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Regards croisés histoire du droit – science politique


Le mot dignité revêt essentiellement deux sens qui ont en commun d’animer le monde des idées politiques et de recevoir une expression juridique : la dignité des fonctions et la dignité humaine. Le mot présente alors « le tour de force de hiérarchiser les êtres et de les égaliser en même temps » (Cassia).
En proposant « la dignité » pour sujet d’étude de ce quatrième volume, les Cahiers Jean Moulin n’entendaient pas enfermer le thème dans une approche prédéfinie ou l’orienter vers une voie exclusive.
À l’heure de la publication, notons que la seconde dimension, celle de la dignité humaine, a davantage suscité l’intérêt, sans doute parce qu’elle correspond aux enjeux les plus contemporains et les plus disputés. Ce sont ainsi certains des territoires nouveaux de ce concept que le présent numéro propose d’explorer.


Peu de mécanismes font mieux ressortir l’effet propre du droit que le mandat : agir par l’intermédiaire d’un autre, être présent et absent en même temps, voilà qui met en œuvre une intervention proprement juridique, produite par le seul jeu du langage et du concept. Le mandat est une fiction juridique, qui fait passer le faux réel pour du vrai juridique (cet individu réellement absent est juridiquement présent), pour produire un effet dans la réalité du droit. Mais son application au monde politique et au fonctionnement constitutionnel s’est fait sur un lourd terreau d’ambiguïtés, qui rejaillissent aujourd’hui plus que jamais et génèrent une frustration croissante à l’égard du fonctionnement des institutions démocratiques. Ce numéro cherche ainsi à sonder les tensions émanant de la notion protéiforme de mandat.


Le nom de l’Université qui héberge le Centre Lyonnais d’Histoire du Droit et de la Pensée Politique déterminait pratiquement à lui seul le choix du thème de cette première livraison des Cahiers Jean Moulin.
Mais si le poids de la Résistance est toujours très vif à Lyon, ce n’est toutefois pas uniquement à cette forme historique exceptionnelle de résistance que se limiteront les contributions de ce premier numéro des Cahiers Jean Moulin. Du carnage provoqué par la résistance d’Antigone aux ordres de son oncle Créon, à la critique de la servitude volontaire théorisée par La Boetie (soyez résolus de ne servir plus et vous voilà libres), si la résistance apparaît comme un thème inépuisable de la pensée politique, elle l’est aussi pour la pensée juridique.