Le pouvoir royal face au phénomène des tournois (milieu xiiie siècle-milieu xive siècle)

Abstracts

Durant la seconde moitié du Moyen Âge, les tournois jouissent en France d’une très forte popularité, en particulier au sein de la noblesse. Néanmoins, ces rencontres martiales troublent souvent la tranquillité publique et sont de nature à détourner les sujets des croisades et des guerres royales. C’est pourquoi, dès le xiie siècle, les tournois font l’objet de réglementations émanant tant d’autorités ecclésiastiques que séculières. Si les interdictions édictées par l’Église à l’encontre de ces activités ont souvent retenu l’attention des historiens, la politique des rois de France dans ce domaine est moins connue, malgré quelques travaux intéressants. Le sujet est pourtant riche : du milieu du xiiie siècle jusqu’au milieu du xive, la couronne édicte régulièrement des lois qui interdisent ces jeux périlleux. Cet article, basé sur l’étude de la documentation royale émise du règne de Louis IX à celui de Philippe VI, a pour objet le recensement des lois royales relatives aux tournois, l’analyse de leurs dispositions, et l’évaluation de leur effectivité. Ce travail souligne d’abord que les interdictions de la couronne gagnent en ambition à mesure que les années passent : à l’origine temporaires et visant à mobiliser les sujets autour des guerres royales, les prohibitions deviennent au fil du temps davantage pérennes, et se montrent de plus en plus soucieuses du maintien quotidien de la paix publique. Par ailleurs, les recherches entreprises suggèrent qu’en dépit d’une mise en œuvre problématique, la législation royale est appliquée, dans une certaine mesure au moins : les sources attestent en effet d’actions coercitives et punitives entreprises par la royauté à l’encontre des délinquants avérés. Ces constats témoignent d’une époque décisive dans l’histoire des institutions, une époque durant laquelle la royauté parvient de mieux en mieux à imposer son droit et à maintenir l’ordre dans son royaume.

During the second half of the middle ages, in France tournaments enjoy a great popularity, especially among nobility. Nevertheless, these martial games often disturb public tranquillity and are likely to divert subjects from crusades and royal wars. That’s the reason why, from the XIIth century, tournaments are subjected to regulations coming from both ecclesiastical and secular authorities. If the prohibitions decreed by the Church against these activities have often hold historians’ attention, the kings of France’s policy in this matter is less known, despite some interesting works. Yet, the subject is rich: from the middle of the XIIIth century until the middle of the XIVth, the crown regularly decreed laws prohibiting these perilous games. The purpose of this article, which is based on the study of royal documentation produced from the reign of Louis IX to the reign of Philippe VI, is to make an inventory of royal laws concerning tournaments, to analyze their provisions, and to estimate their efficiency. First, this work underlines that the prohibitions of the crown, over the years, reach greater ambitions: originally temporary and aiming to mobilize subjects about royal wars, prohibitions, as years go by, become more and more durable and more and more concerned about daily preservation of public peace. Furthermore, undertaken researches give indications that, in spite of a problematic implementation, royal legislation is enforced, at least in a certain extent: indeed, sources show coercive and punitive actions undertaken by kingship against known offenders. These observations attest to the decisive nature of a time for history of institutions, a time during which kingship succeeds better and better imposing her law and maintaining order in her kingdom.

Index

Mots-clés

Moyen Âge, royauté, loi, justice, droit pénal, tournois, joute, jeu

Keywords

Middle Ages, kingship, law, justice, criminal law, tournament, joust, game

Outline

Text

À partir du xiie siècle, la royauté, sous l’impulsion décisive de Louis VII et de ses successeurs, parvient progressivement à prendre en main la paix de son royaume, substituant son autorité à celle des conciles ecclésiastiques de la paix et de la trêve de Dieu1. Pour placer la tranquillité publique sous leur éminente gouverne, les rois usent régulièrement de leur vocation législatrice2, en particulier à partir du règne de Louis IX : grâce à leurs statuts, ils en viennent à réglementer ou interdire les pratiques suscitant les troubles les plus graves, comme le port d’armes, la guerre ou le duel judiciaire. Mais au-delà même de la lutte engagée contre ces usages pluriséculaires, dont les tenants et les aboutissants sont aujourd’hui mieux connus3, les monarques, dans une dynamique similaire, sont aussi amenés à légiférer pour proscrire les jeux les plus violents, et tout particulièrement les tournois. On trouve à ce sujet des éléments très intéressants au détour de certains travaux4. Néanmoins, si l’on excepte un mémoire réalisé par Sylvain Houdebert5, aucune étude détaillée n’a été consacrée à la politique de la couronne vis-à-vis de ces rassemblements particuliers, et beaucoup reste à dire à ce propos. Pourtant, comprendre ce phénomène est précieux pour mieux saisir comment naît un véritable ordre royal durant la seconde moitié du Moyen Âge. C’est pourquoi il est nécessaire de reprendre ce dossier en tâchant d’enrichir les analyses qui ont pu être effectuées par le passé.

En ce qui concerne la chronologie de ce sujet, sans hésitation, il faut partir en amont du milieu du xiiie siècle, puisque c’est à cette époque que l’on trouve les toutes premières ordonnances qui nous intéressent. En aval, il est nécessaire de mener l’étude jusqu’à la fin du règne de Philippe VI, qui s’achève en 1350. Passée cette époque, les tournois se raréfient6, et la royauté ne prescrit plus guère à l’encontre de ces activités en pleine perte de vitesse. Sur le fond, il s’agit donc de décortiquer les lois royales7 relatives aux tournois édictées au cours des décennies étudiées, afin d’en mieux comprendre les divers aspects. Au-delà, il faut tenter d’en savoir plus quant à l’effectivité des règles instaurées en déterminant si elles sont réellement appliquées. Pour mener à bien cette œuvre, nous porterons d’abord notre attention sur les actes royaux émis au cours de la période arrêtée8. Mais nous chercherons également des éléments de réponse dans les arrêts du Parlement9 ainsi que dans les comptes royaux10. Au sein de ce vaste champ documentaire, les investigations sont facilitées par les recueils et inventaires dont nous disposons, souvent pourvus d’index qui mentionnent des entrées relatives au phénomène des jeux en général et des tournois en particulier.

Avant toute chose, il est nécessaire de déterminer en quoi consistent les « tournois ». Ces évènements martiaux font leur apparition au xie siècle dans le Nord-Ouest de la France, et se généralisent par la suite un peu partout dans le royaume et même en dehors11. Le terme « tournoi », qui se traduit en latin par le vocable « torneamentum », désigne ainsi un jeu, généralement organisé en rase campagne, lors duquel s’affrontent deux groupes de cavaliers en armes, parfois accompagnés de piétons ; l’objectif est de faire des prisonniers dans le camp adverse pour obtenir des rançons, mais aussi de s’emparer des montures et de l’armement des personnes capturées12. Ce véritable « simulacre de guerre »13, souvent mis en scène devant un large public, dégénère régulièrement : dans la chaleur des combats, il n’est pas rare qu’une mêlée amicale se transforme en bataille haineuse et meurtrière14. Cette activité dangereuse est avant tout l’affaire des nobles. Ces derniers, qu’ils soient chevaliers ou écuyers, prisent énormément ces confrontations violentes, qui leur donnent l’occasion d’accomplir des passes d’armes mémorables devant de nombreux spectateurs, et d’acquérir ainsi à la fois richesse et renommée.

Le « tournoi », activité par essence collective, doit être soigneusement distingué de la « joute », désignée en latin par des termes tels que « justa » ou « josta ». La joute, jeu moins exclusivement nobiliaire qui apparaît au xiiie siècle, présente une envergure individuelle, opposant deux cavaliers isolés qui se combattent à la lance15. Nous aurons l’occasion de constater que les tournois et les joutes, du fait de leur étroite parenté, sont souvent prohibés de concert, suivant alors un même statut juridique. Précisons toutefois que nos analyses seront avant tout centrées sur les tournois stricto sensu, puisque ces activités sont les seules à être constamment visées par les ordonnances royales concernant les affrontements ludiques16. Il sera néanmoins intéressant de mettre en perspective les actions engagées contre les tournois avec celles menées contre les joutes, ce qui permettra de mieux éclairer la politique de la couronne contre les jeux martiaux en général.

On ne peut parfaitement comprendre la politique de la royauté vis-à-vis des tournois sans évoquer auparavant les initiatives prises dans ce domaine par l’institution ecclésiastique : en effet, de façon plus ou moins consciente, la tradition canonique a pu inspirer la doctrine de la couronne. Dès l’origine, l’Église réprouve les « torneamenta »17. Elle y voit non seulement un vain péril pour les vies mais aussi un danger pour les âmes, cette activité étant la source et le prétexte des péchés les plus divers18. C’est pourquoi, très tôt, dès les premières décennies du xiie siècle, les dignitaires de l’Église proscrivent « ces foires et fêtes détestables », condamnant à la privation de toute sépulture chrétienne les fidèles qui viendraient à perdre la vie lors de ces rencontres19. À partir des années 1200, l’Église intervient avant tout pour conforter ponctuellement cette prohibition absolue qui demeure à l’évidence la règle20, en particulier lorsqu’il est question d’organiser des croisades : il s’agit alors d’amplifier la condamnation des tournois quand ils détournent les combattants du service de la Croix, justifiant ainsi, pour un temps au moins, leur interdiction sous peine d’excommunication, sanction gravissime alors inédite dans ce domaine. Cette ligne de conduite est tout d’abord adoptée en 1215, lors du concile œcuménique de Latran IV21, et rejaillit à deux reprises au moins au cours du xiiie siècle22. On la trouve encore au début du xive siècle, en 1313, dans la bulle dénommée Passiones miserabiles promulguée par Clément V, à nouveau en vue d’une expédition pour la Terre sainte23. Cette intervention, ultime acte d’autorité de l’Église dans ce domaine, affiche une sévérité sans précédent24, et provoque de vives contestations. Philippe le Bel en personne, ainsi que ses fils et d’autres nobles, demandent la suspension de cette prohibition25, réclamation relayée avec force arguments par le juriste Pierre Dubois26. Si le souverain pontife reste ferme en maintenant son texte, tel n’est pas le cas de son successeur : en 1316, le pape Jean XXII révoque l’interdit de Clément V en vertu d’une bulle Quia in futurorum27. Dès lors, l’Église ne prescrit plus guère à propos de ces jeux.

C’est dans ce contexte particulier, marqué à la fois par un fort engouement nobiliaire et par une vive réprobation ecclésiastique à l’égard de ces activités, que la royauté en vient à se préoccuper de la question des tournois. Pour mieux saisir les tenants et les aboutissants de l’action engagée par la couronne vis-à-vis de ces jeux guerriers, trois temps seront envisagés. Tout d’abord, il est nécessaire de dresser un bilan précis concernant l’activité législative de la royauté vis-à-vis des tournois, en relevant les lois édictées et en déterminant leur applicabilité dans l’espace et dans le temps (I). Ce travail effectué, le contenu des textes pourra être étudié dans le détail : il s’agira de savoir à qui s’adresse précisément les ordonnances, quels actes sont interdits par celles-ci, et quelles mesures sont prévues à l’encontre des délinquants avérés (II). Dans un dernier temps, il faudra tenter d’en savoir davantage sur la mise en œuvre de la législation royale dans la pratique (III).

I. Les interdictions royales

Les quelques décennies qui séparent le règne de Louis IX de celui de Philippe VI sont ponctuées par de fréquentes interventions législatives qui visent à proscrire les tournois28. De façon schématique, il est possible de distinguer deux temps durant cette période. Du milieu du xiiie siècle à l’aube du xive, la royauté prescrit un nombre limité d’ordonnances qui, en dépit d’une envergure souvent générale, présentent toujours un caractère provisoire (A). À partir des années 1300, la politique royale devient plus volontariste. Les interdictions relatives au phénomène des tournois sont alors plus fréquentes et souvent plus durables que durant la période précédente (B).

A. Le temps des premières interdictions royales (milieu xiiie-début xive siècle)

Très tôt, dès le xiie siècle, il arrive que la royauté soit sollicitée pour s’opposer à des tournoyeurs menaçant gravement la paix du royaume29. Néanmoins, et sans exclure que des ordonnances plus anciennes nous échappent30, il semble qu’il faille attendre la seconde moitié du xiiie siècle pour que la couronne prenne de véritables mesures législatives proscrivant les tournois. La première initiative connue est rapportée par Guillaume de Nangis, moine de l’abbaye de Saint-Denis. Celui-ci raconte qu’en l’an 1260, Louis IX, après avoir été informé de l’invasion de la Terre sainte par des hordes tartares, convoque à Paris une vaste assemblée « d’évêques et de princes de son royaume ». C’est à l’issue de cette réunion que le monarque, certainement pour canaliser les forces vives de son « regnum » contre les adversaires de la chrétienté, prohibe les « torneamenta » pour les deux années à venir, n’autorisant dorénavant que les exercices à l’arc ou à l’arbalète31.

Plus d’une décennie plus tard, Philippe III suit les traces de son père. En atteste une lettre du pape Nicolas III du 22 avril 1279 : ce document évoque la récente révocation d’un « edictum » de ce monarque défendant les tournois jusqu’au prochain « passage général » – c'est-à-dire jusqu’au départ pour la croisade –, mesure adoptée « avec le conseil des barons et des autres grands du royaume de France »32. On apprend donc qu’une interdiction a été instaurée par le fils de saint Louis mais que celle-ci a été remise en cause, en l’occurrence, est-il énoncé, à la demande des hauts dignitaires consultés lors de sa mise en place33. Ce relâchement n’a toutefois qu’un temps. Bientôt, le roi instaure une nouvelle défense : les registres du Parlement indiquent en effet qu’en 1280, le monarque, « de consilio suo », a prolongé jusqu’à la prochaine Pâques une prohibition « des tournois et des joutes des écuyers et des chevaliers »34. Ce revirement soudain est sans aucun doute lié aux pressions exercées par le souverain pontife, qui a réprouvé la révocation du précédent édit royal35. On a également avancé36 que Philippe le Hardi a pu être marqué par la grave blessure reçue à la tête par son frère, Robert de Clermont, lors des tournois organisés en l’honneur du prince de Salerne, en 127937. Le sort malheureux de ce proche parent, frappé de démence suite à cet accident, a pu convaincre le monarque de réagir face à ces activités dangereuses.

Quelques années après son avènement sur le trône, Philippe le Bel prend des mesures énergiques qui s’inscrivent dans la continuité de l’action engagée par ses prédécesseurs. En témoigne un mandement fort méconnu38 émis en septembre 1293 par le sénéchal royal de Carcassonne, qui est alors Simon Briseteste. Dans cette lettre, le lieutenant du Capétien, « de speciali mandato domini regis », ordonne à son viguier de Béziers de faire savoir dans sa circonscription qu’il est formellement interdit d’aller tournoyer39. La portée exacte de cette défense est difficile à estimer. Le fait que cette prohibition soit proclamée en vertu du « specialis mandatum » du « rex » laisse penser que l’on agit alors sur ordre direct du roi. Notons toutefois que cette initiative, à la différence des précédentes, semble locale et non générale. Par ailleurs, il ne paraît pas y avoir de terme temporel précis à cette prohibition. Il est toutefois vraisemblable que celle-ci, loin d’instituer un interdit durable, soit en réalité purement conjoncturelle. On sait en effet qu’à la fin de l’année 1293, les relations entre Philippe IV et Édouard Ier, roi d’Angleterre, sont conflictuelles, couvant une guerre qui éclate finalement au cours de l’année suivante40. Or, la missive envoyée par le sénéchal, loin de concerner uniquement la question des tournois, commande également que chacun se tienne prêt à servir le roi avec sa monture et son armement, les non-nobles devant être convoqués pour des revues d’armes41. Ces diverses dispositions sont très certainement liées : sans doute s’agit-il de se préparer aux hostilités qui s’annoncent d’ores et déjà, ce qui exige notamment d’éloigner les sujets des jeux martiaux qui pourraient porter préjudice à la couronne, au moins de façon provisoire.

Cette doctrine est plus clairement mise en œuvre quelques années plus tard, dans une ordonnance rendue à la fin de l’année 1296 lors de la session du Parlement de la Toussaint. Philippe le Bel, qui guerroie alors contre son ennemi anglais et qui pressent sans doute que le comte de Flandre s’apprête à entrer en conflit avec lui42, prend plusieurs mesures visant à mobiliser ses régnicoles derrière sa bannière. Invoquant la « commune utilité et la nécessité de son royaume », le roi, pour le temps de sa guerre, interdit non seulement à ses sujets de faire des guerres ou des duels, mais également des tournois43. Quelques années plus tard, en octobre 1304, le Capétien rappelle cette proscription temporaire des « torneamenta » : dans une volée de mandements envoyée à tous ses baillis et sénéchaux, le roi souligne qu’il a jadis défendu, « par clameur et par édit public », que l’on fasse des tournois « guerra nostra durante »44, insistant alors sur la nécessité de mettre en œuvre ce précepte.

B. La multiplication des prohibitions royales (début xive-milieu xive siècle)

Jusqu’à l’aube du xive siècle, les interdictions prescrites par la couronne présentent déjà une ambition certaine : loin de concerner le seul domaine capétien, elles ont en général vocation à s’appliquer dans l’ensemble du « regnum ». Néanmoins, nous avons observé que les textes prescrits sont encore assez peu nombreux, et qu’ils présentent toujours un caractère éminemment conjoncturel. À partir des années 1300, les prohibitions deviennent plus fréquentes et plus durables, témoignant d’une politique royale plus rigoureuse qu’auparavant.

Ce constat est manifeste dès 1305. Cette année est en effet marquée par une intense activité législative qui permet au roi de réaffirmer avec vigueur sa volonté de proscrire les tournois. Dès le mois de janvier, Philippe IV envoie des lettres dans diverses contrées du Nord du royaume, rappelant à chacun que, « pour le grant proufit de nostre roiaume [et] des subgez », il a été autrefois interdit de faire des « tournoiemens » ou d’y aller45. Ce rappel est alors nécessaire car le roi constate que certains individus enfreignent cet interdit « puis nostre revenue de Flandres darreniere »46, c'est-à-dire depuis son retour de sa campagne militaire dans les contrées flamandes. Dans les mois qui suivent, en réaction encore à des désobéissances, Philippe le Bel légifère à nouveau contre les tournois, soulignant une fois de plus leur proscription : tel est le cas dans une série de mandements adressée en avril à divers lieutenants septentrionaux47, puis dans des lettres envoyées en septembre et en octobre aux baillis de Vermandois48 et de Tours49. Ces documents émis en 1305 présentent deux particularités remarquables. D’une part, ils rappellent avec fermeté le principe de l’interdiction des tournois alors que le conflit du monarque est en passe d’être gagné et que des trêves ont cours avec les adversaires flamands50. Ce constat est encore plus frappant dans les lettres rédigées après le mois de juin, puisque le péril de la guerre est alors définitivement écarté : les belligérants ont en effet conclu une paix depuis le 23 juin, paix qui reste seulement à ratifier51. D’autre part, on observe que dans les actes de 1305, Philippe le Bel évoque sa prohibition des tournois sans lui assigner de terme explicite52, comme si celle-ci était durable. Ces divers éléments donnent finalement le sentiment que le monarque regarde sa défense des « torneamenta » comme pérenne, ou tout au moins comme indépendante de tout conflit royal.

Les initiatives suivantes de Philippe IV confortent l’idée d’une évolution de la doctrine royale vis-à-vis des jeux impliquant des affrontements armés. En effet, après l’an 1305, alors que le royaume connaît la paix, le roi ordonne à plusieurs reprises l’interdiction des tournois. Si un terme est généralement assigné à cette mesure53, celui-ci est souvent très vague. Tel est le cas dans une ordonnance générale rendue en décembre 1311. Dans ce texte, Philippe le Bel déclare vouloir s’opposer « aux périls et aux dommages » provoqués par les ports d’armes, les assemblées de gens en armes et les tournois, souhaitant remédier à ces maux pour les temps futurs, ainsi que l’y engage le « devoir » de son « office »54. À cette occasion, les torneamenta sont proscrits, mais seulement, dit-on, « quamdiu duntaxat nostre placuerit voluntati », c'est-à-dire pour la durée qui conviendra au roi55. Déjà en 1308, un mandement royal adressé au bailli de Caen faisait allusion à une prohibition similaire pareillement bornée dans le temps56. En subordonnant ainsi la validité de ses statuts à son seul bon vouloir, le monarque s’octroie de vastes marges de manœuvre, se trouvant libre de maintenir ses interdictions pour une durée indéterminée.

La dernière intervention législative d’importance de ce monarque date d’octobre 1314. Philippe IV rappelle alors qu’il a autrefois défendu à ses sujets d’aller tournoyer, soulignant « la grant destruction, et mortalité de chevaux, et aucunes fois de personnes » que génère cette sorte d’activité. Le monarque énonce en outre que l’Église a encore récemment proscrit ces jeux sous peine, notamment, d’excommunication, ce qui fait manifestement allusion à la bulle Passiones miserabiles du pape Clément V57. Il énonce enfin que la défense des tournois « doie de tant miex estre gardée, comme plus grant cause appert de la faire, nous regardant que orendroit nous avons guerres en aucune partie de nostre royaume, a laquelle tels faits pourroient moult estre nuisables ». C’est pourquoi il réitère son interdiction, prescrivant alors « du conseil et de l’assentement des prelats, et barons de nostre royaume »58. La guerre à laquelle fait allusion le monarque pour justifier in fine sa nouvelle intervention est le conflit avec le comte de Flandre, qui ressurgit depuis l’été 131459. Ainsi, Philippe le Bel, tout comme en 1296, paraît agir pour favoriser son effort militaire. Il faut toutefois fortement nuancer cette comparaison. D’abord, le roi ne proscrit pas les tournois pour le seul temps de son combat, comme c’est le cas à la fin du xiiie siècle : la guerre, loin de constituer ici une stricte borne temporelle conditionnant l’interdiction, apparaît seulement comme l’un des motifs expliquant l’édiction d’une nouvelle ordonnance. Par ailleurs, comme l’ont déjà pressenti certains auteurs, tout indique que cette prohibition est en réalité un simple prétexte60. En effet, à l’automne 1314 naissent des ligues nobiliaires dans le royaume ; ces unions, qui s’insurgent en premier lieu contre la fiscalité royale, vont bientôt exprimer plus largement leur mécontentement vis-à-vis de la politique de la couronne61. Or, on sait que par le passé, les « torneamenta », qui offrent aux combattants un moment de rencontre privilégié, ont pu favoriser la création d’associations subversives entre sires révoltés62. Ainsi, l’objectif principal du monarque pourrait moins être de proscrire les tournois que d’empêcher la réunion de leurs divers participants, qui pourraient parlementer durant ces manifestations ludiques et se fédérer contre la royauté. Ce sentiment est conforté par deux éléments. D’abord, le roi s’appuie fortement sur la bulle de Clément V alors même qu’il en a demandé la suspension quelques mois plus tôt63. Cette attitude pour le moins contradictoire peut ici s’expliquer : si Philippe le Bel a pu autrefois désapprouver cette mesure pontificale, celle-ci, par opportunité, peut lui paraître désormais utile car elle sert ses propres objectifs. Par ailleurs, le fait que le monarque invoque la guerre royale ne manque pas d’étonner. En effet, le 5 octobre, jour de l’édiction de l’ordonnance, les hostilités avec le comte de Flandre ne sont plus d’actualité : depuis le 3 septembre, les parties ont conclu la convention de Marquette apaisant leur querelle, traité qui est définitivement ratifié plus d’un mois plus tard, le 10 octobre. Dans ce contexte, invoquer la guerre paraît bien plus un prétexte qu’une raison véritable.

Les fils de Philippe IV ordonnent eux-aussi à leurs sujets de cesser de tournoyer, tout au moins de façon temporaire. En 1317, ayant « eue deliberation sur ce », Philippe le Long commande à divers baillis du Nord-Ouest du royaume de suspendre les tournois jusqu’à nouvel ordre. Le roi affirme en effet qu’à cause des activités de ce type, « ledit voiage d’outre-mer, que nous avons tant a cuer et chascuns doit avoir, pourroit estre delayez, non sanz offense de Dieu, et la paiz et la seurté de nostre peupple troublee »64. Il est intéressant de souligner que c’est ici non seulement la perspective d’une croisade qui motive cette interdiction provisoire, mais également le maintien de la paix publique, objectif qui répond à des préoccupations plus structurelles que la seule organisation d’une expédition armée. Ce texte, qui est le dernier à avoir été conservé pour la période des derniers Capétiens directs, est suivi de quelques autres dont l’existence nous est connue par des biais détournés. On sait ainsi qu’en 1318, puis encore en 1319, Philippe V condamne à nouveau les tournois car « se nous les souffrions à faire, nous ne pourrions pas avoir les nobles de nostre royaume si prestement pour nous aidier à notre guerre de Flandres »65. Ces interventions liées aux troubles flamands, à l’évidence purement conjoncturelles, paraissent avoir été suivies d’une prohibition de Charles le Bel66.

Il faut enfin évoquer la politique engagée par le premier des Valois, Philippe VI. Nous disposons d’indices épars qui indiquent que ce monarque, dès le début des années 1330, prend des mesures ambitieuses visant à proscrire les tournois et les jeux semblables67. Il faut surtout signaler un texte méconnu des historiens qui nous est parvenu intégralement. Cet acte, qui est transcrit dans l’un des manuscrits ayant reconstitué les Mémoriaux perdus de la chambre des comptes de Paris, est émis quelques années après le début de la guerre de Cent Ans qui éclate en 1337. Il s’agit d’une lettre envoyée en janvier 1344 au prévôt de Laon68 : le Valois indique alors à son interlocuteur que des nobles du bailliage de Vermandois entendent tournoyer, situation qui pourrait « torner au prejudice de nos guerres »69. Le monarque ordonne par conséquent que l’on fasse défendre en son nom « que aucun noble dudit baillage ou autre [...] ne ailles a tornay ne ne face aucun fait d’armes durant celle saison »70. On comprend donc que cette ordonnance, dont la vocation est locale, est strictement temporaire, valable uniquement pour une seule « saison » : Philippe de Valois, à l’instar de ses ancêtres, prescrit donc contre les tournois et les activités similaires pour favoriser son combat contre son rival anglais.

En définitive, la législation royale sur les tournois produite des années 1300 jusqu’aux premières heures de la guerre de Cent Ans s’inscrit à de nombreux égards dans la continuité de la période précédente. Sans surprise, l’œuvre législative de la couronne continue à toucher l’ensemble du royaume. Il faut toutefois souligner que le roi se contente souvent de donner des directives à destination de certaines régions en particulier. Tel est le cas en 1305 et 1317, années durant lesquelles les contrées septentrionales paraissent seules faire l’objet de nouvelles mesures prohibitives, sans doute parce que ces terres sont davantage concernées par les tournois71, et que les résistances y sont plus vives qu’ailleurs72. En outre, tout comme au xiiie siècle, les interdictions relatives aux tournois continuent en général à être pourvues d’un terme explicite : à l’évidence donc, jusqu’aux années 1350, sauf prohibition expresse de la couronne, les tournois demeurent permis.

Il est cependant indéniable qu’une évolution survient à partir des années 1300. Les statuts royaux, alors souvent prescrits en dehors de tout temps de conflit, deviennent plus nombreux et plus durables qu’auparavant. Dès cette époque, les textes ne mentionnent plus toujours expressément l’existence d’un terme, et dans le cas contraire, ce terme est souvent vague, soumis à la seule volonté du roi. Or, c’est précisément à partir du début du xive siècle que les ordonnances, dans leurs préambules, en viennent à invoquer l’office du roi, le profit du royaume et des sujets, la nécessité de faire obstacle aux violences ou de maintenir la paix publique. Tout cela indique un changement de perspective : on saisit qu’à partir de la seconde moitié du règne de Philippe le Bel, la royauté en vient à empêcher les tournois, non plus uniquement pour des motifs purement conjoncturels, mais également pour s’opposer aux atteintes à l’ordre public qu’ils provoquent régulièrement. Dès lors, s’amorce un changement progressif au terme duquel, au xve siècle, le principe paraît devenir la proscription générale des affrontements ludiques, leur organisation en venant à être toujours soumise à autorisation spéciale de la couronne73.

II. Le contenu des interdictions royales

Les textes livrent des éléments importants pour comprendre la politique répressive de la royauté vis-à-vis des tournoyeurs. La législation royale formule en effet des interdits assez précis (A), et donne régulièrement des consignes quant aux mesures coercitives et punitives qui doivent être mises en œuvre contre les délinquants (B).

A. Les actes proscrits aux termes des ordonnances

Étudier les interdits prescrits par la couronne impose au préalable de déterminer quels en sont les destinataires. Il arrive que la législation royale vise spécifiquement les nobles. Tel est le cas en 1280, lorsque Philippe III proscrit les tournois « des écuyers et des chevaliers »74. On peut comprendre que la royauté s’en prenne plus spécialement aux sires, puisque les tournois sont avant tout chose nobiliaire75. Néanmoins, les statuts royaux visent généralement tous les régnicoles sans aucune exception. Cela ressort très clairement de la formulation des ordonnances, qui prohibent en principe les jeux étudiés à quiconque, sans autre précision76, voire, d’une façon plus explicite encore, à l’ensemble des « sujets »77.

Il faut désormais scruter les agissements proscrits par la couronne. Certains textes, très larges dans leurs énoncés, se contentent d’indiquer que les « torneamenta » sont prohibés78, sans autre détail. D’autres encore, dans la même optique, se bornent à énoncer qu’il est défendu de faire (facere, fieri) pareils rassemblements martiaux79. Mais les ordonnances sont souvent plus précises, montrant sans surprise que la proscription des tournois s’exprime avant tout par la défense de prendre part à ces activités martiales. À titre d’exemple, on peut citer le mandement adressé au bailli de Tours en octobre 1305. Dans ce document, Philippe le Bel demande à son bailli d’interdire en son nom « qu’aucun de nos sujets ait l’audace de tournoyer ou de jouter en notre royaume, ou bien de sortir dudit royaume en vue d’exercer telles activités, ou de faire des préparatifs pour celles-ci, de quelque manière que ce soit »80. Plus d’une décennie plus tard, au mois d’avril 1317, Philippe V, après avoir solennellement signifié la suspension des « joustes et tournais », commande pour sa part « que nuls ne soit si hardi [...] d’aler a joustes ne a tournais ne de jouster ne tournoier d’ores en avant durant nostredite defense »81. Ces actes sont intéressants car ils expriment bien l’essence de la législation royale étudiée. On voit que la couronne s’attache en premier lieu à condamner le fait même de « tournoyer ». Comme le montre le mandement adressé au bailli de Tours, les actes précisent parfois que cette entreprise est non seulement défendue à l’intérieur même du royaume, mais aussi en dehors82. D’autre part, comme l’indiquent les deux documents évoqués ci-dessus, on ne se borne pas à criminaliser la participation aux « torneamenta » : régulièrement, la royauté en vient à prohiber également des initiatives révélant par avance la volonté de prendre part à ces jeux, que ce soit en proscrivant le simple fait d’« aller » à ces activités83, ou d’effectuer des préparatifs en vue de celles-ci84. En condamnant pareilles entreprises trahissant l’intention coupable, la couronne souhaite sans doute permettre l’interpellation des tournoyeurs avant même qu’ils aient débuté leurs affrontements.

C’est dans cet état d’esprit, en vue de favoriser la répression des « torneatores », que certains statuts royaux proscrivant les tournois sont étroitement liés à l’interdiction des armes. On l’observe en avril 1305, lorsque Philippe IV rappelle qu’il a jadis « expressement defendu et fait deffendre tournoiemenz et les armes par tout nostre royaume »85. Il faut surtout évoquer l’ordonnance générale prescrite en décembre 1311, dans laquelle ce roi interdit à quiconque de « faire des assemblées de gens en armes et des ports d’armes, même pour des tournois »86. Dans ce texte, les délits de « portatio armorum » et de « congregatio armatorum » sont très clairement instrumentalisés pour frapper les tournoyeurs. On peut aisément imaginer que ces infractions sont extrêmement utiles pour les lieutenants de la couronne, car elles leur donnent une raison objective de s’emparer de ceux qui prennent part aux « torneamenta », toujours armés lors de leurs rencontres. Par ailleurs, ces délits permettent d’agir en amont en sanctionnant de simples actes préparatoires, alors que les contrevenants n’ont pas encore pris part aux combats mais qu’ils s’y apprêtent. On peut même se demander dans quelle mesure ces incriminations ne sont pas les seuls vrais leviers de l’action royale contre les tournois : en effet, comment qualifier juridiquement ces rassemblements ludiques et martiaux, si ce n’est en constatant de façon objective que des individus en armes se sont regroupés, en l’occurrence pour s’affronter amicalement ?

La couronne ne s’en prend pas uniquement aux tournoyeurs. Assez rapidement, dès les années 1300, des dispositions sont également adoptées contre les individus qui favorisent les « torneamenta » en coopérant avec leurs participants. La première initiative connue dans ce domaine est prise dans la série de mandements envoyée en janvier 1305 aux représentants de la couronne de diverses contrées septentrionales du royaume. Après avoir rappelé qu’il est interdit d’aller à des tournois, Philippe le Bel défend que quiconque héberge les nobles se rendant à ces rencontres ou séjournant en ville pour y prendre part. Il interdit par ailleurs que l’on vende, prête ou donne à ces individus des vivres, des chevaux, des armes, ou toute autre chose nécessaire à leur projet. Il défend enfin aux marchands d’amener des chevaux, des armes, des armures ou d’autres biens aux marchés qui se tiennent là où se déroulent les tournois87. On trouve semblables mesures dans d’autres actes88, et notamment au terme de notre période, dans la lettre de Philippe de Valois adressée en 1344 au prévôt de Laon89. La condamnation de ces actes d’assistance témoigne d’une volonté d’amplifier la répression des tournois90. On sait en effet que ces confrontations ludiques stimulent grandement le commerce des localités qui les reçoivent91, constituant une source de profit non négligeable pour les riverains92. En agissant de la sorte, la couronne veut donc empêcher les tournois en tentant de dissuader tous ceux qui en permettent ou incitent l’organisation parce qu’ils y trouvent un intérêt financier.

En dernier lieu, il faut signaler que les ordonnances proscrivant les « torneamenta » condamnent parfois dans le même temps d’autres activités similaires, leurs participants étant alors naturellement soumis aux mêmes règles pénales que les fauteurs de tournoi93. D’abord, comme nous l’avons déjà souligné, ce sont les joutes94 qui sont régulièrement interdites en même temps que les tournois. On observe ce phénomène dès le règne de Philippe le Hardi, la proscription conjointe de ces deux jeux devenant quasi systématique dès les années 131095. Ponctuellement, on trouve la prohibition d’autres activités, comme les « equitaciones »96, les courses de chevaux, ou bien encore les « tupineiz »97, sorte particulière de tournoi98. À partir de la fin du règne de Philippe le Bel, il arrive que les tournois et les jeux similaires soient proscrits au sein de textes condamnant plus largement tous les affrontements armés. En atteste un mandement adressé au gardien de Lyon en 1312, dans lequel le monarque rappelle le contenu de ses « ordenances », qui commandent « que nuls ne soit si hardi de nostre royaume, qui voist à tournoiemens, à joustes, tupineiz, ou en autre fait d’armes, soit en nostre royaume, ou hors »99. Il faut souligner la notion de « fait d’armes », liée ici aux « tournoiemens », et que l’on trouve par la suite dans d’autres statuts100. Cette expression est intéressante : dans la documentation royale, elle est employée pour qualifier des violences en armes très diverses, visant parfois même des actes de guerre101. Le recours à cette qualification, qui répond très certainement à une volonté de proscrire tous les excès armés indépendamment de leur forme exacte, donne le sentiment d’une stigmatisation accrue des jeux de guerre : en effet, ces derniers, d’un point de vue strictement juridique, en viennent à être assimilés à de simples attaques à main armée, en dépit même de leur caractère ludique.

B. Les mesures coercitives et punitives prescrites contre les délinquants

Les interdictions prescrites à l’encontre des tournois donnent souvent des consignes concernant la répression des délinquants avérés. Tout d’abord, dans presque tous les textes, le monarque ordonne l’arrestation des contrevenants et la saisie de tout ou partie de leurs biens avec consigne de les garder en l’état jusqu’à nouvel ordre. On le voit en avril 1305, lorsque Philippe IV commande à divers lieutenants du Nord-Ouest du royaume d’enquêter concernant l’identité de certains nobles coupables d’avoir enfreint la défense des tournois. Une fois leurs investigations menées à bien, ces agents devront aller à la rencontre des délinquants afin de les « prandre et emprisoner et leurs terres et leurs biens saisir et tenir en nostre main sanz rendre et sanz recroire sanz nostre especial commandement »102. La portée des saisies ordonnées varie toutefois selon les actes émis. Si, comme dans l’exemple rapporté ci-dessus, il arrive que tout le patrimoine de l’infracteur soit placé sous main royale103, il peut également advenir que certaines possessions soient spécifiquement visées. On le voit dans la longue série de mandements émise en avril 1317 : outre l’emprisonnement des personnes allant et venant aux tournois, le roi commande uniquement la prise de leurs harnois, de leurs chevaux et de leurs armes104. Soulignons que ces mesures, tout à fait classiques dans la pratique pénale de la royauté105, sont purement coercitives et non punitives : il s’agit seulement d’empêcher la fuite des prévenus en les incarcérant106 provisoirement, et de prévenir la dissimulation de leurs avoirs en plaçant leurs biens sous séquestre107. Le but recherché est donc de permettre aux gens du roi de rendre justice dans les meilleures conditions.

Si certains textes évoquent ces mesures coercitives sans rien dire au sujet du châtiment des infracteurs108, d’autres sont plus explicites. Il arrive en effet que le roi prescrive une peine de corps et de biens contre les tournoyeurs ou ceux qui viendraient à les assister, laissant ainsi ses agents libres, selon la gravité des faits, d’infliger toute punition confiscatoire ou corporelle qu’ils jugent méritée. Tel est le cas dans le mandement adressé au bailli de Caen en août 1308, dans lequel le lieutenant du monarque reçoit l’ordre de défendre aux régnicoles de son bailliage de faire des tournois ou des joutes « sub pena corporis et bonorum »109. Dans le même ordre d’idées, en 1344, Philippe VI proscrit d’aller tournoyer ou d’accomplir des faits d’armes « sus peine de corps et d’avoir »110. Il n’y a rien d’étonnant à trouver telles punitions laissées à l’appréciation des juges : on sait en effet que, d’une façon générale, le principe des « peines arbitraires » est en plein essor au bas Moyen Âge111. Il faut souligner que le discours des actes étudiés, classiquement durant l’époque considérée112, incite davantage à la sévérité qu’à l’indulgence, préconisant l’administration de peines exemplaires à l’encontre de ceux qui outrepassent la légalité royale113.

Par ailleurs, certains actes énoncent que ceux qui braveront l’interdiction des tournois méferont contre le tenant du trône en personne. On le voit au mois de janvier 1305, lorsque le roi rappelle qu’il a jadis défendu à ses sujets de prendre part à des tournois « sus quanque que il se puent meffaire vers nous »114. Dans le même esprit, en avril 1317, Philippe V défend que l’on aille ou que l’on participe à des tournois ou à des joutes sous peine « d’encourre nostre indignation »115. Ces énoncés, en raison de leur formulation très vague, suggèrent encore une fois la faculté laissée aux juges de prescrire toute sanction qu’ils estimeront nécessaire. Ces formules sont toutefois remarquables en ce qu’elles évoquent fortement le concept de « lèse-majesté », dont l’usage est attesté dans les cercles royaux dès le début du xiiie siècle116. En effet, s’il est vrai que l’incrimination de « crimen lese majestatis » n’est pas expressément utilisée, les infractions à la législation de la couronne n’en restent pas moins présentées comme des atteintes à la dignité royale : voilà qui suggère que ceux qui vont tournoyer sont susceptibles de « léser » le monarque. Cette hypothèse paraît d’autant moins téméraire qu’à partir des années 1300, les troubles à la paix publique, et tout particulièrement les guerres entre sujets, sont régulièrement présentés comme des lésions de la « majestas » royale117.

Il arrive également que la couronne prescrive des mesures confiscatoires118. Tel est le cas en janvier 1305, lorsque le roi interdit aux marchands d’acheminer des « chevaus, harnois ou armeures, vivres ou autres choses aus m[ar]chiez ou as lieus » où se dérouleront les tournois : en cas de non-respect de ce précepte, il est prescrit « que toutes lesdites choses soient forfaites et perdues [a] eus et aquisses a nous »119. On peut également évoquer la lettre envoyée au bailli de Vermandois vers la fin de la même année, au mois de septembre : on apprend alors que ceux qui cèderont à leur désir de tournoyer verront leurs chevaux et leurs harnois saisis « sine spe recuperationis »120, c'est-à-dire sans espoir d’être récupérés. On saisit donc que dans ces deux cas particuliers, les objets dont s’empareront les gens du roi ne seront pas simplement mis sous séquestre pour le temps de la procédure, mais qu’ils seront définitivement confisqués au profit de la couronne.

Il faut enfin évoquer deux textes tout à fait singuliers par la gravité des sanctions qu’ils prévoient. Il s’agit tout d’abord de l’interdiction transmise au gardien de Lyon en 1312. Ici, le lieutenant du Capétien est chargé d’incarcérer les tournoyeurs et de saisir sous main royale leurs biens pour les maintenir sous son emprise jusqu’à l’amendement de la faute commise. Il est dit qu’une fois cet amendement dûment effectué, les coupables pourront se voir restituer leurs biens. Mais avant qu’ils soient libérés de leur prison, le gardien devra leur faire jurer « sus sains » d’observer les ordonnances « fait sus le fait d’armes ». Ces dispositions relatives aux faits d’armes devront alors être respectées « sus poine d’ancourir nostre indignation », de demeurer en prison durant une année entière, et de perdre une année des revenus (fruiz) des terres détenues. Il est en outre indiqué que toute nouvelle infraction impliquera la confiscation des chevaux et des harnois des personnes récalcitrantes, cela au profit des « seigneurs sous qui jurisdiction il seront trouvé ». Ce n’est qu’ensuite, après la prestation de ce serment, que les individus appréhendés pourront être libérés121. Ces dispositions ont donc vocation à aggraver les infractions accomplies en état de récidive : nous comprenons ici qu’à la peine arbitraire à laquelle s’expose tout délinquant, exprimée par le fait d’encourir l’indignation personnelle du monarque, s’ajoutent les peines forfaitaires mentionnées ci-dessus. Par ailleurs, le fait de faire jurer le respect des ordonnances est sans doute autant un moyen d’engager les sujets arrêtés avec une force singulière122, que d’aggraver toute nouvelle désobéissance en la frappant du sceau du parjure.

On perçoit également une claire volonté d’amplifier la répression des tournoyeurs dans l’ordonnance prescrite en octobre 1314. Ce texte est remarquable puisque le monarque rompt avec le principe des peines arbitraires habituellement en vigueur. En effet, il est dit que ceux qui se rendront à des faits d’armes, tels que des tournois ou des joutes, seront soumis à des sanctions précises méticuleusement exposées dans le texte, celles-ci devant intervenir « sans autre jugement atendre »123. À l’évidence, il s’agit d’accélérer les procédures à l’encontre des tournoyeurs en coupant court à toute discussion concernant leur punition. Cette attitude est d’autant plus remarquable que les sanctions brandies sont lourdes. En premier lieu, tout infracteur s’expose à être incarcéré durant une année dans un lieu laissé à l’appréciation de la couronne124. Le monarque souligne avec insistance que cette mesure d’emprisonnement ne saurait être abrégée : il est en effet indiqué qu’aucune « recreance » ne peut avoir lieu en faveur des délinquants, ces derniers devant être soumis à un régime de prison « fermée »125, c'est-à-dire à un enfermement strict126. On condamne par ailleurs toute personne en état d’infraction à l’abattis de « la meilleure de touttes les maisons que elle ara »127. Et ce traitement rude est encore amplifié par une toute dernière mesure punitive : à l’instar de la précédente défense édictée en décembre 1312, le monarque ordonne la levée des revenus de la terre des coupables durant une année128 ; il est toutefois précisé que ces revenus ne bénéficieront pas à la couronne, mais au « passage de outremer »129, ce qui renvoie donc au financement de la croisade. Soulignons enfin que le roi ordonne à ses lieutenants de punir les fauteurs de troubles « sans faire grace ne deport a nulluy », c'est-à-dire sans accorder aucune rémission. En définitive, ce texte présente une sévérité exceptionnelle, car il ne laisse aucune place à la modulation ou à la rémission de sanctions particulièrement rigoureuses ; cette intransigeance pourrait s’expliquer par le caractère manifestement politique de cette ordonnance130.

III. La mise en œuvre des interdictions royales

Les interdictions édictées ne sont pas purement symboliques. Celles-ci sont mises en œuvre malgré d’incontestables résistances (A). Il faut par ailleurs signaler que pour conforter sa politique contre les tournoyeurs, la couronne en vient parfois à quérir l’assistance des justiciers locaux pour lui prêter main-forte (B).

A. Des préceptes appliqués en dépit des résistances

Les éléments dont nous disposons suggèrent que la royauté éprouve des difficultés à imposer ses règles prohibitives. On sait que jusqu’au terme de la période étudiée, des tournois continuent à être régulièrement organisés dans le royaume131. Même s’il ne faut pas perdre de vue que les interdictions sont en général provisoires, et qu’ainsi ces rassemblements peuvent parfois être organisés en toute légalité, ce constat laisse fortement penser que les ordonnances sont souvent enfreintes. Ce sentiment est confirmé par certains actes royaux émis par Philippe IV. Dans plusieurs mandements, tous relatifs aux contrées septentrionales, ce monarque déplore que des nobles tournoient ou s’apprêtent à le faire au mépris de sa législation132. Il arrive même que soit dénoncée l’inertie de certains lieutenants peu volontaires lorsqu’il s’agit de poursuivre des infracteurs. Nous en avons un exemple en septembre 1305, dans une lettre adressée au bailli de Vermandois. À cette occasion, le roi affirme avoir été informé que des individus ont tournoyé dans les contrées vermandoises, et qu’ils n’ont guère été empêchés dans leurs entreprises. Évoquant l’impunité des récalcitrants, le roi en vient à sermonner son bailli : « nous percevons qu’à cause de votre négligence », dit-il, « en raison de leur superbe effrénée impunie et non réprimée, la volonté de ceux qui désirent tournoyer s’est renforcée »133. En somme, la permissivité dont fait preuve le lieutenant royal incite chacun à la désobéissance, situation hautement préjudiciable à la couronne. On comprend donc qu’en matière de tournoi, comme d’ailleurs en bien d’autres domaines, le défi pour le monarque est autant de convaincre ses sujets d’obéir que de mobiliser ses hommes pour faire respecter sa volonté134.

On aurait toutefois tort d’en conclure que les préceptes royaux restent lettre morte, comme on a pu le suggérer135 : si les arrêts du Parlement n’apportent guère d’informations concrètes s’agissant de la mise en œuvre des ordonnances relatives aux tournois136, d’autres sources en revanche livrent des renseignements très significatifs. Nous disposons d’éléments intéressants dès la seconde moitié du xiiie siècle, et tout d’abord grâce à certaines œuvres littéraires137. Parmi celles-ci, il faut avant tout se reporter au Roman de Ham138, réalisé par un trouvère dénommé Sarrazin à l’époque de Philippe le Hardi. Ce récit en vers relate un tournoi ayant eu lieu vers 1278 dans la ville de Ham, en Picardie. Au cours de sa narration, l’auteur en vient à dénoncer la politique prohibitive initiée par Louis IX : « Fix fu le bon roi Looy », dit-il, « Icil rois dont je vous recort, / Ou fust à droit ou fust à tort, / Il desfendi le tournoiier »139. Cette défense, souligne-t-il, a nui à nombre de personnes (mout de gent dut anoiier)140, et notamment à celles gagnant leur vie grâce à ces rassemblements ludiques. Ces gens dont les affaires sont perturbées par la prohibition royale, dit l’auteur, « Vont souvent le roi maudisant, / Par qui tournoi sont desfendu »141. Ces propos sont intéressants parce qu’ils témoignent d’un sentiment de malaise suscité par l’interdiction des tournois, sentiment qui n’aurait pas lieu d’être si ces rencontres guerrières n’étaient pas quotidiennement entravées. Nous disposons d’un autre indice contemporain de cette œuvre. Il s’agit d’une lettre envoyée en octobre 1279 par Édouard Ier, le roi d’Angleterre, à Philippe III, son homologue de France. Dans cette missive, Édouard demande à son interlocuteur d’excuser Jean de Priyé, chevalier, d’avoir participé à un tournoi alors qu’il pérégrinait dans les contrées anglaises142. Ici comme avant, ce témoignage suggère que dès la seconde moitié du xiiie siècle, c'est-à-dire dès l’époque des premières interdictions, les ordonnances sont réellement appliquées, sinon il n’y aurait guère besoin de se soucier de les avoir enfreintes.

On trouve des éléments plus explicites encore en parcourant les fragments de comptes royaux relatifs aux règnes de Philippe le Bel et de ses successeurs. On remarque d’abord que de la fin des années 1290 jusqu’au terme de notre période, ces sources consignent régulièrement des dépenses engagées pour envoyer et publier des missives interdisant les tournois143, ou pour en faire crier la prohibition au nom de la couronne144. Mieux encore, de nombreux comptes font mention de frais liés à la répression des infracteurs des ordonnances sur les tournois. On sait ainsi que le roi députe parfois des hommes en vue d’empêcher la réunion de tournoyeurs. C’est ce que nous montre le rôle des bailliages de France pour le terme de l’Ascension 1305. Ce document révèle que des serviteurs de la couronne ont été envoyés aux alentours de Paris « pour garder les passages que l’on n’alast au tournay »145. Plus fréquemment, les documents comptables révèlent que le monarque et ses lieutenants dépêchent des agents pour s’emparer de nobles ayant tournoyé au mépris des interdictions. Parmi d’autres, on peut signaler un exemple dans le compte du bailli de Vermandois rendu au terme de l’Ascension 1305 : on lit ainsi que le prévôt de Montdidier a été chargé de capturer le seigneur Aubert de Hangest et le châtelain de Beauvais parce qu’ils se sont rendus à des tournois « contre l’interdiction du roi »146. D’autres sources évoquent quant à elles des dépenses engagées pour placer sous main royale les biens de tournoyeurs. On peut se référer à un compte de la vicomté de Gisors rendu pour le terme de Pâques 1324. On apprend dans ce document qu’un certain Robin le Page a été envoyé « afin qu’il faist prendre en la main du roy les biens de ceus qui avoient fait le tournoiement »147. Outre ces éléments concernant les tournois, il est intéressant de constater que certains comptes évoquent des interventions relatives à des jouteurs148. On peut en particulier évoquer un compte rendu par le bailli de Bourges pour le terme de la Toussaint 1299 : il est alors indiqué que des amendes de dix livres ont été levées contre des individus coupables de s’être rendus à des joutes contre la défense du roi149.

Bien que très parcellaires, ces quelques informations sont extrêmement précieuses. Elles témoignent en effet de réelles initiatives visant à contraindre et à punir ceux qui transgressent la législation royale. Ainsi, bien qu’il soit fort difficile de tirer des conclusions précises sur la base de ces quelques éléments, on peut au moins affirmer que les ordonnances interdisant les tournois ne se réduisent pas à des proclamations symboliques, mais qu’elles sont effectives. Ce sentiment est d’autant plus fort qu’à partir des années 1350, les tournois se raréfient très nettement pour laisser place à des pratiques martiales plus individuelles, et particulièrement aux joutes150. Cette évolution culturelle s’explique peut-être, en partie tout au moins, par le succès de la politique menée par la royauté : on peut en effet se demander dans quelle mesure l’action de la couronne, en dépit des difficultés rencontrées, a pu contribuer à la désaffection de ces jeux que sont les « torneamenta », périlleux entre tous pour l’ordre public.

B. Le recours aux autorités non-royales

Pour achever ce parcours, il est intéressant d’évoquer brièvement la participation des autorités non-royales à la mise en œuvre des ordonnances. D’emblée, notons qu’il est difficile de savoir avec certitude si, durant la période étudiée, les hauts justiciers locaux peuvent juger ceux qui enfreignent l’interdiction des tournois sur leurs terres, ou si au contraire le sort de ces délinquants tend à être réservé à la seule justice du roi. Tout au plus peut-on conjecturer que, passées les années 1300, la couronne doit tenter d’imposer sa compétence exclusive, le phénomène des tournois étant étroitement lié à la question du port d’armes et plus largement au maintien de la paix, domaines qui touchent à l’éminente superioritas du monarque151.

On sait en tout cas que l’assistance des autorités non-royales est parfois requise par la couronne en vue de conforter sa politique. Les justiciers locaux peuvent ainsi être sollicités pour publier dans leur juridiction les ordres du monarque152. Mieux encore, il arrive qu’ils soient mobilisés pour interpeller les infracteurs. On le voit en janvier 1305, lorsque Philippe le Bel s’adresse à divers lieutenants du Nord du royaume en leur mandant d’ordonner « de par nous a touz maieurs, eschevins et prevoz, et a touz autr[es] justiciers de vostre ballie, que touz gentishommes qui iront ou seront trouvez alan[z] ausdiz tournoiemens prengnent et arrestent et leur genz, leur chevaus et leur harnois, sanz rendre et sanz recroire sanz nostre commandement »153. Ces observations contribuent à montrer que, dès l’époque des derniers Capétiens directs, la royauté prend l’habitude de quérir l’aide des divers pouvoirs publics de son « regnum » pour maintenir l’ordre et pour rendre justice154.

Soulignons enfin que le roi peut être amené à solliciter des justiciers extérieurs à son royaume pour mieux mettre en œuvre sa législation. Tel est le cas en janvier 1305, lorsque Philippe le Bel rappelle à quelques grands dignitaires laïques et ecclésiastiques établis dans les contrées impériales qu’il a jadis interdit à ses sujets de faire des tournois ou de s’y rendre dans le royaume ou en dehors155. Le roi demande alors « affectuosement » à ses divers interlocuteurs, au cas où des justiciables de son royaume viendraient à prendre part à des « tournoiemenz » dans leur juridiction, qu’ils ne tolèrent pas que ceux-ci soient hébergés ou reçus dans leur terre, ou que leurs propres sujets « leur vendent chevaus, armeures, harnois ou autres choses qui leur soient necessaires »156. Il ne s’agit pas ici d’un ordre, puisque le roi n’a aucune autorité juridique à l’égard des destinataires de sa lettre, mais d’une simple requête soutenue par l’affection royale157. On saisit cependant toute l’importance de cette initiative : la couronne ne saurait réellement interdire à ses sujets de tournoyer en dehors de son royaume sans instaurer au préalable une réelle coopération avec les justiciers frontaliers.

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En conclusion, il est d’abord intéressant de remettre en perspective l’action engagée par la royauté vis-à-vis des tournois avec celle menée par l’Église. Il apparaît tout d’abord que la couronne commence à légiférer à l’encontre des tournois à partir de la seconde moitié du xiiie siècle, avec des interventions de plus en plus régulières dès les années 1300. Or, c’est durant cette période que l’activité édictale du pouvoir spirituel dans ce domaine marque le pas pour cesser complètement après les années 1310. On observe donc une transition progressive au terme de laquelle la réglementation des activités guerrières telles que les « torneamenta » devient le seul apanage de la puissance séculière. Sur le fond, la couronne condamne les tournois d’une façon moins définitive que ne le fait l’institution ecclésiastique. Rappelons que dès le xiie siècle, les conciles de l’Église dénoncent sans concession les rassemblements martiaux ; au xiiie siècle, le Saint-Siège interdit plus spécialement ces réunions pour le temps des croisades, mais il ne paraît pas alors renoncer à leur proscription absolue. Les prohibitions royales, quant à elles, sont le plus souvent provisoires, instaurées en vue d’une expédition en Terre sainte ou d’une guerre engagée par le monarque : il s’agit moins alors de condamner les tournois en tant que tels que de les faire cesser pour une courte durée, en vue de mobiliser tous les sujets au service d’une cause supérieure158, à savoir un conflit « juste » selon les critères canoniques, car mené au nom de Dieu ou d’un prince légitime159. Nous avons néanmoins observé que dès le règne de Philippe IV, les interventions de la couronne deviennent de plus en plus pérennes, et que la royauté en vient à justifier ses interventions par les troubles que ces activités génèrent. On comprend donc que le temps passant, les tournois tendent à être considérés comme des évènements coupables par nature.

Il s’agit par ailleurs de dresser un bilan quant aux dispositions précisément prescrites et quant à leur effectivité. Nous avons observé que si la royauté prohibe souvent les tournois de façon provisoire, elle le fait toutefois de la façon la plus générale qui soit, en s’adressant à tous ses sujets dans tout son royaume. D’une façon générale, la prohibition des tournois se traduit avant tout par la condamnation de toute participation à ces activités, voire même du simple fait de s’y préparer, la sanction des récalcitrants étant normalement laissée à la libre appréciation des juges. Il arrive même que l’on condamne les actes d’assistance à l’égard des tournoyeurs, que ce soit leur hébergement ou leur fourniture en vivre et en équipement. Par ailleurs, nous avons observé que les tournois sont très souvent proscrits en même temps que d’autres activités semblables, en particulier les joutes. À partir des années 1310, les tournois et les affrontements similaires sont parfois proscrits en même temps que tous les autres faits d’armes : ce constat est marquant, car ces activités ludiques tendent alors à être assimilées à de simples violences armées, témoignant de leur relégation progressive dans le champ d’une illégalité durable. Nous avons enfin pu constater qu’en dépit des résistances, les mesures coercitives et punitives prescrites contre les tournoyeurs trouvent à s’appliquer dans la pratique, et cela dès la seconde moitié du xiiie siècle. Les fragments de compte royaux ont apporté en ce sens des données très révélatrices, démontrant que de réelles actions répressives sont menées au quotidien contre les délinquants.

Après les années 1350, alors que le royaume est confronté à la crise de la guerre de Cent Ans, la royauté cesse presque totalement de légiférer concernant les tournois, et plus généralement contre les jeux semblables. Ce constat n’est sans doute pas le fruit d’une illusion documentaire, révélant à l’évidence une véritable évolution. Mais quelle en est la cause ? Deux hypothèses peuvent être envisagées. À l’origine de ce changement, il pourrait y avoir la désaffection pour les tournois dans la seconde moitié du xive siècle160. On sait en effet que la raréfaction de ces batailles laisse place au règne des joutes161, individuelles et donc moins dangereuses pour l’ordre public et pour l’effort de guerre du monarque. Ces éléments – diminution drastique des tournois et promotion d’une activité moins périlleuse – pourraient expliquer que la royauté se désintéresse de la proscription des jeux de guerre, dont la pratique est désormais moins problématique162. D’un autre côté, on peut envisager qu’après le temps de Philippe VI la réglementation des jeux martiaux devienne pérenne, la royauté n’ayant plus besoin d’émettre régulièrement des prohibitions temporaires : s’imposerait alors l’idée que les faits d’armes, quelle qu’en soit la forme précise, sont toujours proscrits, ne pouvant avoir lieu qu’avec l’autorisation du monarque ou d’une autre autorité publique163. L’unique texte royal qui nous est parvenu à ce sujet après 1350 apporte quelque crédit à cette seconde proposition. Il s’agit d’une ordonnance de Charles VI du 27 janvier 1406164 : en réaction au projet de certains chevaliers qui désirent organiser des confrontations ludiques, le monarque défend toute joute et tout fait d’armes de la façon la plus absolue qui soit, donnant alors le sentiment que ces entreprises sont toujours proscrites lorsqu’elles n’ont pas été permises.

Quelle que soit l’hypothèse la plus juste, cette ordonnance de Charles VI apporte au moins une véritable certitude qui mérite d’être soulignée au terme de cette étude. En effet, les dispositions de cette initiative législative sont formulées avec des termes identiques à ceux employés au tout début du xive siècle, le ton du texte étant semblable à celui qui préside un siècle auparavant aux ordonnances des derniers Capétiens directs : voilà qui montre combien le temps des successeurs de Louis IX est décisif, car fondateur pour la construction du droit royal au bas Moyen Âge.

1 Sur l’essor de la paix royale sous Louis VII et sur l’ordonnance de paix édictée par ce monarque à Soissons en 1155, voir Graboïs, 1966 ; Guillot

2 Sur la loi royale au bas Moyen Âge, parmi une abondante bibliographie, voir en particulier les divers articles d’Albert Rigaudière consignés dans

3 Concernant le duel judiciaire en France au bas Moyen Âge, et sur les mesures prises pour le réglementer ou l’interdire, voir Chabas, 1978. Sur la

4 Pour des éléments synthétiques relatifs à la politique menée par la royauté contre les tournois durant la période médiévale, voir en premier lieu Du

5 Houdebert, 1991.

6 Sur ce constat d’une très nette raréfaction des tournois à partir du milieu du xive siècle, voir en particulier le mémoire de Sylvain Houdebert

7 Pour déterminer quels actes revêtent un caractère législatif, nous suivons la définition de la « loi médiévale » arrêtée par Albert Rigaudière. Ce

8 Concernant les actes royaux, nous nous appuyons principalement sur les Ordonnances des roys de France de la troisième race – ce recueil sera abrégé

9 Voir les registres de la série X des Archives nationales qui concernent la période étudiée. Les premiers registres sont édités dans Les Olim ou

10 Nous nous sommes avant tout appuyé sur les fragments des comptes royaux datant des règnes de Philippe le Bel et de ses fils, qui sont édités dans

11 Sur les tournois au Moyen Âge, et notamment dans le royaume de France, se reporter en premier lieu à plusieurs articles fondateurs : Denholm-Young

12 Sur ces éléments de définition concernant les « tournois », voir Parisse, 1985, p. 176 sqq. ; Van den Neste, 1996, p. 50 sq.

13 Nous empruntons cette heureuse formule à Van den Neste, 1996, p. 50.

14 Sur ces tournois qui dégénèrent, voir Du Cange, 1850, dans les « Dissertations... », p. 26, dans la première colonne.

15 Sur les « joutes », voir en particulier les références indiquées supra en note n° 12. À propos des joutes à la fin du Moyen Âge, voir Nadot, 2012.

16 Parmi les ordonnances royales du bas Moyen Âge qui nous sont parvenues et qui portent sur la question des jeux impliquant des affrontements armés

17 De nombreux travaux évoquent la réprobation de l’Église vis-à-vis des tournois, ainsi que les mesures prises par cette institution contre ces

18 Cette idée essentielle est parfaitement résumée dans Van den Neste, 1996, p. 161 sq.

19 La première condamnation générale des tournois en ces termes date de 1139, celle-ci étant alors formulée dans l’un des canons édictés lors du

20 La condamnation des combattants morts en tournoi à la privation de sépulture chrétienne semble d’actualité jusqu’à la fin du Moyen Âge. En atteste

21 La mesure, qui prévoit l’interdiction des tournois sous peine d’excommunication pour les trois années à venir, est adoptée dans la bulle Ad 

22 Tel est le cas en 1245, à l’occasion du concile œcuménique de Lyon qui se tient sous le pontificat d’Innocent IV. Au cours de cette assemblée, est

23 1313, Regestum Clementis papae V, n° 10043, p. 452.

24 Dans sa bulle Passiones miserabiles, Clément V promet l’excommunication non seulement aux tournoyeurs et aux jouteurs, mais aussi à ceux qui

25 Cette demande de suspension émanant du roi et d’autres nobles est rapportée par le juriste Pierre Dubois dans l’introduction de son mémoire

26 Sur ce juriste et ses écrits, voir Forcadet, 2009. Pierre Dubois critique vivement la prohibition papale dans un mémoire intitulé De torneamentis

27 1316, Corpus iuris canonici, t. 2, tit. 9, col. 1215.

28 Notons toutefois que, sur l’ensemble de cette période, de nombreuses initiatives nous échappent sans doute. Notre méconnaissance est grande, en

29 On peut relever en ce sens une missive de Bernard de Clairvaux envoyée en 1149 à l’abbé Suger, alors régent du royaume en l’absence de Louis VII

30 Des ouvrages élaborés sous l’Ancien Régime rapportent l’existence d’interdictions antérieures aux premières ordonnances attestées, sans toutefois

31 Vita sancti Ludovici regis Franciae, p. 412 : « Anno Domini M.CC.LX. Dominica in passione congregavit rex Franciae Ludovicus Parisius concilium

32 La lettre pontificale énonce que « charissimum in Christo filium nostrum Philippum regem Francorum illustrem edictum suum de torneamentorum

33 Ibid. Il faut peut-être rapprocher la remise en cause de cet édit de la venue en France du prince de Salerne, le cousin du roi : une chronique

34 1280, Olim, t. 2, n° XXII, p. 161 : « Dominus rex, de consilio suo, elongavit prohibicionem torneamentorum et jostarum armigerorum et militum usque

35 Voir la lettre du pape du 22 avril 1279 évoquée ci-dessus, dans Annales ecclesiastici, t. 22, p. 454.

36 Carolus-Barré, 1978-1979, p. 97.

37 Sur le récit de cet épisode par Guillaume de Nangis, voir Gesta Philippi regis Franciae, filii sanctae memoriae regis Ludovici, p. 512.

38 Cet acte, dont une copie est conservée dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale de France – institution abrégée désormais par la mention BNF 

39 1293, BNF, Languedoc Doat 51, fol. 37r : « De speciali mandato domini regis vobis districte dicimus et mandamus quatinus faciatis praeconisari et

40 Sur le contexte, voir Favier, 1978, p. 206 sqq.

41 1293, BNF, Languedoc Doat 51, fol. 37r.

42 Fin 1296, les rapports entre Philippe IV et le comte de Flandre, Guy de Dampierre, deviennent de plus en plus orageux. En janvier 1297, le comte s’

43 1296, Olim, t. 2, n° XV, p. 405 : « Dominus rex, pro communi utilitate et necessitate regni sui, statuit [...] quod, durante guerra regis

44 1304, AN, JJ 36, n° 192, fol. 83r : « Intelleximus quod nonnulli nobiles regni nostri ad torneamenta facienda se parant contra inhibitionem nostram

45 1305, AN, JJ 36, n° 62, fol. 23v. Ce document est édité dans Ordonnances, t. 1, p. 421. Ce mandement a été adressé aux baillis d’Auvergne, de

46 AN, JJ 36, n° 62, fol. 23v.

47 1305, ibid., n° 217, fol. 94r. Ce mandement, qui est édité dans Ordonnances, t. 1, p. 426*, a été adressé au prévôt de Paris, au sénéchal de

48 1305, AN, JJ 36, n° 240, fol. 100v. Ce mandement est édité dans Ordonnances, t. 1, p. 434.

49 1305, AN, JJ 36, n° 241, fol. 101r.

50 Sur ces éléments, voir en particulier Funck-Brentano, 1896, p. 485 sqq., et notamment, sur les trêves, p. 493.

51 Le traité d’Athis conclu entre les belligérants est finalement ratifié en mai 1307.

52 Les mandements adressés aux baillis de Vermandois et de Tours en septembre et en octobre 1305 présentent toutefois une certaine ambiguïté, puisque

53 Outre les exemples de 1308 et de 1311 rapportés ci-après dans le corps du texte, voir un mandement royal daté du 23 décembre 1312 adressé au

54 1311, Ordonnances, t. 1, p. 493 : « Periculis et incommodis que ex torneamentis, congregationibus armatorum, et armorum portationibus, in universis

55 Ibid. : « Premissam vero torneamentorum prohibitionem durare volumus quamdiu duntaxat nostre placuerit voluntati. Et omnibus subditis nostris, sub

56 1308, AN, JJ 42a, n°114, fol. 113v : « Cum justas et torneamenta, certis ex causis, interdixerimus quamdiu nostre placuerit voluntati, mandamus

57 Sur cette bulle, voir nos rappels supra, dans l’introduction.

58 1314, Ordonnances, t. 1, p. 539 sq.

59 Sur le contexte de cette période, voir Favier, 1978, p. 506 sqq.

60 André Artonne et Philippe Contamine ont déjà souligné ce caractère sans doute politique de l’interdiction des tournois en octobre 1314 : cf.

61 Concernant le mouvement des ligues seigneuriales de 1314-1315, se reporter à Artonne, 1912 ; Brown, 1991.

62 On sait qu’en 1228, le pape Grégoire IX prohibe les tournois en Angleterre car ils suscitent des associations illicites telles que des « 

63 Sur ces éléments, voir supra, dans l’introduction de cet article.

64 1317, AN, JJ 55, n° 12, fol. 7v. Cet acte, qui est édité dans Ordonnances, t. 1, p. 643, a été envoyé aux baillis de Senlis, de Vermandois, de

65 Ces textes sont signalés par Du Cange, mais leur contenu n’est pas retranscrit, si ce n’est la courte citation que nous reprenons dans cet article 

66 Un compte de la vicomté de Gisors pour le terme de Pâques 1324 évoque en effet une somme dépensée pour un clerc envoyé pour proclamer une

67 On sait en effet qu’autrefois une « déclaration portant défense des combats et des tournois » datant du 6 avril 1333 était transcrite dans le

68 1344, AN, P 2291, fol. 821r.

69  Ibid.

70 Ibid.

71 On se souvient en effet que le phénomène des tournois naît dans le Nord-Ouest de la France : cf. supra.

72 Sur la résistance aux ordonnances, voir nos réflexions infra.

73 Voir à ce propos notre conclusion.

74 1280, Olim, t. 2, n° XXII, p. 161, loc. cit.

75 Voir à ce propos nos développements en introduction, supra.

76 Se reporter par exemple à 1293, BNF, Languedoc Doat 51, fol. 36v ; 1305, AN, JJ 36, n° 217, fol. 94r.

77 Entre autres exemples, voir l’ordonnance du 30 décembre 1311, qui énonce clairement que l’interdiction des tournois s’adresse « omnibus subditis

78 Voir par exemple 1280, Olim, t. 2, n° XXII, p. 161 ; 1305, AN, JJ 36, n° 240, fol. 100v.

79 Ainsi dans 1296, Olim, t. 2,  XV, p. 405 ; 1304, JJ 36, n° 192, fol. 109r.

80 1305, AN, JJ 36, n° 241, fol. 101r : « [...] mandamus iterato tibi atque precipimus quatinus, prohibitiones predictas per loca tue ballivie de

81 1317, AN, JJ 55, n° 12, fol. 7v.

82 D’autres actes rappellent qu’il est défendu de tournoyer tant dans le royaume qu’en dehors de celui-ci : cf. 1312, Ordonnances, t. 1, p. 509 ; 1314

83 Dans l’acte de 1317 évoqué ci-dessus, Philippe le Long distingue clairement le fait de « tournoier » et celui d’« aler » à des tournois. Dans le

84 Sur la condamnation des préparatifs en vue de tournoyer, voir également 1305, ibid., n° 240, fol. 100v.

85 1305, ibid., n° 217, fol. 94r.

86 1311, Ordonnances, t. 1, p. 493 : « [...] vobis et cuilibet vestrum, sub fide qua nobis tenemini, et sub omni pena quam vobis infligere possumus

87 1305, AN, JJ 36, n° 62, fol. 23v : « [...] et faitez crier so[lemp]nelment et deffendre par touz les lieus de vostre ballie que nus, sus poinne de

88 Voir 1305, AN, JJ 36, n° 240, fol. 100v ; 1317, AN, JJ 55, n° 12, fol. 7v.

89 1344, AN, P 2291, fol. 821r.

90 Remarquons qu’en 1313, le pape Clément V, dans sa bulle Passiones miserabiles, a recours au même procédé en excommuniant ceux qui reçoivent les

91 Michel Parisse souligne que les tournoyeurs sont amenés à résider longuement aux abords des lices dédiées aux combats, y compris dans les villes

92 Le Roman de Ham, récit en vers réalisé à la fin des années 1270,atteste bien de l’enjeu commercial induit par les tournois. Cette œuvre souligne en

93 Sur les mesures coercitives et punitives auxquelles s’exposent les tournoyeurs, voir infra.

94 Concernant les joutes, voir supra, en introduction.

95 Pour des textes évoquant la proscription conjointe des joutes et des tournois, voir par exemple 1280, Olim, t. 2, n° XXII, p. 161 ; 1305, AN, JJ 36

96 1296, Olim, t. 2, n° XV, p. 405.

97 Voir le mandement adressé au gardien de Lyon le 28 décembre 1312 : Ordonnances, t. 1, p. 510.

98 Sur la notion de « toupineure », voir Contamine, 1985, p. 431.

99 1312, Ordonnances, t. 1, p. 510.

100 Voir l’ordonnance du 5 octobre 1314, dans ibid., p. 539. La notion est également utilisée dans les interdictions datant de l’époque de Philippe de

101 Un acte de Philippe IV daté du 21 novembre 1308 qualifie ainsi de « fait d’armes » un affrontement armé survenu à l’occasion d’une guerre entre

102 1305, AN, JJ 36, n° 217, fol. 94v.

103 Tel est le cas également dans 1311, Ordonnances, t. 1, p. 493 ; 1312, ibid., p. 509.

104 1317, AN, JJ 55, n° 12, fol. 7v.

105 Sur la procédure criminelle au xive siècle dans la pratique royale, voir Carbonnières, 2004. Sur l’emprisonnement préventif des prévenus et la

106 Sur l’emprisonnement au Moyen Âge, voir Grand, 1940/1941 ; Porteau-Bitker, 1968. Sur la détention préventive dans la pratique royale au xive 

107 Sur le séquestre dans la pratique royale au bas Moyen Âge, voir en particulier Tuttle, 2012.

108 Ainsi par exemple dans 1304, AN, JJ 36, n° 193, fol. 83r.

109 1308, AN, JJ 42a, n° 114, fol. 113v : « [...] ne quis, nobilis aut alius, cujuscumque status aut conditionis existat, post inhibitionem predictam

110 1344, AN, P 2291, fol. 821r. Notons que cette peine est parfois brandie non seulement contre les tournoyeurs, mais aussi contre ceux qui leur

111 Sur l’essor des « peines arbitraires » au bas Moyen Âge, voir Schnapper, 1974. Sur le recours aux peines arbitraires dans les ordonnances royales

112 Sur la promotion des peines exemplaires dans la doctrine du bas Moyen Âge, voir Gauvard, 1997, p. 29.

113 Voir le mandement adressé au bailli de Vermandois en septembre 1305, dans lequel il est indiqué : « [...] penaque predictis transgressoribus

114 1305, ibid., n° 62, fol. 23v.

115 1317, AN, JJ 55, n° 12, fol. 7v.

116 Sur la lèse-majesté au Moyen Âge, voir notamment Cuttler, 1981 ; Gauvard, 2010 (1991), p. 832 sqq. ; Chiffoleau, 1993 ; Leveleux-Teixeira, 2006.

117 Sur le fait qu’à partir des années 1300 les atteintes à la paix publique tendent à léser la majesté royale, voir Martin, 2014, p. 484 sqq. et p. 

118 Sur la confiscation au bas Moyen Âge, voir Timbal, 1943, ainsi que Timbal, 1944.

119 1305, AN, JJ 36, n° 62, fol. 23v.

120 1305, ibid., n° 240, fol. 100v : « [...] et nichilominus omnes tales ad torneamenta voluntate precipiti se flectentes, de quibus liquebit, cum

121 1312, Ordonnances, t. 1, p. 510.

122 Sur le serment et sur son importance dans la société médiévale, voir notamment Verdier (dir.), 1991 ; Prodi, 1992 ; Laurent (dir.), 2008 ; Auzépy 

123 1314, Ordonnances, t. 1, p. 540.

124 Il est indiqué que tout délinquant doit être condamné « a tenir son corps en nostre prison fermée, la ou nous le voudrons envoyer par l’espace de

125 Ibid.

126 Sur les notions de « prison ouverte » et de « prison fermée », voir Carbonnières, 2011. Se reporter également à Carbonnières, 2004, p. 222 sqq.

127 Ordonnances, t. 1, p. 540. Comme en attestent les arrêts consignés dans les registres du Parlement, cette punition, l’abattis de maison, est assez

128 L’ordonnance énonce que « pour ce que chascun gart plus diligemment ceste deffense, nous establissons et ordonons [...] que toutte la valüe des

129 Ibid.

130 Dans le même sens, se reporter à Artonne, 1912,p. 19.Nous avons en effet eu l’occasion de souligner que ce texte a pu avoir pour objectif inavoué

131 Voir à ce propos les éléments bibliographiques énoncés en introduction concernant les tournois au Moyen Âge.

132 Sur des actes évoquant des désobéissances aux interdictions royales, voir par exemple 1304, JJ 36, n° 192, fol. 83r ; 1305, ibid., n° 217, fol. 

133 1305, AN, JJ 36, n° 240, fol. 100v : « [...] quorum temeritati vos non obviasse, et sic, per eorum non reppressam et impunitam superbiam effrenem

134 Sur le non-respect des ordonnances royales au bas Moyen Âge, voir Petit-Renaud, 2001, p. 429 sqq.

135 Voir en ce sens l’avis d’Évelyne Van den Neste, qui souligne que « de 1296 à 1316, les décrets royaux interdisant joutes et tournois se

136 Les recherches menées dans les fonds du Parlement n’ont pas été fructueuses, puisque nous n’avons pas identifié de décision impliquant clairement

137 Voir à ce propos les exemples qui sont donnés dans Michel, 1840, p. XLVII ; Bove, 2003, p. 152.

138 Le Roman de Ham est édité dans Michel, 1840.

139 Ibid., p. 217.

140 Ibid.

141 Ibid.

142 1279, Lettres de rois, reines et autres personnages des cours de France et d’Angleterre depuis Louis VII jusqu’à Henri IV tirées des archives de

143 Se reporter par exemple au compte tenu par le bailli de Tours pour le terme de l’Ascension 1305. On lit dans les dépenses effectuées : « Pro

144 Se reporter par exemple à un rôle des bailliages de France pour le terme de l’Ascension 1298, rôle dans lequel on trouve mention de frais

145 Comptes royaux (1285-1314), t. 1, n° 4489, p. 218. Voir dans le même sens ibid., n° 4490.

146 Ibid., n° 4971, p. 242 : « Pro expensis prepositi Montis Desiderii eundo capturare dominum Aubertum de Hangesto et castellanum Belvacensem, qui

147 Comptes royaux (1314-1328), t. 1, n° 8021, p. 439.On trouve d’autres exemples semblables, et tout d’abord dans le compte du bailli de Bourges

148 Le compte de l’hôtel du roi rendu pour le terme de la Saint-Jean 1313 fait ainsi mention de dépenses liées à l’envoi d’agents dans certaines

149 Comptes royaux (1285-1314), t. 1, n° 2807, p. 129 : « De Johanne de Veace, filio domine de Beigneux, pro eo quod ivit super inhibitionem dicti

150 Houdebert, 1991, dans la troisième partie intitulée « Du tournoi à la joute ».

151 À partir du règne de Philippe le Bel, la royauté tente d’imposer l’idée qu’elle détient, en raison de sa « superioritas », une compétence réservée

152 Voir le mandement émis en septembre 1293 par le sénéchal de Carcassonne. Dans cet acte, le lieutenant du Capétien ordonne à son viguier de faire

153 1305, AN, JJ 36, n° 62, fol. 23v.

154 Sur l’assistance demandée par le roi aux juges laïques de son royaume, voir Tuttle, 2014, p. 316 sqq. Se reporter également à Martin, 2014, dans

155 1305, AN, JJ 36, n° 63, fol. 24r. La lettre transcrite dans le registre du Trésor des chartes est adressée à la comtesse de Hainaut. Néanmoins, il

156 Ibid.

157 Sur les rapports entre la justice royale et les juridictions pénales étrangères, voir Tuttle, 2014, p. 323 sq.

158 Tel est d’ailleurs le sentiment de Philippe Contamine, qui souligne que lorsque les rois légifèrent contre les tournois, le but poursuivi n’est « 

159 Sur la notion de « guerre juste » au Moyen Âge, voir notamment Russell, 1975.

160 La question des causes de cette désaffection a retenu l’attention de Sylvain Houdebert, qui souligne que le déclin des tournois est certainement

161 Houdebert, 1991, voir la troisième partie intitulée « Du tournoi à la joute ».

162 Voir en ce sens les analyses de Philippe Contamine dans Contamine, 1985, p. 434 sqq.

163 Tel est l’avis de Sylvain Houdebert, qui affirme qu’« au début du xve siècle, la réglementation des faits d'armes reste du ressort du conseil du

164 1406, Ordonnances, t. 1, p. 105.

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Notes

1 Sur l’essor de la paix royale sous Louis VII et sur l’ordonnance de paix édictée par ce monarque à Soissons en 1155, voir Graboïs, 1966 ; Guillot, 1982 ; Sassier, 1991, p. 257 sqq. ; Sassier, 2004 a ; Sassier, 2004 b ; Sassier, 2010.

2 Sur la loi royale au bas Moyen Âge, parmi une abondante bibliographie, voir en particulier les divers articles d’Albert Rigaudière consignés dans Rigaudière, 2003 a. Se reporter également à l’ouvrage de Sophie Petit-Renaud : Petit-Renaud, 2001. Se reporter en outre à Giordanengo, 1989 ; Giordanengo, 1997 ; Gouron, 1991 ; Gouron, 2000. Ces quelques références ne visent pas à l’exhaustivité, ce thème ayant suscité de très nombreux travaux depuis les dernières décennies.

3 Concernant le duel judiciaire en France au bas Moyen Âge, et sur les mesures prises pour le réglementer ou l’interdire, voir Chabas, 1978. Sur la politique de la couronne vis-à-vis des porteurs d’armes et des fauteurs de guerre à l’époque des derniers Capétiens directs, et plus largement sur la paix royale durant cette période, autant dans ses aspects idéologiques, législatifs que judiciaires, nous renvoyons à notre récente thèse de doctorat : Martin, 2014.

4 Pour des éléments synthétiques relatifs à la politique menée par la royauté contre les tournois durant la période médiévale, voir en premier lieu Du Cange, 1850, dans les « Dissertations... », p. 23 sqq. ; Ducoudray, 1902, p. 375 sqq. Se reporter également aux divers articles et ouvrages qui traitent des tournois au Moyen Âge, qui pour la plupart formulent de brèves remarques à ce propos : cf. infra, en note n° 11. Sur les mesures prises en particulier sous le règne de Philippe le Hardi, voir Langlois, 1979 (1887), p. 196 sqq. ; Carolus-Barré, 1978-1979, p. 92 sqq.

5 Houdebert, 1991.

6 Sur ce constat d’une très nette raréfaction des tournois à partir du milieu du xive siècle, voir en particulier le mémoire de Sylvain Houdebert, ibid., dans sa troisième partie intitulée « Du tournoi à la joute ». Se reporter également à Contamine, 1985, en particulier p. 433 sqq.

7 Pour déterminer quels actes revêtent un caractère législatif, nous suivons la définition de la « loi médiévale » arrêtée par Albert Rigaudière. Ce dernier propose en effet de qualifier comme telle « tout acte qui, émanant du roi ou d’une autorité à laquelle il a délégué son pouvoir, est inspiré par le bien commun du royaume et présente un certain degré de permanence et de généralité » : Rigaudière, 2003 b, p. 183.

8 Concernant les actes royaux, nous nous appuyons principalement sur les Ordonnances des roys de France de la troisième race – ce recueil sera abrégé par le terme Ordonnances. Nous avons également étudié le Recueil général des anciennes lois françaises, désormais abrégé par le vocable Recueil. On trouve par ailleurs des actes intéressants dans les registres du Trésor des chartes, conservés dans série JJ des Archives nationales – institution abrégée ensuite sous la mention « AN ».

9 Voir les registres de la série X des Archives nationales qui concernent la période étudiée. Les premiers registres sont édités dans Les Olim ou registres des arrêts rendus par la cour du roi, édition abrégée dans ce travail sous le terme Olim. Les recherches au sein des registres de la série X de la période 1254-1328 sont grandement facilitées par les index réalisés par le Centre d’étude d’histoire juridique (CEHJ) – cf. http://www.ihd.cnrs.fr/spip.php?rubrique75. Pour les registres du règne de Philippe VI, il est possible de se référer aux inventaires concernant la période 1328-1350 : Actes du Parlement de Paris. Deuxième série. De l’an 1328 à l’an 1350. Jugés ; Actes du parlement de Paris. Parlement criminel. Règne de Philippe VI de Valois. Inventaire analytique des registres X 2a 2 à 5.

10 Nous nous sommes avant tout appuyé sur les fragments des comptes royaux datant des règnes de Philippe le Bel et de ses fils, qui sont édités dans les Documents financiers du Recueil des historiens de la France. Concernant le règne de Philippe IV, se reporter aux Comptes royaux (1285-1314). Pour le règne de ses fils, voir les Comptes royaux (1314-1328).

11 Sur les tournois au Moyen Âge, et notamment dans le royaume de France, se reporter en premier lieu à plusieurs articles fondateurs : Denholm-Young, 1948 ; Parisse, 1985 ; Contamine, 1985. Voir par ailleurs les contributions réunies dans Gonthier (dir.), 2003. Voir aussi Barthélemy, 2012. Se reporter par ailleurs à plusieurs ouvrages consacrés à cette thématique : Barber / Barker, 1989 ; Van den Neste, 1996 ; Nadot, 2010. Voir enfin Heers, 1982 (1971) ; Stanesco, 1988.

12 Sur ces éléments de définition concernant les « tournois », voir Parisse, 1985, p. 176 sqq. ; Van den Neste, 1996, p. 50 sq.

13 Nous empruntons cette heureuse formule à Van den Neste, 1996, p. 50.

14 Sur ces tournois qui dégénèrent, voir Du Cange, 1850, dans les « Dissertations... », p. 26, dans la première colonne.

15 Sur les « joutes », voir en particulier les références indiquées supra en note n° 12. À propos des joutes à la fin du Moyen Âge, voir Nadot, 2012. À la différence des tournois, qui sont plus intimement liés à la noblesse, les joutes ont un certain succès chez les non-nobles. On trouve ainsi des « joutes bourgeoises » dès la première moitié du xive siècle : voir à ce propos Contamine, 1985, p. 432 ; Bove, 2003 ; Van den Neste, 1996, passim; Nadot, 2010, p. 102 sqq.

16 Parmi les ordonnances royales du bas Moyen Âge qui nous sont parvenues et qui portent sur la question des jeux impliquant des affrontements armés, toutes, à l’exception d’une seule prescrite en 1406, condamnent expressément les tournois. Si les joutes sont régulièrement évoquées dans ces textes, elles le sont bien moins systématiquement que les « torneamenta », en particulier au début de la période étudiée.

17 De nombreux travaux évoquent la réprobation de l’Église vis-à-vis des tournois, ainsi que les mesures prises par cette institution contre ces rassemblements guerriers. À propos des premiers temps de cette politique, voir Barthélemy, 2011. Sur cette politique en général, parmi les diverses références consignées ci-dessus concernant les tournois, voir Fleckenstein (dir.), 1985, ainsi que Barber / Barker, 1989, p. 139 sqq. ; Van den Neste, 1996, p. 159 sqq.

18 Cette idée essentielle est parfaitement résumée dans Van den Neste, 1996, p. 161 sq.

19 La première condamnation générale des tournois en ces termes date de 1139, celle-ci étant alors formulée dans l’un des canons édictés lors du concile œcuménique de Latran II. Cf. Sacrorum conciliorum nova et amplissima collectio, t. 21, col. 530, c. 14 : « Detestabiles autem illas nundinas, vel ferias, in quibus milites ex condicto convenire solent, et ad ostentationem virium suarum et audaciae temerarie congrediuntur, unde mortes hominum et animarum pericula saepe proveniunt, omnino fieri interdicimus. Quod si quis eorum ibidem mortuus fuerit, quamvis ei poscenti poenitentia et viaticum non negetur, ecclesiastica tamen careat sepultura ». Cette disposition n’est pas alors novatrice. Elle s’inspire directement de dispositions similaires prescrites lors de conciles d’importance tenus quelques années auparavant, en 1130 à Clermont, et en 1131 à Reims : cf. ibid., col. 439, c. 9 (Clermont, 1130) ; ibid., col. 460, c. 12 (Reims, 1131). On retrouve à nouveau pareille disposition par la suite, notamment à l’occasion de l’assemblée ecclésiastique tenue à Reims en 1148 : cf. ibid., col. 716, c. 12. Notons surtout que ce canon est à nouveau rappelé en 1179 lors du concile œcuménique de Latran III : Sacrorum conciliorum nova et amplissima collectio, t. 22, col. 229, c. 20.

20 La condamnation des combattants morts en tournoi à la privation de sépulture chrétienne semble d’actualité jusqu’à la fin du Moyen Âge. En atteste la notoriété de cette disposition très longtemps après le xiie siècle. On la retrouve ainsi dans le recueil des décrétales de Grégoire IX achevé en 1234 : Liber extra, lib. V, tit. 13, c. 1. Quelques décennies plus tard, vers la fin du règne de saint Louis, saint Thomas d’Aquin fait encore allusion à cette disposition dans sa Summa theologiae, IIa IIae, qu. 40, a. 4. On peut relever d’autres témoignages qui montrent sans équivoque que cette règle est encore connue aux xive et xve siècles : cf. à ce propos Contamine, 1985, p. 434. Toutefois, si cette peine paraît applicable jusqu’à la fin du Moyen Âge, il semble que, le temps passant, la doctrine ecclésiastique devienne de plus en plus tolérante envers ceux qui participent à des jeux tels que les tournois et les joutes : Van den Neste, 1996, p. 164 sqq.

21 La mesure, qui prévoit l’interdiction des tournois sous peine d’excommunication pour les trois années à venir, est adoptée dans la bulle Ad liberandam promulguée par Innocent III. Cf. Sacrorum conciliorum nova et amplissima collectio, t. 22, col. 1066 : « Licet autem torneamenta sint in diversis conciliis sub certa poena generaliter interdicta : quia tamen hoc tempore, crucis negotium per ea plurimum impeditur, nos illa sub poena excommunicationis firmiter prohibemus usque ad triennium exerceri ».

22 Tel est le cas en 1245, à l’occasion du concile œcuménique de Lyon qui se tient sous le pontificat d’Innocent IV. Au cours de cette assemblée, est reprise la disposition prescrite lors du concile de Latran IV à l’encontre des fauteurs de tournoi : cf. Sacrorum conciliorum nova et amplissima collectio, t. 23, col. 631, c. 17. On trouve une autre initiative tout à fait semblable en 1278. En atteste une missive envoyée par le pape Nicolas III à son légat en France, Simon de Brion, cardinal de Sainte-Cécile : ce dernier est alors chargé d’interdire les tournois sous peine d’excommunication dans les contrées soumises à sa légation. Cf. Les registres de Nicolas III (1277-1280), n° 300, p. 110. À chaque fois, ces initiatives sont prises en vue de mener à bien une croisade.

23 1313, Regestum Clementis papae V, n° 10043, p. 452.

24 Dans sa bulle Passiones miserabiles, Clément V promet l’excommunication non seulement aux tournoyeurs et aux jouteurs, mais aussi à ceux qui tolèrent les tournois et les joutes sur leurs terres, ainsi qu’aux individus qui coopèrent avec ceux qui y participent en les recevant ou en commerçant avec eux. Il est enfin prévu que la terre des excommuniés doit être soumise à un interdit ecclésiastique : cf. ibid.

25 Cette demande de suspension émanant du roi et d’autres nobles est rapportée par le juriste Pierre Dubois dans l’introduction de son mémoire intitulé De torneamentis et justis. Sur cet auteur et cette œuvre, voir ci-dessous en note n° 26. On peut également se référer à la continuation de la chronique de Guillaume de Nangis, moine de l’abbaye de Saint-Denis, qui évoque également une réclamation adressée au souverain pontife. Il est en effet indiqué dans ce récit que les fils du roi et d’autres nobles – le roi lui-même n’est pas ici mentionné – ont obtenu du pape Clément V de pouvoir exceptionnellement tournoyer les trois jours précédant le prochain Carême : Chronique latine de Guillaume de Nangis et de ses continuateurs, t. 1, p. 400.

26 Sur ce juriste et ses écrits, voir Forcadet, 2009. Pierre Dubois critique vivement la prohibition papale dans un mémoire intitulé De torneamentis et justis qui est rédigé vers la fin de l’année 1313. Dans cette œuvre, l’auteur s’insurge contre les mesures prises par Clément V, mesures qu’il juge aussi inefficaces que contre-productives pour l’affaire de la Croix. Prenant le contrepied de l’argumentation traditionnelle de l’Église, Pierre Dubois en vient à proposer que le Saint-Siège permette aux croisés seuls de tournoyer, cette activité constituant un excellent entraînement en vue de la guerre sainte. Ce mémoire est édité dans James Long, 1973. Sur l’analyse des arguments exposés par Pierre Dubois dans cette œuvre, se reporter à Langlois, 1889 ; Houdebert, 1991, dans la partie intitulée « Le tournoi et l’Église au xive siècle ».

27 1316, Corpus iuris canonici, t. 2, tit. 9, col. 1215.

28 Notons toutefois que, sur l’ensemble de cette période, de nombreuses initiatives nous échappent sans doute. Notre méconnaissance est grande, en particulier, concernant l’action quotidienne des baillis et des sénéchaux. Voir à ce sujet les propos de Philippe Contamine, qui évoque des interventions de divers lieutenants du roi dans le Midi à l’époque de Philippe VI : cf. Contamine, 1985, note n° 34, p. 436. Les indications données par Philippe Contamine sont issues de brèves mentions trouvées dans Devic / Vaissète, 1885.

29 On peut relever en ce sens une missive de Bernard de Clairvaux envoyée en 1149 à l’abbé Suger, alors régent du royaume en l’absence de Louis VII, parti en croisade à cette époque. Dans cette lettre, Bernard demande à son interlocuteur de s’opposer à des « foires maudites » que le fils du comte de Champagne, Henri, et le frère du roi lui-même, Robert, ont organisé pour s’affronter jusqu’à la mort, cela au péril de la « pax » du royaume. Cf. Œuvres complètes de saint Bernard, t. 2, n° 376, p. 13.

30 Des ouvrages élaborés sous l’Ancien Régime rapportent l’existence d’interdictions antérieures aux premières ordonnances attestées, sans toutefois livrer les actes qui les auraient instaurées. Ainsi, au xviie siècle, Marc de Vulson de La Colombière évoque l’existence d’une ordonnance de Louis VII de juillet 1163. Ce texte aurait été transcrit dans les « Registres de la Cour », prescrivant que « les Barons pourront assister et se trouuer aux joustes et Tournois qui se tiendront au Royaume, pour les voir seulement, et en estre les Iuges ; que s’ils vouloient estre des Soustenans ou des Assaillans, ils ne pourroient auoir pour toutes armes que le halecret et l’armet ; l’Escu sans pointe, la lance legere et mornée, et la masse de mesme sans aucun fer esmoulu ». Cf. Vulson de La Colombière, 1648, p. 255. Nous n’avons pas trouvé d’autre trace de cette ordonnance attribuée à Louis VII. Voir en outre la Table chronologique des ordonnances faites par les rois de France de la troisième race, qui a été réalisée au xviiie siècle. Cet ouvrage rapporte en effet l’existence d’une « ordonnance sur les jouxtes et tournois » qui daterait de 1240, sans autre détail quant au contenu de ce supposé texte : cf. Berroyer / Laurière / Loger, 1706, p. 17.

31 Vita sancti Ludovici regis Franciae, p. 412 : « Anno Domini M.CC.LX. Dominica in passione congregavit rex Franciae Ludovicus Parisius concilium episcoporum et principum regni sui, eo quod dominus papa scripsisset ei Tartaros in transmarinis partibus irruisse, Sarracenos vicisse, Armeniam, Antiochiam, Tripolim et Damascum, Alapiam et terras alias subjugasse, et tam Acconi civitati, quam toti Christianitati periculum imminere. [...] Inhibita etiam fuerunt usque ad biennium torneamenta, et injunctum est quod non luderetur aliis ludis, nisi quod homines se exercerent in arcubus et balistis ».

32 La lettre pontificale énonce que « charissimum in Christo filium nostrum Philippum regem Francorum illustrem edictum suum de torneamentorum exercitio usque ad passagium generale vitando, cum baronum et aliorum magnatum regni Franciae consilio editum, nuper ad eorum instantiam revocasse ». Cf. Annales ecclesiastici, t. 22, p. 454.

33 Ibid. Il faut peut-être rapprocher la remise en cause de cet édit de la venue en France du prince de Salerne, le cousin du roi : une chronique anonyme rédigée à l’époque de Philippe IV indique en effet qu’à l’occasion du voyage de ce parent, Philippe III a donné « congié de tornoier en son roiaume » : Cf. Chronique anonyme des rois de France, finissant en M.CC.LXXXVI., p. 96. Sur la venue du prince de Salerne et les tournois ayant eu lieu à cette occasion, voir Carolus-Barré, 1978-1979. L’auteur signale le passage de la chronique anonyme ici évoqué.

34 1280, Olim, t. 2, n° XXII, p. 161 : « Dominus rex, de consilio suo, elongavit prohibicionem torneamentorum et jostarum armigerorum et militum usque ad Pascha, sub pena statuta ».

35 Voir la lettre du pape du 22 avril 1279 évoquée ci-dessus, dans Annales ecclesiastici, t. 22, p. 454.

36 Carolus-Barré, 1978-1979, p. 97.

37 Sur le récit de cet épisode par Guillaume de Nangis, voir Gesta Philippi regis Franciae, filii sanctae memoriae regis Ludovici, p. 512.

38 Cet acte, dont une copie est conservée dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale de France – institution abrégée désormais par la mention BNF –, est toutefois brièvement rapporté dans Boutaric, 1861, p. 50. Voir également Devic / Vaissète, 1885, p. 172.

39 1293, BNF, Languedoc Doat 51, fol. 37r : « De speciali mandato domini regis vobis districte dicimus et mandamus quatinus faciatis praeconisari et publice nuntiari apud Bitterrim et apud Peden. et apud Narbonam et alibi in vestra vicaria [...] ne aliquis vadat ad torneamenta vel junctas [...] ».

40 Sur le contexte, voir Favier, 1978, p. 206 sqq.

41 1293, BNF, Languedoc Doat 51, fol. 37r.

42 Fin 1296, les rapports entre Philippe IV et le comte de Flandre, Guy de Dampierre, deviennent de plus en plus orageux. En janvier 1297, le comte s’allie officiellement au roi d’Angleterre et entre ainsi ouvertement en conflit avec le Capétien. Sur ces éléments, voir les rappels dans Favier, 1978, p. 219 sqq.

43 1296, Olim, t. 2, n° XV, p. 405 : « Dominus rex, pro communi utilitate et necessitate regni sui, statuit [...] quod, durante guerra regis, torneamenta, joste vel equitaciones non fiant ».

44 1304, AN, JJ 36, n° 192, fol. 83r : « Intelleximus quod nonnulli nobiles regni nostri ad torneamenta facienda se parant contra inhibitionem nostram ne quis, guerra nostra durante, torneamenta facere presumeret factam, non obstante quod omnibus generaliter id per clamorem et editum publicum fecimus inhiberi [...] ». Ce document est édité dans Ordonnances, t. 1, p. 420.

45 1305, AN, JJ 36, n° 62, fol. 23v. Ce document est édité dans Ordonnances, t. 1, p. 421. Ce mandement a été adressé aux baillis d’Auvergne, de Senlis, de Bourges, de Vermandois, de Chaumont, d’Amiens, d’Orléans, de Gisors, de Sens, de Vitry, de Tours, de Caux, de Caen, de Rouen, ainsi qu’au prévôt de Paris.

46 AN, JJ 36, n° 62, fol. 23v.

47 1305, ibid., n° 217, fol. 94r. Ce mandement, qui est édité dans Ordonnances, t. 1, p. 426*, a été adressé au prévôt de Paris, au sénéchal de Saintonge, ainsi qu’aux baillis de Sens, de Vermandois, de Bourges, d’Amiens, de Vitry, de Caux, de Chaumont, de Gisors, d’Orléans, de Rouen, de Cotentin, de Tours, et de Troyes.

48 1305, AN, JJ 36, n° 240, fol. 100v. Ce mandement est édité dans Ordonnances, t. 1, p. 434.

49 1305, AN, JJ 36, n° 241, fol. 101r.

50 Sur ces éléments, voir en particulier Funck-Brentano, 1896, p. 485 sqq., et notamment, sur les trêves, p. 493.

51 Le traité d’Athis conclu entre les belligérants est finalement ratifié en mai 1307.

52 Les mandements adressés aux baillis de Vermandois et de Tours en septembre et en octobre 1305 présentent toutefois une certaine ambiguïté, puisque le roi commande alors la capture des infracteurs avec leurs chevaux et leurs harnois « donec ordinassemus aliud in hac parte » (AN, JJ 36, n° 240, fol. 100v), puis « donec super hoc duceremus aliud ordinandum » (Ibid., n° 241, fol. 101r). Il est alors difficile de savoir si le monarque signale que les personnes incarcérées et les biens saisis le seront jusqu’à ce que le roi en décide autrement – pratique courante durant l’époque étudiée (cf. infra) –, ou si l’on affirme que ce type de mesure coercitive doit être mis en œuvre jusqu’à nouvel ordre ; dans la seconde hypothèse, cela signifierait donc que les tournoyeurs seront traqués durant une durée indéfinie laissée à l’appréciation du tenant du trône.

53 Outre les exemples de 1308 et de 1311 rapportés ci-après dans le corps du texte, voir un mandement royal daté du 23 décembre 1312 adressé au gardien de Lyon, qui évoque une prohibition d’aller tournoyer « jusques à la feste saint Remy prochaine venant » : Ordonnances, t. 1, p. 510. Ainsi que le signale l’acte, cette défense de 1312 est édictée alors que le roi s’apprête à adouber ses fils : comme l’ont autrefois suggéré Richard Barber et Juliet Barker, l’interdiction vise sans doute à maximiser l’attention portée à la fête organisée pour célébrer la chevalerie des enfants du monarque : cf. Barber / Barker, 1989, p. 40.

54 1311, Ordonnances, t. 1, p. 493 : « Periculis et incommodis que ex torneamentis, congregationibus armatorum, et armorum portationibus, in universis regni nostri partibus hactenus provenisse noscuntur obviare volentes, ac super hoc pro futuro tempore, prout ex officii nostri debito tenemur salubriter providere [...] ».

55 Ibid. : « Premissam vero torneamentorum prohibitionem durare volumus quamdiu duntaxat nostre placuerit voluntati. Et omnibus subditis nostris, sub fide qua nobis astricti tenentur, torneamenta hujusmodi prohibemus ».

56 1308, AN, JJ 42a, n°114, fol. 113v : « Cum justas et torneamenta, certis ex causis, interdixerimus quamdiu nostre placuerit voluntati, mandamus tibi et injungimus quatinus, visis presentibus, statim, sine aliqua dilatione, ex parte nostra preconizari per totam tuam balliviam publice et inhiberi facias districte ne quis, nobilis aut alius, cujuscumque status aut conditionis existat, post inhibitionem predictam justas aut torneamenta facere presumat [...] ».

57 Sur cette bulle, voir nos rappels supra, dans l’introduction.

58 1314, Ordonnances, t. 1, p. 539 sq.

59 Sur le contexte de cette période, voir Favier, 1978, p. 506 sqq.

60 André Artonne et Philippe Contamine ont déjà souligné ce caractère sans doute politique de l’interdiction des tournois en octobre 1314 : cf. Artonne, 1912, p. 19 ; Contamine, 1985, p. 428.

61 Concernant le mouvement des ligues seigneuriales de 1314-1315, se reporter à Artonne, 1912 ; Brown, 1991.

62 On sait qu’en 1228, le pape Grégoire IX prohibe les tournois en Angleterre car ils suscitent des associations illicites telles que des « conjurationes ». Voir à ce propos Denholm-Young, 1948, p. 248.

63 Sur ces éléments, voir supra, dans l’introduction de cet article.

64 1317, AN, JJ 55, n° 12, fol. 7v. Cet acte, qui est édité dans Ordonnances, t. 1, p. 643, a été envoyé aux baillis de Senlis, de Vermandois, de Cotentin, de Caen, de Sens, de Rouen, de Tours, de Caux, de Troyes, de Vitry, de Chaumont et de Gisors.

65 Ces textes sont signalés par Du Cange, mais leur contenu n’est pas retranscrit, si ce n’est la courte citation que nous reprenons dans cet article : cf. Du Cange, 1850, dans les « Dissertations... », p. 28, dans la première colonne.

66 Un compte de la vicomté de Gisors pour le terme de Pâques 1324 évoque en effet une somme dépensée pour un clerc envoyé pour proclamer une interdiction d’aller tournoyer : « Pour envoier le clerc au viconte par les marchiés de la viconté pour faire crier que nuls n’alast as tournoiemens [...] ». Cf. Comptes royaux (1314-1328), t. 1, n° 8009, p. 438. On ne peut toutefois savoir, sur la base de cette seule source, si cette initiative se rattache à une grande ordonnance ou s’il s’agit d’une mesure isolée.

67 On sait en effet qu’autrefois une « déclaration portant défense des combats et des tournois » datant du 6 avril 1333 était transcrite dans le Mémorial B de la chambre des comptes, qui a aujourd’hui disparu : cf. Recueil, t. 4, n° 45, p. 411. Ce Mémorial a été en partie reconstitué dans le manuscrit P 2291 conservé aux Archives nationales, qui a été rédigé au xviiie siècle : après recherche, nous n’avons pas trouvé trace de cette « déclaration » dans cette référence. Nous disposons par ailleurs d’une information intéressante que l’on trouve dans le compte du bailliage de Rouen de Pâques 1334, où l’on peut lire : « Pour lettres envoiéez à tous les dis sergens le mardi avant la Toussains pour crier et publier que nul ne fust si hardi que il alast as joustes ne à tournoiz, ne ne fust nul fait d’armes, et que tous les nobles qui avoient esté au tournoy d’entre Duden et Platon fussent mis en prison sans recroire, et que tous leurs biens meubles et heritages fussent mis et convertis eu demaine du roy, X s ». Cf. Actes normands de la Chambre des comptes sous Philippe de Valois (1328-1350), p. 83. L’interdiction ici mentionnée, peut-être purement locale, pourrait également être la trace d’une loi plus générale, éventuellement la « déclaration » de 1333 mentionnée plus avant. Nous disposons d’un élément plus explicite dans un acte royal du 4 février 1339, dans lequel le monarque autorise gracieusement les gens de Lille à faire des joutes. Le roi délivre alors cette autorisation comme suit : « [...] nous avons ottroyé de grâce spéciale et ottroyons par ces présentes, que ils, le jour des Brandons prochain venant, puissent jouster et faire la ditte feste, si côme laccoustumé l’ont..... non obstant que nous avons deffendu par tout notre royaulme gnâlement joustes, tournoiemens et tous faits d’armes [...] ». Cf. Rosny, 1836, dans les pièces justificatives, p. 32. Sans équivoque, on fait ici référence à une prohibition générale. On ne peut toutefois savoir si celle-ci est alors récente ou bien ancienne, et si elle est provisoire ou perpétuelle. Il est possible que le Valois fasse ici allusion à une prohibition nouvelle prescrite à cause de la guerre de Cent Ans, en cours depuis 1337. Nous disposons en effet d’un indice suggérant que ce monarque, dès au moins le début des années 1340, a prescrit une ordonnance sur les tournois valable pour le temps du conflit franco-anglais. Voir en ce sens Devic / Vaissète, 1885, p. 528 : cet ouvrage rapporte qu’en 1341, le roi de Majorque « fit publier des joutes [...], malgré la défense que le roi en avoit faite pendant tout le temps que la guerre dureroit ». Nous n’avons pas trouvé d’autre trace de cette ordonnance lors de nos recherches.

68 1344, AN, P 2291, fol. 821r.

69  Ibid.

70 Ibid.

71 On se souvient en effet que le phénomène des tournois naît dans le Nord-Ouest de la France : cf. supra.

72 Sur la résistance aux ordonnances, voir nos réflexions infra.

73 Voir à ce propos notre conclusion.

74 1280, Olim, t. 2, n° XXII, p. 161, loc. cit.

75 Voir à ce propos nos développements en introduction, supra.

76 Se reporter par exemple à 1293, BNF, Languedoc Doat 51, fol. 36v ; 1305, AN, JJ 36, n° 217, fol. 94r.

77 Entre autres exemples, voir l’ordonnance du 30 décembre 1311, qui énonce clairement que l’interdiction des tournois s’adresse « omnibus subditis nostris ». Cf. Ordonnances, t. 1, p. 493. Dans le même esprit, voir le statut du 5 octobre 1314, dans lequel ces jeux sont proscrits à « quiconques nostre subget, de quelconque condition, estat, dignité ou seignourie que il soit ». Cf. ibid., p. 540.

78 Voir par exemple 1280, Olim, t. 2, n° XXII, p. 161 ; 1305, AN, JJ 36, n° 240, fol. 100v.

79 Ainsi dans 1296, Olim, t. 2,  XV, p. 405 ; 1304, JJ 36, n° 192, fol. 109r.

80 1305, AN, JJ 36, n° 241, fol. 101r : « [...] mandamus iterato tibi atque precipimus quatinus, prohibitiones predictas per loca tue ballivie de quibus expedire videris faciens per proclamationem publicam innovari, districtius inhibeas ex parte nostra ne quis nobis subditus in regno nostro torneare vel joustare, seu regnum ipsum pro hujusmodi actibus exercendis exire, vel apparatum facere pro eisdem quoquomodo, presumat [...] ».

81 1317, AN, JJ 55, n° 12, fol. 7v.

82 D’autres actes rappellent qu’il est défendu de tournoyer tant dans le royaume qu’en dehors de celui-ci : cf. 1312, Ordonnances, t. 1, p. 509 ; 1314, ibid., p. 539.

83 Dans l’acte de 1317 évoqué ci-dessus, Philippe le Long distingue clairement le fait de « tournoier » et celui d’« aler » à des tournois. Dans le même ordre d’idées, certains actes énoncent à la fois qu’il est interdit d’aller à des tournois, et qu’il est interdit de faire des tournois : cf. 1305, AN, JJ 36, n° 62, fol. 23v.

84 Sur la condamnation des préparatifs en vue de tournoyer, voir également 1305, ibid., n° 240, fol. 100v.

85 1305, ibid., n° 217, fol. 94r.

86 1311, Ordonnances, t. 1, p. 493 : « [...] vobis et cuilibet vestrum, sub fide qua nobis tenemini, et sub omni pena quam vobis infligere possumus, precipimus et mandamus quatenus congregationes armatorum, et armorum portationes facere, vel ad torneamenta, quas et que presentibus prohibemus, sub pena predicta, ullatenus de cetero presumatis, nec in contrarium fieri permittatis a quoquam [...] ».

87 1305, AN, JJ 36, n° 62, fol. 23v : « [...] et faitez crier so[lemp]nelment et deffendre par touz les lieus de vostre ballie que nus, sus poinne de perdre [cors] et avoir, de quelque condicion que il soit, ne soit si hardi que il heberge ne reçoive nul [gen]tilhomme alanz as tournoiement ne sejornant as villes pour cause de tour[noi], ne qui leur vende, preste ou donge nus vivres, chevaus ou armeures, [ne] autres choses qui soient necessaires ne ordenees a fait de tournoi, et faitez [crier] et deffendre par cri sollennel que nul marcheanz ou autres personnes ne soien[t] si hardi, sus quant que il se puent meffaire vers nous, qu’il moinent ou facent me[ner] par autres chevaus, harnois ou armeures, vivres ou autres choses aus m[ar]chiez ou as lieus ou seront lesdiz tournoiz [...] ». Les passages inscrits entre crochets sont suppléés grâce à la version éditée de ce texte, dans Ordonnances, t. 1, p. 421.

88 Voir 1305, AN, JJ 36, n° 240, fol. 100v ; 1317, AN, JJ 55, n° 12, fol. 7v.

89 1344, AN, P 2291, fol. 821r.

90 Remarquons qu’en 1313, le pape Clément V, dans sa bulle Passiones miserabiles, a recours au même procédé en excommuniant ceux qui reçoivent les tournoyeurs et les jouteurs ou qui commercent avec eux : voir supra, en note n° 24.

91 Michel Parisse souligne que les tournoyeurs sont amenés à résider longuement aux abords des lices dédiées aux combats, y compris dans les villes proches : Parisse, 1985, p. 192.

92 Le Roman de Ham, récit en vers réalisé à la fin des années 1270, atteste bien de l’enjeu commercial induit par les tournois. Cette œuvre souligne en effet que l’interdiction de ces jeux porte préjudice à nombre de gens qui s’enrichissent grâce à ce type d’activité. Sur ce « roman », voir infra.

93 Sur les mesures coercitives et punitives auxquelles s’exposent les tournoyeurs, voir infra.

94 Concernant les joutes, voir supra, en introduction.

95 Pour des textes évoquant la proscription conjointe des joutes et des tournois, voir par exemple 1280, Olim, t. 2, n° XXII, p. 161 ; 1305, AN, JJ 36, n° 241, fol. 101r ; 1317, AN, JJ 55, n° 12, fol. 7v.

96 1296, Olim, t. 2, n° XV, p. 405.

97 Voir le mandement adressé au gardien de Lyon le 28 décembre 1312 : Ordonnances, t. 1, p. 510.

98 Sur la notion de « toupineure », voir Contamine, 1985, p. 431.

99 1312, Ordonnances, t. 1, p. 510.

100 Voir l’ordonnance du 5 octobre 1314, dans ibid., p. 539. La notion est également utilisée dans les interdictions datant de l’époque de Philippe de Valois : cf. Actes normands de la Chambre des comptes sous Philippe de Valois (1328-1350), p. 83 ; 1344, AN, P 2291, fol. 821r.

101 Un acte de Philippe IV daté du 21 novembre 1308 qualifie ainsi de « fait d’armes » un affrontement armé survenu à l’occasion d’une guerre entre les sires de Saint-Vérain et de Montagu : AN, JJ 42a, n° 31, fol. 75v. En 1317, un acte de Philippe le Long confirme des décisions prises par certains commissaires concernant la ville de La Rochelle : les gens du roi présentent alors la notion de « fait d’armes » comme un port d’armes aggravé dont la connaissance revient spécialement au roi. Cf. 1317, Ordonnances, t. 12, p. 432. Notons que les registres du Parlement font parfois allusion à la compétence juridictionnelle que détiennent certains justiciers en matière de « factum armorum » : cf. 1271, Olim, t. 1, n° IX, p. 855 ; 1273, ibid., n° XXIII, p. 932 ; 1273, ibid., n° XXXIII, p. 937.

102 1305, AN, JJ 36, n° 217, fol. 94v.

103 Tel est le cas également dans 1311, Ordonnances, t. 1, p. 493 ; 1312, ibid., p. 509.

104 1317, AN, JJ 55, n° 12, fol. 7v.

105 Sur la procédure criminelle au xive siècle dans la pratique royale, voir Carbonnières, 2004. Sur l’emprisonnement préventif des prévenus et la saisie de leurs biens dans le cadre de la procédure criminelle, voir p. 207 sqq.

106 Sur l’emprisonnement au Moyen Âge, voir Grand, 1940/1941 ; Porteau-Bitker, 1968. Sur la détention préventive dans la pratique royale au xive siècle, voir Carbonnières, 2011.

107 Sur le séquestre dans la pratique royale au bas Moyen Âge, voir en particulier Tuttle, 2012.

108 Ainsi par exemple dans 1304, AN, JJ 36, n° 193, fol. 83r.

109 1308, AN, JJ 42a, n° 114, fol. 113v : « [...] ne quis, nobilis aut alius, cujuscumque status aut conditionis existat, post inhibitionem predictam justas aut torneamenta facere presumat, sub pena corporis et bonorum [...] ».

110 1344, AN, P 2291, fol. 821r. Notons que cette peine est parfois brandie non seulement contre les tournoyeurs, mais aussi contre ceux qui leur viennent en aide en les hébergeant ou en les fournissant. Voir à ce propos 1305, AN, JJ 36, n° 62, fol. 23v : dans ce mandement, les entreprises de cette sorte sont proscrites « sus poinne de perdre [cors] et avoir ».

111 Sur l’essor des « peines arbitraires » au bas Moyen Âge, voir Schnapper, 1974. Sur le recours aux peines arbitraires dans les ordonnances royales en particulier, voir p. 16 sqq.

112 Sur la promotion des peines exemplaires dans la doctrine du bas Moyen Âge, voir Gauvard, 1997, p. 29.

113 Voir le mandement adressé au bailli de Vermandois en septembre 1305, dans lequel il est indiqué : « [...] penaque predictis transgressoribus inflicta ceteros a simili presumptione compescat ». Cf. AN, JJ 36, n° 240, fol. 100v. Dans le même esprit, se reporter à la lettre envoyée au bailli de Tours au cours du mois d’octobre de la même année : « [...] penaque predictis inflicta transgressoribus ceteris transeat ad terrorem ». Cf. ibid., n° 241, fol. 101r.

114 1305, ibid., n° 62, fol. 23v.

115 1317, AN, JJ 55, n° 12, fol. 7v.

116 Sur la lèse-majesté au Moyen Âge, voir notamment Cuttler, 1981 ; Gauvard, 2010 (1991), p. 832 sqq. ; Chiffoleau, 1993 ; Leveleux-Teixeira, 2006.

117 Sur le fait qu’à partir des années 1300 les atteintes à la paix publique tendent à léser la majesté royale, voir Martin, 2014, p. 484 sqq. et p. 691 sqq.

118 Sur la confiscation au bas Moyen Âge, voir Timbal, 1943, ainsi que Timbal, 1944.

119 1305, AN, JJ 36, n° 62, fol. 23v.

120 1305, ibid., n° 240, fol. 100v : « [...] et nichilominus omnes tales ad torneamenta voluntate precipiti se flectentes, de quibus liquebit, cum omnibus eorum equis et harnesiis arrestari et capi, sine personarum acceptione et absque deliberatione vel recredentia, faciatis, personas talium imprisionandas sub fida custodia mittentes in castelleto nostro Parisius, et equos et harnesia in scutiferia nostra sine spe recuperationis eisdem applicanda [...] ».

121 1312, Ordonnances, t. 1, p. 510.

122 Sur le serment et sur son importance dans la société médiévale, voir notamment Verdier (dir.), 1991 ; Prodi, 1992 ; Laurent (dir.), 2008 ; Auzépy / Saint-Guillain (dir.), 2008.

123 1314, Ordonnances, t. 1, p. 540.

124 Il est indiqué que tout délinquant doit être condamné « a tenir son corps en nostre prison fermée, la ou nous le voudrons envoyer par l’espace de un an tout entier, sanz recreance avoir » : cf. ibid.

125 Ibid.

126 Sur les notions de « prison ouverte » et de « prison fermée », voir Carbonnières, 2011. Se reporter également à Carbonnières, 2004, p. 222 sqq.

127 Ordonnances, t. 1, p. 540. Comme en attestent les arrêts consignés dans les registres du Parlement, cette punition, l’abattis de maison, est assez courante dans la pratique royale : cf. Tuttle, 2014, p. 541 sq. et p. 581 sq.

128 L’ordonnance énonce que « pour ce que chascun gart plus diligemment ceste deffense, nous establissons et ordonons [...] que toutte la valüe des fruits et des issües de sa terre d’une année soit levée par nos gens, et tournée devers nous a convertir ou proffit du passage de outremer » : cf. Ordonnances, t. 1, p. 540.

129 Ibid.

130 Dans le même sens, se reporter à Artonne, 1912, p. 19. Nous avons en effet eu l’occasion de souligner que ce texte a pu avoir pour objectif inavoué d’empêcher les rassemblements nobiliaires, car ceux-ci, dans un contexte de vive tension entre le roi et ses barons, pouvaient dissimuler des pourparlers séditieux sous couvert de réunions ludiques. Sur ces éléments, voir supra.

131 Voir à ce propos les éléments bibliographiques énoncés en introduction concernant les tournois au Moyen Âge.

132 Sur des actes évoquant des désobéissances aux interdictions royales, voir par exemple 1304, JJ 36, n° 192, fol. 83r ; 1305, ibid., n° 217, fol. 94r ; 1312, Ordonnances, t. 1, p. 509.

133 1305, AN, JJ 36, n° 240, fol. 100v : « [...] quorum temeritati vos non obviasse, et sic, per eorum non reppressam et impunitam superbiam effrenem, torneare cupientium voluntatem ex vestra negligentia percipimus pululasse [...] ».

134 Sur le non-respect des ordonnances royales au bas Moyen Âge, voir Petit-Renaud, 2001, p. 429 sqq.

135 Voir en ce sens l’avis d’Évelyne Van den Neste, qui souligne que « de 1296 à 1316, les décrets royaux interdisant joutes et tournois se multiplièrent mais leur nombre montre l’inanité des efforts du roi ». Cf. Van den Neste, 1996, p. 187. Notons que la répétition des interdictions ne saurait en elle-même démontrer la vanité des initiatives royales. D’abord, nous avons pu constater que les ordonnances sur les tournois sont généralement temporaires : les prohibitions édictées arrivent donc tôt ou tard à expiration, c’est pourquoi il peut être nécessaire d’édicter de nouveaux textes. Par ailleurs, même pour des textes ayant valeur perpétuelle, la répétition des ordonnances n’est pas nécessairement le signe de leur mauvaise application. Sophie Petit-Renaud souligne en effet que « dans une société orale, il est fondamental de renouveler fréquemment la publication d’une loi dont le souvenir peut facilement se perdre ». Cf. Petit-Renaud, 2001, p. 420.

136 Les recherches menées dans les fonds du Parlement n’ont pas été fructueuses, puisque nous n’avons pas identifié de décision impliquant clairement la mise en œuvre des ordonnances sur les tournois. On peut toutefois évoquer un arrêt rendu le 23 décembre 1306, qui a déjà été signalé par Gustave Ducoudray dans Ducoudray, 1902, note n° 6, p. 377. Cette décision concerne un jeu martial ayant entraîné la mort d’un homme. On rapporte en effet qu’un certain Jean de Mauroy et d’autres habitants de Troyes ont festoyé, chevauché, et brisé des lances (festum facientibus et in equis suis currentibus et lanceas frangentibus). Au cours de cette activité, Jean a percuté avec son cheval un individu qui se trouvait sur la voie publique, cet individu ayant fini par succomber à ses blessures. La cour, après avoir ordonné une enquête visant à déterminer les circonstances des faits, et afin de savoir en particulier si le prévenu était homme de bonne réputation et s’il éprouvait une quelconque haine contre sa victime, décide d’absoudre l’inculpé. Cf. Olim, t. 3-1, n° XXII, p. 206. Le jeu ici évoqué, qui ressemble fort à une joute, n’est pas condamné en lui-même. Plus encore, l’homicide survenu au cours de cette activité ne donne lieu à aucune sanction, à l’évidence car la mort s’est produite de façon accidentelle, sans mauvaise intention – notons que cette décision est cohérente avec les propos de Philippe de Beaumanoir sur les décès survenant pour cause de jeu : Coutumes de Beauvaisis, t. 2, n° 1957, p. 487. Il est difficile d’utiliser cette source pour répondre aux questions posées dans ce travail : en effet, on ne peut savoir si l’activité décrite, manifestement improvisée et se bornant à réunir quelques amis de façon informelle, pouvait être qualifiée en droit de joute ou de tournoi. Par ailleurs, si une telle qualification pouvait être adoptée, nous ne savons pas si les tournois et les joutes étaient sous le coup d’une prohibition au moment des faits.

137 Voir à ce propos les exemples qui sont donnés dans Michel, 1840, p. XLVII ; Bove, 2003, p. 152.

138 Le Roman de Ham est édité dans Michel, 1840.

139 Ibid., p. 217.

140 Ibid.

141 Ibid.

142 1279, Lettres de rois, reines et autres personnages des cours de France et d’Angleterre depuis Louis VII jusqu’à Henri IV tirées des archives de Londres par Bréquigny, t. 1, n° 189, p. 243 : « Accedente nuper ad partes Angliae Johanne de Prye, milite vestro, quoddam torneamentum per partes illas per quas in Anglia transitum fecit, fieri contingebat, et ecce cum ipse per partes hujusmodi inopinate transisset, audito de torneamento illo rumore, se hujusmodi congressui, sicut militem decet, ingerebat ; et quia idem Johannes in hoc facto vestram dominationem se veretur offendisse, serenitatem vestram affectuose requirimus et rogamus, ignoscentes eidem, in facto erga ipsum nullatenus, si placet, moveamini ex hac causa, sed ipsum inde favorabiliter habere velitis excusatum, adeo saltem quod hanc nostram instantiam per operis exitum sibi effectualiter sentiat profuisse ».

143 Se reporter par exemple au compte tenu par le bailli de Tours pour le terme de l’Ascension 1305. On lit dans les dépenses effectuées : « Pro pluribus litteris missis super inhibitione torneamentorum et eis publicandis per balliviam : 39 s. ». Cf. Comptes royaux (1285-1314), t. 1, n° 6338, p. 309. Pour des exemples similaires, là encore contemporains du règne de Philippe IV et relatifs à des frais consentis pour l’envoi de lettres interdisant les tournois, voir ibid., n° 5101, p. 249 ainsi que n° 5109, p. 250.

144 Se reporter par exemple à un rôle des bailliages de France pour le terme de l’Ascension 1298, rôle dans lequel on trouve mention de frais consentis pour envoyer des agents de la couronne, dont le bailli de Chaumont, pour faire défendre les tournois sur ordre du roi : « Pro expensis domini P. de Boucli, ballivi Calvimontis, et Ade de Communi, cum pluribus servientibus missorum apud Roailli ad defendendum torneamenta de mandato regis et ibi morantium per 8 dies : 32 l. 9 s. ». Cf. ibid., n° 347, p. 19. Dans le même esprit, et toujours sous le règne de Philippe IV, voir ibid., n° 6099, p. 296, mais aussi Comptes royaux (1285-1314), t. 2, n° 27693, p. 774. Voir également, cette fois sous le règne de Charles le Bel, Comptes royaux (1314-1328), t. 1, n° 8009 et 8020, p. 438 sq.

145 Comptes royaux (1285-1314), t. 1, n° 4489, p. 218. Voir dans le même sens ibid., n° 4490.

146 Ibid., n° 4971, p. 242 : « Pro expensis prepositi Montis Desiderii eundo capturare dominum Aubertum de Hangesto et castellanum Belvacensem, qui, contra inhibitionem regis, iverunt ad torneamenta, et non erant in prepositura sua, de mandato regis : 42 s. ». On trouve d’autres mentions de frais liés à la capture de tournoyeurs sous le règne de Philippe le Bel : ibid., n° 4471, p. 217 ; ibid., n° 6099, p. 296. Voir également, sous Philippe VI cette fois, Actes normands de la Chambre des comptes sous Philippe de Valois (1328-1350), p. 83.

147 Comptes royaux (1314-1328), t. 1, n° 8021, p. 439. On trouve d’autres exemples semblables, et tout d’abord dans le compte du bailli de Bourges rendu pour le terme de l’Ascension 1305, qui mentionne des sergents envoyés afin de saisir les terres de certains tournoyeurs : cf. Comptes royaux (1285-1314), t. 1, n° 6099, p. 296. Se reporter par ailleurs au compte du bailli de Tours pour le même terme, qui indique l’envoi de serviteurs pour s’emparer du harnois de quelques chevaliers ayant cherché à participer à un tournoi : cf. ibid., n° 6344, p. 309.

148 Le compte de l’hôtel du roi rendu pour le terme de la Saint-Jean 1313 fait ainsi mention de dépenses liées à l’envoi d’agents dans certaines localités « ad inhibendum joustas » : Comptes royaux (1285-1314), t. 2, n° 27688, n° 27690, n° 27705, p. 774 sq.

149 Comptes royaux (1285-1314), t. 1, n° 2807, p. 129 : « De Johanne de Veace, filio domine de Beigneux, pro eo quod ivit super inhibitionem dicti Boutevilain, servientis de Monasterio, et super defensione banni regis ad junctas seu hastiludas Ville Nove, pro toto : 10 l. ». Voir également ibid., n° 2808.

150 Houdebert, 1991, dans la troisième partie intitulée « Du tournoi à la joute ».

151 À partir du règne de Philippe le Bel, la royauté tente d’imposer l’idée qu’elle détient, en raison de sa « superioritas », une compétence réservée pour connaître et juger du délit de port d’armes et du délit de bris de paix. Notons toutefois que cette prétention ne prend corps que très progressivement, et avant tout pour les violences armées commises en réunion : voir à ce propos Martin, 2014, p. 764 sqq.

152 Voir le mandement émis en septembre 1293 par le sénéchal de Carcassonne. Dans cet acte, le lieutenant du Capétien ordonne à son viguier de faire proclamer l’interdiction des tournois et des joutes à Béziers et dans d’autres localités désignées ainsi qu’ailleurs dans sa viguerie « par les seigneurs desdits lieux détenant le merum imperium », c'est-à-dire par les seigneurs justiciers ayant le droit de réprimer les malfaiteurs. Cf. BNF, Languedoc Doat 51, fol. 37r : « [...] quatinus faciatis praeconisari et publice nuntiari apud Bitterrim et apud Peden. et apud Narbonam et alibi in vestra vicaria per dominos dictorum locorum habentes merum imperium [...] ne aliquis vadat ad torneamenta vel junctas [...] ». Sur la notion de « merum imperium », d’ascendance romaine, et qui se rapproche de celle de haute justice, voir Dig. II, 1, 3.

153 1305, AN, JJ 36, n° 62, fol. 23v.

154 Sur l’assistance demandée par le roi aux juges laïques de son royaume, voir Tuttle, 2014, p. 316 sqq. Se reporter également à Martin, 2014, dans le deuxième chapitre de la troisième partie, passim.

155 1305, AN, JJ 36, n° 63, fol. 24r. La lettre transcrite dans le registre du Trésor des chartes est adressée à la comtesse de Hainaut. Néanmoins, il est indiqué que ce document a également été envoyé au comte de Luxembourg, au duc de Brabant, à l’évêque de Cambrai et à l’évêque de Liège.

156 Ibid.

157 Sur les rapports entre la justice royale et les juridictions pénales étrangères, voir Tuttle, 2014, p. 323 sq.

158 Tel est d’ailleurs le sentiment de Philippe Contamine, qui souligne que lorsque les rois légifèrent contre les tournois, le but poursuivi n’est « pas directement moral ni religieux », mais vise bien davantage à soutenir les efforts militaires de la couronne. Cf. Contamine, 1985, p. 428.

159 Sur la notion de « guerre juste » au Moyen Âge, voir notamment Russell, 1975.

160 La question des causes de cette désaffection a retenu l’attention de Sylvain Houdebert, qui souligne que le déclin des tournois est certainement lié à l’essor des joutes, activité valorisant bien davantage l’exploit individuel et répondant ainsi mieux aux aspirations nouvelles de la chevalerie : cf. Houdebert, 1991, dans la troisième partie : « Du tournoi à la joute ». Au-delà, comme nous l’a suggéré Rémi Oulion que nous remercions vivement, on peut se demander dans quelle mesure la fin des tournois ne serait pas aussi le résultat du contexte singulier qui marque la fin du xive siècle, un contexte marqué par le conflit anglo-français et par ses violences généralisées ; une telle situation a pu provoquer ou accélérer certaines évolutions des mentalités.

161 Houdebert, 1991, voir la troisième partie intitulée « Du tournoi à la joute ».

162 Voir en ce sens les analyses de Philippe Contamine dans Contamine, 1985, p. 434 sqq.

163 Tel est l’avis de Sylvain Houdebert, qui affirme qu’« au début du xve siècle, la réglementation des faits d'armes reste du ressort du conseil du roi, les joutes sont des entreprises encadrées par les autorités, l'autorisation du roi est indispensable ». Cf. Houdebert, 1991.

164 1406, Ordonnances, t. 1, p. 105.

References

Electronic reference

Vincent Martin, « Le pouvoir royal face au phénomène des tournois (milieu xiiie siècle-milieu xive siècle) », Cahiers Jean Moulin [Online], 1 | 2015, Online since 29 août 2016, connection on 14 avril 2021. URL : https://publications-prairial.fr/cjm/index.php?id=94

Author

Vincent Martin

Professeur des universités à l'Université de Rouen

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