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>Monique Amirault, Bricoleur de réel. Gaston Chaissac, épistolier, Éditions Navarin/Le champ freudien, 2017.</title
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>2020-11-30T09:53:00</date
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>42-43</dim
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>01/05/2017</date
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>120</idno
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>Version Métopes : 2.3</p
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>Written by OpenOffice</p
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who="Laetitia Le Couedic"
>Révision</change
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>Monique <hi
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>Amirault</hi
>, <hi
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>Bricoleur de réel. Gaston Chaissac, épistolier</hi
>, Éditions Navarin/Le champ freudien, 2017.</titlePart
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><quote
style="txt_Epigraphe"
>« […] je suis un artiste et c’est incurable. Je suis capable de faire des choses que tout le monde ne peut pas faire, par conséquent il m’est difficile de faire ce que tout le monde peut faire. »<lb
></lb
>G. <hi
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style="typo_SC"
>Chaissac</hi
>, cité par F. <hi
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>Fauconnet-Buzelin</hi
> dans sa biographie</quote
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><author
>Monique <hi
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>Amirault</hi
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>, <title
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>Bricoleur de réel. Gaston Chaissac, épistolier</hi
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>, Éditions Navarin/Le champ freudien, 2017.</bibl
><p
style="txt_Normal"
>Avant de lire <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>Bricoleur de réel</hi
>, je ne connaissais de Gaston <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Chaissac</hi
> (1910-1964) que ses peintures et totems aux compositions saisissantes. Contemporain et ami de Jean <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Dubuffet</hi
>, ce peintre/plasticien a débuté à l’âge de vingt-six ans dans une période d’errance et de mal-être qui l’a conduit à fréquenter diverses institutions de soin. Cela lui a souvent valu d’être classé dans l’art brut, ce qu’il récusait.</p
><p
style="txt_Normal"
>Du sujet <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Chaissac</hi
>, je ne savais rien, ou si peu. Dans un texte signé du même auteur, Monique <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Amirault</hi
>, psychanalyste membre de l’ECF, j’avais découvert l’étonnante déclaration d’amour platonique du peintre à l’institutrice qui allait devenir sa compagne et comment ces deux-là allaient trouver à faire couple avec et malgré le symptôme pour le moins envahissant que constituait une pratique artistique hors norme. De celui dont elle partage alors l’existence, Camille <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Guilbert</hi
> écrira qu’il « mange comme un sauvage affamé, se vêt à la diable et galope à travers champs comme un fou, peint et écrit comme un enragé jusqu’à épuisement<note
n="1"
place="foot"
style="txt_Note"
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><p
> <ref
target="https://www.fairecouple.fr/pour-lamour-de-lart-camille-et-gaston-par-monique-amirault/"
><hi
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style="typo_souligne"
>https://www.fairecouple.fr/pour-lamour-de-lart-camille-et-gaston-par-monique-amirault/</hi
></ref
>.</p
></note
>. »</p
><p
style="txt_Normal"
>À la lumière du dernier enseignement de <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Lacan</hi
> sur le Réel, l’auteure nous invite à découvrir celui qui se revendiquait peintre, épistolier et poëte. Et inclassable ! <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Chaissac</hi
>, nous dit-elle, pratique son art « comme une nécessité impérieuse et souvent douloureuse » (p. 24).</p
><p
style="txt_Normal"
>Le style de Monique <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Amirault</hi
> est vif, mêlant habilement extraits de lettres et éclairage théorique. Sans s’attarder sur les éléments biographiques, elle décrit l’enfance du peintre, petit dernier chétif d’une mère désargentée et délaissée par son mari artisan-cordonnier. Quelques indices font penser que l’ordre symbolique n’est pas au programme. Enfant, Gaston ne paraît s’enraciner nulle part, ne trouve pas à loger son être à l’école et passe un temps infini à observer ce qui l’entoure, à califourchon sur un mur. L’écriture, déjà, le travaille et son corps est la proie de maux mystérieux qui entravent sa croissance. À l’adolescence, il échoue à s’orienter dans un métier, malgré sa fascination pour ce qui, plus qu’une profession, constitue pour lui une promesse de jouissance illimitée. Ce qu’il entrevoit ainsi de lui, à l’aube de sa vie d’adulte, le fera fuir mais il n’aura de cesse d’y revenir et de le traiter par l’acte créateur voué à cerner au plus près ce qui se jouit et le hante.</p
><p
style="txt_Normal"
>La mort de sa mère, raconte l’auteure, le laisse sans recours. Il est à la charge de ses frères et sœurs qui l’hébergent. Fragile et apragmatique, il semble perdu.</p
><p
style="txt_Normal"
>C’est, semble-t-il, la contingence d’une rencontre avec ses voisins parisiens qui le fait devenir peintre. Touchés par le désarroi de ce garçon étrange et incapable de subvenir à ses besoins, Otto <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Freundlich</hi
> et Jeanne <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Kosnick-Kloss</hi
> l’invitent à dessiner. « Un maître nous est né. » (p. 30) dira <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Freundlich</hi
> en reconnaissant la marque d’un talent qui ne demande qu’à être cultivé. Monique <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Amirault</hi
> pointe la portée oraculaire d’une parole qui oriente <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Chaissac</hi
> dans l’existence en lui fournissant la boussole d’un signifiant-maître. « Il peut dès lors donner un nom à sa maladie de vivre, à son anomalie, à son être d’exception. » (p. 30.) Elle note l’effet de rebroussement produit par ce signifiant : « Son anormalité, son déséquilibre se « rebroussent » en atouts, deviennent la condition de sa qualité d’artiste, son blason. » (p. 32.) Voilà qu’il se met à peindre des personnages aux corps ravaudés, aussi malmenés que le sien, qu’il construit des totems à partir de rebuts, qu’il dessine, sur des papiers d’emballage, des bonhommes cernés d’écriture. Tout est prétexte à créer. Une souche tordue, des épluchures de patate qui, peut-être, font écho à son être de déchet…</p
><p
style="txt_Normal"
>Mais l’oracle, en produisant un maître, lui impose de témoigner de son art. Dans ses correspondances, il décrit comment <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>ça</hi
> s’impose à lui à partir, par exemple, d’une serpillière mouillée qu’il jette au sol pour, ensuite, en tracer les contours à la craie, prélude à un nouveau personnage. <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Chaissac</hi
> se laisse faire par ce qui surgit, il s’y soumet. Étrange servitude qui est sa réponse de sujet non dupe. Monique <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Amirault</hi
> montre comment l’art sera, pour lui, une sublimation réussie, à partir des coordonnées qui déterminent sa jouissance. Je n’en dirai pas plus pour laisser la découverte au lecteur.</p
><p
style="txt_Normal"
>En s’imposant à lui, le signifiant « artiste » paraît avoir capitonné ce qui, depuis toujours, le laissait désarçonné, une langue déchaînée, pure jouissance dont il n’était pas maître. Mais être artiste ne suffira jamais à définir celui qui cherchait à habiller son être sans se faire épingler par l’autre. En témoignent les innombrables appendices qui accompagnent les signatures de ses lettres et les pseudonymes qu’il décline à l’infini. À <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Queneau</hi
>, il écrira, en 1946 :</p
><quote
rend="quotation"
style="txt_Citation"
>« Je ne me dis pas artiste, je ne me dis pas poëte<note
n="2"
place="foot"
style="txt_Note"
type="standard"
xml:id="ftn2"
><p
> L’orthographe d’origine a été conservée.</p
></note
>, mais je me sens artiste, je me sens poëte parfois. Je me sens paysan. Je me sens traceur de piste, guide. Je me sens dompteur. Je me sens prêtre. Je me sens voyageur. Et je me sens surtout le spectateur d’une pièce où tous les hommes et tout ce qui existe sur terre, jouent un rôle. Je me sens un soldat qui doit lutter pour la paix. Je me sens tout… » (p. 24.)</quote
><p
style="txt_Normal"
>Si peindre est une assignation de l’autre, l’écriture est son choix qu’il revendiquera. Quand il ne peint pas, <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Chaissac</hi
> écrit des textes protéiformes (poèmes, contes, lettres et calligrammes à sa façon), d’une écriture qu’il veut libérée de la dictature de la grammaire, de l’orthographe et de la ponctuation. Monique <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Amirault</hi
> explore minutieusement son rapport à la langue, à travers ses productions épistolaires. Pour elle, <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Chaissac</hi
> n’a pas renoncé à <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>la langue</hi
> et à la jouissance de sa matérialité. Lui-même raconte, dans une lettre, la manière dont il a incorporé la langue de sa mère :</p
><quote
rend="quotation"
style="txt_Citation"
>« Lorsque j’étais gosse et que ma mère était très en colère après moi elle s’asseyait, faisait le geste de s’arracher les cheveux et elle parlait un bon moment de son malheur d’avoir des enfants aussi terribles et ce qu’elle disait ressemblait à de la poësie ce qui me la faisait écouter avec beaucoup d’intérêt. » (p. 74.)</quote
><p
style="txt_Normal"
>Depuis sa campagne vendéenne où il passe, au mieux, pour un original, il entretient des correspondances prolixes avec ses amis, ses éditeurs, les peintres et poètes qui le soutiennent mais aussi avec des inconnus croisés, choisis dans le bottin ou les faits divers. Et jusqu’au Pape dont, suprême ironie, il s’offrira à réparer les mules. Une profusion de lettres qui ponctuent ses journées et par lesquelles il fait œuvre et lien social.</p
><p
style="txt_Normal"
>Ce sont des lettres débordantes, marquées par la métonymie, la diffluence et les digressions. Il est capable, ainsi, de commencer un sujet puis de se laisser distraire par un détail qui lui apparaît : un oiseau, le bruit d’une procession qu’il décrit séance tenante avant de revenir au sujet de départ, produisant ainsi de vigoureuses collisions dans les discours établis. <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Chaissac</hi
> déploie un style particulier mêlant les niveaux langagiers, usant d’un sabir qu’il revendique comme nécessaire à l’authenticité et maniant une ironie féroce. Dans ses longues missives, il se joue des sens et des non-sens, use de mot-valise et de néologismes, se laisse emporter par la métonymie. Cette pulsion scripturaire qu’il décrit « comme un vélo sans frein » produit des lettres foisonnantes aux marges remplies de divagations. L’auteure souligne que, parfois, le post-scriptum devient aussi important que ce qui précède, comme si rien ne parvenait à enrayer la course vitale de l’écriture jusqu’à la chute.</p
><quote
rend="quotation"
style="txt_Citation"
>« […] vous pourrez me prendre pour un illuminé qui n’a plus sa raison mais je ne suis, en fait, qu’un éliminé sans raison. » (p. 162.)</quote
><p
style="txt_Normal"
>Ce billet ne donne qu’un bref aperçu de cet ouvrage auquel je renvoie les lecteurs.</p
><p
style="txt_Normal"
>Extraire un savoir, c’est ce à quoi nous invite Monique <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Amirault</hi
> en déroulant pour nous l’œuvre épistolaire abondante d’un sujet tragiquement lucide, que son usage forcené de l’écriture tient en vie… au bord du gouffre. Un livre remarquable par sa richesse documentaire et sa fluidité, ce qui en fait une lecture agréable autant qu’enseignante.</p
><docAuthor
style="auteur_recension"
><name
>Françoise <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Guérin</hi
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><affiliation
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>Psychologue clinicienne</affiliation
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subtype="level1"
>Post-scriptum, animal triste</head
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