gifs contribue à conserver un style non-institutionnel11. L’utilisation de hashtags dédiés comme le #chapnum permet de marquer les posts qui concernent l’histoire du quartier. Enfin, les contenus Chapelle numérique sont régulièrement utilisés pour illustrer sur les RSN la vie de la bibliothèque.

Figure 1. Posts twitter et Facebook de la bibliothèque Václav-Havel, captures d’écran, août 2017 et février 2020

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Sur les RSN, la Chapelle numérique bénéficie de comptes assez bien suivis par une communauté bibliothèque Václav-Havel déjà bien établie à son lancement : 2 051 abonnés sur Twitter, 4 123 abonnés sur Facebook (janvier 2021). Les stratégies de communication de la bibliothèque sont appréciées sur Facebook par une communauté d’usagers, habitants du quartier et de bibliothécaires, notamment du réseau parisien. Sur Twitter, cette communauté s’enrichit de gamers, de professionnels des bibliothèques, et avec l’arrivée de la Chapelle numérique, d’historiens, de chercheurs, de bibliothécaires patrimoniaux suivant ces comptes pour les contenus « quartier de la Chapelle ». Afin de faire vivre la communauté Chapelle numérique, les followers sont interpellés pour parler du quartier, reconnaître des lieux contemporains sur des photos anciennes, soumettre leurs productions, parfois avec des récompenses. Des événements en ligne sollicitant la communauté sont ponctuellement organisés, à l’image d’un concours de photographies des vestiges ferroviaires du quartier ayant reçu quelques dizaines de soumissions.

L'analyse du taux d’engagement sur les posts estampillés #Chapnum traduit une réception quantitativement modeste : sur Twitter comme sur Facebook, une vingtaine de likes pour les publications qui fonctionnent le mieux. Malgré ces résultats, les bibliothécaires perçoivent des effets qualitatifs de la présence en ligne de la Chapelle numérique. Ils notent ainsi lors des actions culturelles estampillées Chapelle numérique la présence d’un public qui suit les comptes en ligne de la bibliothèque, est bien informé du fonds et de la démarche qu’il porte, connaît et visite la carte Umap. En ce sens, il semble que la présence en ligne de la Chapelle numérique réponde assez bien à un enjeu de visibilité au sein d’une communauté Chapelle numérique élargie, plus qu'à celui de l’engagement d’une communauté bibliothèque Václav-Havel. Cette conclusion tend à être corroborée lorsqu’on se penche sur la diffusion et la réception du projet au sein de la communauté professionnelle. À titre d’exemple, une recherche de l’occurrence « Chapelle numérique » dans la barre de recherche Twitter renvoie une trentaine de posts mentionnant le projet, parmi lesquels plus de la moitié (16 sur 31) sont issus de comptes institutionnels ou de professionnels des bibliothèques. Pour cet exemple précis, les comptes à l’origine de ces posts, à la ligne éditoriale très largement orientée sur des thèmes de bibliothéconomie et sciences de l’information, comptabilisent au total plus de 81 000 followers, soit quarante fois l’audience du compte de la bibliothèque Václav-Havel. Sans cette recherche d’occurrence spécifique, cette notoriété est largement invisible au compte Twitter @Bibhavel, dans la mesure où moins d’un quart de ces posts (7 sur 31) taguent la bibliothèque Václav-Havel.

Ces résultats semblent indiquer que le gros de la visibilité de la Chapelle numérique sur les RSN repose sur les relais des partenaires (notamment locaux)12 et des professionnels, i.e. sur des réseaux et communautés déjà existants. Par ailleurs, le pendant professionnel de cette notoriété professionnelle en ligne se traduit dans un second temps par un deuxième effet de notoriété avec une valorisation du projet lors de conférences, journées d’études, formations professionnelles et cursus spécialisés13.

On l’a évoqué, les logiques qui président à la valorisation de la Chapelle numérique sur les RSN ne sont pas sans effets sur la gestion du fonds. In fine, les opérations de gestion du fonds, de valorisation en ligne ou par l’action culturelle, et les échanges avec le public et les partenaires sont très largement interdépendants. La gestion du fonds répond ainsi aux irritations de l’environnement de la bibliothèque : les orientations de programmation culturelle du réseau des bibliothèques de la Ville de Paris, les propositions des partenaires, l’actualité locale et nationale. En outre, les thématiques de communication sur les RSN et les processus d’enrichissement du fonds se répondent : un fil Twitter sur les cinémas disparus de La Chapelle motivera un travail de recherche documentaire et historique ; la découverte via différentes sources d'un ensemble suffisamment conséquent de documents sur l’usine à gaz de la Villette suscitera un travail d’éditorialisation poussé sur les RSN. Ces processus sont parfois même intimement imbriqués lorsque l’action culturelle est pensée nativement en ligne, sur les RSN, et que sa mise en œuvre implique un gros travail de recherche documentaire en amont14. Souvent, à la source de ces opérations d’enrichissement du fonds et de leur valorisation en ligne, les échanges avec le public, les partenaires, les chercheurs jouent un rôle crucial en signalant aux bibliothécaires des clés de recherche. Plus encore, ces interactions, parfois fortuites, participent à la co-construction du fonds avec les habitants du quartier en permettant d’y intégrer des archives privées. Ces interactions peuvent voir lieu en direct15, comme elles peuvent avoir lieu en ligne :

Figure 2. Discussion sous un article du blog « Une médiathèque sur les rails », capture d’écran, avril 2017

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Le thème du quartier est déjà, à de nombreux niveaux, un thème suscitant de nombreux événements de communication : avant que la bibliothèque ne décide de lancer un fonds quartier, et donc de positionner une partie de sa stratégie en ligne sur ce thème, celui-ci fait déjà sens pour les habitants, pour les associations locales, pour les systèmes organisationnels insérés sur le territoire de La Chapelle. En faisant connaître le fonds et les dynamiques qui l’accompagnent (et notamment son enrichissement par des productions du public et des habitants), les RSN multiplient donc les probabilités de partenariats autour du thème du quartier. Cette thématique démontre ainsi sa capacité à porter de la communication en ligne, et à participer à la création et la continuation du lien de confiance.

Conclusion

Afin de traiter de ce qu'on a appelé les réticularités du fonds quartier Chapelle numérique (réseaux de partenaires, réseaux institutionnels, RSN), nous avons mobilisé Niklas Luhmann et un apport théorique qui nous semble permettre de mettre au centre de la réflexion la question, fondatrice de la présence en ligne, de l'identité d'une bibliothèque et de son rapport à son environnement.

Dans son auto-référence, l’identité de la bibliothèque Václav-Havel se construit par sa relation à son environnement et se structure par des services adaptés à son territoire ; cette identité s’exprime notamment en ligne, sur les réseaux sociaux. Par le jeu de la communication et de ses participants, la présence en ligne de la bibliothèque vient améliorer les opportunités de proximité et la probabilité de voir partenaires et habitants participer au projet Chapelle numérique, interagir entre eux et avec le fonds numérisé. La présence en ligne de la bibliothèque avec une forte thématique quartier lui fournit ainsi une visibilité importante au sein des communautés existantes, notamment sur le territoire de la bibliothèque par la communauté d’intérêt qu’elle suscite autour du fonds Chapelle numérique. Les RSN sont donc le point de départ d’une identité numérique qui s’éloigne de l’institution bibliothèque et se crée grâce à l’émergence de la communauté physique et virtuelle. Les stratégies de médiation numérique, en s’appuyant sur des thèmes spécifiques, pourront prétendre favoriser une forme de perméabilité des différents réseaux auxquels la bibliothèque prend part, et ainsi favoriser la coévolution de la bibliothèque avec son environnement.

Pour affirmer cette identité spécifique et dans l’idée d’un projet autonome qui s’appuierait principalement sur les contributions de sa communauté, la marque Chapelle numérique pourrait à terme se détacher de l’identité bibliothèque en se constituant en une plateforme web ouverte, libre et collaborative. La création de comptes dédiés sur les RSN numériques renforcerait cette démarche, pour que le projet Chapelle numérique dépasse le cadre institutionnel, tout en restant piloté par la bibliothèque et en continuant à s’appuyer sur les ressources de sa communauté et à viser la facilitation du lien avec les sources patrimoniales.

1 Voir par exemple [Vårheim et al., 2008], [Vårheim, 2017], [Johnson, 2010] ; pour une mise en perspective des deux approches, voir [Bevort, 2003].

2 Sauf mention contraire, les citations sont traduites par les auteurs.

3 On pense notamment au système politique qui va intégrer les irritations de son environnement sociétal en politisant des thèmes variés [voir

4 L’insertion dans un quartier dont la population est vulnérable et aux besoins variés supposera ainsi une offre de services complète et elle-même

5 Insee, données IRIS 2016.

6 La bibliothèque Václav-Havel a ouvert ses portes le 19 octobre 2013.

7 Voir par exemple Mortain [2016], sur l’exemple de l’offre au public spécifique des réfugiés.

8 La plateforme Umap repose sur les cartes du projet Openstreetmap (< https://umap.openstreetmap.fr/fr/map/chapelle-numerique_41723#15/48.8918/2.373

9 On pourra citer les exemples de la Bibliothèque historique de la Ville de Paris, Les archives de la Ville de Paris, la bibliothèque Forney, l’

10https://fr-fr.facebook.com/BibliothequeVaclavHavel/ > ; < https://twitter.com/bibhavel > ; < https://bibvaclavhavel.wordpress.com/ > ; < https:/

11 Par exemple : < http://gph.is/2iASvgB >. < https://twitter.com/BibHavel/status/1084014645013295104 >.

12 On retrouve ainsi parmi les partenaires « naturels » de la bibliothèque actifs sur les RSN les publics, les associations locales, les partenaires

13 Par exemple : Journée d’étude consacrée au domaine public, Poitiers, mars 2019 ; Table ronde « le Paris des internautes à travers les

14 On peut citer l’opération Nuits de la Chapelle. Originellement exclusivement destinée aux RSN, l’opération a décliné le thème de « la nuit »

15 Ainsi, à plusieurs reprises lors d’animations dans les rues de La Chapelle, des habitants ont spontanément proposé de contribuer au fonds en y

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Notes

1 Voir par exemple [Vårheim et al., 2008], [Vårheim, 2017], [Johnson, 2010] ; pour une mise en perspective des deux approches, voir [Bevort, 2003].

2 Sauf mention contraire, les citations sont traduites par les auteurs.

3 On pense notamment au système politique qui va intégrer les irritations de son environnement sociétal en politisant des thèmes variés [voir Ferrarese, 2007, p. 102].

4 L’insertion dans un quartier dont la population est vulnérable et aux besoins variés supposera ainsi une offre de services complète et elle-même variée, pour permettre à l’institution de faire face à la complexité de son environnement [Elbeshausen, 2019, p. 45].

5 Insee, données IRIS 2016.

6 La bibliothèque Václav-Havel a ouvert ses portes le 19 octobre 2013.

7 Voir par exemple Mortain [2016], sur l’exemple de l’offre au public spécifique des réfugiés.

8 La plateforme Umap repose sur les cartes du projet Openstreetmap (< https://umap.openstreetmap.fr/fr/map/chapelle-numerique_41723#15/48.8918/2.3733 >) et y permet l’adjonction de couches personnelles.

9 On pourra citer les exemples de la Bibliothèque historique de la Ville de Paris, Les archives de la Ville de Paris, la bibliothèque Forney, l’Atelier parisien d’urbanisme, la Parisienne de photographie.

10https://fr-fr.facebook.com/BibliothequeVaclavHavel/ > ; < https://twitter.com/bibhavel > ; < https://bibvaclavhavel.wordpress.com/ > ; < https://www.flickr.com/people/lachapellenumerique/ >. On notera ici que le compte Instagram est peu utilisé pour parler de la Chapelle numérique car la communauté qui suit la bibliothèque sur ce média est plus jeune et moins attirée par l’aspect patrimonial.

11 Par exemple : < http://gph.is/2iASvgB >. < https://twitter.com/BibHavel/status/1084014645013295104 >.

12 On retrouve ainsi parmi les partenaires « naturels » de la bibliothèque actifs sur les RSN les publics, les associations locales, les partenaires d’action culturelle, les professionnels des bibliothèques.

13 Par exemple : Journée d’étude consacrée au domaine public, Poitiers, mars 2019 ; Table ronde « le Paris des internautes à travers les bibliothèques numériques patrimoniales », Journée des pôles associés et de la coopération de la BnF, octobre 2018 ; Cours d’initiation à la médiation numérique et à la cartographie en master à l’École du Louvres et à l’Institut national d’histoire de l’art (INHA).

14 On peut citer l’opération Nuits de la Chapelle. Originellement exclusivement destinée aux RSN, l’opération a décliné le thème de « la nuit » proposé par le réseau des bibliothèques de la Ville de Paris sous la forme de fils twitter, de dispositifs de storytelling et d’éditorialisation de coupures d’articles de journaux à sensation traitant de faits divers nocturnes à La Chapelle. Le travail de recherche documentaire, effectué plusieurs mois en amont et en lien avec la bibliothèque des littératures policières (BiLiPo), a dans un second temps constitué la trame de balades dans la Chapelle avec le public, autour de ces thèmes criminels. Voir < https://twitter.com/search?q=%23nuitsdelachapelle&src=typed_query&f=live >.

15 Ainsi, à plusieurs reprises lors d’animations dans les rues de La Chapelle, des habitants ont spontanément proposé de contribuer au fonds en y versant leurs archives privées : un podcast sur le quartier de la Goutte d’Or par une habitante interpellée par une action hors-les-murs ; des photos de la Libération de Paris en août 1944 prises depuis le balcon de l’appartement par un frère et une sœur ; des photos d’enfance et un témoignage sonore par une habitante ayant passé sa vie rue des roses, à La Chapelle. < https://www.mixcloud.com/BibHavel/madame-h/ > < https://www.flickr.com/photos/lachapellenumerique/26033267320/in/album-72157666366493510/ >.

Illustrations

Figure 1. Posts twitter et Facebook de la bibliothèque Václav-Havel, captures d’écran, août 2017 et février 2020

Figure 1. Posts twitter et Facebook de la bibliothèque Václav-Havel, captures d’écran, août 2017 et février 2020

Figure 2. Discussion sous un article du blog « Une médiathèque sur les rails », capture d’écran, avril 2017

Figure 2. Discussion sous un article du blog « Une médiathèque sur les rails », capture d’écran, avril 2017

References

Electronic reference

Julien Broquet and Manon Maurin, « Réticularités de La Chapelle numérique », Balisages [Online], 2 | 2021, Online since 10 mars 2021, connection on 23 septembre 2021. URL : https://publications-prairial.fr/balisages/index.php?id=468

Authors

Julien Broquet

Responsable réseaux sociaux, Médiathèque Manufacture, Ville de Nancy

Manon Maurin

Responsable du pôle jeux vidéo et médiation numérique, Bibliothèque Václav-Havel, Ville de Paris

Copyright

CC BY SA 4.0