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>La psychologie politique : le retour d’une discipline inattendue</title
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>Alexandre Dorna</name
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>Professeur à l’Université de Caen</affiliation
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>2020-10-20T11:25:00</date
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>6-9</dim
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>01/10/2001</date
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>50</idno
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>Version Métopes : 2.3</p
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>Written by OpenOffice</p
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>La psychologie politique : le retour d’une discipline inattendue</titlePart
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>Alexandre <hi
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>Dorna</hi
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>Professeur à l’Université de Caen</affiliation
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>mailto:a.dorna@free.fr</ref
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><p
style="txt_Normal"
>La psychologie politique est devenue progressivement une nouvelle discipline universitaire et un carrefour (<hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Dorna</hi
> 1989) pour l’ensemble des Sciences Humaines.</p
><p
style="txt_Normal"
>En France, s’est constituée au mois de novembre 1999, à l’Université de Caen, l’Association Française de Psychologie Politique (AFPP), après quelques années de tâtonnements et des publications dans diverses revues universitaires<note
n="1"
place="foot"
style="txt_Note"
type="standard"
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><p
> Numéros spéciaux des revues sur la psychologie politique en France : <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Apfelbaum</hi
>, E., <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Dorna</hi
>, A., et <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Besnier</hi
>, J.-M., (1989), « Individus et politique », <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>Hermès</hi
>, n° 5/6 ; <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Dorna</hi
> A., et <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Ghiglione, </hi
>R., (1990), « Les psychologues politiques », <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>Psychologie française</hi
>, n° 35 ; <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Amerio,</hi
> P., et <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Larrue, </hi
>J., (1991), « Psychologie sociale de la vie politique », <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>Revue internationale de psychologie sociale</hi
>, n° ¾ ; <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Dorna,</hi
> A., et <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Chabrol</hi
>, C., (1994), « Le psychologique et le politique », <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>Connexions</hi
>, n° 64 ; <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Meyer-Bischt,</hi
> P., et <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Dorna</hi
>, A., (1996), « Démocratie et personnalité démocratique » <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>Hermès</hi
>, n° 19 ; <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Dorna</hi
>, A., (1998) « Psychologie et politique », <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>Bulletin de psychologie</hi
>, T. 51, n° 1 ; <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Dorna</hi
>, A., (à paraître), « Charisme et démocratie », <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>Bulletin de psychologie </hi
>; <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Baugnet,</hi
> L., et <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Dorna</hi
> A., <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>et al</hi
>., (à paraître), « La psychologie politique et l’identité sociale ».</p
></note
>. Un bulletin trimestriel, « Politeia », relie ses membres et constitue l’embryon d’une future revue électronique : Les cahiers de psychologie politique.</p
><div
type="section1"
><head
style="T_1"
subtype="level1"
>À la recherche de la psychologie politique</head
><p
style="txt_Normal"
>Les antécédents de la psychologie politique sont anciens, puisque ses traces remontent à la tradition gréco-latine. En France, les premiers travaux, à la fin du XIX<hi
rend="sup"
style="typo_Exposant"
>e</hi
> siècle, portent sur les conséquences sociales et politiques de l’industrialisation : les foules, les nationalismes, le terrorisme, la criminalité, la violence. Après une véritable éclipse, certains chercheurs (<hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Adorno</hi
>, <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Sperber</hi
>, <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Fromm</hi
>, <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Tchakotine</hi
>, <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Reich</hi
>) reviennent d’une autre manière, devant la montée du fascisme et de l’autoritarisme, à l’orientation originale de l’approche.</p
><p
style="txt_Normal"
>Puis, un long silence est imposé par la recherche quantitative et la « normalisation méthodologique des sciences sociales ». Or, ces derniers lustres, progressivement, les sciences sociales, à force de spécialisation, ne sont plus en mesure d’assurer leur propre cohérence épistémologique, leur consistance méthodologique et leur volonté idéologique, devenant ainsi une sorte d’archipel de connaissances ponctuelles. En somme : la formalisation et la mathématisation de la pratique théorique ont déformé et surdéterminé les objets d’étude.</p
><p
style="txt_Normal"
>C’est le syndrome des « micro-théories », la fétichisation de la méthodologie quantitative par l’emploi indiscriminé de la statistique. À force d’imposer à la recherche de l’humain un carcan institutionnel expérimental issu des sciences naturelles et une spécialisation extrême, le résultat est un effet pervers dont les conséquences sont contraires à l’esprit de la science : enfermement disciplinaire, rigidité conceptuelle, abstraction virtuelle de la réalité, cloisonnements thématiques, auto-reproduction des modèles de laboratoire, formation des élites excluantes, manque de dialogue inter-disciplinaire, bureaucratisation. Bref, un nuage de petites théories qui polluent la vision d’ensemble. Ce phénomène n’est pas que l’apanage des sciences sociales. J.-P. <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Lévy-Leblond</hi
>, physicien, rappelle que nous vivons en matière de science sur l’héritage et les acquis du XIX<hi
rend="sup"
style="typo_Exposant"
>e</hi
> et des débuts du XX<hi
rend="sup"
style="typo_Exposant"
>e</hi
> siècle. Pourtant les micro-théories continuent à se multiplier.</p
><p
style="txt_Normal"
>La politique, elle-même, devenue technicienne et gestionnaire, « navigue » à vue, faute d’une orientation générale. D’où la sclérose du système politique moderne et l’affaissement de la démocratie représentative. Pis encore, les questions refoulées de jadis rodent actuellement aux portes des cités affaiblies : nationalisme, autoritarisme, populisme, dans l’attente de leaders providentiels (<hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Dorna</hi
> 1998, 1999). D’où le malaise qui traverse l’opinion publique et remet en cause les centres vitaux de la modernité : la raison et la science.</p
><p
style="txt_Normal"
>Le retour de la psychologie politique s’est imposé ainsi, sous la forme d’une ré-ouverture et d’un dialogue interdisciplinaire (<hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Wallenstein</hi
> 1996). Il s’agit d’une (re)prise en compte de la transversabilité de la connaissance, du caractère concret des problèmes, de leur dimension historique, et de la relation étroite entre le rationnel et l’affectif.</p
><p
style="txt_Normal"
>Paradoxalement, les premières tentatives de réponse ne sont pas venues de la psychologie, mais des disciplines voisines : la sociologie et les sciences politiques. Plusieurs penseurs ont reposé les jalons d’un retour à la subjectivité. <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Foucault</hi
> a ouvert (indirectement) la route, <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Habermas</hi
> ré-introduit la question de la communication, tandis que la réflexion de <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Dumont</hi
> sur l’individualisme et l’holisme éclaire l’enjeu du sujet. Quant à <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Girard</hi
> ses contributions sur le bouc émissaire et la pratique sacrificielle ouvrent de nouvelles perspectives. Impossible d’oublier l’acuité du regard d<hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>’Elias</hi
> sur la dynamique de l’Occident. Si ces penseurs ne sont pas sur les mêmes registres épistémologiques, ils expriment, sans doute, une aspiration commune pour combler le vide psychologique laissé par le rationalisme et la pensée technicienne.</p
><p
style="txt_Normal"
>Une réflexion qui marque le point de retour est celle d’A. <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Touraine</hi
> lorsqu’il écrit en 1984 : « La crise de la sociologie porte sur sa définition même ». […] Plus loin, il ajoute : « Le temps des émotions, au sens psychologique comme au sens historique ancien de ce mot, est revenu. […] Il nous faut rompre avec cet objectivisme auquel nous étions si accoutumés ». Et enfin, non sans ambiguïté <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Touraine</hi
> déclare : « Aujourd’hui s’opère le passage d’une image cosmocentrique à une image anthropocentrique de la vie sociale ».</p
></div
><div
type="section1"
><head
style="T_1"
subtype="level1"
>La psychologie politique : une mosaïque à sept visages</head
><p
style="txt_Normal"
>Faute d’un paradigme fédérateur en sciences sociales, la psychologie politique, colporte, depuis très longtemps, un projet intégrateur pour l’ensemble des connaissances politiques humaines.</p
><p
style="txt_Normal"
>Si l’inventaire à faire est long, certains noms sont incontournables dans la rétrospective à réaliser : E. <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Boutroux</hi
> ; H. <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Berr</hi
>, P. <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Lacombe</hi
>, C. <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Seignobos</hi
>, A. <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Xenopol</hi
>, F. <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Simiand</hi
>, P. <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Mantoux</hi
>, C. <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Bouglé</hi
>, sans oublier d’évoquer des grandes figures de la philosophie et de la sociologie classiques, dont <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Weber</hi
> est devenu la référence obligée. Et, plus proche de la psychologie (historique), Ignace <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Meyerson</hi
>, dont l’œuvre reste mal connue, parce qu’elle invite à un programme de recherche « téméraire », selon l’expression utilisée par J. <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Brunner</hi
> (1996) qui en fait l’éloge. Faut-il dire, également, qu’elle fait le pont avec celle d’autres penseurs, apparentés à l’approche psycho-politique : <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Vidal-Naquet</hi
>, <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Vernant</hi
>, <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Detienne</hi
>, <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Jaerger</hi
>, <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Thompson</hi
>, <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Dodds</hi
>…</p
><p
style="txt_Normal"
>Forte d’un tel héritage théorique et culturel, la psychologie politique a de quoi se montrer composite, large et plurielle. Rien d’étonnant donc d’y trouver plusieurs orientations. J’en décrirai sept. À savoir :</p
><list
type="unordered"
><item
style="txt_Liste_1"
>a) Une première orientation qui s’exprime dans la psychologie sociale : la psychologie politique ne serait que l’application de ses « micro-théories » expérimentales au champ politique. Le risque est ici de faire croire que la psychologie politique est la fille d’une psychologie de laboratoire. Tentative de récupération ou ignorance de l’histoire des idées sociales ?</item
><item
style="txt_Liste_1"
>b) Une deuxième orientation (dérivée de la première) qui assimile la psychologie politique à l’étude des idéologies. Il y a là quelque parenté avec la démarche kantienne de la qualité éthique de la société et de la critique cognitive de la réalité. Elle postule un système rationnel de références, sous la forme de croyances, attitudes ou représentations, profondément ancrées dans l’appareil cognitif des individus.</item
><item
style="txt_Liste_1"
>c) La troisième orientation prétend jeter un « pont » entre psychologie et politique, mais sans s’assigner la tâche d’en faire la synthèse. Il s’agit ainsi d’analyser les relations entre la structure générale de la société et la structure psychique des individus et des événements historiques incarnés par des hommes politiques.</item
><item
style="txt_Liste_1"
>d) La quatrième orientation traite des « troubles » et des « perturbations » sociaux. La psychologie politique doit ainsi répondre à des questions exceptionnelles : les crises, les révolutions, les grandes pathologies sociales, etc. C’est la perspective d’une psychologie sociale « clinique » qui s’intéresse de près à l’étude du changement social et de ses conséquences sur l’individu. Elle porte la marque d’un « bricolage épistémologique » devant l’urgence.</item
><item
style="txt_Liste_1"
>e) Une cinquième orientation utilise comme mot-clef la notion de polémique au sens étymologique et figuré du terme : la guerre et toutes les manifestations symboliques qui en sont proches. La politique étant le prolongement de la guerre par d’autres moyens, selon la célèbre maxime de <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Clausewitz</hi
>. Mais, également, les questions qui lui sont associées : la propagande, le discours, le conflit, les négociations, la paix.</item
><item
style="txt_Liste_1"
>f) La sixième orientation est celle de la critique et de l’engagement des acteurs. Certains chercheurs déclarent que les vrais rapports entre le politique et la psychologie sont ceux de l’inclusion : car ces rapports sont inéluctablement politiques. Le psychologue politique l’est avant tout en tant que citoyen. Évoquer la « neutralité » de l’expert leur semble inacceptable, même scientifiquement. C’est méconnaître les déterminismes sociaux. Certes, peut-on rétorquer, « tout n’est pas politique » mais c’est dire que toute méthode est discutable et qu’aucune n’a un statut immuable et recèle encore moins de vérité révélée. De fait, les méthodes sont des procédés d’argumentation, les théories ne sont que de grandes métaphores et leur valeur de vérité est toute relative.</item
><item
style="txt_Liste_1"
>g) Enfin, il y a une septième orientation qui s’avance masquée : la psychologie politique ne serait qu’une version bâtarde d’une question encore plus générale : la psychologie collective. L’impossible dissolution (<hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Bergson</hi
> y a quelque part !) des couples, sujet-objet, cause-effet, individu-société et raison-émotion, ne peut trouver de réponse qu’au niveau des mécanismes collectifs. C’est l’approche postmoderne par excellence, laquelle se frotte peu avec la question politique elle-même, et la contingence des comportements sociaux.</item
></list
></div
><div
type="section1"
><head
style="T_1"
subtype="level1"
>La pertinence d’une problématique psychopolitique</head
><p
style="txt_Normal"
>Le retour de la psychologie politique peut s’interpréter, dans les grandes lignes, à partir de deux critères : ce que les psychologues politiques font, et ce que la réalité politique leur propose comme défis. Mais il est difficile de se faire une idée claire de ce que font véritablement les chercheurs en psychologie politique et encore moins de clarifier pourquoi ils le font.</p
><p
style="txt_Normal"
>En revanche, une tout autre interprétation se pose lorsque la question consiste à s’interroger sur les « urgences » de la société in situ. Ainsi, je propose à titre personnel un point de vue sur la demande actuelle. À savoir :</p
><list
type="unordered"
><item
style="txt_Liste_1"
>a) Première urgence (<hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Dorna</hi
> 1994, 2001) : établir le diagnostic de la crise contemporaine. Comprendre les changements et les mécanismes des crises fait partie de l’enjeu de la psychologie politique. Cette crise est d’autant plus profonde qu’elle résulte d’un télescopage des crises préalables. Une telle démarche n’a pas encore été clairement envisagée. Fort heureusement. Les travaux récents de <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Garzon</hi
> et <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Seoane</hi
> (1996) proposent un modèle général sur les croyances « post-modernes ». La dimension politique est le reflet de la volonté et la direction de ce que les hommes veulent à un moment donné, tandis que la dimension culturelle correspond à leurs représentations du monde et que la dimension sociale n’est pas autre chose que l’expression de leurs sentiments. Aussi, les études en psychosociologie clinique menées par <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Barus</hi
>-<hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Michel</hi
>, <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Giust-Desprairies</hi
>, <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Ridel</hi
> (1996), E. <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Enriquez</hi
> (1991), V. <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>De Gaulejac</hi
> et <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Shirley</hi
> (1993) se sont-elles penchées sur les conséquences psychologiques des crises. Pourtant, la question demeure. Ce qui fait défaut à ces analyses est l’articulation du psychologique, du sociologique et du politique. La raison en semble évidente : ce sont les limites d’une approche de psychologie individuelle soit clinique soit « sociale ». En conséquence, pour mieux faire, une réorientation méthodologique s’impose : il s’agit d’une crise du fonctionnement de la démocratie représentative, mais également de la théorie, de la structure institutionnelle du système parlementaire, des partis politiques et de la dynamique de la participation citoyenne.</item
><item
style="txt_Liste_1"
>b) Deuxième urgence : l’étude de stratégies de reconstruction de la mémoire sociale. La mémoire collective est un des plus riches chantiers dont dispose la psychologie politique actuellement. Si les sources en sont anciennes, l’actualisation en cours tisse une toile très étendue qui englobe d’autres disciplines anciennement proches, mais jusqu’à présent cloisonnées par les structures académiques. Ces dernières années, dans le cadre de la psychologie sociale et clinique, de nombreuses études montrent la voie : <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Namer</hi
> (1987), <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Jodelet</hi
> (1992), <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Rouquette</hi
> (1994), <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Hass</hi
> (1997), R. <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Debray</hi
> (1998), A. <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Kiss</hi
> (1999) mettent en relief d’une manière très pertinente le rôle et la portée de la mémoire dans les contextes politiques. Par ailleurs, la mémoire collective peut être perçue comme un espace stratégique de résistance. L’histoire est un enchaînement de souvenirs faits d’images, dont le pouvoir et la politique se servent, soit pour les effacer, soit pour les utiliser comme des drapeaux ou les ritualiser. D’où l’observation classique : l’avenir n’est que le reflet de la manière dont le passé est traité.</item
><item
style="txt_Liste_1"
>c) Troisième urgence : l’inépuisable chantier du discours politique. Si les travaux sur le discours politique se sont multipliés ces dernières années, leurs résultats restent limités. Les références en témoignent : <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Cotteret</hi
> (1973), <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Guespin</hi
> (1984), <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Bellenger</hi
> (1992), <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Brechon</hi
> (1994), <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Breton</hi
> (1996), <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Trognon</hi
> et <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Larrue</hi
> (1994). Dans le cadre de la « communication contractuelle » (<hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Ghiglione</hi
> et al. (1986), <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Ghiglione</hi
> et al (1989), <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Dorna</hi
> et <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Ghiglione</hi
> (1990), <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Dorna</hi
> (1995), <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Ghiglione</hi
> et <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Bromberg</hi
> (1998), et les avancées sont assez significatives. Le discours est ici un processus dialogique en construction. Le postulat de base se résume ainsi : toute parole est à visée persuasive. Or, force est de constater qu’une des limites de l’ensemble de ces travaux reste le manque de statut de l’émotion. Certes, la reconnaissance d’une intentionnalité demeure, mais leur traitement purement cognitif ne sait que faire de la partie affective. La tâche reste donc inachevée.</item
><item
style="txt_Liste_1"
>d) Quatrième urgence : le débat démocratie et république. Ce chantier est ouvert. Le système démocratique représentatif moderne (<hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Manin</hi
> 1995) est une savante alchimie de régimes politiques contradictoires. Un compromis entre l’autoritarisme monarchique et le libéralisme utopique. Et si la démarche moderne reste incertaine, l’ancienne est encore enracinée. La raison en est simple et la forme complexe. À la différence d’hier, le monde d’aujourd’hui se précipite vers l’avenir sans se donner le temps de saisir le présent ni de se souvenir du passé. Les points de repère à l’échelle individuelle ne sont pas semblables à ceux de l’échelle collective. La perception est proche, mais virtuelle. C’est une charge psychologique de vouloir percevoir le monde dans sa globalité contradictoire. D’où l’effritement des valeurs communes : la morale et la politique se cherchent dans un jeu de cache-cache. C’est une impasse où l’idéal grec de la vertu s’est transformé en simple vœu et le courage en résignation.</item
><item
style="txt_Liste_1"
>e) Cinquième urgence : l’ambiguïté démocratique et le machiavélisme. Question actuelle qui renvoie au prétendu amoralisme de la pensée machiavélique. Car l’ambiguïté des situations de crise rend la morale insaisissable. Le mérite de Machiavel consiste probablement à avoir observé avec acuité, dans un contexte bouleversé, les rapports des hommes politiques au pouvoir, de ces mêmes hommes par rapport à d’autres hommes, et éclairé ainsi la zone d’ombre qui couvre les passions humaines et rend (trop) subtils les raisonnements rationnels. Enfin, la société est-elle en train de vivre une transformation de morale au sein de la crise de la démocratie représentative moderne ? <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Christie</hi
> et <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Geis</hi
> (1979) avancent une hypothèse expérimentale : l’individu manipulateur tire un maximum de bénéfices d’un comportement rationnel stratégique. Après un programme d’expériences, l’élaboration d’une échelle permet d’identifier le type machiavélique et les situations dans lesquelles son influence est la plus performante. Quelques expériences à l’Université de Caen (<hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Dorna</hi
> 1996), ont en partie corroboré les résultats obtenus par les expériences américaines. Mais, leurs objectifs portent sur de nouvelles situations. Schématiquement, les résultats indiquent que le machiavélisme politique s’établit ainsi : droite &gt; centre &gt; apolitique &gt; gauche. Certes, les différences sont minimes, mais elles existent. Il y a là des pistes à explorer plus en détail. D’ailleurs, il y a quelques différences dans la structure de leurs discours : les machiavéliques ont une structure plus marquée par les verbes factifs que par les verbes déclaratifs. Ils personnalisent davantage leurs discours, utilisent plus de modélisations. Plus originales sont deux observations qualitatives : d’une part, on convainc mieux ses pairs, d’autre part, on est plus convaincant quand on part d’une position critique.</item
><item
style="txt_Liste_1"
>f) Sixième urgence : charisme et populisme. Le retour des phénomènes populistes et charismatiques interpelle à nouveau la psychologie politique. Le mouvement populiste s’incarne toujours dans une des figures les plus classiques du maître : l’homme providentiel charismatique. Là se trouve une notion capitale qui traverse l’histoire politique de l’humanité. C’est le jeu de la séduction et du savoir-faire, la finesse dans l’esquive, le contact direct et chaleureux. La dimension anti-dépressive n’est pas absente (<hi
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>Dorna</hi
> 1998). Mais le populisme reste un phénomène méconnu (<hi
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>Dorna</hi
> 1999), éruptif et presque éphémère, dont la forme émotionnelle l’emporte sur la parole réfléchie. Il y a, aussi, l’appel au peuple. L’homme populiste s’adresse à tout le peuple, mais surtout à ceux qui n’ont pas de pouvoir, ceux qui subissent en silence l’impasse et la misère. C’est là sa force et sa raison d’être. Les symboles jouent un rôle de reconnaissance, formidablement accéléré par l’espérance d’un retour à l’équilibre d’antan.</item
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>Un mot pour la fin ? La tâche de notre temps</head
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>La psychologie politique, dans le cadre de la reconstruction des Sciences Humaines, est la tâche théorique et pratique de notre temps, dans le but de proposer une alternative à la fois épistémologique et sociale. Peut-elle y contribuer, utilement, face à l’émiettement des connaissances en sciences sociales, et face à l’ambiguïté de la praxis politique dans une période de crise globale ? J’en suis persuadé, mais à condition de prendre à contre-courant les approches académiques en vogue : au lieu de partir des « microthéories » déjà standardisées, il (nous) faut partir de problèmes concrets, dont certains ont été (rapidement) évoqués. Voilà notre utilité et ce qui donne son sens à une psychologie politique universitaire et citoyenne. Il y a là un projet analytique et une pratique pédagogique, face à l’aliénation quotidienne qui guette l’être humain moderne. Enfin, faut-il rappeler avec <hi
rend="small-caps"
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>Pascal</hi
> que la logique de la raison dérape sans la logique du cœur. C’est là que se trouve l’impasse épistémologique des sciences politiques, et son reflet sur le terrain de la pratique : l’impuissance des élites au pouvoir et le statu-quo qui transforme le malaise « psychologique » qui caractérise les moments d’incertitude en vraie crise sociale et politique.</p
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>Références bibliographiques</head
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