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>Le carnet de voyage, de « l’extime » au transmédia</title
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>Pascale Argod</name
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>Docteur en sciences de l’information et de la communication, enseignante PACE de documentation à Bordeaux 4</affiliation
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>2020-12-17T08:59:00</date
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>17-20</dim
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>01/01/2012</date
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>99</idno
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>Version Métopes : 2.2</p
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>Written by OpenOffice</p
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who="Laetitia Le Couedic"
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>Le carnet de voyage, de « l’extime » au transmédia</titlePart
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>Pascale <hi
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>Argod</hi
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>Docteur en sciences de l’information et de la communication, enseignante PACE de documentation à Bordeaux 4</affiliation
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><div
type="chapitre"
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><p
style="txt_Normal"
>Spécialité éditoriale typiquement française et unique au niveau international, de nombreux <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>carnets de voyage</hi
> sont exposés chaque année en novembre au « Rendez-vous du carnet de voyage de Clermont-Ferrand<note
n="1"
place="foot"
style="txt_Note"
type="standard"
xml:id="ftn1"
><p
> Nommée à l’origine « Biennale du carnet de voyage de Clermont-Ferrand » elle a eu un succès croissant avec 15 000 visiteurs en 2010 : http://www.biennale-carnet­devoyage.com/-La-Biennale-.html.</p
></note
> » qui reçoit quinze mille visiteurs dont mille deux cents élèves et enseignants pour découvrir 1 000 documents originaux des quelque 130 carnettistes. Invitant des artistes voyageurs étrangers, elle souhaite faire connaître le genre à des éditeurs d’autres pays européens. Au vu de la diversité de cette production émergente depuis le milieu des années 80, nous pouvons nous demander quelles sont les raisons de cet engouement national et européen et comment évolue ce genre hybride depuis sa médiatisation en 1998 par Titouan <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Lamazou</hi
>.</p
><figure
><graphic
url="../icono/br/canalpsy_99_07.jpg"
></graphic
><head
style="titre_figure"
> </head
></figure
><div
type="section1"
><head
style="T_1"
subtype="level1"
>Reflets de « l’extime », de l’expression personsnelle et de la rencontre de l’autre</head
><p
style="txt_Normal"
>Le 12<hi
rend="sup"
style="typo_Exposant"
>e</hi
> rendez-vous du carnet de voyage de Clermont-Ferrand est en effet autant un salon du livre qu’une exposition d’art, un festival de conférences sur le voyage, un lieu de rencontres animé de débats et d’ateliers de création avec les artistes invités. Sa conception en 1999 a fait de cette manifestation, la pionnière d’une forme d’événements diversifiés et polyvalents : des projections-conférences de films, des ateliers d’animation, avec des carnettistes pour créer un carnet de voyage, des rencontres-débats autour du carnet de voyage pour découvrir le genre, une journée consacrée entièrement aux scolaires pour récompenser les classes participantes au Prix <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>Élève</hi
>, les remises de sept prix autour du carnet de voyage, un espace librairie et dédicaces, un espace auto-édition…</p
><p
style="txt_Normal"
>« La route des carnets » ouvre à la ville et au département les 4 000 m2 du Centre d’Expositions et des Congrès du Polydôme de Clermont-Ferrand à travers des expositions de carnets de voyage dans de nombreux lieux : centres culturels, cafés, banques, maison de la culture, médiathèques, municipalités… Créée début 1998, l’association « Il faut aller voir<note
n="2"
place="foot"
style="txt_Note"
type="standard"
xml:id="ftn2"
><p
> Organisation de conférences dès décembre 1999 au CRDP d’Auvergne, dont celle de Sylvain <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Tesson</hi
> et Alexandre <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Poussin</hi
> intitulée « La marche dans le ciel » : <ref
target="http://ilfautallervoir.free.fr/IFAV-conf.htm"
><hi
rend="underline"
style="typo_souligne"
>http://ilfautallervoir.free.fr/IFAV-conf.htm</hi
></ref
>.</p
></note
> » regroupe des personnes attachées à la découverte d’autres cultures et d’autres horizons dans une forme de voyage qui privilégie l’autonomie et l’indépendance, qui permet de s’éloigner du tourisme traditionnel au profit d’une approche très centrée sur l’Homme, la découverte et le respect des différences. Pour l’association, il s’agit donc d’éviter les itinéraires à la mode et d’aller au-delà des images que l’on a coutume de donner à certains pays, des clichés trop facilement développés sur d’autres, faute d’avoir ouvert les yeux. Derrière le nom de l’association, emprunté à Ella <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Maillart</hi
>, se cache un goût immodéré pour le monde. « Lire, lire, lire, ça ne vaut rien, il faut aller voir » professait-elle à ceux qui ont aimé ses livres. L’association IFAV a été lancée par cinq personnes<note
n="3"
place="foot"
style="txt_Note"
type="standard"
xml:id="ftn3"
><p
> Le groupe organisateur de treize personnes à l’origine de la Biennale : <ref
target="http://ilfautallervoir.free.fr/carnets_de_voyage.htm#pratique"
><hi
rend="underline"
style="typo_souligne"
>http://ilfautallervoir.free.fr/carnets_de_voyage.htm#pratique</hi
></ref
>.</p
></note
>, Michel <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Renaud</hi
>, Éric <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Gautheret</hi
>, Pierrette <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Viel</hi
>, Daniel <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Lefebvre</hi
> et l’alpiniste renommé Jean-Pierre <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Frachon</hi
> (premier auvergnat à gravir le sommet de l’Everest en 1988 et premier français du « challenge des Seven Summits » en 1991).</p
><p
style="txt_Normal"
>Dès mai 2000, lors de la première Biennale du carnet de voyage, l’association s’inscrit dans « une éthique et une esthétique du voyage » à laquelle nous pourrions ajouter la rencontre de l’Autre et de la diversité culturelle :</p
><quote
rend="quotation"
style="txt_Citation"
>« Faire un carnet de voyage, c’est prendre le temps d’écouter, de ressentir, d’observer. C’est passer du statut de voyageur à celui de découvreur. Et ça change tout dans l’échange et le regard porté sur les autres. À ce titre le carnet de voyage est aussi un formidable support pour renforcer une certaine éthique du voyage qui remplace l’urgence et l’<hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>a priori </hi
>par la tolérance et le respect. Il permet de passer du jugement à l’analyse. »</quote
><p
style="txt_Normal"
>Le terme de « safar » exprimerait, selon l’artiste Stefano <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Faravelli</hi
>, le propre du carnet de voyage qui est le dévoilement de soi, de l’Autre et du monde. Médium de communication, il permet la rencontre avec l’autre par le langage universel de l’art et du dessin. Il ouvre à l’observation du monde et à la méditation en exerçant le regard et en initiant une quête de sens et d’authenticité. Paradoxalement dans un monde des flux et du mouvement, le carnet de voyage renoue avec la rareté du témoignage devenu œuvre d’art : le lecteur privilégié découvre le regard original, voire unique, d’un artiste peintre sur un pays ; le carnet intime de l’artiste est ainsi révélé au grand public. Les arts graphiques donneraient une vision plus artistique et poétique du voyage que l’unique usage de la photographie, mais aussi plus authentique. Aussi le carnet de voyage représenterait une matérialité du voyage dans un monde mondialisé et virtuel et prolonge le voyage comme mémoire, esthétique, poétique. Le goût pour l’expression personnelle n’est que le reflet du <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>scrapbook</hi
> ou du <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>blog</hi
> qui valorise la composition mosaïque propre à l’image composite du carnet de voyage.</p
><p
style="txt_Normal"
>La notion « l’extime » (extérieur-intime), d’imploration-exploration ou de dehors-dedans a été formulée par Michel <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Tournier</hi
> à propos de son ouvrage intitulé <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>Journal extime,</hi
> publié en 2002 chez La Musardine et est transférable au carnet de voyage qui éduque autant à l’interculturel qu’au regard. Ce journal <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>extime</hi
> s’apparente au livre de raison qui s’écoule au gré des jours, des actualités locales et des événements personnels et sociaux. Les carnettistes tiennent souvent des carnets de croquis sur leur quotidien et sur l’actualité. Michel <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Tournier</hi
> déclare :</p
><quote
rend="quotation"
style="txt_Citation"
>« Le voyage propice à l’introspection suscite l’envie d’écrire cette intimité reliée à l’extérieur, puisqu’insérée dans une dialectique de communication avec l’Autre, différence qui renvoie alors à soi, à sa propre culture dans le décalage avec l’Autre et son mode de pensée étranger. »</quote
><p
style="txt_Normal"
>Pour Gaston <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Bachelard</hi
> dans sa <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>Poétique de l’espace</hi
><note
n="4"
place="foot"
style="txt_Note"
type="standard"
xml:id="ftn4"
><p
> <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>Poétique de l’espace</hi
>, Gaston <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Bachelard</hi
>, PUF, Paris, 1972 (Chapitre IX, « La dialectique du dehors et du dedans », p. 191-207).</p
></note
>, « dehors et dedans forment une dialectique d’écartèlement ». Serge <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Tisseron</hi
> définit l’extimité comme « le mouvement qui pousse chacun à mettre en avant une partie de sa vie intime, autant physique que psychique », voire « surexposée ». Cette notion de l’extime a été également évoquée par <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Lacan</hi
>, Michel <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Butor</hi
> et André <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Malraux</hi
> à travers « l’exploration » et « l’imploration ». La relation intérieur-extérieur, étudiée par Gaston <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Bachelard</hi
> dans sa <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>Poétique de l’espace</hi
>, nourrit la créativité et l’expression par confrontation du moi à l’autre, l’autre qui renvoie à son vécu. Philippe <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Antoine</hi
><hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
><note
n="5"
place="foot"
style="txt_Note"
type="standard"
xml:id="ftn5"
><p
> « Dehors et dedans indifférenciés : la promenade », Philippe <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Antoine</hi
>, <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>L’extime/l’intime</hi
>, A. <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Mura</hi
>-<hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Brunel</hi
>, F. <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Schurewegen,</hi
> CRIN, <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>Cahiers de recherches des instituts néerlandais de langue et littérature française</hi
>, 41, Amsterdam/New York, 2002.</p
></note
></hi
> définit d’ailleurs le récit de voyage du <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>xix</hi
><hi
rend="sup"
style="typo_Exposant"
>e</hi
> siècle comme une écriture du moi aussi bien que du monde. La promenade des Romantiques est définie comme une manière d’être au monde, de le voir, mais surtout de le dire dans cette combinaison qui crée un espace paradoxal où dehors et dedans se confondent. L’espace du <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>blog</hi
> selon Anne <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Kerebel</hi
><hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
><note
n="6"
place="foot"
style="txt_Note"
type="standard"
xml:id="ftn6"
><p
> « Claviers intimes : les journaux en ligne comme nouvel espace d’intimité ? », Anne <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Kerebel</hi
>, <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>RiLUne</hi
>, n<hi
rend="sup"
style="typo_Exposant"
>o</hi
> 5, 2006, p. 101-120.</p
></note
></hi
> joue de cette extériorité et le carnet de voyage, qui parle d’intimité et d’ouverture sur l’horizon du monde et de l’autre, semble être similaire.</p
></div
><div
type="section1"
><head
style="T_1"
subtype="level1"
>De l’hybridité d’un genre iconotextuel émergent</head
><p
style="txt_Normal"
>Le carnet de voyage serait un genre iconotextuel « de l’image au mot<note
n="7"
place="foot"
style="txt_Note"
type="standard"
xml:id="ftn7"
><p
> « De l’image au mot, le carnet de voyage », Pascale <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Argod</hi
>, intervention au colloque international intitulé <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>Le parti pris de l’album ou de la suite dans les images</hi
>, organisé par le Centre de recherches sur les Littératures Modernes et Contemporaines (CRLMC) de l’université de Clermont-Ferrand du 11 au 13 février 2009.</p
></note
> » d’après la définition d’Isabelle <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Nières</hi
>­<hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Chevrel</hi
> selon laquelle l’iconotexte est l’interaction « entre texte, image et supports<note
n="8"
place="foot"
style="txt_Note"
type="standard"
xml:id="ftn8"
><p
> « L’album, entre textes, images et supports », Isabelle <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Nières</hi
>-<hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Chevrel</hi
>, <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>Revue des livres pour enfants</hi
>, n° 214, 2004.</p
></note
> ». La narration est réalisée avant tout à travers l’image qui est un croquis souvent pris sur le vif, le <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>rough</hi
>. En effet l’aspect cinématographique permet de rendre compte du voyage comme le propose <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Delacroix</hi
> dans son <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>Album d’Afrique du Nord</hi
> où les plans, les points de vue, les déambulations à travers la médina offrent une narration en images sans texte. Ce carnet de voyage fait date dans l’histoire du « carnet de voyage » comme œuvre artistique à part entière.</p
><p
style="txt_Normal"
>Le parcours géographique et la mise en page offriraient un point de convergence entre le roman graphique ou « novel graphic » et le carnet de voyage. Le roman graphique ou « <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>nouvel graphic</hi
><note
n="9"
place="foot"
style="txt_Note"
type="standard"
xml:id="ftn9"
><p
> Citation de Harry <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Morgan</hi
>, <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>Principes des littératures dessinées</hi
>, Angoulême, Éditions de l’An 2, 2003.</p
></note
> » étudié par Louise <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Merzeau</hi
><hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
><note
n="10"
place="foot"
style="txt_Note"
type="standard"
xml:id="ftn10"
><p
> « Une nouvelle forme de livre illustré : le roman graphique », <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>Littérales</hi
>, n<hi
rend="sup"
style="typo_Exposant"
>o</hi
> 9, Université Paris X, 1991.</p
></note
></hi
> propose une organisation qui se situe au niveau de la double page, comme dans le carnet de voyage, où les cases n’existent plus. Le carnet de voyage n’a pas de charte graphique, aussi chaque page peut-elle proposer un dispositif optique différent qui est certainement fonction du changement de lieu au fil des pages ; le chemin de fer doit en effet démontrer un déplacement spatial, voire un cheminement. De plus, la créativité plastique du carnet de voyage prime souvent sur le texte, l’image devient primordiale, le texte tient souvent lieu de légende, ou plutôt propose le ressenti de l’auteur, voire des précisions qui ne peuvent être rapportées que par le média de l’écriture. Ainsi l’aspect autobiographique est fortement présent dans l’écriture où l’auteur met en scène ses sensations ou ses émotions, son ressenti, son point de vue et ses réflexions sur l’exotisme ou les différences culturelles alors que l’iconographie invite à la découverte de l’autre et de l’environnement. Les similitudes et les différences entre carnet de voyage et roman graphique seraient à mettre en exergue pour mieux discerner la spécificité du genre et de la forme littéraire du carnet de voyage, fort complexe à évoquer en quelques mots.</p
><p
style="txt_Normal"
>L’héritage du <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>story-board</hi
> qui retranscrit l’espace cinématographique pourrait avoir quelques filiations avec le carnet de voyage. Georges <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Méliès</hi
>, peintre-illustrateur, réalise en 1906, <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>Le voyage à travers l’impossible ou dans la lune</hi
>. Son story-board est constitué de croquis et vignettes, des décors et des vues. La narration en images du déplacement dans l’espace de la caméra peut-elle être comparable à celui du carnettiste qui retranscrit en image son périple, ses rencontres, ses expériences ? À travers le rendu d’une géographie, le carnet de voyage se rapprocherait de l’art du story-board<note
n="11"
place="foot"
style="txt_Note"
type="standard"
xml:id="ftn11"
><p
> <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>Story-board : le cinéma dessiné</hi
>, Benoît <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Peeters</hi
>, Jacques <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Faton</hi
>, Philipe de <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Pierpont</hi
>, Éditions Yellow Now, 1990. « Le story-board. Dossier : les aventures du story-board », Jean-Pierre <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Berthomé</hi
>, <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>Positif</hi
>, n<hi
rend="sup"
style="typo_Exposant"
>o</hi
> 407, janvier 1995.</p
></note
>. Cependant ses trois fonctions<note
n="12"
place="foot"
style="txt_Note"
type="standard"
xml:id="ftn12"
><p
> <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>Story-board de cinéma : esquisses pour un film</hi
>, exposition de la cinémathèque française, BIFI, bibliothèque du film : <ref
target="http://story­board.cinema.bifi.fr/index.html"
>http://story­board.cinema.bifi.fr/index.html</ref
>. Le site « Storyboard.fr » a été créé par la FNSBF, <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>Fédération nationale des storyboardeurs français</hi
> : http://www.storyboard.fr/.</p
></note
>, intellectuelle, humaine et économique, l’opposent au carnet de voyage : il permet d’établir les budgets et les plans de travail ou fait vendre un scénario à un producteur. Son usage permet d’approcher au plus près la réalité de l’image à venir et vise à domestiquer le réel, c’est-à-dire à se réapproprier, par les cadrages et les enchaînements, des éléments que l’on a pu construire. Traduire l’espace, le déplacement et la narration grâce à une composition de l’image, une mise en page et un « chemin de fer » au fil du recueil de croquis sembleraient des points de convergence entre le story-board et le carnet de voyage. De plus, la juxtaposition d’images et la re­présentation fragmentaire ou synthétique seraient un autre point commun, signes d’une pensée visuelle propre aux arts graphiques et au cinéma comme <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Einseinstein</hi
><hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
><note
n="13"
place="foot"
style="txt_Note"
type="standard"
xml:id="ftn13"
><p
> <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>Le film, sa forme, son sens</hi
>. S. M. <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Einsenstein</hi
>, Christian <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Bourgeois</hi
>, 1976, p. 409-410.</p
></note
></hi
> l’explique.</p
><p
style="txt_Normal"
>Hérité du dialogue entre le poète et le peintre, le carnet de voyage évoque la conjugaison des arts de la plume et du pinceau, du livre illustré à la pleine liberté d’expression, du livre d’artiste défini comme œuvre d’art « qui a pour seul auteur un artiste, qui choisit de faire œuvre sous la forme du livre moderne… œuvre de l’artiste pour les images comme pour le texte, d’une part, et une œuvre fabriquée en un nombre limité d’exemplaires à l’aide des moyens mécaniques d’impression et de reproduction propres au livre courant, d’autre part », selon l’introduction d’Anne <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Moeglin-Delcroix</hi
><hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
><note
n="14"
place="foot"
style="txt_Note"
type="standard"
xml:id="ftn14"
><p
> <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>Esthétique du livre d’art</hi
> : <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>1960-1980</hi
>. Anne <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Moeglin</hi
>-<hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Delcroix</hi
>, Jean-Michel <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Place</hi
>, Bibliothèque nationale de France.</p
></note
></hi
>. Les livres d’Edward <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Ruscha</hi
>, tels que, par exemple, <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>Twentysix Gasoline Stations</hi
>, réalisé en 1962 ou <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>Every Buiding on the Sunset Strip,</hi
> en 1966, traduisent souvent le concept de déambulation et de linéarité au fil de la route qui est, somme toute, essentiel dans le carnet de voyage. Les « carnets de voyage » sont souvent des livres d’artistes sur le voyage, qui ensuite, pour certains, rejoignent la production éditoriale et deviennent des albums classiques, parfois maquettés par l’éditeur pour coller au titre et au style de la collection, bien loin de la version artisanale d’origine proposée par l’artiste. Toute l’originalité, reflet de la personnalité et du regard de l’artiste, est alors bannie au profit de la charte graphique de la collection. En fait, quatre catégories se distinguent : « l’album artistique » sur le voyage né d’un dialogue entre un peintre et un auteur, ensuite « le livre d’art » qui permet à l’auteur de s’exprimer par l’image et par le texte sur son travail d’artiste, « le livre d’artiste » entièrement conçu par l’auteur lui-même selon ses choix artistiques pour répondre à l’adéquation du contenu avec la forme et « le livre d’objet » où le support prend le pas sur le contenu (livre en tissus par exemple). Nous retrouvons chacune de ces catégories dans le panel de carnets de voyage proposé à la <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>Biennale du carnet de voyage de Clermont-Ferrand</hi
> y compris le livre d’artiste contemporain ou « l’Artist’s book<note
n="15"
place="foot"
style="txt_Note"
type="standard"
xml:id="ftn15"
><p
> « Livres d’artistes », Didier <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Mathieu</hi
>, <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>BBF</hi
>, n<hi
rend="sup"
style="typo_Exposant"
>o</hi
> 6, 2000, « Qu’est-ce qu’un livre d’artiste », Jean­François <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Jacques</hi
> et Orianne <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Chhun,</hi
> <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>Bibliothèques</hi
>, n<hi
rend="sup"
style="typo_Exposant"
>o</hi
> 10, août 2003.</p
></note
> » qui évolue vers la 3D avec l’assemblage, le collage et le décor en relief, en somme une forme de livre novateur.</p
></div
><div
type="section1"
><head
style="T_1"
subtype="level1"
>De nouvelles formes de carnets de voyage hybrides et intermédia</head
><p
style="txt_Normal"
>Des formes hybrides entre bande dessinée, carnet de voyage, album de photographie-reportage et « journal filmé » émergent. Arnaud de la <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Grange</hi
>, grand reporter et auteur, avec Thomas <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Goisolie</hi
> et Bertrand de <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Miollis</hi
>, publient l’ouvrage <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>Irak, année zéro</hi
> qui allie dessins de presse, textes et photographies. Les plans, de la <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>vue générale</hi
> au <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>gros plan</hi
>, se répondent comme dans un story-board : la photographie de grand angle répond à l’aquarelle en plan moyen puis au dessin de presse ou à l’esquisse au crayon d’un détail. L’effet <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>travelling</hi
> est rendu par cette combinaison d’images de différents types avec lesquelles s’entrecroisent textes et légendes. L’effet se veut documentaire, reportage vécu, par l’apport de la preuve photographique, trace indicielle du réel, mais aussi intemporelle par le jeu du dessin et de l’aquarelle « hors du temps ». Ces techniques graphiques jouent sur l’esquisse, relevant simplement les contours, les ombres, la lumière et les clairs-obscurs où le détail graphique est omis volontairement pour ne pas réduire la représentation « à l’immédiate actualité ». Didier <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Lefèvre</hi
> et Emmanuel <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Guibert</hi
> dans <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>Le photographe</hi
> approfondissent ce travail graphique de compilation des genres et des formes iconographiques à travers trois volumes. En effet, Didier <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Lefèvre</hi
>, photographe et auteur d’une bande dessinée sur la Seconde Guerre mondiale<note
n="16"
place="foot"
style="txt_Note"
type="standard"
xml:id="ftn16"
><p
> <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>La guerre d’Alan</hi
> en deux volumes chez l’éditeur L’Association en 2000 et 2002.</p
></note
>, réalise sa première mission photographique en 1986 avec <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>Médecins Sans Frontières</hi
> au cœur de l’Afghanistan ; il décide de retracer cette expédition où se croisent deux destins individuels aux prises avec la géopolitique contemporaine, à travers la combinaison de la bande dessinée, de la photographie de type « roman photoreportage photographique<note
n="17"
place="foot"
style="txt_Note"
type="standard"
xml:id="ftn17"
><p
> Le roman photo sentimental serait une invention italienne publié en 1947 dans la revue <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>Il moi Sogno</hi
>. Cette presse sentimentale née en France avec la revue <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>Confidences</hi
>, créée en 1938 par Paul <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Winkler</hi
>, qui offre des témoignages « vécus » d’histoires sentimentales.</p
></note
> » et du carnet de voyage. Ainsi, les photographies sous forme de vignettes sont insérées à la bande dessinée<note
n="18"
place="foot"
style="txt_Note"
type="standard"
xml:id="ftn18"
><p
> Alberto <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Breccia</hi
> et le premier dessinateur de BD à utiliser le collage de photographies de presse dans <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>El Eternauta</hi
> (L’Eternaute) en 1969.</p
></note
> : la photographie est la preuve du réel et révèle l’aspect documentaire, la bande dessinée donne la trame narrative et parfois la part subjective du point de vue de l’auteur ou des personnages. L’ouvrage fonctionne par la confrontation entre ces deux perceptions du réel qui jouent d’opposition ou de complémentarité. D’ailleurs, l’hybridation du documentaire et de la fiction n’est-elle pas le propre du carnet de voyage où la subjectivité artistique prime sur la réalité ? Pour preuve, le troisième volume propose en effet le DVD vidéo de la mission humanitaire, <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>Journal filmé d’une mission en Afghanistan</hi
> par Juliette <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Fournot</hi
> qui a suivi la mission MSF au Pakistan et en Afghanistan, soit dix­huit heures d’images vidéo, à partir desquelles elle monte, dix-neuf ans après, un film de quarante minutes. D’autres formes hybrides entre carnet de voyage, roman graphique et adaptation animée ouvrent sur un genre intermédia du carnet de voyage<note
n="19"
place="foot"
style="txt_Note"
type="standard"
xml:id="ftn19"
><p
> Troisième partie de la thèse « Le carnet de voyage : approches historique et sémiologique », Pascale <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Argod</hi
>. Dir. Thierry <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Lancien</hi
>, Université de Bordeaux III (GRESIC-MICA), 2009.</p
></note
>. Depuis, quelques auteurs ont intégré la photographie dans leur composition graphique, notamment dans leurs « romans graphiques », par exemple Sarnath <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Banerjee</hi
> dans son ouvrage sur <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>Calcutta</hi
> (Denoël Graphie, 2007). Sarnath <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Banerjee</hi
> justifie le rôle de la photographie par une fonction propre dans la trame narrative qu’il précise : « Je parle de la ville, c’est presque un documentaire par certains aspects, mais ça reste de la fiction, tout en étant une étude des habitants de Calcutta. » L’aspect sociologique et ethnographique est donc son objectif et la photographie facilite la substitution à la réalité. <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>Persépolis</hi
> (L’Association, 2007) de Marjane <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Satrapi</hi
> ou <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>Madagascar</hi
> de Bastien <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Dubois</hi
> (Reflets d’ailleurs, 2010) ouvrent sur le carnet de voyage animé. Depuis peu, le carnet de voyage tend vers le transmédia qui est « un concept global de création qui propose une écriture propre à chacun des médias que la création sollicite, lesquels médias sont complémentaires les uns des autres en termes de narration » selon Valérie <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Bourgoin</hi
> du CNC. Aussi la narration du voyage croise différents supports et médias comme le propose Titouan <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Lamazou</hi
> dans <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>Noé, Noé, femmes</hi
> <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>du monde</hi
> et l’artiste Karen <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Guillorel</hi
> sur le web.</p
><p
style="txt_Normal"
>En somme, nous pourrions confronter l’édition du carnet de voyage à celle de la bande dessinée, plus ancienne, plus développée et qui atteint sa pleine maturité aujourd’hui où elle est réhabilitée comme « littérature dessinée » L’édition de la bande dessinée, devenue le 7<hi
rend="sup"
style="typo_Exposant"
>e</hi
> art, a en effet élargi son rayonnement à la littérature et aux arts plastiques ; les dessinateurs de BD multiplient les liens avec d’autres arts et recherchent d’autres pratiques, graphiques, photographiques ou littéraires, à travers des adaptations d’œuvres romanesques. Cette édition alternative<note
n="20"
place="foot"
style="txt_Note"
type="standard"
xml:id="ftn20"
><p
> <hi
rend="italic"
style="typo_Italique"
>La nouvelle bande dessinée</hi
>, H. <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Davez,</hi
> Bruxelles, Éditions Niffle, 2002 (Profession).</p
></note
>, en quête de nouveauté et de renouvellement, a un important succès et offre donc une grande variété de styles, de formats, de paginations, de techniques artistiques et de thèmes. La recherche esthétique prime sur le coût de revient, et donc l’aspect économique, pour séduire un public de connaisseurs de plus en plus averti, voire de collectionneurs. L’édition du carnet de voyage, qui a eu ses années de standardisation éditoriale, semblerait suivre le même esprit dans la quête d’une hybridité du genre, sous-tendue par un impact marketing qui tend à diffuser sur tous supports ou sur supports combinés de type » livre-DVD-CD ». Ainsi le genre s’exporte vers d’autres médias et s’élargit à d’autres genres dans une notion d’intermédialité et de métissage des images<note
n="21"
place="foot"
style="txt_Note"
type="standard"
xml:id="ftn21"
><p
> Troisième partie de la thèse « Le carnet de voyage : approches historique et sémiologique », Pascale <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Argod</hi
>. Dir. Thierry <hi
rend="small-caps"
style="typo_SC"
>Lancien</hi
>, Université de Bordeaux III (GRESIC-MICA), 2009.</p
></note
>. De l’œuvre artistique des peintres voyageurs non diffusée, le carnet de voyage est devenu un genre d’album édité, un sous-genre des littératures populaires ou des paralittératures et tendrait actuellement à devenir un genre médiatique des mass-media, voire intermédiatique.</p
></div
></div
></body
></text
></TEI
>
