R. Repole, Église synodale et démocratie. Quelles institutions ecclésiales pour aujourd’hui ?

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R. Repole, Église synodale et démocratie. Quelles institutions ecclésiales pour aujourd’hui ?, Paris, Éditions Jésuites, 2016, 136 p.

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En 2012, Roberto Repole écrit Come stelle in terra. La Chiesa nell’epoca della secolarizzazione qui est traduit quatre ans plus tard aux Éditions Jésuites sous le titre Église synodale et démocratie. Quelles institutions ecclésiales pour aujourd’hui ? (Repole, 2016). Le théologien et ecclésiologue turinois, auquel nous devons, notamment, une reprise du concept d’humilité (Repole, 2010), revient sur la pratique synodale de l’Église et sur les liens entre la hiérarchie catholique et les fidèles. Derrière un discours qui se veut résolument théologique, le juriste et le politiste trouveront des éléments de réflexion sur le gouvernement collégial, les relations avec les administrés et leur implication dans le processus décisionnel1.

Le premier chapitre est consacré à un constat, celui de la sécularisation des sociétés modernes. La fin du modèle de la Chrétienté transforme nos sociétés contemporaines et Roberto Repole reprend le concept de sécularisation de trois auteurs. Tout d’abord, Niklas Luhmann pour qui la religion n’a plus l’influence nécessaire pour structurer la société mais permet de « représenter le non-représenté » (Luhmann, 1991, p. 36). En se basant ensuite sur l’ouvrage magistral du philosophe canadien Charles Taylor, L’âge séculier, et en particulier sur le pluralisme identitaire engendré par cette sécularisation, Repole entrevoit une possibilité pour l’Église de renouveler ses pratiques de manière à permettre à chaque chrétien de vivre sa vie spirituelle. Enfin, et alors que Marcel Gauchet estime que la démocratie « est l’expression par excellence de la sortie de la religion » (Gauchet, 2014, p. 183), Repole entrevoit, au contraire, une opportunité pour la hiérarchie ecclésiale de développer la synodalité au sein de l’Église2.

Après avoir posé les enjeux de sa réflexion, l’auteur revient sur la notion de communion dans le second chapitre, tout en reconnaissant – ce qui est paradoxale considérant l’importance prise par le concept depuis Vatican II – qu’elle n’est doctrinalement pas clairement définie alors même qu’une véritable ecclésiologie de communion est « en chemin ». Auparavant un diocèse ou des fidèles étaient réputés être catholiques parce qu’en communion avec l’Église de Rome ; aujourd’hui la logique retenue est davantage horizontale en venant affirmer que chaque Église particulière est la part d’un tout (Repole, 2016, p. 38-39)3. D’ailleurs, les actes de Vatican II, et la constitution Lumen Gentium en tête, ne mentionnent pas une seule Église mais bien « des Églises » qui sont donc en communion. L’Église serait donc un « objet pluriel » (Repole, 2016, p. 43). Là est toute la difficulté pour entrevoir, pour le juriste, l’organisation institutionnelle de l’Église catholique qui ne s’apparente plus à un modèle simplement unitaire, ni à un modèle fédéral puisque l’Église locale est liée aux autres Églises particulières et n’existent pas sans sa soumission au pape. C’est ce que Roberto Repole nomme « le miracle de l’unité » (Repole, 2016, p. 55).

À partir de ce constat, Repole essaye d’entrevoir dans les deux chapitres suivants la place particulière du fidèle et celle du prêtre. Sur les premiers, les particularismes et le pluralisme de leur vie doivent être acceptés sans quoi l’Église se priverait d’un certain nombre de fidèles et donc de son ministère (permettre à tous l’accès au salut). Réduire l’unité de l’Église à une uniformité n’est pas envisageable non plus et son « unité plurielle » doit respecter une doctrine du « cheminer-ensemble » (Repole, 2016, p. 63). Pour y parvenir, le théologien turinois plaide pour le dialogue entre ecclésiologie et droit canon. Qu’est-ce que cela signifie ? Simplement que les différentes institutions qui participent à la synodalité au sein de l’Église devraient être développées, conférences épiscopales et Synode des Évêques en tête. Mais cela devrait également être le cas de structures plus locales et proches des fidèles à l’image des conseils presbytéraux4. Ainsi, si Roberto Repole écarte toute logique démocratique au sein de l’Église, il affirme également que l’Église « a la prétention d’être quelque chose d’autre qu’une démocratie et qu’on ne peut pas, de manière simpliste, la superposer ou l’assimiler à aucune autre forme de société humaine, précisément par la force de Dieu qui l’habite. Et dans ce sens, elle ne peut pas non plus être une monarchie ou une oligarchie ! » pour éventuellement devoir « aller jusqu’au point […] de décider ensemble » (Repole, 2016, p. 63-64 et 72). En ce sens, ce ne sont pas exclusivement les clercs mais bien l’ensemble des fidèles qui sont actifs au sein de l’Église dans la mesure où cette dernière est « naturellement et structurellement missionnaire » (Repole, 2016, p. 82-84). Dès lors, et pour favoriser ce dialogue, il conviendrait également de revoir la fonction du prêtre, parfois limitée à un rôle purement administratif, ainsi que des capacités de « leadership » que peu possèderaient aujourd’hui (Repole, 2016, p. 96) !

Dans un ultime chapitre, Roberto Repole propose une réflexion autour de la démocratie moderne et de la manière dont elle peut influencer l’Église. Après être revenu sur l’ensemble des controverses qu’elle a fait émerger au sein de l’Église aux xixe et xxe siècles, la démocratie apparait comme « un stimulus » capable de renforcer le gouvernement synodal de l’Église dans la continuité du message du Christ prônant l’égalité entre tous les hommes. Dans cette perspective, les institutions synodales doivent être renforcées, comme nous l’avons déjà vu. Enfin, pour Repole, un meilleur partage des fonctions est possible entre le personnel ordonné, qui occupe nécessairement une place privilégiée en raison de la nature de son ministère, et les fidèles à qui des charges administratives peuvent être confiées : gestion des finances, administration des églises, etc.

Enfin, la traduction en français a été l’occasion pour l’auteur de rajouter un épilogue sur le pape François et en particulier sur ses déclarations à propos du Synode des Évêques ou la synodalité « comme dimension constitutive de l’Église ». Les réflexions sur la synodalité au sein de l’Église ne sont pas, encore une fois, une nouveauté. Mais on ne peut que louer les capacités de Roberto Repole a non seulement synthétiser mais aussi proposer une réflexion sur l’ecclésiologie et ses nécessaires évolutions. Ce constat sera repris lors des récentes Journées mondiales de la jeunesse ou lors du synode sur la jeunesse du 3 au 28 octobre 2018 qui démontrent de la volonté des fidèles les plus jeunes à participer à la vie de l’Église tout en soulignant les difficultés pour cette intégration5. Plus récemment, la bibliste Anne Soupa s’est déclarée candidate à l’administration de l’évêché de Lyon, appelant ainsi à réfléchir sur la différence entre le sacerdoce et le pouvoir de juridiction.

En conclusion, ce riche et dense essai de Roberto Repole – qui ne compte pas moins d’une centaine de références bibliographiques – intéressera juristes et politistes dans la mesure où il ne fait pas que présenter les institutions synodales de l’Église mais tente de mettre en lumière le contexte ecclésiologique, canonique et surtout théologique. La variété des références est la principale force de cet ouvrage pour tout lecteur qui désire approfondir l’étude. En même temps, la diversité des notions et des définitions – notamment sur les concepts centraux de synodalité, qui n’est pas clairement défini, ou de communion – est de nature à rendre la lecture difficile. Quoiqu’il en soit, il s’agit de rendre compte d’un mouvement au sein des Églises locales comme de l’administration centrale, même s’il convient de ne pas oublier la structures très hiérarchisée qui subsiste et le fait que le pape continue d’avoir, dans tous domaines, le dernier mot. À titre d’exemple, citons le synode sur l’Amazonie en 2019 qui avait entrouvert la possibilité d’ordonner des hommes mariés uniquement dans cette région particulière. Le pape François, seul véritable décisionnaire, n’a pas souhaité retenir cette possibilité dans les actes terminaux.

1 Lors des conciles Vatican I puis Vatican II au xxe siècle, les Pères conciliaires ont entendu restaurer une certaine participation des fidèles à la

2 Tout en précisant bien que la structure de l’Église ne peut être démocratique (Repole, 2016, p. 31). Pour Dominique-Aimé Mignot, elle ne l’a d’

3 « En effet, si une image de l’Église en termes de societas perfecta, très juridique et pyramidale, qui a caractérisé pendant plusieurs siècles l’

4 Une présentation de l’institution est faite par Alphonse Borras (Boras, 2015).

5 Document final de la XVe assemblée générale ordinaire sur les jeunes, la foi et le discernement des vocations : http://www.synod.va/content/

Bibliography

A. Borras, « L’évêque diocésain, son conseil épiscopal et le conseil presbytéral au service du gouvernement du diocèse », Stadia Canonica, n° 49, 2015, p. 111-138.

M. Gauchet, Un monde désenchanté ?, Paris, Éditions de l’Atelier, 2014.

K. Luhmann, Funzione della religione, Brescia, Morcelliana, 1991.

D.-A. Mignot, « Centre romain et "Grande Église" universelle. L’apport d’Irénée de Lyon », in Chrystelle Gazeau et Philippe Delaigue, Centre et périphérie, Paris, Mare et Martin, 2017, p. 51-68

R. Repole, L’umilità delle Chiesa, Magnano, Qiqajon, 2010.

R. Repole, Église synodale et démocratie. Quelles institutions ecclésiales pour aujourd’hui ?, Paris, Éditions Jésuites, 2016.

R. Repole, « Retrouver l’importance du presbyterium sur l’horizon d’une Église synodale », Transversalités, n° 154, 2020, p. 161-170.

Ch. Taylor, L’âge séculier, Paris, Seuil, 2011.

Notes

1 Lors des conciles Vatican I puis Vatican II au xxe siècle, les Pères conciliaires ont entendu restaurer une certaine participation des fidèles à la vie de leur Église. L’élection du pape François en 2013, qui permet de placer sur le trône de saint Pierre un homme perçu comme progressiste, semble renforcer encore cette tendance bien que la structure demeure fortement hiérarchisée et centralisée (Repole, 2020).

2 Tout en précisant bien que la structure de l’Église ne peut être démocratique (Repole, 2016, p. 31). Pour Dominique-Aimé Mignot, elle ne l’a d’ailleurs jamais été (Mignot, 2017).

3 « En effet, si une image de l’Église en termes de societas perfecta, très juridique et pyramidale, qui a caractérisé pendant plusieurs siècles l’ecclésiologie catholique, est indubitablement partiale, une ecclésiologie post-conciliaire centrée sur le concept centré sur le concept de "peuple de Dieu", mais interprétée dans un sens démocratique et horizontaliste, risque d’être l’autre face de la même médaille. Dans l’un et l’autre cas, le risque est de réduire l’Église à une réalité purement extérieur et sociologique, comme un théologien comme de Lubac l’a dénoncé dès le lendemain du concile. » (Repole, 2016, p. 38).

4 Une présentation de l’institution est faite par Alphonse Borras (Boras, 2015).

5 Document final de la XVe assemblée générale ordinaire sur les jeunes, la foi et le discernement des vocations : http://www.synod.va/content/synod2018/fr/documents/document-final-de-la-xveme-assemblee-generale-ordinaire-sur-les-.html (consulté le 19 février 2020)

References

Electronic reference

Maxime Blachon, « R. Repole, Église synodale et démocratie. Quelles institutions ecclésiales pour aujourd’hui ? », Cahiers Jean Moulin [Online], 6 | 2020, Online since 15 décembre 2020, connection on 19 septembre 2021. URL : https://publications-prairial.fr/cjm/index.php?id=1165

Author

Maxime Blachon

Doctorant en histoire du droitUniversité Jean Moulin Lyon 3

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