Commentaire d’ « Un empoisonnement au xxie siècle », dans Fantasmagories : histoires rapides

Nature et norme au regard d’un singulier texte de fiction paru en 1887

DOI : 10.35562/cliothemis.1276

Abstracts

Nous présentons ici une courte nouvelle dystopique datant de 1887 et présentant sur le ton comique le thème de la pollution des eaux douces. Son auteur, l’écrivain Jean Rameau (1858-1942) y met en scène les tensions existant entre les concepts de norme et de nature d’une manière fort singulière pour son temps. Mêlant déterminisme et évolutionnisme, l’auteur entrevoit l’avenir de l’humanité comme une adaptation obligatoire à la dégradation de la nature : la pollution devenant ainsi la norme.

We present here a short dystopian short story written in 1887, which presents the theme of freshwater pollution in a comic style. The author, Jean Rameau (1858-1942), portrays the tensions between the concepts of norm and nature in a way that was highly unusual for his time. Mixing determinism and evolutionism, the author sees the future of humanity as an obligatory adaptation to the degradation of nature : pollution thus becoming the norm.

Index

Mots-clés

nature, norme, déterminisme, pollution, fiction

Keywords

nature, standard, determinism, pollution, fiction

Text

Le texte commenté est tiré de Jean Rameau, « Un empoisonnement au xxie siècle », Fantasmagories : histoires rapides, Paris, P. Ollendorff, 1887 (2e édition), p. 185-193 (édité en annexe).

La courte fable qui suit illustre un des aspects de la relation compliquée entre norme et nature. Il est vieux de plus de 130 ans et suggère à sa manière – drolatique – un ensemble de pistes de réflexion d’une actualité évidente. Il nous parle de la question de la pollution et de sa définition comme dégradation d’un état primitif, pur et sain de la nature – un état pris pour norme originelle. Mais il soulève aussi une question qui fait encore débat dans le domaine de l’épistémologie de la biologie – et en particulier dans les questions touchant aux théories de l’écologie et de l’évolution des espèces1. C’est la question du déterminisme dans la relation entre milieu et organisme vivant. Ce texte nous invite à un étrange voyage dans une France du futur, où l’eau douce et/ou potable des rivières et des fleuves (ici appelées « eau pure ») est devenue totalement souillée, où les habitants vivent sous terre et tout près des égouts – si ce n’est dedans – car ils ont besoin d’en consommer le contenu à chaque repas, dans un pays imaginaire totalement recouvert par un toit de verre construit par l’État pour protéger les habitants contre les effets mortels de l’eau de pluie – une eau encore non polluée et donc empoisonnée… Amusant renversement des valeurs, des usages et des données toxicologiques. On assiste ici à l’histoire, racontée à grands traits, d’une co-construction du milieu et des organismes – en l’occurrence l’eau potable et les humains (parce qu’il n’est pas fait mention par exemple ni de l’air ni des autres vivants). La singularité de ce texte tient à une lecture à la fois résignée, amusée et amusante d’un des concepts clés de la vulgate darwinienne : le concept d’adaptation (et non pas de la « survie du plus fort » – un autre slogan inventé par ceux qui se sont évertués à trahir les conclusions de l’auteur de L’Origine des espèces et cherchant à légitimer scientifiquement la violence des sociétés libérales et industrielles depuis cette époque). Ainsi, cette nouvelle nous raconte que l’humain a modifié son milieu en le polluant et pour l’auteur de 1887, cela relève de l’évidence : nous polluerons de plus en plus notre environnement et nous n’avons donc pas le choix face à cet état de la nature. Cela va donc devenir une nouvelle norme car, en retour, ce milieu pollué va provoquer des changements – des adaptations nécessaires – chez les humains. Et ces processus réciproques sont naturels, du moins aux yeux de l’écrivain. En tout cas, ces processus sont rendus possibles par la nature même de notre espèce : par sa capacité à évoluer, à s’adapter, mais aussi à légiférer et à définir des droits nouveaux (comme celui d’avoir un toit de verre en permanence au-dessus de la tête afin de se protéger de l’eau de pluie pure et donc mortelle, avant finalement de décider de vivre sous terre). La norme n’est alors pas d’être résistant à la pollution (ce qu’on pourrait considérer comme la meilleure façon de lui répondre), mais au contraire de devenir dépendante d’elle pour son approvisionnement et sa survie.

Nous voyons ici comment l’auteur d’une courte nouvelle cherche justement à retourner cette norme évidente ou essentielle et à proposer une nouvelle norme : celle d’une nature tellement souillée qu’elle est devenue nécessaire et vitale pour des humains dont la physiologie s’est adaptée à ce haut degré de pollution au point d’en être devenus totalement dépendante. Autrement dit, être en bonne santé dans cette France du futur imaginée en 1887, c’est être en parfaite adéquation avec son environnement que l’on sait pourtant dégradé, nocif, répugnant et nauséabond. Mais ne sont-ce pas finalement les définitions que donne Georges Canguilhem (1904-1995) de la santé, de la maladie et de la norme dans les relations entre milieu et organisme ? « Le malade est malade pour ne pouvoir admettre qu’une norme. […] Le malade n’est pas anormal par absence de norme, mais par incapacité d’être normatif »2. Si la pollution devient la norme, la nature du vivant doit lui permettre d’être aussi souillé qu’elle pour pouvoir y vivre, y prospérer, s’y amuser (à pêcher des miasmes géants dans les fleuves), s’y marier, ou y faire des affaires (en achetant des villas dans les lieux les plus pollués du pays par exemple)… Doit-on aussi voir dans cette nouvelle une allusion à la moralité des hommes et femmes du futur, encore plus dégradée que celle des humains de son temps ? Sans doute. Dans les années 1880, la confusion entre corruption, souillure, profanation et pollution est encore assez commune3. D’ailleurs, leur étymologie raconte assez bien leurs histoires parallèles4.

À l’origine, le mot pollution comporte bien peu de savoirs que l’on puisse qualifier de scientifiques : même quand il suppose l’éloignement des excréments humains et animaux de certains lieux, ce ne sont pas des espaces de vie quotidienne, ni ceux de préparation et de consommation des aliments. Il oblige à une séparation de ces excréments – de ces souillures – des endroits consacrés – au sens religieux du terme – à la prière. Les gestes et rituels d’hygiène quotidienne minimale que l’on associe dorénavant à cette séparation dans toutes les cultures entre lieux d’aisance et lieux de repos et de repas ne sont pas spontanés. Nous savons bien que cette démarcation physique a elle aussi été construite différemment selon les cultures (avec des variations parfois très marquées socialement) et les époques5. Le mot pollution impliquait donc d’abord des savoirs de formes religieuse et morale. Du mélange de ces formes de savoirs, nous pouvons suivre l’évolution jusque dans la définition du mot donnée dans la septième édition du Dictionnaire de l’Académie française datant de 1878, c’est-à-dire neuf ans avant la parution du texte qui nous intéresse ici. Cette définition est :

POLLUTION. s. f. Profanation ; état de ce qui est profané. La pollution d’une Église dure jusqu’à ce qu’elle ait été bénite de nouveau. Pollution se dit aussi d’un certain péché d’impureté. Il se dit en termes de Médecine, des émissions involontaires de la liqueur spermatique qui a lieu pendant le sommeil.

Seul le caractère sacré du lieu souillé compte ici dans la définition. Un champ, une rivière, un lac, une mer… ne peuvent être pollués : tous ces espaces, ces « choses », ne sont ni purs, ni impurs. L’air n’étant même pas un « lieu », il peut encore moins être pollué. C’est sans doute aussi pour cela que l’on n’a pas parlé au commencement de pollution de l’air, mais seulement de pollution de l’eau (douce). Les pollutions sont vues comme des rejets liquides (et ce jusqu’au sperme concerné par les fameuses pollutions liées au péché masculin d’impureté). Et enfin, si un lieu est pollué, il peut être lavé et rendu à son état de « pureté » par une nouvelle bénédiction – et sans doute les draps peuvent-ils être rendus propres et revenir à leur usage premier par un simple lavage. Et dans la pratique, après un examen médical prouvant qu’il n’y a pas d’anomalie chez l’individu de sexe masculin concerné par le péché en question, son cas semble lui aussi réglé6. Les caractères réversibles, temporaires, réparables et peu conséquents de ces pollutions sont proposés dans la définition du dictionnaire (une définition qui est en retard de quelques années sur les savoirs scientifiques publiquement discutés dans la presse quotidienne et au sein des assemblées politiques ou savantes). Même si, bien sûr, celle-ci doit être regardée pour ce qu’elle est : une simple convention déjà passée en partie, elle illustre tout de même la manière dont on se figure, au sein de certaines élites parisiennes, la pollution en général. Cette définition montre aussi un caractère intéressant : elle associe les idées de souillure et de réversibilité ce n’est pas le cas dans le texte de 1887 que nous vous présentons. Et cela est vraiment remarquable : son auteur a envisagé ses propres conclusions quant à la nature et aux effets des polluants7, mais, ne l’oublions pas, c’est surtout pour s’en amuser. Dans sa fiction, il n’est semble-t-il plus possible de revenir en arrière : la pollution est définitive. Ce qui contraint l’État à construire un toit de verre pour protéger les humains de l’eau de pluie. Encore une singularité qu’il convient de souligner.

De nos jours, le Dictionnaire de l’Académie nous explique que polluer dérive du mot polluere, salir en mouillant – l’eau ou plus exactement les liquides en général sont donc bien liés aux pollutions – et que « l’acte de profanation d’un lieu sacré » est un usage ou un sens vieilli. Nous nous sommes débarrassés de toute forme de savoir religieux et moral dans la définition et dans les usages du mot. Depuis, les scientifiques et les vulgarisateurs ont bien fait leur travail de « cristallisation » (au sens où l’entendait G. Canguilhem8), du concept en séparant toutes les formes de savoirs9 qu’il mobilisait à l’origine. Au passage, nous avons perdu une grande part de la charge morale et normative de la définition générale de la pollution. Ce qui est sans doute aussi à l’origine d’une partie de notre incapacité chronique (juridique et morale) à la régler efficacement. Mais nous savons aussi que c’est par métonymie, donc par une figure rhétorique qui consiste à remplacer un terme par un autre – que l’on peut parler d’une pollution comme de l’état de dégradation ou de perturbation de l’environnement souvent nocif à l’homme et aux autres êtres vivants. Parler de pollution consiste donc à désigner l’effet par la cause, le contenu par le contenant, l’objet par son lieu d’origine… Ce que nous lisons dans la dernière version du dictionnaire de l’Académie n’est donc pas non plus une définition très rigoureuse. Et la forme de savoir scientifique qu’elle mobilise est bien faible. Il nous semble que les catégories pollutions et polluants sont trop générales pour mobiliser seulement des formes de savoirs scientifiques. Or, il s’agit justement de ce que l’écrivain qui nous interpelle ici va s’amuser à faire en son temps.

Nous présentons donc ici rapidement – trop sans doute – dans le domaine de l’histoire des idées, un texte que son auteur appelle une « fantasmagorie » qui s’avère très singulier. Il porte sur l’importance et le rôle des pollutions dans les sociétés humaines, mais aussi dans leur adaptation à ces dégradations de la nature. En dehors de son aspect humoristique et presque cynique, ce texte pose en effet de manière provocante diverses questions : celle de la norme, de sa prise en compte par les institutions, les scientifiques (médecins, chimistes, pharmaciens) et la population en général. Un ouvrage récent de François Jarrige et Thomas Le Roux, véritable somme sur les pollutions10, permet de mieux saisir toute l’étrangeté et toute la saveur de cette fiction, car l’auteur s’amuse d’un sujet qui à l’époque – à la du fin xixe siècle – commence à ressembler à ce qu’un auteur comme le sociologue Stanley Cohen (1943-2013) a pu appeler une « panique morale »11 et que l’on peut aussi appeler « obsession sociale » (chez certains dominants de la société) : l’état dégradé des villes et d’une large part des populations urbaines. Cette dégradation fournit une image déformée mais évidente d’une déliquescence et d’un pourrissement des sociétés modernes – mais aussi des corps et des âmes – dont on rend alors responsables, non pas les industries (nécessaires à la bonne marche du monde et la production de biens indispensables à l’économie – elles ne sont d’ailleurs même pas mentionnées dans le texte de 1887), mais bien plutôt les masses de personnes entassées dans les quartiers malfamés. Car la pollution à l’époque est d’abord une forme de souillure apportée à l’ensemble du pays par certaines franges, parfois nombreuses, de la population – les « tarés » que les hygiénistes et les eugénistes vont chercher dans les familles les plus pauvres de la nation, mais aussi parmi ceux qu’on appelle les « classes dangereuses ». Les déchets et les poisons qui coulent dans les rivières de France sont le fruit de l’activité physiologique et de la multiplication incontrôlée des « barbares » des faubourgs, des « apaches » et autres « mauvais pauvres »12. En Angleterre, on les appelle « the Social Residuum »13 – en souvenir des Noirs vus pour inutiles des colonies de l’Est africain. Rien de moins ! Cette souillure résulte aussi des idées subversives parfois venues de l’étranger. Les années 1880 sont en effet celles des attentats anarchistes en Europe. Mais, en ces temps de nationalisme exacerbé14, la contamination des esprits provient aussi autant d’ennemis intérieurs qu’extérieurs. En France par exemple, entre 1868 et les années 1890, règne un véritable « âge d’or » du pamphlet15 : contre les élus, les banquiers, mais aussi les Juifs, les francs-maçons, et bien sûr les étrangers… Allemands, Italiens en tête. Se projeter dans une France des années 1930 puis du xixe siècle, est un moyen pour l’auteur de ce texte de souligner certains des problèmes ou certaines des obsessions sociales de son temps qui ne sont pas près de s’améliorer et auxquels, il semble expliquer qu’il serait bon, en fin de compte, de s’adapter collectivement. Cette petite histoire comique sans prétention doit donc être lue à différents niveaux.

L’année de parution de ce texte, Vincent Van Gogh (1853-1890) peint ses Usines à Asnières. À l’arrière-plan de sa toile apparaissent des fumées et des cheminées d’usines. Il n’est évidemment ni le seul ni le premier à représenter ces sombres symboles des « temps difficiles »16. La pollution de l’air est en effet partout au-dessus des têtes. On parle d’elle comme d’une nuisance. Dans ce terme – qui va être peu à peu remplacé par le mot pollution – on entend bien l’origine volontaire de l’acte. La pollution des eaux est elle aussi bien connue et souvent décriée. Et d’ailleurs, comme nous le disions plus tôt, le mot « pollution » est d’abord utilisé pour désigner la contamination des eaux douces par des substances néfastes pour la santé (humaine d’abord et animale en suite). Des commissions scientifiques et législatives étudient l’état des rivières et des fleuves : en Grande-Bretagne d’abord (dès les années 1850 et surtout après l’épisode dit de « la Grande Puanteur » qui a frappé Londres durant l’été 185817) mais aussi en Prusse, en Belgique, aux États-Unis, en Russie et en France… On doit par exemple la mise en place du tout-à-l’égout à Paris au préfet Haussmann (1809-1891). C’est en effet à sa demande, qu’en 1854, des ingénieurs hydrologues mettent en place un système d’égouts pour emporter les déchets de la capitale vers l’aval de la Seine.

Bien sûr, en cette année 1887 le sujet de la pollution est connu : le mot « pollution » a pris son sens actuel dans les pays industrialisés entre 1860 et 1880. Les études de biologistes, médecins, chimistes et les textes de loi sur le sujet se multiplient partout – sans grand effet, il faut bien le reconnaître. La nature dans ses diverses composantes paraît chaque jour plus souillée, plus sale, plus hostile. Alors qu’elle était jusque-là seulement mystérieuse et dangereuse à cause de ses fauves, ses miasmes microscopiques, ses maelströms, ses raz-de-marée, ses krakens18, ses baleines (parfois blanches19), ses volcans, ses tempêtes… elle devient tout à coup comme empoisonnée. Suite aux transformations que l’industrie lui fait subir depuis quelques décennies, la nature n’a effectivement plus le même visage. Henry David Thoreau (1817-1862) avait encore la forêt de Walden20 pour se cacher. Mais, depuis quelques décennies, tous les domaines terrestres semblent habités et contaminés par les penchants destructeurs de l’Homme. Celui-ci est devenu un loup pour toute la création et même pour ce qu’il appelle – pour mieux la distinguer et la domestiquer à défaut de la contrôler – la « Nature ». Alors en retour, que devient-elle, cette fameuse Nature ? Et que révèlent donc ses changements d’aspect mais aussi de nature, sinon les obsessions les plus profondes, les plus intimes de certains de ces hommes qui promeuvent l’industrialisation ?

Durant les années 1870, le discours du philosophe Herbert Spencer (1820-1903) et les propositions biologiques de Charles Darwin (1809-1882) disant que toute « forme » vivante ou historique (comme une société) doive impérativement s’adapter à son « milieu », faute de mourir, s’imposent de manière obsessionnelle au sein des élites des pays sur-industrialisés. Apparaissent alors sous la plume des écrivains des intrigues et des personnages singuliers. Et une forme relativement nouvelle de littérature s’enthousiasme, s’effraie ou s’amuse de ce genre d’obsessions : la littérature que nous appelons depuis les années 1920 « science-fiction ». On connaît les textes précoces d’Edgar Allan Poe (1809-1849)21 et bien sûr ceux de Jules Verne ou de Herbert Georges G. Wells (1866-1946). On a un peu oublié ceux du journaliste et romancier américain Edward Page Mitchell (1852-1927)22 ou de l’écrivain et scientifique allemand Kurd Lasswitz (1848-1910)23. Mais, partout dans leurs livres, on trouve des monstres, des savants fous, des machines raisonneuses, des esprits extraterrestres, des fantômes et des inventions techniques à la puissance incroyable… Toutes et tous constituent des sources de défi qui mettent en péril jusqu’à la civilisation humaine. Ils sont nombreux en effet, les écrivains, à nous promettre, au beau milieu d’une euphorie technicienne, des guerres affreuses et des avenirs terrifiants. Pour ne parler que des années 1880, des auteurs comme l’écrivain britannique Richard Jefferies (1848-1887) – et son After London de 188524 –, ou le naturaliste, fondateur de la Royal Society for the protection of birds et écrivain argentin William Henry Hudson (1841-1922) – A Crystal Age date de 188725 – racontent des catastrophes dues à d’infernales machines. Citons encore l’écrivain et illustrateur Albert Robida (1848-1926) dont La guerre au vingtième siècle paraît en 1883. Il imagine quant à lui des guerres « scientifiques » – c’est-à-dire efficaces – et donc intensément meurtrières car utilisant des armes chimiques et biologiques (qu’il appelle « armes miasmatiques »). Tous ces auteurs nous promettent une fin par l’action des machines. Il est donc évident en 1887 que certains se méfient des nouveautés de l’ère industrielle et que l’on en voit les effets sur l’esprit et les corps des humains. Mais les pollutions – autres produits (ou déchets) de cette même époque – ne semblent pas réellement constituer un danger aux yeux des écrivains. Seuls les peintres les associent à leurs tableaux – comme justement Vincent Van Gogh en 1887.

Et c’est pourtant en cette même année que sont publiés, chez le jeune éditeur parisien Ollendroff, Le Horlà26 de Guy de Maupassant (1850-1893) – le recueil de textes qui nous préoccupe ici. Il est intitulé les « Fantasmagories : histoires rapides ». La librairie et maison d’édition qui les publie a été fondée dix ans plus tôt par Paul Ollendorff (1851-1920) et elle a déjà connu quelques belles réussites littéraires – avec par exemple les premiers romans d’Octave Mirbeau (1848-1917) ou les livres d’Alphonse Allais (1854-1905) et de Jules Renard (1864-1910)… Le recueil qui nous intéresse connaît lui aussi un succès d’estime mais sa singularité tient sans doute plus à ses anticipations fulgurantes et à son ironie mordante qu’à ses qualités littéraires proprement dites. Il est l’œuvre Laurent Labaigt (1858-1942) qui se fait appeler Jean Rameau – un écrivain prolifique aujourd’hui méconnu27. Il est déjà, en 1887, l’auteur de quelques ouvrages (de poésie surtout) remarqués. Et il mène une vie de bohème entre ses Landes natales et Paris. Malgré la grave crise économique qui frappe les pays sur-industrialisé depuis 1873, pour certains ce temps ressemble déjà à ce qu’un animateur nostalgique de l’antenne collaborationniste Radio-Paris appellera dans les années 1940 : la « Belle Époque » – un chrononyme parmi les plus mensongers de l’histoire de France28 et qui concerne en fait seulement le début des années 1900. Car les années 1873-1896 ne sont pas heureuses pour la majorité des humains. Les menaces de guerres sociales et de conflits militaires sont lourdes… Jean Rameau n’en est certainement pas dupe. Il fréquente, au moment où il rédige ce texte, un groupe d’auteurs appelé le club littéraire des Hydropathes – d’où peut-être son dégoût de « l’eau pure », un liquide « répugnant » dont il fait ici un poison. Parmi les hydropathes, on retrouve Émile Goudeau (1849-1906) – le fondateur du groupe, connu pour ses sentiments pacifistes et des écrits que l’on peut qualifier aujourd’hui d’antispécistes29 –, le célèbre poète, dramaturge et romancier François Coppée (1842-1908), le trublion Alphonse Allais, la célèbre actrice « à la voix d’or » Sarah Bernhardt (1844-1923), le polémiste anticolonialiste et acerbe critique de la modernité Léon Bloy (1846-1917), mais aussi le caricaturiste André Gill (1840-1885) ou le poète Jean Richepin (1849-1926). Ces joyeux personnages se rassemblent dans de grands banquets au cours desquels on ne boit effectivement pas beaucoup d’eau. Mais toutes et tous ont en commun une forme de pessimisme qui affleure dans le petit texte que nous vous donnons à lire.

Ainsi, sans doute par provocation et dépit, Jean Rameau invente-t-il un monde futur dans lequel la consommation d’eau – la chose la plus banale – est devenue mortelle. Aux pages 185-193 de ses Fantasmagories, il présente l’état de la France au cours des xxe et xxie siècles. L’aspect le plus novateur et frappant de sa nouvelle tient donc à la présentation du thème de la pollution des eaux. Comme nous le disions plus tôt, bien peu d’auteurs sont intrigués par ce que l’on considère alors comme une conséquence malheureuse et imprévisible du machinisme, de l’industrialisation et de l’urbanisme galopant qui s’imposent partout. Car l’empoisonnement des eaux douces s’intensifie – et ne parlons pas de l’eau des océans dont on imagine (encore de nos jours) que l’immensité lui permet d’absorber sans effet tous les déchets ! Rameau, quant à lui, décide de prendre acte de cette pollution et même d’en faire le cœur du monde futur. Il imagine que dès 1934 (une cinquantaine d’années après la rédaction de son texte, vers une date qui dans son esprit n’est pas éloignée de celle de sa propre mort), l’univers des hommes est définitivement transformé. Cet état est devenu la norme et la nature elle-même n’est plus du tout celle qu’il connaît. Et pourtant notre civilisation a réussi à survivre.

1 On peut voir à ce propos : J.-F. Braunstein, I. Moya Diez et M. Vagelli (dir.), L’épistémologie historique. Histoire et méthodes, Paris, éditions

2 G. Canguilhem, Le normal et le pathologique, Paris, PUF, 1966, p. 122.

3 Le sens contemporain du mot pollution (hérité de l’anglais), vu comme une dégradation ou une destruction d’un écosystème suite à l’introduction d’

4 On peut lire à ce propos le classique : M. Douglas, De La souillure. Essai sur les notions de pollution et de tabou, Paris, La Découverte, 2002.

5 Voir par exemple sur ce sujet : A. Corbin, Le miasme et la jonquille. L’odorat et l’imaginaire social, xviiie-xixe siècles, Paris, Flammarion, 2016

6 En tout cas, le péché masculin ne semble pas si terrible que cela. La médecine de l’époque est sans doute beaucoup plus sévère avec les femmes qu’

7 On comprendra scientifiquement l’aspect irréversible de la plupart des pollutions seulement à partir de la fin des années 1950.

8 G. Canguilhem, La formation du concept de réflexe aux xviie et xviiie siècles, Paris, Vrin, 1977, p. 161.

9 Nous reprenons cette expression de Paul W. Hirst (Knowledge and the curriculum, Londres & Boston, Routledge and Kegan Paul, 1974) qui distingue dif

10 F. Jarrige et T. Le Roux, La contamination du monde. Une histoire des pollutions à l’âge industriel, Paris, Seuil, 2017.

11 En étudiant la présentation dans la presse anglaise des années 1960 de la mode des rockers (par exemple), Stanley Cohen a appelé une « panique

12 J.-F. Wagniart, « Le mauvais pauvre du xixe au xxe siècles. Pistes pour l’enseignement de l’exclusion », La riche histoire des pauvres, dir. L. 

13 P. Mazumdar, « The Eugenists and the Residuum : the Problem of the Urban Poor », Bulletin of history of medecine, 54/2, 1980, p. 204-215.

14 Nous renverrons aux classiques ouvrages d’Eric J. Hobsbawm (1917-2012) : E. J. Hobsbawm, L’ère des empires (1875-1914), Paris, Fayard, 2012 et E. 

15 C. Passard, L’Âge d’or du pamphlet. 1868-1898, Paris, CNRS Éd., 2015.

16 Par allusion au titre du livre de Charles Dickens (1812-1870) paru en 1854.

17 La littérature sur ce sujet est importante. Nous n’avons retenu ici que l’ouvrage suivant : L. Rosenthal, The River Pollution Dilemna in Victorian

18 Jules Verne (1828-1905) publie son Vingt-Mille Lieues sous les mers en 1869-1870.

19 L’ouvrage d’Herman Melville (1819-1891) Moby-Dick est paru en 1851.

20 L’écrivain américain David Henry Thoreau a fui la « civilisation » durant quelques mois en s’installant dans une cabane au cœur d’une petite forêt

21 Nous pensons en particulier à son texte The Conversation of Eiros and Charmion (Philadelphie ; Burton’s Gentleman’s Magazine, décembre 1839) qui

22 On lui doit l’histoire d’un homme auquel la science permet de se rendre invisible : The Crystal Man (1881) et celle du premier voyage dans le

23 Il publie sous le pseudonyme de Velatus et il est considéré comme le fondateur de la littérature de science-fiction germanophone.

24 Qui raconte la destruction de Londres, alors la ville la plus puissante du globe.

25 Dans ce roman, après une catastrophe due à l’arrogance de ceux qui pensaient « grâce à la connaissance obtenir la domination absolue de la nature 

26 Voilà une de ces figures mystérieuses qui menacent les hommes.

27 Il a composé plus de 60 romans et près de 5000 nouvelles, contes ou fables ! Il a connu un certain succès public dans les années 1920.

28 D. Kalifa, La véritable histoire de la Belle Époque, Paris, Fayard, 2017.

29 Nous pensons en particulier à La Revanche des bêtes et La Revanche des fleurs (1888).

Appendix

Texte commenté

Jean Rameau, Fantasmagories : histoires rapides, Paris, P. Ollendorff, 1887 (2e édition), 302 pages, p. 185-193.

[1]

C’est vers l’an 1934 que les Français – lentement empoisonnés par leurs fournisseurs de comestibles et par les odeurs nauséabondes qui, après avoir infecté Paris, se répandirent rapidement sur la France entière – s’aperçurent que leur nature et leurs besoins avaient complètement changé, et que, nouveaux Mithridates, ils étaient non seulement armés contre le poison, mais encore qu’ils avaient besoin d’en absorber trois fois par jour, à moins de mourir d’inanition.

Cet état de choses, grâce aux progrès des falsificateurs, ne fît qu’embellir, et, en l’an 2056, on dut se mettre à bâtir des villes et des cottages dans les égouts de Paris, à l’usage des mondains et des mondaines, qui, délaissant les villes d’eaux et les campagnes malsaines, éprouvaient le besoin de se retremper, pendant quelques semaines, dans les bienfaisants effluves du grand collecteur.

[2]

En juin 2083, époque à laquelle se passe celle histoire, les étrangers et les touristes étaient fort nombreux dans les égouts parisiens. Toutes les villas étaient occupées, et un simple cottage dans les environs du dépotoir de Saint-Denis se louait à des prix fous.

Entrons dans une de ces villas, – la villa Microbe, – située avenue Lesage, et assistons au magnifique dîner que deux jeunes époux, accourus dans les égouts pour passer leur lune de miel, offrent ce soir-là au tout-Paris élégant et mondain.

[3]

La table de la splendide salle à manger est royalement garnie. Et partout des lumières, des cristaux, des fleurs. Des fleurs rares et distinguées, des fleurs artificielles exhalant les parfums les plus sains et les plus recommandés, dans lesquels dominent l’assa-fœtida et la valériane.

Soudain, un grand cri.

Le jeune époux roule sous la table.

— Ciel ! clament cent voix.

On s’empresse, on regarde et l’on constate que la figure du jeune marié prend des tons violets, comme autrefois les cadavres des gens ayant absorbé certains sucs vénéneux.

— Ah ! mon mari est empoisonné ! s’écria la malheureuse épouse. Et elle tomba évanouie.

[4]

Il était empoisonné, en effet.

Une vengeance de femme !

Mais empoisonné par quoi ? À l’aide de quelle substance redoutable ? Voilà ce que l’enquête n’établit pas tout d’abord.

— Examinez tous les aliments, tous les breuvages ! ordonna l’inconsolable veuve aussitôt qu’elle eut repris ses sens.

Et l’on fit comme elle avait ordonné.

On porta le vin au laboratoire municipal.

Le laboratoire municipal répondit :

« Vin première qualité. – Composition : 23 parties eau de Seine, 57 parties vitriol, 17 parties décoction de vieux gants de peau, 3 parties essence de térébenthine, le tout constituant un excellent cru Château-Léoville, 2046. »

— Analysez le vinaigre, l’huile, les légumes ! recommanda la veuve, qui tenait à savoir comment était mort son mari.

Mais tous ces produits furent trouvés irréprochables.

Les pois verts provenaient d’une des meilleures fabriques de Grenelle et contenaient 49 p. 100 d’acétate de cuivre.

Le poivre était fourni par un entrepreneur de démolitions et ne contenait que de la brique pilée extra.

Le vinaigre était riche en ammoniaque et en eau de javelle. Quant à l’huile, la compagnie d’Orléans n’en avait jamais employé de meilleure pour graisser ses machines.

— Quel poison a donc terrassé mon pauvre mari ? se demanda la veuve éplorée.

[5]

— Ah ! cria-t-elle tout à coup, ce verre à moitié plein dans lequel a bu le défunt, qu’est-ce que c’est que ça ? Elle présenta le verre aux experts.

Ceux-ci n’eurent pas plutôt jeté les yeux sur le breuvage, qu’ils pâlirent d’effroi.

— Arrière, Madame ! clamèrent-ils, l’esprit traversé par un soupçon terrible. Et, s’étant couvert les mains de gants imperméables, la tête d’un masque à yeux de verre, ils analysèrent le breuvage mystérieux. Ils avaient deviné.

— Ah ! Madame ! dirent-ils à la veuve aux abois, qui maigrissait de jour en jour. Quel crime abominable !

— C’est un poison affreux ?

— Un poison foudroyant.

— Lequel ?

— De l’eau pure.

Et les serviteurs qui entendirent cela se mirent à claquer des dents puis s’enfuirent avec terreur.

[6]

Mais la veuve infortunée ne s’enfuit pas, elle.

Sublime, elle s’approcha des chimistes.

— Donnez-moi ce restant de poison ! dit-elle.

— Pourquoi, Madame ?

Et alors, adorable de grâce et d’affliction :

— J’ai juré de mourir de la même mort que mon mari.

Mais les chimistes refusèrent. Ils firent creuser un trou profond et y jetèrent le redoutable liquide.

— Malédiction sur vous ! cria la pauvre jeune femme.

Et, affolée, elle se mit à courir par les rues de Paris, cherchant quelqu’un qui voulût lui faire l’aumône de quelques gouttes d’eau pure.

[7]

Elle ne trouva pas.

Elle alla chez un pharmacien.

— Deux grammes d’eau pure, Monsieur ? supplia-t-elle.

— Avez-vous une ordonnance ? demanda le disciple de Gallien.

La veuve, désespérée, visita ainsi tous les pharmaciens de la capitale et leur offrit des monceaux d’or.

Tous furent inébranlables.

Et alors, affolée, elle quitta Paris et se mit à rôder dans la campagne.

Ah ! La pluie ! se dit-elle, c’est de l’eau pure, cela ! Je vais attendre qu’il pleuve !

Mais, ayant considéré le ciel avec attention, elle vit – ce dont elle, se doutait, hélas ! – que, par mesure de sécurité publique, l’État avait fait installer une sorte de toiture en verre sur la campagne, afin que l’eau du ciel ne tombât jamais sur une muqueuse humaine.

— Une rivière ! dit-elle alors. Un ruisseau ! Une source !

Mais il n’y avait plus en France de sources, de ruisseaux, de rivières. Sagement, l’État avait fait capter tous les cours d’eau pure, de peur que les habitants des campagnes n’allassent s’y empoisonner, et la Seine seule coulait à ciel ouvert, triomphalement, à cause de sa richesse en microbes, lesquels étaient tellement gros et si invraisemblablement prospères qu’on se mettait à les pêcher à la ligne, de Paris jusqu’au Havre.

[8]

Et, après huit jours de courses vaines, la pauvre veuve s’affaissa, épuisée, dans une plaine déserte. Et, navrée de-ne pas pouvoir mourir comme son mari, avec résignation elle attendit la mort.

Mais alors le Créateur eut pitié d’elle.

Le zénith s’assombrit tout à coup et, au moment où la veuve inconsolée balbutiait le nom de son époux, elle expira glorieusement, empoisonnée ainsi que son bien-aimé.

Le ciel, avec d’énormes grêlons, avait crevé la cloche sous laquelle mûrissaient les Français, et, miséricordieusement, s’étant aperçu que la veuve avait un nez retroussé, il avait daigné pleuvoir dedans.

Notes

1 On peut voir à ce propos : J.-F. Braunstein, I. Moya Diez et M. Vagelli (dir.), L’épistémologie historique. Histoire et méthodes, Paris, éditions de la Sorbonne, 2019. En particulier les textes suivants : S. Talcott, « Le réflexe et la résistance. Canguilhem et le pouvoir du concept », p. 73-86 et F. Lupi, « Normativité des vivants et adaptation. De Canguilhem à Lewontin », p. 87-102.

2 G. Canguilhem, Le normal et le pathologique, Paris, PUF, 1966, p. 122.

3 Le sens contemporain du mot pollution (hérité de l’anglais), vu comme une dégradation ou une destruction d’un écosystème suite à l’introduction d’une substance chimique ou d’une radiation en son sein, n’est apparu dans la presse parisienne qu’en 1865 puis dans des rapports et articles en 1869.

4 On peut lire à ce propos le classique : M. Douglas, De La souillure. Essai sur les notions de pollution et de tabou, Paris, La Découverte, 2002.

5 Voir par exemple sur ce sujet : A. Corbin, Le miasme et la jonquille. L’odorat et l’imaginaire social, xviiie-xixe siècles, Paris, Flammarion, 2016.

6 En tout cas, le péché masculin ne semble pas si terrible que cela. La médecine de l’époque est sans doute beaucoup plus sévère avec les femmes qu’avec les hommes. Voir à ce propos N. Edelman, Les métamorphoses de l’hystérique. Du début du xixe siècle à la Grande Guerre, Paris, La Découverte, 2003.

7 On comprendra scientifiquement l’aspect irréversible de la plupart des pollutions seulement à partir de la fin des années 1950.

8 G. Canguilhem, La formation du concept de réflexe aux xviie et xviiie siècles, Paris, Vrin, 1977, p. 161.

9 Nous reprenons cette expression de Paul W. Hirst (Knowledge and the curriculum, Londres & Boston, Routledge and Kegan Paul, 1974) qui distingue différentes formes de savoirs fondamentaux : les mathématiques, les sciences physiques (« expérimentales » ou « de la nature »), les sciences humaines, l’histoire, la religion, les beaux-arts et la littérature, la philosophie et la morale.

10 F. Jarrige et T. Le Roux, La contamination du monde. Une histoire des pollutions à l’âge industriel, Paris, Seuil, 2017.

11 En étudiant la présentation dans la presse anglaise des années 1960 de la mode des rockers (par exemple), Stanley Cohen a appelé une « panique morale » tout « événement, condition, personne ou groupe de personnes » « définis comme une menace pour les valeurs et les intérêts d’une société » (S. Cohen, Folk devils and moral panics, London, Mac Gibbon and Kee, 1972, p. 9).

12 J.-F. Wagniart, « Le mauvais pauvre du xixe au xxe siècles. Pistes pour l’enseignement de l’exclusion », La riche histoire des pauvres, dir. L. Albaret, H. Latger et J.-F. Wagniart, Paris, Syllepse / Nouveaux regards, 2007, p. 71.

13 P. Mazumdar, « The Eugenists and the Residuum : the Problem of the Urban Poor », Bulletin of history of medecine, 54/2, 1980, p. 204-215.

14 Nous renverrons aux classiques ouvrages d’Eric J. Hobsbawm (1917-2012) : E. J. Hobsbawm, L’ère des empires (1875-1914), Paris, Fayard, 2012 et E. J. Hobsbawm, Nations et nationalismes depuis 1780. Programme, mythe, réalité, Paris, Gallimard, Folio Histoire, 1992.

15 C. Passard, L’Âge d’or du pamphlet. 1868-1898, Paris, CNRS Éd., 2015.

16 Par allusion au titre du livre de Charles Dickens (1812-1870) paru en 1854.

17 La littérature sur ce sujet est importante. Nous n’avons retenu ici que l’ouvrage suivant : L. Rosenthal, The River Pollution Dilemna in Victorian England : Nuisance Law versus Economic Efficiency, London, Routledge, 2016, p. 17-22.

18 Jules Verne (1828-1905) publie son Vingt-Mille Lieues sous les mers en 1869-1870.

19 L’ouvrage d’Herman Melville (1819-1891) Moby-Dick est paru en 1851.

20 L’écrivain américain David Henry Thoreau a fui la « civilisation » durant quelques mois en s’installant dans une cabane au cœur d’une petite forêt, mais à proximité d’une ville.

21 Nous pensons en particulier à son texte The Conversation of Eiros and Charmion (Philadelphie ; Burton’s Gentleman’s Magazine, décembre 1839) qui est traduit en français par Charles Baudelaire en 1884. Poe écrit dans ce texte : « d’innombrables cités s’élevèrent, énormes et fumeuses. Les vertes feuilles se recroquevillèrent devant la chaude haleine des fourneaux. Le beau visage de la Nature fut déformé comme par les ravages de quelque dégoûtante maladie. »

22 On lui doit l’histoire d’un homme auquel la science permet de se rendre invisible : The Crystal Man (1881) et celle du premier voyage dans le temps : The Clock that Went Backward (1881) – deux œuvres qu’il publie avant les célèbres romans de H. G. Wells… La plus connue de ses œuvres est sans doute The Ablest Man in the World (L’homme le plus doué du monde) qui date de 1874 et dont le héros est un cyborg. On lui doit également le premier récit évoquant le transfert de matière ou « téléportation » : The Man without a Body (1877) ou le transfert mental : Exchanging Their Soul (1877). E. P Mitchell a donc envisagé quelques-unes des pistes les plus célèbres de la Science-Fiction.

23 Il publie sous le pseudonyme de Velatus et il est considéré comme le fondateur de la littérature de science-fiction germanophone.

24 Qui raconte la destruction de Londres, alors la ville la plus puissante du globe.

25 Dans ce roman, après une catastrophe due à l’arrogance de ceux qui pensaient « grâce à la connaissance obtenir la domination absolue de la nature », les quelques survivants décident de ne plus utiliser aucune technologie moderne. Il faut se souvenir que lors de la première exposition universelle de Londres a été édifié un monumental pavillon appelé Crystal Palace.

26 Voilà une de ces figures mystérieuses qui menacent les hommes.

27 Il a composé plus de 60 romans et près de 5000 nouvelles, contes ou fables ! Il a connu un certain succès public dans les années 1920.

28 D. Kalifa, La véritable histoire de la Belle Époque, Paris, Fayard, 2017.

29 Nous pensons en particulier à La Revanche des bêtes et La Revanche des fleurs (1888).

References

Electronic reference

Hervé Ferrière, « Commentaire d’ « Un empoisonnement au xxie siècle », dans Fantasmagories : histoires rapides », Clio@Themis [Online], 20 | 2021, Online since 18 juin 2021, connection on 23 septembre 2021. URL : https://publications-prairial.fr/cliothemis/index.php?id=1276

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Hervé Ferrière

Université de Brest

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