Le Coetus Internationalis Patrum

Présentation d’une recherche

p. 186-192

Notes de l’auteur

Thèse en cotutelle soutenue à L’Université Jean Moulin - Lyon 3 le 3 novembre 2011.
Jury : Philippe Chenaux (Université du Latran), Jean-Dominique Durand (Université Lyon 3 Jean-Moulin, co-directeur de la thèse), Etienne Fouilloux (Université Lumière – Lyon 2), Mathieu Lamberigts (Université de Leuven Belgique), Jacques Racine (Université Laval), Gilles Routhier (Université Laval, co-directeur de la thèse), Christian Sorrel (Université Lumière – Lyon 2)

Texte

Le Coetus Internationalis Patrum (CIP) fut le groupe le plus important de la minorité au sein du concile Vatican II. Malgré son importance il a été très peu étudié jusqu’ici, probablement en raison des difficultés inhérentes au traitement du sujet. Nous n’avons cependant pas été le premier à user notre bêche sur les terres arides de cette recherche ; des pionniers sont passés avant nous et ont commencé à défricher le terrain. Le premier d’entre eux fut l’espagnol Salvador Gómez de Arteche y Catalina, qui soutint, en 1980, une thèse de doctorat à la faculté de Droit de l’Université de Valladolid, intitulée Grupos « extra aulam » en el II Concilio Vaticano y su influencia1. Dans cette thèse, le CIP n’était que l’un des nombreux groupes qu’il étudia et il n’y consacra, somme toute, que peu de pages. La recherche fut poussée plus loin par l’historien Luc Perrin qui écrivit deux textes sur le sujet : le premier est un chapitre d’ouvrage collectif, paru à Bologne en 19972 et le second – qui est en fait la traduction française augmentée du premier – est un article paru dans la revue Catholica en 19993. Puis, ce terrain à peine défriché fut abandonné. Le groupe fut certes mentionné dans des ouvrages scientifiques sur Vatican II, notamment dans l’Histoire du Concile Vatican II paru sous la direction de Giuseppe Alberigo, mais, d’une façon générale, les auteurs ne firent que répéter ce que les deux précurseurs avaient déjà dit. Ils s’attardèrent parfois sur l’un ou l’autre document qui n’avait pas été utilisé par eux, mais ce ne furent pas des papiers inconnus ou totalement originaux, puisqu’ils se trouvent dans les Acta et Documenta Concilio Oecumenico Vaticano II apparando ou dans les Acta Synodalia Sacrosancti Concilii Oecumenici Vaticani II. Bref, à l’heure où nous avons décidé de nous lancer dans cette recherche, le terrain était à peine essarté et la terre était en jachère.

Outre la bibliographie, nous avons pu profiter de quelques sources imprimées – les Acta et Documenta Concilio Oecumenico Vaticano II apparando, les Acta synodalia Sacrosancti Concilii Oecumenici Vaticani II, l’Annuario pontificio, ainsi que quelques chroniques et journaux conciliaires – mais nous avons essentiellement travaillé à partir de sources de première main, rédigées dans plusieurs langues, que nous avons pu récolter dans différents pays. La moisson fut abondante et la diversité géographique de ces sources fut un atout majeur dans notre reconstruction historique. Le premier endroit où nous avons traîné nos guêtres fut l’abbaye Saint-Pierre de Solesmes, parce que le supérieur de cette Congrégation, dom Prou, était un membre important du CIP, et que plusieurs théologiens de la communauté collaborèrent avec le groupe. Dans les archives de cette abbaye, nous avons pu consulter le fonds « Concile Vatican II » et une partie des fonds « Dom Jean Prou », « Dom Georges Frénaud » et « Dom Paul Nau ». Nous avons trouvé quelques documents intéressants, mais les archives de l’abbaye de Solesmes sont très pauvres sur la participation des membres du monastère avec le CIP.

En France, nous avons également consulté le centre des Archives de l’Université Catholique de l’Ouest, en espérant trouver quelques documents se rapportant à Mgr Henri Lusseau, qui collabora avec le groupe pendant les intersessions. Là encore, le fonds se révéla extrêmement pauvre. Nous avons essayé de trouver ses archives personnelles, mais sans succès. Le résultat fut tout à fait similaire dans le fonds se rapportant à Mgr Pierre de la Chanonie, dans les Archives diocésaines de Clermont-Ferrand. Nous n’avons rien trouvé par rapport au CIP. En définitive, le seul fonds français véritablement intéressant fut celui de l’abbé Victor-Alain Berto, peritus de Mgr Lefebvre, qui se trouve chez les Dominicaines du Saint-Esprit (Nantes). Nous y avons trouvé une correspondance très riche ainsi qu’un grand nombre de documents intéressants qu’on nous a laissé photocopier. Sans les papiers de l’abbé Berto, nous aurions eu bien du mal à mener à bien notre recherche et certaines conclusions n’auraient pu être faites.

Le fonds conciliaire de Mgr Marcel Lefebvre au Séminaire d’Écône (Suisse) fut également extrêmement intéressant. Nous y avons trouvé des documents précieux sur le pré-concile et sur le Concile lui-même, de la correspondance, des documents originaux du groupe, des listes partielles de membres, etc. À Écône, nous avons pu également nous procurer des livres et conférences de Mgr Lefebvre, qui nous ont aidé à appréhender sa pensée.

Nous avons également fait une récolte intéressante en Italie. À Rome, nous avons tout d’abord pu consulter, à l’Université pontificale du Latran et grâce au professeur Philippe Chenaux, une partie du « fonds Piolanti ». Sa correspondance nous aida à établir plusieurs liens préconciliaires entre des personnages qui se retrouveront au sein du CIP. Toujours grâce au professeur Chenaux, nous avons eu accès au « Fonds Concile Vatican II » de l’Archivio Segreto Vaticano où nous avons compulsé plus d’une trentaine de cartons, lesquels nous livrèrent des renseignements sur l’histoire du CIP que nous ne pouvions trouver ailleurs. En Italie, nous sommes allé également à la Fondazione per le scienze religiose Giovanni XXIII (Bologne), où nous avons consulté une copie des fonds Carli, Siri et de Proença Sigaud. Pour ce dernier, le professeur Rodrigo Coppe Caldeira nous a très généreusement offert une copie numérique du fonds « Geraldo de Proença Sigaud » qui se trouve aux Archives de l’Archidiocèse de Diamantina.

Au Canada, nous avons eu accès aux documents de Mgr Georges Cabana, au Service des Archives de l’Archidiocèse de Sherbrooke, où nous avons trouvé quelques documents nous permettant de préciser sa place au sein du Groupe. Mentionnons enfin le Centre for the Study of the Second Vatican Council de la Katholieke Universiteit Leuven, où nous avons consulté deux fonds dans lesquels nous espérions découvrir quelque chose, les fonds Gérard Philips et J. M. Heuschen. Nous n’y avons cependant trouvé que très peu de documents pertinents pour notre recherche.

Nous avons également essayé d’avoir accès à d’autres sources, mais sans succès. Ce fut le cas, par exemple au Brésil, pour les archives de Mgr de Castro Mayer. Nous avons écrit à la société qu’il a fondée, l’Union Saint-Jean-Marie-Vianney, mais on ne nous a jamais répondu. Nous n’avons pas eu davantage de succès à la Sociedade Brasileira de Defesa da Tradição, Família e Propriedade, dont certains membres distribuèrent les documents du CIP à Rome durant le Concile. Nous avons également essayé d’avoir accès aux archives des clarétains, pour consulter le fonds du père Torrès Llorente – secrétaire du cardinal Larraona qui aida le CIP à Rome – mais sans succès. Même chose chez les augustins pour les archives du père Rubio : le fonds des Archives générales de l’Ordre ne contient que des documents officiels. Les démarches faites pour trouver ses documents personnels n’ont rien donné. Enfin, mentionnons que nous sommes allé au Centre des Archives Diplomatiques de Nantes : s’il y a des rapports sur le Concile, on n’y trouve rien concernant le CIP.

Malgré les murs auxquels nous nous sommes heurté, malgré les échecs que nous avons essuyés, nous avions largement les documents nécessaires pour entamer notre thèse et la mener à son terme. Nous avons tout d’abord, dans un chapitre préliminaire, établi la liste des membres et sympathisants du groupe, en distinguant, dans des catégories séparées, les membres du comité directeur, les cardinaux sympathisants, les compagnons de route, les signataires d’occasion et les théologiens. Pour chacun de ces personnages, nous avons fourni une brève biographie et présenté succinctement sa participation conciliaire.

Avant d’exposer l’action du CIP au Concile lui-même, il nous a semblé nécessaire de répondre à une première série de questions fondamentales. Comment expliquer que ces Pères conciliaires se soient rencontrés à Rome au moment du Concile et qu’ils aient décidé de travailler ensemble ? Y avait-il, dans leurs parcours respectifs, un ou des éléments capables d’expliquer qu’ils se soient ainsi réunis pour défendre la même doctrine et la même vision du monde et de l’Église ? Se connaissaient-ils, directement ou indirectement ? C’est à cette première série d’interrogations que nous avons tâché de répondre dans la première partie de notre thèse, qui s’intitule « La préhistoire du Coetus Internationalis Patrum ». Les études, la formation et le parcours de chacun des futurs membres du CIP y sont examinés, puis les vota préconciliaires des membres du comité directeur, de façon à appréhender leur état d’esprit ainsi que leurs préoccupations ecclésiales à la veille de l’événement.

Après cette première étude, nous sommes passé à l’histoire du CIP en tant que telle, c’est-à-dire au sein du Concile lui-même, dans le but, tout d’abord, de connaître ses membres fondateurs, de comprendre les raisons qui les poussèrent à ériger un tel groupe, le moment où ils décidèrent réellement de le fonder, et sa structure. Mais ces questionnements seuls ne sauraient rendre compte de son histoire. Il était également nécessaire de s’interroger sur la pensée de ses membres et sympathisants à propos des schémas discutés dans l’aula, sur leurs prises de positions ainsi que sur les revendications et les combats qu’ils menèrent à propos de chacun d’eux, en essayant d’analyser, dans la mesure du possible, quel fut l’impact du groupe sur chacun des textes soumis au jugement des Pères conciliaires. De plus, partant du postulat qu’aucun groupe ne peut faire valoir ses vues et encore moins prétendre à la victoire sans une stratégie élaborée et sans alliances, sans tacticiens et orateurs, sans spécialistes et préteurs, nous avons cherché à vérifier et documenter ces différents éléments, en tâchant d’appréhender leur évolution au fil du temps. Nous avons également considéré que, dans tout combat, derrière le conflit ouvert, il y a celui des coulisses, la guerre secrète, qui est souvent déterminante. Car tout ne se jouait pas uniquement dans l’aula ni dans l’urne, mais aussi derrière les rideaux. Il y a un autre élément qui fut l’objet continuel de notre quête et de nos interrogations, c’est celui des sentiments qui animèrent les membres du groupe, qui les poussèrent au combat, et ceux qu’ils ressentirent après la bataille. Comment vécurent-ils l’événement conciliaire, sur quelles impressions restèrent-ils lorsque tout était joué, lorsqu’un texte était devenu un document officiel du Concile. Cet aspect ne fut pas toujours facile à éclairer, et parfois même il fut impossible de le faire, mais nous avons fait tout ce que nous pouvions à ce niveau, car nous croyons important pour l’historien de considérer que, derrière les documents, derrière la froideur des textes, il y a toujours des hommes, et qu’il faut les examiner dans toute leur complexité.

Pour répondre à ces questions, nous avons divisé notre travail en quatre parties, en considérant successivement le CIP dans chacune des sessions et intersessions du Concile. Dans la première d’entre elles, qui correspond à notre deuxième partie, nous nous sommes penché sur la formation d’un premier groupe d’études pendant la première session. Cette partie est moins conséquente que les suivantes, car si nous pouvons voir une mobilisation rapide et la formation d’un premier « groupe d’études », ancêtre de celui qui se développera plus tard sous le nom de Coetus Internationalis Patrum, les archives sont en revanche extrêmement lacunaires et ne permettent pas d’en dire grand’chose. Comme le groupe n’existait pas encore de façon formelle au cours de cette session, nous n’avons pas pu étudier ses prises de position en tant que groupe, lors des différents débats conciliaires. Nous avons néanmoins examiné attentivement les interventions orales et écrites de ceux qui le composeront plus tard, car les prises de parole publiques des uns et des autres permirent aux Pères conciliaires de la même famille d’esprit de se reconnaître et de se rejoindre, contribuant ainsi à la constitution progressive du groupe. Elles permettent d’appréhender, tout comme les amendements écrits déposés au Secrétariat du Concile, la mentalité et l’état d’esprit de ceux qui formeront par la suite un groupe relativement homogène. Elles sont donc un élément incontournable dans l’étude du Coetus.

Dans la troisième partie, nous abordons la première intersession et la deuxième session, en considérant tout d’abord la fondation officieuse du groupe – la décision de le fonder fut prise pendant l’intersession –, ainsi que la position des membres du CIP sur les trois schémas soumis au jugement des Pères conciliaires durant cette session, à savoir le schéma sur l’Église, celui sur les évêques et le gouvernement des diocèses, et celui sur l’œcuménisme. Nous nous sommes attardé également, dans cette partie, sur la première pétition réclamant la condamnation du communisme, avant de dresser un bilan de l’action et de la position du groupe durant cette session.

La deuxième intersession et la troisième session furent importantes dans la vie du CIP. Elles sont l’objet de notre quatrième partie dans laquelle nous nous penchons d’abord sur les nombreux textes produits par le groupe ou par ses membres lors de l’intersession. Après avoir dressé un bilan de cette dernière, nous présentons la préparation des leaders du groupe en vue de la troisième session et la stratégie qui fut privilégiée lors de cette période. Nous examinons ensuite chacun des quatorze textes étudiés par les Pères conciliaires lors de cette session, en privilégiant bien sûr ceux qui furent les plus contestés par les membres et sympathisants du Coetus.

Enfin, dans une cinquième et dernière partie, nous étudions la troisième intersession et la dernière session du Concile, périodes plutôt difficiles pour le groupe : durant l’intersession, il fut remis en question par le cardinal Cicognani, et l’abbé Berto, que Mgr Lefebvre avait pris comme peritus à partir de la deuxième session, et qui joua un rôle important au sein du groupe, tomba malade au point de ne pouvoir accompagner Mgr Lefebvre pour l’ultime session. Cette perte affecte également l’historicisation du groupe, puisque nous ne disposons plus de sa riche correspondance pour donner des détails sur l’organisation, la stratégie et les sentiments des membres du CIP. Pendant la session elle-même, le groupe concentra ses efforts sur les schémas sur la liberté religieuse et sur l’Église dans le monde d’aujourd’hui.

Enfin, ces cinq parties sont couronnées par trois volumes. Dans le premier, nous présentons nos sources ainsi que notre bibliographie. Dans le deuxième, nous exposons les interventions des membres et sympathisants du groupe à partir des Acta Synodalia Sacrosancti Concilii Oecumenici Vaticani II : pour chacun de ces Pères conciliaires, un premier tableau reprend les entrées de l’index des Acta Synodalia, et fournit le nombre d’entrées pour chaque période du Concile, ainsi que leur nombre total ; un deuxième présente la description détaillée de chacune des entrées ; un troisième donne le nombre total d’interventions de chacun de ces Pères conciliaires, le nombre de leurs interventions orales et de leurs animadversiones scriptae, ainsi que le nombre de leurs signatures à des interventions orales et écrites. Enfin, le troisième volume est un recueil de documents.

Notes

1 Salvador Gómez de Arteche y Catalina, Grupos « extra aulam » en el II Concilio Vaticano y su influencia, thèse de doctorat soutenue à faculté de Droit de l’Université de Valladolid, 1980, 3 vol., 9 tomes, 2585 f. Retour au texte

2 Luc Perrin, « Il “Coetus Internationalis Patrum” e la minoranza conciliare. », dans L’Evento e le decisioni, Studi sulle dinamiche del concilio Vaticano II, sous la direction de Maria Teresa Fattori et de Alberto Melloni, Società editiche Il Mulino : Istituto per le scienze religiose, Bologna, Testi e ricerche di scienze religiose, nuova serie 20, 1997, p. 173-187. Retour au texte

3 Luc Perrin, « Le Coetus Internationalis Patrum et la minorité à Vatican II », Catholica, n° 63, (printemps 1999), p. 71-84. Retour au texte

Citer cet article

Référence papier

Philippe J. Roy, « Le Coetus Internationalis Patrum », Les Carnets du LARHRA, 1 | 2012, 186-192.

Référence électronique

Philippe J. Roy, « Le Coetus Internationalis Patrum », Les Carnets du LARHRA [En ligne], 1 | 2012, mis en ligne le 04 avril 2025, consulté le 22 juillet 2025. URL : https://publications-prairial.fr/larhra/index.php?id=1169

Auteur

Philippe J. Roy

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