À propos d’une production céramique indigène dite matt-painted dans le cadre de l’Italie méridionale protohistorique

Le cas de l’Incoronata

Regarding the so-called matt-painted indigenous pottery in the protohistoric southern Italy. The case of the Incoronata

DOI : 10.35562/frontieres.667

p. 67-80

Abstracts

L’article propose un questionnement des modalités d’interaction entre communautés indigènes et grecques en Italie méridionale à travers l’étude des productions céramiques, en particulier la céramique indigène dite « matt-painted » du site de l’Incoronata entre viiie et viie s. av. J.‑C. Nous proposons en effet de nous interroger sur les différents niveaux d’interactions et d’échanges entre communautés indigènes et non-indigènes, en articulant notre réflexion autour d’une nécessaire distinction entre contexte de production et contexte de consommation. Mises en réseau avec les données et fouilles plus récentes (Francavilla Marittima, Amastuola, Roca...), les contextes archéologiques de l’Incoronata avec l’apport de la pluridisciplinarité — des concepts issus des sciences anthropologiques aux analyses technologiques — permettent ainsi aujourd’hui d’affiner la grille de lecture de la protohistoire italienne, et de saisir plus précisément les stratégies identitaires de ces élites locales au sein du monde méditerranéen.

This article examines the modalities of interaction between Indigenous and Greek communities in Southern Italy through the study of its ceramic productions, in particular the so-called ‘matt-painted’ indigenous pottery from Incoronata between the 8th and 7th centuries BC. We propose to question ourselves on the different levels of interactions and exchanges between indigenous and non-indigenous communities, by articulating our reflection around a necessary distinction between the context of production and the context of consumption. Networking with more recent data and excavations (Francavilla Marittima, Amastuola, Roca ...), we will read Incoronata’s archaeological contexts thanks to the contributions of multidisciplinarity, from concepts developed within anthropological sciences to technological analyzes. This will allow us to refine the reading grid of Italian protohistory, and to grasp more precisely the identity strategies of these local elites within the Mediterranean world.

Index

Geographical index

Italie méridionale

Chronological index

Protohistoire

Subject index

production céramique, consommation céramique, identités, relations culturelles, contextes mixtes

Outline

Editor's notes

Cet article est le résultat d’une communication proposée lors de la Première rencontre des doctorants et jeunes docteurs sur l’Italie préromaine « Du Bronze récent à la romanisation (xiveive av. n.è.) », qui s’est tenue les 1er et 2 juin 2017 à Paris.

Text

Je remercie chaleureusement et sincèrement les organisatrices de cette stimulante rencontre, Solène Chevalier et Ariane Huteau, ainsi que l’équipe éditoriale de la revue Frontière·s pour l’accueil de cet article remanié.

L’Italie méridionale aux viiieviie s. av. J.‑C., entre indigènes et non-indigènes

L’Italie méridionale, entre les ixe et vie s. av. J.‑C., bénéficie de plusieurs désignations de type chronoculturel. Selon que le point de vue soit indigène ou exogène, colonial ou non colonial, on peut tout aussi bien parler de protohistoire et d’âge du Fer, de cultures italiques, de Grande Grèce, de période protocoloniale ou précoloniale, voire comme lors de récentes rencontres1 et dans un sens plus large, d’Italie préromaine. Cet enchevêtrement de dénominations est le miroir d’une situation historico-archéologique complexe qui voit, à l’intérieur de contextes sud-italiens divers, le déploiement contemporain de realia indigènes et non-indigènes, ou pour le dire plus clairement, le plus souvent indigènes et grecques. C’est le cas sur le site sud-italien de l’Incoronata, dont nous présenterons quelques productions.

La production céramique indigène dite matt-painted semble en effet jouer un rôle particulier, voire éminent, notamment pour qui s’intéresse à la compréhension des modalités d’interaction entre communautés indigènes et grecques. En effet, le matériau céramique possède la capacité d’enregistrer et d’archiver dans son développement, ses innovations ou ses archaïsmes, des réponses différenciées à l’afflux de productions culturellement autres. Les productions vasculaires témoignent également, à travers leurs dynamiques de diffusion et de consommation, ainsi que leurs modifications intrinsèques, de réactions plus ou moins brutales, ou au contraire discrètes, à la survenue de groupes et de pratiques nouvelles.

La production céramique indigène de l’âge du Fer en Italie méridionale : dimensions historiographiques, identitaires et anthropologiques

Un statut documentaire contrasté entre époque archaïque et protohistoire sud-italienne

La manière d’appréhender les modalités d’installation et d’interaction entre les communautés indigènes et grecques a été, au moins jusqu’au troisième quart du siècle dernier et parfois même plus tard, extrêmement favorable aux Grecs, en raison d’une vision helléno-centriste héritée des sources antiques qui faisaient systématiquement des Grecs les vainqueurs de tout affrontement et des pourvoyeurs de civilisation2. Ceci ne laissait alors que peu de place à la « vision des vaincus »3.

L’absence — du moins la rareté et le peu de visibilité — des données archéologiques sur les sociétés indigènes de l’âge du Fer et sur les situations se développant hors du cadre colonial laissèrent peu à peu place à une archéologie des genti non greche, ou encore anellenici, si l’on reprend les intitulés des congrès tarentins sur la Grande Grèce qui s’y consacrent alors4. Cette archéologie indigène se constituait ainsi dans un premier temps par rapport à la composante grecque, dans un lien de dépendance très fort.

Dans les années 1980, D.G. Yntema livrait un travail de référence sur la céramique indigène de l’Italie méridionale à l’âge du Fer, avec la publication en 1990 d’une synthèse régionale sur la « matt-painted pottery »5. Il établissait que la distribution des différents styles identifiés correspondait bien souvent à des entités géographiques précises, des districts, auxquels il allait octroyer des désignations modernes. Reprenant le modèle déjà utilisé par J.N. Coldstream pour l’étude des vases grecs de la période géométrique6, il offrait à ces styles régionaux une subdivision chronologique en Protogeometric, Early, Middle, Late et Subgeometric. La référence se trouvait être plus méthodologique que culturelle, n’impliquant aucune équivalence stricte de type chronologique ou historique entre les styles géométriques grecs et italiens7.

Le tesson indigène n’avait toutefois pas la même valeur documentaire que le tesson grec, surtout lorsqu’ils apparaissaient tous deux sur un même site. L’information chronologique que livrait le vase grec l’emportait généralement sur celle du vase indigène, notamment quand il s’agissait de productions particulièrement répandues dans le monde méditerranéen et amplement étudiées, comme la céramique corinthienne8. En outre, l’imprécision des bornes chronologiques et culturelles de la céramique indigène pouvait être utilisée, paradoxalement pour conforter et justifier certains modèles d’occupation et d’interaction, sinon pour choisir a priori de considérer le matériel comme résiduel, donc plus ancien9.

Identité(s), dynamiques identitaires

On risque généralement peu de se compromettre en affirmant que l’on a certainement assisté en Italie méridionale, pendant ladite colonisation ainsi qu’à la période qui la précède, à des contacts que l’on pourrait qualifier d’interethniques. C’est tout autre chose que de préciser si les individus concernés devraient être simplement réduits à deux blocs monolithiques antagonistes que seraient « les Grecs » et « les indigènes », ou si l’on avait affaire, d’un côté comme de l’autre — ou d’un côté ou de l’autre — à diverses composantes ethniques. Il serait dans ce cas légitime de se demander si l’on peut identifier plus précisément ces communautés et les nommer, ou si au contraire il est trop tôt pour parler d’ethnies, qui peut-être ont existé, mais dont on ne connaît que les dénominations ou des états plus tardifs — ce qui est le cas pour les communautés de l’Italie méridionale protohistorique, dont les ethnonymes nous ont été transmis par les auteurs anciens plus tardifs10.

Dans les nombreuses tentatives entreprises ces dernières décennies pour définir plus justement l’identité ethnique et, mieux, les modalités de sa construction11, il est apparu de plus en plus clair qu’elle était très difficilement accessible à travers les seuls vestiges de la « culture matérielle »12  ; les chercheurs n’ont jamais pour autant totalement renoncé à l’idée de déceler des indicateurs ethniques matériels.

De nombreuses études sur la céramique indigène peinte sud-italienne ont ainsi tenté de débusquer dans sa régionalisation stylistique de plus en plus marquée l’expression matérielle d’une identité culturelle, permettant de renforcer l’idée d’une appartenance à un groupe ethnique, et cela proportionnellement à la fréquentation accrue des Grecs dans ces territoires13. Toutefois, l’un des inconvénients majeurs de telles réflexions est d’envisager le style seul comme moyen d’expression d’une identité, et de négliger par exemple les aspects techniques ; en outre, une distinction semble devoir être faite entre le contexte social de production et le contexte social de consommation. De fait, ces deux contextes peuvent s’articuler de manière variable, comme nous l’enseignent régulièrement les études ethnographiques14.

Il faut également considérer que les ethnonymes « imposés » par les auteurs grecs postérieurs à ces périodes n’étaient peut-être pas ceux que les communautés indigènes employaient pour se définir et se nommer ; cet héritage ethnonymique en revanche nous oriente clairement dans notre manière de « chercher » les traces de ces ethnies. En ce qui concerne la côte ionienne, il s’agirait ici d’identifier deux ethnies données, les Œnôtres et les Chônes — à moins que ces derniers ne forment un sous-groupe des Œnôtres — dans un territoire déterminé, tandis qu’il pourrait s’en trouver plus, ou qu’il faudrait s’intéresser à une aire géographique moins vaste, une vallée par exemple, plus homogène géomorphologiquement parlant. En effet, l’homogénéité ou l’hétérogénéité ethnique peut aussi en partie dépendre du profil de la région considérée, selon que l’on a affaire à un espace plus ou moins fortement accidenté et compartimenté, ou au contraire à des zones de grandes plaines, plus favorables alors à une « mixité » ethnique15. Peuvent alors être utilisés des termes illusoirement plus neutres — « indigènes » ou « autochtones » — ou consensuels, au risque pourtant de rejeter dans l’ombre des Grecs, et sous une même appellation, des communautés probablement diverses. L’utilisation du terme de « communautés locales » pourra sans doute être plus adaptée à certaines étapes de l’analyse.

Mais, pour en revenir à la question de l’identité, que l’on parle d’identité culturelle ou que l’on introduise la notion d’identité potière16, il apparaît que le concept même d’identité a tendance à réifier et à figer des mécanismes que l’on suppose au contraire actifs, en mouvement et en perpétuelle construction. C’est d’autant plus le cas dans des contextes d’interactions entre communautés, où une certaine compétition — ou mieux, une émulation — peut exacerber les revendications et les affichages ethnoculturels, ou du moins stimuler la créativité des artisans. Il semble alors plus efficace et profitable de placer l’identité en qualité d’adjectif, en parlant de dynamiques identitaires ou de « stratégies identitaires »17.

Les contextes mixtes

Dans le cadre général de ces problématiques et en particulier du site de l’Incoronata, la notion de « contexte mixte » correspond logiquement à un contexte historico-archéologique associant matériels indigènes et grecs dans un même horizon chronologique et topographique. Les modalités et les circonstances de cette mixité semblent quant à elles beaucoup plus évanescentes. Si la communauté, les ressources culturelles, ou un assemblage archéologique particulier peuvent être théoriquement qualifiés de mixtes, on sait qu’un tel emmêlement ne suggère ni des provenances ethniques ou culturelles différenciées pour les individus concernés par ces associations matérielles, ni une hybridation inéluctable de leur identité, car d’autres paramètres ont pu entrer en jeu. Pour mieux décoder les processus, dont seul le « dernier degré du fait » est visible sur la céramique, certaines clés peuvent être saisies grâce aux apports de l’anthropologie technique18 et de l’ethnoarchéologie en particulier, dont les modèles établis offrent des perspectives de réflexion élargies et des questionnements renouvelés19.

La production céramique indigène de l’âge du Fer en Italie méridionale : le cas de l’Incoronata

Les récentes investigations archéologiques menées sur différents sites de l’Italie méridionale proposent à l’heure actuelle de discuter, ou de reconsidérer, le statut et la destination de la production céramique indigène décorée, ainsi que son rôle dans les relations entre Grecs et non-Grecs. Ces nouvelles études s’attachent non plus seulement à la sphère funéraire qui, on le sait, ne permet pas toujours d’appréhender pleinement la complexité de ces rencontres, mais prennent aussi en considération les sites d’habitat, les espaces artisanaux, ou encore les lieux de culte.

Aspects productifs, entre conservatisme et innovation à l’Incoronata

Le site de l’Incoronata en Basilicate méridionale (fig. 1) constitue un terrain d’étude privilégié pour l’observation des interactions entre indigènes et Grecs. Un atelier de potiers y a en effet été identifié (fig. 2), essentiellement caractérisé par des contextes de rejets et de nettoyage de fours associant céramiques de production indigène et grecque locale20.

Figure 1 : Carte de l’Italie méridionale, localisation de l’Incoronata et des sites indigènes de l’âge du Fer cités dans le texte

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DAO : C. Bellamy, fond de carte Eric Gaba (CC BY-SA 3.0)

Figure 2 : Incoronata. Localisation et planimétrie des secteurs de fouille 1 et 4, avec l’indication des structures archéologiques citées dans le texte

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DAO : F. Meadeb, M. Villette et C. Bellamy

En l’état actuel des connaissances, la convergence des observations macroscopiques et des analyses archéométriques pour cet atelier et ses productions21 permet d’appuyer sérieusement l’hypothèse d’un certain conservatisme dans les traditions techniques des potiers indigènes ou grecs, de même qu’un maintien dans leur cloisonnement, observable en particulier pour les phases de préparation et de travail de l’argile, ainsi que pour le façonnage concernant notamment les vases en argile fine. Il est intéressant de noter qu’un constat analogue peut être fait pour la production céramique d’un autre site « mixte » contemporain, le Timpone della Motta à Francavilla Marittima22. Il est tout à fait probable, en outre, que cette préparation différenciée de l’argile soit justement conditionnée par la technique de façonnage elle-même, afin de modifier les propriétés mécaniques de l’argile selon que l’on monte le vase à la main — comme continuent à le faire les potiers indigènes — ou à l’aide de l’énergie cinétique rotative, c’est-à-dire avec le tour de potier qui est utilisé par les artisans grecs. Concernant plus spécifiquement la production céramique indigène, à peine peut-on constater la plus grande attention portée à la régularisation et à l’affinement des parois des vases, des précautions qui ne nécessitent que la possession d’un instrument rotatif simple, autrement dit une tournette. Cette tournette permet également une plus grande régularité des décors géométriques.

Le dépotoir artisanal (DT1, fig. 2), constitué de rebuts de cuisson indigènes et grecs, associés à des éléments de four rejetés dans une épaisse strate cendreuse, a permis d’identifier et de caractériser une production que l’on s’est autorisé à dénommer « incoronatienne », qualificatif valable donc aussi bien pour la production indigène que pour la production grecque locale. Rappelons toutefois que le caractère mixte de ce contexte ne se traduit pas par une équité proportionnelle des productions puisque la céramique grecque locale ne représente qu’à peine 12 % de l’assemblage complet. La composante grecque, au regard de la visibilité matérielle, apparaît donc largement secondaire, ou du moins est-elle loin d’être égale ou prédominante par rapport à la production indigène contemporaine, contrairement à ce que l’appellation d’Incoronata greca, que l’on affuble traditionnellement à cette colline, pourrait le laisser croire.

Même si le phénomène n’est sans doute pas à sens unique, la production céramique indigène peinte de l’âge du Fer sud-italien témoigne d’emprunts et de réélaborations de motifs et de syntaxes de tradition grecque. C’est le cas du motif gréco-oriental du Meanderbaum, attesté sur une œnochoé d’importation présente à l’Incoronata, motif qui a été emprunté par les céramistes indigènes et intégré dans leur syntaxe stylistique, en utilisant par ailleurs la bichromie pour animer le motif23. Il en va de même pour le motif de losange, souvent à damier, qui est repris régulièrement. Des exemples nombreux et variés en témoignent à l’Incoronata, notamment dans les contextes clairement productifs24, ce qui laisse envisager un emprunt direct à la production stylistique grecque, et non un emprunt indirect via le Salento comme cela avait pu être envisagé auparavant25. Une syntaxe particulière doit être évoquée, celle du losange en partie haute des vases, enfermé par des barres verticales. En effet cette syntaxe se retrouve à la fois sur des productions céramiques indigènes, à l’Incoronata — mais pas seulement, par exemple à Sala Consilina en Campanie —, et sur des productions grecques locales, à l’Incoronata — mais pas seulement26 (fig. 3). Là aussi, une source d’inspiration peut être recherchée dans les productions cycladiques contemporaines27. La reprise de telles syntaxes, se manifestant ici dans un contexte productif, semble ainsi témoigner d’une sorte de « langage » commun28, ou du développement d’un langage commun aux artisans locaux indigènes et grecs, dans le cadre d’interactions directes in loco.

Figure 3 : Vases des viiieviie s. av. J.‑C. arborant le losange en position métopale

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A. urne indigène, dépotoir artisanal DT1, Incoronata (DAO C. Bellamy)  B. hydrie grecque locale, sondage S, Incoronata (d’après Castoldi et Orlandini 1995, p. 153, fig. 193)  C. cruche indigène, Sala Consilina (d’après Yntema 1990, p. 131, fig. 104)  D. amphore grecque, fosse de purification, Rhénée (d’après Coulié 2007, fig. 47)

DAO : C. Bellamy

L’analyse approfondie de notre corpus matériel de l’Incoronata a également été l’occasion de mettre en exergue des individus céramiques montrant ce que l’on pourrait qualifier comme des maladresses, ou de l’inexpérience29. Le point de départ d’une discussion sur les possibles « hybridations » dans la sphère artisanale avait été incarné par un individu assez atypique, une coupe grossièrement modelée (fig. 4A). Sa découverte dans le dépotoir artisanal avait rapidement amené à souligner son excentricité au sein d’un assemblage composé de vases incoronatiens clairement indigènes ou clairement grecs : si la forme et la syntaxe décorative rappellent en effet la coupe grecque, les aspects techniques évoquent quant à eux les traditions potières indigènes. Il semble en fait possible de rattacher ces caractéristiques — le trait peu assuré de la décoration, comme le façonnage relativement grossier — à une série d’exemplaires présents sur la colline (fig. 4B‑D), en dehors également des contextes assurément productifs, et de les assigner possiblement à la sphère de l’apprentissage. En effet, il est raisonnable d’envisager des filières d’apprentissage dans le cadre des activités artisanales, occasionnant une production traitée à l’égal de celle des potiers « confirmés », donc cuite30 : cette pratique est connue dans d’autres contextes contemporains et attestée archéologiquement31. C’est une problématique relativement ignorée par la recherche sur l’âge du Fer en Italie méridionale : ce désintérêt relatif est sans doute imputable — et logiquement proportionnel — à la connaissance assez limitée des espaces de production de la céramique au sein de cette aire chronogéographique.

Figure 4 : Vases indigènes de l’Incoronata

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A. coupe indigène, dépotoir artisanal DT1  B. cruche indigène probable, dépotoir artisanal DT1  C. urne indigène, sondage A1  D. bol indigène biansé, kotyloïde, sondage A1

DAO et clichés : C. Bellamy

Pour autant, l’hypothèse originellement évoquée de cas possibles d’hybridations, mêlant formes grecques et techniques indigènes, n’est pas automatiquement exclue (cf. supra fig. 4A  ; D), mais peut au contraire s’intégrer au cadre interprétatif, que l’on ait affaire à des apprentis enfants ou adolescents, ou qu’il s’agisse de réalisations de potiers indigènes plus confirmés. Ceux-ci auraient ainsi tenté de donner forme aux vases grecs qu’ils côtoyaient régulièrement, sans pour autant emprunter les techniques normalement utilisées par leurs homologues grecs, mais, au contraire, en déployant leurs propres traditions techniques.

Destinations et usages de la production céramique indigène

À l’Incoronata en particulier, la destination de la production incoronatienne constitue un point de discussion important. En effet, malgré la quantité considérable de vases qui ont été produits sur la colline, notamment au cours du viie s. av. J.‑C., ces productions céramiques ne semblent pas avoir été amplement diffusées en dehors de l’Incoronata. Si cette anomalie avait d’ailleurs déjà été remarquée pour la production grecque locale32, nous proposons de concentrer notre lecture sur la composante indigène du site. L’Incoronata dite greca était avant tout un établissement indigène, solidement structuré dès les ixeviiie s. av. J.‑C., comme en témoignent les très riches nécropoles alentour33, les structures monumentales et les activités élitaires mises en évidence sur la colline34, associées à une production artisanale potière et, sans doute, métallurgique35 dès le viiie s. av. J.‑C. Le site a pu accueillir et « autoriser » — voire provoquer —, dès le début du viie s. av. J.‑C., l’installation de potiers grecs, possiblement itinérants36  ; cette circulation d’artisans expliquerait par ailleurs en partie la faible circulation des produits. Ces potiers grecs répondaient ainsi à une demande indigène qui commanditait la production de formes et de figurations particulières, exogènes ; ces vases étaient alors destinés à être intégrés à un service fonctionnel spécifique, voué à l’accomplissement de manifestations cérémonielles et rituelles précises. La possibilité d’exhiber et de jouir d’un assemblage « mixte » devait évidemment constituer un enjeu pour les élites participant à ces évènements.

Le dépôt DP4 (fig. 2) témoigne de ces pratiques rituelles. Il a été découvert dans la partie occidentale d’une structure elliptique qui était délimitée par un cerclage de pierres et paraissait avoir été vidée et nettoyée. Ce dépôt présente la particularité de renfermer à la fois de la céramique grecque et de la céramique indigène locales (fig. 5). Il s’agit d’un contexte que l’on peut donc archéologiquement qualifier de « mixte », même si la question de l’« identité » des protagonistes de l’acte reste ouverte. D’autres dépôts de céramiques grecques pourraient être cités, comme le dépôt 1 du secteur 4 (DP1, fig. 2), mais leur organisation structurelle et leur nature rituelle ont déjà fait l’objet de présentations développées ailleurs37. La plupart des assemblages archéologiques qui semblent pouvoir être qualifiés de dépôts à vocation rituelle sont datés de la période d’abandon de cette partie de la colline de l’Incoronata, vers la fin du viie s. av. J.‑C. probablement, voire au début du vie s. av. J.‑C.38 Par ailleurs, ils présentent de manière régulière, mais pas systématique, au moins un vase indigène répondant aux mêmes exigences morpho-fonctionnelles que les autres vases du dépôt39. Ces occurrences, si elles ne doivent rien au hasard, nous renseignent un peu plus précisément sur la destination de la production céramique à l’Incoronata en général, et sur la valeur accordée à la production indigène en argile fine peinte en particulier.

Figure 5 : Vases provenant du dépôt DP4 dans l’édifice elliptique BT1

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A. cratère grec local au pied buriné B. fond d’amphore SOS minutieusement découpé découvert en partie supérieure du dépôt  C. askos indigène à décoration monochrome  D.  askos indigène achrome

Clichés : C. Bellamy

Pratiques indigènes et/ou grecques : les espaces d’entre-deux

Dès le viiie s. av. J.‑C., l’Incoronata semble être insérée au sein d’un ensemble relativement cohérent de sites indigènes de l’Italie méridionale de l’âge du Fer, à savoir des établissements éminents postés sur des reliefs dominant leur environnement, investis d’un pouvoir local politico-religieux exercé par une élite contrôlant les moyens de production artisanale et concentrant probablement les richesses agricoles du territoire alentour (cf. supra fig. 1). Des modalités de dépositions similaires à celles rencontrées à l’Incoronata, de même que des contextes et assemblages analogues se retrouvent, par exemple, sur le site de Roca Vecchia. Là, les « depositi cerimoniali » du viiie s. av. J.‑C. incluaient une majorité de céramiques indigènes locales associées à quelques vases grecs d’importation, notamment corinthienne40.

À Francavilla Marittima, dans le sanctuaire indigène érigé sur la colline du Timpone della Motta, au pied de laquelle est attestée la production d’une classe céramique dénommée « oinotrian-euboean » en raison du mélange entre traditions eubéennes et indigènes41, les différentes phases d’un bâtiment à caractère cérémoniel ont montré l’association dès le viiie s. av. J.‑C. de matériel indigène (vases, instruments de tissage, éléments de parure) et de céramiques locales hybrides, ainsi que d’autres vases d’importation grecque42. Au siècle suivant, le site de l’Amastuola voit également le développement d’une communauté gréco-indigène entremêlant des éléments architecturaux et mobiliers grecs et indigènes. Là encore, deux « ritual deposits » comparables et sensiblement contemporains révèlent l’association de céramiques grecques et indigènes, chacun des deux dépôts affichant une prépondérance de l’une ou de l’autre classe céramique43. Le cap de Leuca, dans la zone de Fondo Melliche à Vaste44, ou encore l’édifice absidé de Torre di Satriano45 peuvent aussi enrichir l’inventaire de ces contextes — non funéraires — témoignant d’une utilisation, dans un cadre rituel ou cultuel, de la production d’argile fine décorée à l’âge du Fer en Italie méridionale, et associant ponctuellement, de manière discrète ou ostensible, des productions exogènes.

Ces groupes dirigeants locaux semblent ainsi avoir partagé un bon nombre de pratiques commensales, donnant possiblement lieu à des phénomènes de redistribution et de cohésion communautaire qui impliquaient la mise en œuvre ostentatoire de « services » à vocation rituelle et entraînaient leur destruction, leur « consécration » et leur oblitération à l’intérieur de structures fossoyées.

Éléments de conclusion

Après avoir tenté de (re)lire les cultures indigènes en regard de l’imposant poids historiographique qu’a représenté la dimension magno-grecque de l’Italie méridionale, nous nous sommes concentré dans cette contribution sur les contextes mixtes de production et de consommation de la céramique du site de l’Incoronata. Si ce testaccio lucano n’a sans doute pas encore tout révélé, il semble qu’il faille y voir, comme c’est le cas pour plusieurs autres sites contemporains, une continuité indigène, sans doute orchestrée par le pouvoir local, et cela même dans le cas des assemblages grecs finaux. Si ces derniers assemblages sont qualifiés comme tels, compte tenu de l’écrasante prépondérance du matériel de facture grecque qu’ils recèlent, il nous semble que l’Incoronata est avant tout un établissement indigène : de nombreux contextes de l’âge du Fer sud-italien attestent de la récurrence et de la diffusion de ces pratiques cérémonielles et dépositionnelles spécifiques, qui devaient être pleinement établies au sein de ces communautés indigènes.

Ainsi, ces élites locales semblent avoir été capables d’attirer des artisans grecs et leur commanditer des réalisations spécifiques en vue d’asseoir et d’exhiber leur prestige et leur pouvoir. Ce faisant, la présence de ces groupes d’individus a pu provoquer des échanges et des partages avec et au sein de la communauté d’accueil, en termes d’espaces et de structures de production ou de motifs et syntaxes iconographiques. L’insertion de productions exogènes au sein de contextes d’utilisation indigènes ici documentée n’est d’ailleurs pas unique. Elle n’est pas sans rappeler le cas des élites ibériques des vieiiie s. av. J.‑C. pour lesquelles il a été formulé l’hypothèse qu’elles auraient fini par intégrer la vaisselle punique dans leur service de prestige, y compris le matériel culinaire, afin de marquer plus distinctement leur statut, en s’affranchissant ainsi de certaines traditions indigènes46 ; cela rappelant une fois encore qu’un artefact ne signale pas de facto l’identité ethnique de celui qui l’a utilisé.

1 Première rencontre des doctorants et jeunes docteurs sur l’Italie préromaine « Du Bronze récent à la romanisation (xiveive av. n.è.) », les 1 et 2

2 Des éléments de cette première partie de l’article ont déjà été évoqués dans une précédente contribution (Bellamy 2016), puis développés plus

3 Pour reprendre le titre de l’ouvrage de l’historien de la conquête espagnole N. Wachtel, La vision des vaincus. Les Indiens du Pérou devant la

4 CSMG 1972.

5 Yntema 1990.

6 Coldstream 1968.

7 Rappelons toutefois que Douwe Yntema se réfère souvent aux céramiques géométriques grecques trouvées dans les mêmes contextes pour asseoir la

8 Rouillard et Sourisseau 2010, p. 29‑30.

9 Bellamy 2013.

10 On citera notamment la Géographie de Strabon (V, 1, 2 ; VI, 1, 4) et la Politique d’Aristote (1329b).

11 Poutignat et Streiff-Fénart 1995; CSMG 1999; Ruby 2006; Malkin et Müller 2012.

12 Bats 2010.

13 Herring 1998, p. 163.

14 Dietler et Herbich 1994.

15 Bourdin 2015, p. 550.

16 Bellamy 2016, p. 25.

17 Boissinot 2011, p. 172.

18 Roux 2016.

19 Gallay 2011.

20 Pour un développement plus précis sur les structures artisanales, on se reportera avec intérêt au travail de recherche réalisé par M. Villette

21 Villette 2017, p. 241‑303 ; Bellamy 2017, p. 356‑364.

22 Jacobsen et al.2015, p. 161.

23 Orlandini 1986.

24 On trouvera notamment ces exemples traités dans le catalogue de la thèse de l’auteur (Bellamy 2017) disponible en ligne (https://tinyurl.com/

25 Yntema 1990, p. 167‑170 ; Castoldi et Orlandini 1991, p. 55‑56 et p. 85.

26 Outre les exemples présentés dans la figure 3, on pourrait signaler aussi le cas de la céramique de production locale du site de Francavilla

27 Cette syntaxe trouve en effet d’intéressants parallèles notamment sur deux amphores cycladiques, plus précisément pariennes, l’une provenant d’une

28 Du titre d’un article de M. Denti : « Linguaggio figurativo e identità culturale nelle più antiche comunità greche della Siritide e del

29 Bellamy 2017, p. 418‑427.

30 Comme O. Gosselain a pu le documenter lors de multiples observations ethnographiques (communication personnelle lors du séminaire de recherche « 

31 Langdon 2015.

32 Stea 1999, p. 62‑63.

33 Voir notamment Chiartano 1983.

34 Bellamy 2017, en particulier les chapitres 1 et 3 de la quatrième partie ; Denti 2019.

35 Denti et Villette 2013, p. 24‑26.

36 Villette 2017, en particulier p. 331‑335.

37 Denti 2009.

38 Bron 2011, p. 476‑477.

39 Bellamy 2012, p. 61‑62.

40 Corretti et al. 2010.

41 Cette classe présente en effet l’association de techniques de façonnage exogènes et de coordonnées formelles et stylistiques indigènes et

42 Attema 2012, p. 198‑199.

43 Burgers et Crielaard 2016.

44 D’Andria 2012.

45 Osanna et Scalici 2011.

46 Asensio i Vilaró 2010.

Bibliography

Abréviations

BAR = British Archaeological Reports

CSMG = Convegno di Studi sulla Magna Grecia

Sources anciennes

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Notes

1 Première rencontre des doctorants et jeunes docteurs sur l’Italie préromaine « Du Bronze récent à la romanisation (xiveive av. n.è.) », les 1 et 2 juin 2017 à Paris.

2 Des éléments de cette première partie de l’article ont déjà été évoqués dans une précédente contribution (Bellamy 2016), puis développés plus amplement dans le cadre d’un chapitre de la thèse de doctorat de l’auteur (Bellamy 2017, p. 129‑143). On reverra également avec intérêt Esposito et Pollini 2013 pour un questionnement méthodologique et historiographique sur la place de la documentation céramique dans la définition des frontières culturelles.

3 Pour reprendre le titre de l’ouvrage de l’historien de la conquête espagnole N. Wachtel, La vision des vaincus. Les Indiens du Pérou devant la conquête espagnole, 1530-1570 (Wachtel 1971).

4 CSMG 1972.

5 Yntema 1990.

6 Coldstream 1968.

7 Rappelons toutefois que Douwe Yntema se réfère souvent aux céramiques géométriques grecques trouvées dans les mêmes contextes pour asseoir la datation de ses styles chronologiques (Yntema 1990, par ex. p. 35).

8 Rouillard et Sourisseau 2010, p. 29‑30.

9 Bellamy 2013.

10 On citera notamment la Géographie de Strabon (V, 1, 2 ; VI, 1, 4) et la Politique d’Aristote (1329b).

11 Poutignat et Streiff-Fénart 1995; CSMG 1999; Ruby 2006; Malkin et Müller 2012.

12 Bats 2010.

13 Herring 1998, p. 163.

14 Dietler et Herbich 1994.

15 Bourdin 2015, p. 550.

16 Bellamy 2016, p. 25.

17 Boissinot 2011, p. 172.

18 Roux 2016.

19 Gallay 2011.

20 Pour un développement plus précis sur les structures artisanales, on se reportera avec intérêt au travail de recherche réalisé par M. Villette dans le cadre de sa thèse (Villette 2017) ; cf. également Denti et Villette 2013, ou de plus récentes découvertes dans Denti 2019 et Denti 2020.

21 Villette 2017, p. 241‑303 ; Bellamy 2017, p. 356‑364.

22 Jacobsen et al. 2015, p. 161.

23 Orlandini 1986.

24 On trouvera notamment ces exemples traités dans le catalogue de la thèse de l’auteur (Bellamy 2017) disponible en ligne (https://tinyurl.com/6kevcvb8) : notamment cat.056, cat.060, cat.096, cat.154 ou encore cat.164, cat.165 et cat.173.

25 Yntema 1990, p. 167‑170 ; Castoldi et Orlandini 1991, p. 55‑56 et p. 85.

26 Outre les exemples présentés dans la figure 3, on pourrait signaler aussi le cas de la céramique de production locale du site de Francavilla Marittima dite « enotrio-euboica » : Fasanella Masci et Barresi 2009, p. 42.

27 Cette syntaxe trouve en effet d’intéressants parallèles notamment sur deux amphores cycladiques, plus précisément pariennes, l’une provenant d’une fosse de purification à Rhénée, l’autre d’une tombe de Paros : Coulié 2007, p. 58‑59.

28 Du titre d’un article de M. Denti : « Linguaggio figurativo e identità culturale nelle più antiche comunità greche della Siritide e del Metapontino » (Denti 2002). Toute considération ultérieure sur le sens donné à ces motifs ou la teneur d’un tel langage nous semble très difficilement attingible, voire illusoire.

29 Bellamy 2017, p. 418‑427.

30 Comme O. Gosselain a pu le documenter lors de multiples observations ethnographiques (communication personnelle lors du séminaire de recherche « Anthropologie de la Préhistoire » organisé par Gregor Marchand et Damien Pesesse à l’Université Rennes 2 le 21 novembre 2017).

31 Langdon 2015.

32 Stea 1999, p. 62‑63.

33 Voir notamment Chiartano 1983.

34 Bellamy 2017, en particulier les chapitres 1 et 3 de la quatrième partie ; Denti 2019.

35 Denti et Villette 2013, p. 24‑26.

36 Villette 2017, en particulier p. 331‑335.

37 Denti 2009.

38 Bron 2011, p. 476‑477.

39 Bellamy 2012, p. 61‑62.

40 Corretti et al. 2010.

41 Cette classe présente en effet l’association de techniques de façonnage exogènes et de coordonnées formelles et stylistiques indigènes et eubéennes. En premier lieu, voir Jacobsen 2007.

42 Attema 2012, p. 198‑199.

43 Burgers et Crielaard 2016.

44 D’Andria 2012.

45 Osanna et Scalici 2011.

46 Asensio i Vilaró 2010.

Illustrations

Figure 1 : Carte de l’Italie méridionale, localisation de l’Incoronata et des sites indigènes de l’âge du Fer cités dans le texte

Figure 1 : Carte de l’Italie méridionale, localisation de l’Incoronata et des sites indigènes de l’âge du Fer cités dans le texte

DAO : C. Bellamy, fond de carte Eric Gaba (CC BY-SA 3.0)

Figure 2 : Incoronata. Localisation et planimétrie des secteurs de fouille 1 et 4, avec l’indication des structures archéologiques citées dans le texte

Figure 2 : Incoronata. Localisation et planimétrie des secteurs de fouille 1 et 4, avec l’indication des structures archéologiques citées dans le texte

DAO : F. Meadeb, M. Villette et C. Bellamy

Figure 3 : Vases des viiie‑viie s. av. J.‑C. arborant le losange en position métopale

Figure 3 : Vases des viiieviie s. av. J.‑C. arborant le losange en position métopale

A. urne indigène, dépotoir artisanal DT1, Incoronata (DAO C. Bellamy)  B. hydrie grecque locale, sondage S, Incoronata (d’après Castoldi et Orlandini 1995, p. 153, fig. 193)  C. cruche indigène, Sala Consilina (d’après Yntema 1990, p. 131, fig. 104)  D. amphore grecque, fosse de purification, Rhénée (d’après Coulié 2007, fig. 47)

DAO : C. Bellamy

Figure 4 : Vases indigènes de l’Incoronata

Figure 4 : Vases indigènes de l’Incoronata

A. coupe indigène, dépotoir artisanal DT1  B. cruche indigène probable, dépotoir artisanal DT1  C. urne indigène, sondage A1  D. bol indigène biansé, kotyloïde, sondage A1

DAO et clichés : C. Bellamy

Figure 5 : Vases provenant du dépôt DP4 dans l’édifice elliptique BT1

Figure 5 : Vases provenant du dépôt DP4 dans l’édifice elliptique BT1

A. cratère grec local au pied buriné B. fond d’amphore SOS minutieusement découpé découvert en partie supérieure du dépôt  C. askos indigène à décoration monochrome  D.  askos indigène achrome

Clichés : C. Bellamy

References

Bibliographical reference

Clément Bellamy, « À propos d’une production céramique indigène dite matt-painted dans le cadre de l’Italie méridionale protohistorique », Frontière·s, 4 | -1, 67-80.

Electronic reference

Clément Bellamy, « À propos d’une production céramique indigène dite matt-painted dans le cadre de l’Italie méridionale protohistorique », Frontière·s [Online], 4 | 2021, Online since 15 juin 2021, connection on 23 septembre 2021. URL : https://publications-prairial.fr/frontiere-s/index.php?id=667

Author

Clément Bellamy

Docteur en Archéologie, Professeur des écoles, Chercheur associé CReAAH (UMR 6566)

Copyright

CC BY-NC-SA 4.0