Les représentations du climat dans la presse anglophone : la construction d’un interdiscours métaphorique

Representations of climate in the English-speaking press: building a metaphorical interdiscourse

DOI : 10.35562/elad-silda.912

Abstracts

La presse représente, par essence, un discours intertextuel composé de citations explicites, mais également de références plus implicites qui la placent dans un interdiscours complexe. En particulier, il est admis que les médias s’inspirent largement les uns des autres, créant entre différents articles, genres et publications des liens intertextuels et interdiscursifs qui sont susceptibles d’évoluer dans le temps. La présente étude se propose d’analyser ces liens et, plus particulièrement, ceux constitués par les métaphores appliquées au domaine du climat telles qu’elles sont employées dans la presse généraliste anglophone. La métaphore, qu’elle soit pédagogique ou constitutive d’une théorie, est ici définie comme une projection d’un domaine vers un autre créant une analogie qui permet de mieux comprendre le domaine spécialisé concerné. Le phénomène qui nous intéresse ici est celui de la circulation des métaphores entre presse et discours spécialisé et, au sein du discours de presse, entre journaux, aires géographiques et périodes de temps. Afin de comprendre ce phénomène, un corpus d’articles de presse portant sur le changement climatique publiés dans le Daily Telegraph, le Guardian, le New York Times et USA Today entre 2014 et 2017 a été constitué. Celui-ci est comparé à un corpus de Earth Negotiation Bulletins, rapports issus de la COP21 en 2015. Les métaphores liées au domaine du climat ont été identifiées et analysées notamment à l’aide du logiciel WMatrix et de son outil d’identification des domaines sémantiques. Il apparaît ainsi que les journaux s’inspirent des textes spécialisés, mais n’abordent pas nécessairement les métaphores de la même manière. La période, l’aire géographique et la ligne éditoriale des journaux influencent également l’usage des métaphores.

The press is essentially an intertextual discourse, composed of explicit quotations as well as of more implicit references that situate it within a complex interdiscourse. In particular, it has been shown that the media are inspired by one another, thus creating, between articles, genres and publications, intertextual and interdiscursive links that may evolve in time. The present study aims at analysing those links and, more particularly, those built by the metaphors applied to the field of climate as they are used in the English-language general-interest press. Metaphors, whether pedagogical or theory-constitutive, are defined as a projection of a domain over another, creating an analogy that allows a better understanding of the target domain. The phenomenon we focus on here concerns the circulation of metaphors between the press and specialised discourse and, within press discourse, between newspapers, geographical areas and time periods. To understand this phenomenon, a corpus of press articles dealing with climate change and published in The Daily Telegraph, The Guardian, The New York Times and USA Today from 2014 to 2017 was built. It is compared to a corpus of Earth Negotiation Bulletins, reports published during COP21 in 2015. The metaphors related to the field of climate were identified and analysed especially with the help of WMatrix software and its semantic field identification tool. It appears from the analysis that newspapers are inspired by specialised texts, but they do not necessarily use the metaphors in the same manner. The time period, geographical area and editorial line of newspapers also influence the use of metaphors.

Index

Mots-clés

intertextualité, interdiscursivité, métaphore, climat, presse, discours spécialisé

Keywords

intertextuality, interdiscursivity, metaphor, climate, press, specialized discourse

Outline

Text

L’auteur tient à remercier le consortium CORLI du CNRS et le Grenoble Alpes Data Institute (projet IDEX) qui ont fourni les financements grâce auxquels ce corpus a pu être constitué.

Introduction

La presse représente, par essence, un discours « intertextuel » [Adam 1999 : 85] composé à la fois de citations d’experts et de paroles empruntées à d’autres médias, mais également de reprises de dépêches et de références plus implicites qui la placent dans un « interdiscours » [Charaudeau 1993] complexe, au sein duquel les représentations d’un événement circulent entre articles, genres et publications.

Les métaphores sont un indicateur particulièrement pertinent dans l’analyse de cet interdiscours. La métaphore est ici définie comme une projection d’un domaine vers un autre [Lakoff & Johnson 1980 : 5], une analogie qui permet de mieux comprendre le domaine spécialisé concerné [Boyd 1993 : 482]. L’étude des métaphores permet ainsi de repérer, au-delà de la répétition d’un mot ou d’une expression, la manière dont un domaine tout entier est envisagé dans le discours et la circulation de cette représentation entre genres, journaux, aires géographiques et périodes de temps. Nous nous proposons d’observer ce phénomène à propos d’un domaine récent, dont le savoir scientifique n’est pas encore figé et les sources scientifiques de nature diverse [Colson et al. 2009], celui du changement climatique et de ses représentations dans la presse anglophone. Nous tentons ainsi de déterminer quelles sont les métaphores du climat employées dans la presse, si tous les journaux pris en compte les emploient de la même manière et, enfin, si elles sont développées de manière similaire dans la presse et dans les textes spécialisés.

Afin de comprendre la manière dont circulent les métaphores du climat, un corpus d’articles de presse portant sur le changement climatique tirés du Daily Telegraph, du Guardian, du New York Times et de USA Today et publiés entre 2014 et 2017 a été constitué. Ce corpus est mis en regard des compte-rendu des débats qui ont eu lieu lors de la COP21 à Paris en novembre et décembre 2015. La comparaison entre les deux corpus permet de nous interroger sur l’origine des métaphores, créées par la presse ou issues d’un texte produit par des spécialistes. Les métaphores liées au domaine du climat ont été identifiées et analysées notamment à l’aide du logiciel WMatrix [Rayson 2008] et de son outil d’analyse des domaines sémantiques. Il apparaît ainsi que les différents journaux font référence aux mêmes métaphores, en particulier celles de la guerre et de la maladie, mais ne les abordent pas nécessairement de la même manière, notamment en fonction de l’aire géographique dans laquelle ils se situent et de la période à laquelle les articles sont publiés.

1. Cadre théorique et méthodologique

1.1. Intertextualité et interdiscours dans la presse

La presse est ici considérée comme une variété spécialisée de l’anglais, définie comme suit par C. Resche [2013 : 14] :

Since any specialized discipline or professional field is based on theory or practice that are expressed through language, language can serve as a starting point for further investigation into specific domains and specialized communities, and into their culture and discourse.

Dans ce cadre, culture et discours forment un continuum qui doit être analysé comme un tout, dans l’optique de comprendre comment une culture professionnelle donnée produit un discours qui répond à ses besoins. Nous considérons ici la presse comme une communauté de discours cohérente [Swales 2016], caractérisée notamment par des objectifs communs, des mécanismes d’intercommunication, des genres et un lexique spécifiques. Ce fonctionnement cohérent fait du discours journalistique le produit d’un système de relations complexes entre institutions médiatiques, journalistes individuels, sources, pouvoir politique et lecteurs [Charron et al. 2002 : 35]. Le journalisme est ainsi considéré comme une activité fondamentalement intertextuelle, qui consiste en partie à tenir compte de ce qui a déjà été écrit [Charron et al. 2002 : 32].

Nous adoptons une définition large de la notion d’interdiscours, qui concerne « l’ensemble des unités discursives […] avec lesquelles un discours particulier entre en relation implicite ou explicite » [Charaudeau & Maingueneau 2002 : 324]. Nous considérons, à la suite de P. Charaudeau [1993 : 57], que l’interdiscours concerne des renvois à d’autres discours, mais sans référence précise à la configuration textuelle du discours d’origine, tandis que l’intertexte concerne « les échos libres d’un [ou de plusieurs] texte[s] dans un autre texte » [Adam 1999 : 85].

Le discours journalistique a été décrit comme un discours largement polyphonique [Davier 2009 : 71], s’appuyant sur des sources diverses. Pour S. Moirand [2007 : 85] :

[L]e texte journalistique devient alors une mosaïque de voix, constituée d'une pluralité de fils intertextuels, et le fil horizontal du discours apparaît, dans sa matérialité même, fracturé par des marques de cette hétérogénéité.

Les marques de polyphonie peuvent se trouver sous la forme de citations, dont la fonction est essentielle dans les articles de presse [Peynaud 2011 : 60]. L’attribution de la parole à d’autres sources est l’une des marques de l’effacement énonciatif qui caractérise les discours de la presse [Adam & Lugrin 2006], défini comme un effacement de la parole personnelle du journaliste derrière d’autres voix, qui font autorité. C’est ce que S. Moirand définit comme le fil horizontal du discours, un « patchwork de bribes de paroles empruntées à d’autres » [2000 : 12]. Elle y oppose le fil vertical du discours, révélateur d’un dialogisme intertextuel, composé de « rappels interdiscursifs, qui viennent réactiver la mémoire des discours tenus antérieurement ». Ceux-ci sont révélateurs de la « présence diffuse d'un intertexte propre au monde médiatique » [Moirand 2000 : 21]. Ainsi, au moment de la crise de la vache folle, on trouvait des titres de presse tels que « Alerte au soja fou », concernant le soja OGM, type de titre qui fait apparaître les liens interdiscursifs entre les articles traitant de la vache folle et ceux traitant des OGM. Ce type de référence s’inscrit dans un « moment discursif » [Moirand 2007 : 4], un événement dont la couverture médiatique très large entraîne un « cadre interprétatif » qui influence durablement les discours produits à propos d’autres événements.

La notion de cadre interprétatif s’inspire de celle de cadrage (framing) définie comme suit par R. Entman [1993 : 52] :

Framing essentially involves selection and salience. To frame is to select some aspects of a perceived reality and make them more salient in a communicating text, in such a way as to promote a particular problem definition, causal interpretation, moral evaluation and/or treatment recommendation for the item described.

Il s’agit d’un cadre ayant pour fonction de définir les problèmes, diagnostiquer leurs causes, énoncer des jugements moraux et suggérer des solutions. D’après l’auteur, cette notion s’applique particulièrement bien au discours journalistique dans la mesure où elle permet de préserver une apparence de neutralité [Entman 1993 : 56] :

Journalists may follow the rules for “objective” reporting and yet convey a dominant framing of the news text that prevents most audience members from making a balanced assessment of a situation.

Dans cette étude, nous posons l’hypothèse que les métaphores sont l’une des marques de l’interdiscours journalistique dans la mesure où elles révèlent la circulation entre articles et entre différentes sources d’un même cadre de pensée, ou « cadre interprétatif », à propos du changement climatique.

1.2. Métaphores du climat dans la presse

Le discours de la presse répond à un ensemble de normes spécifiques à ce domaine spécialisé. Parmi elles, l’exigence de lisibilité, définie par P. Charaudeau [2005 : 194] comme un « travail d’exposition le plus clair possible » qui a pour objectif de produire un discours compréhensible pour la majorité « à l’intérieur d’une cible préconstruite ». C’est ainsi que la presse joue son rôle de médiation [Beacco 1999 : 143]. Le discours doit également respecter un certain nombre de valeurs telles que celles de proximité [Bell 1994 : 264], d’équilibre des opinions, de nouveauté et de personnalisation [Boykoff & Boykoff 2007 : 1191], afin de produire un discours attractif pour le public.

Les articles de presse traitant de sujets scientifiques sont particulièrement révélateurs de ces normes. S. Moirand [1997 : 36] a notamment montré que le traitement des questions scientifiques d’actualité dans la presse s’éloignait radicalement du discours scientifique, ou même d’un discours de vulgarisation :

L’analyse des contextes des reformulations rencontrées conduit à se demander si l’on cherche réellement à rendre l’autre plus compétent ou si l’on vise plutôt à diffuser une image du média, qui se montre au courant de ‘l’état des connaissances’.

Dès lors, pour elle, « la presse a une visée de visibilité ou de lisibilité plutôt que d’intelligibilité. » [Moirand 1997 : 34]. Le fonctionnement de la science et celui du journalisme diffèrent à plusieurs niveaux, tant dans leur temporalité que dans leur rapport à l’incertitude, valorisée dans la science mais difficilement exprimable dans la presse [Bell 1994 : 263]. Ces différences sont résumées par Singer et Endreny [1994 : 263] dans leur étude sur le traitement du risque par la presse :

media definitions of risk are based on the drama of the single hazardous event, not on the cumulatively greater but less spectacular risks reflected in annual mortality figures.

La question du changement climatique est particulièrement difficile à intégrer dans le discours journalistique du fait de sa grande complexité et de l’incertitude qui la caractérise [Asplund 2011 : 1] :

the invisible causes and distant impacts of climate changes, as well as the temporal and often geographic distance between cause and effect, make climate change more challenging to communicate than other environmental and sustainability issues

Cette difficulté peut expliquer pourquoi la presse ne parvient pas à produire un discours neutre sur la question. Plusieurs auteurs ont ainsi remarqué que le traitement du changement climatique par la presse est nécessairement teinté d’idéologie, influencée par la situation géographique dans laquelle les articles sont publiés, l’organe de presse concerné, ou simplement la vision dominante du monde à un moment donné [Carvalho 2007 : 237 ; Boykoff & Boykoff 2007]. Le contexte géographique dans lequel le discours est produit influence nécessairement la manière dont le changement climatique est représenté, comme l’explique K. Flottum [2017 : 71] :

diverging national efforts to communicate the gravity of anthropogenic climate change are closely intertwined with national contexts and cultures, political identities, and policy making. Such tailoring to national identity and culture can be seen as a positive step to maximize public resonance by appealing to a set of recognizable values and norms.

Si ces efforts d’adaptation à la culture locale peuvent conduire à une meilleure compréhension du problème, ils reflètent également le fait que la question du changement climatique n’est jamais représentée de manière neutre.

Or, les métaphores sont un moyen d’exprimer cette orientation de la représentation. La métaphore est définie comme la projection d’un domaine vers un autre [Lakoff & Johnson 1980 : 5], avec une visée explicative : « the essence of metaphor is understanding and experiencing one kind of thing in terms of another ». Les métaphores peuvent être constitutives des théories, lorsqu’elles sont employées dans les domaines spécialisés pour décrire un phénomène scientifique pour lequel aucune paraphrase n’existe, ou à visée pédagogique, lorsqu’elles peuvent être paraphrasées [Boyd 1993 : 482].

Comme le soulignent Kitis et Milapides [1997 : 584] dans leur étude d’un article de Time, l’emploi des métaphores dans la presse est un vecteur d’argumentation qui permet de conserver une apparence de neutralité :

It is interesting to note that the gradual construction of a metaphor can be utilized to transform a neutral narrative style into a crypto-argumentative one by invoking intertextual representations of parallel, paradigmatic myths.

Les métaphores fournissent ainsi un cadre de pensée duquel il est difficile de s’extraire. C’est ce que montre G. Lakoff à propos des métaphores employées dans les discours justifiant la guerre du Golfe, par exemple. Pour lui, les métaphores créent un cadre dans lequel se déroulent les débats, sans que la validité de la métaphore ne soit jamais remise en question : « What metaphor does is limit what we notice, highlight what we do see, and provide part of the inferential structure that we reason with » [Lakoff 1991 : 32]. Comme le remarque T. Asplund, « no single metaphor can tell the whole story » [2011 : 2].

Dans cette étude, nous comparons des textes de presse issus de différents journaux avec un texte spécialisé afin de comprendre quelle est la fonction des métaphores du climat, quelles représentations du changement climatique elles construisent et comment ces représentations circulent dans différentes aires géographiques et à différents moments. Nous considérons que les métaphores sont révélatrices de la manière dont la presse se saisit de cette question complexe pour l’intégrer dans son discours fortement normé. En ce sens, l’étude des métaphores dans la presse permet de comprendre le fonctionnement de ce discours spécialisé.

1.3. Méthodologie

Afin de comprendre comment circulent les métaphores, nous avons constitué un corpus principal composé de textes de presse et un corpus de comparaison qui contient les rapports des négociations durant la COP21 (Earth Negotiation Bulletins). Ces rapports sont rédigés par des experts du domaine, nous considérons donc ce second corpus comme représentatif du discours des spécialistes du changement climatique. Il est d’ailleurs proche d’un discours scientifique, avec de nombreuses références à des articles de recherche et une terminologie spécifique.

La COP21 s’étant déroulée en novembre et décembre 2015, nous avons choisi de constituer un corpus d’articles publiés dans une période qui débute avant et se termine après ces dates (2014-2017), afin de comprendre si les documents publiés par des spécialistes influencent le discours de la presse. Nous avons choisi quatre journaux, le Daily Telegraph, le Guardian, le New York Times et USA Today, ce qui permet dans un premier temps de comparer le traitement du climat dans deux aires géographiques différentes. Dans chaque aire géographique, nous avons également souhaité choisir des journaux qui reflètent des lignes éditoriales diverses, afin que les résultats de l’étude ne soient pas biaisés par l’opinion éventuelle reflétée dans les articles. La sélection des articles a été faite sur la plateforme Europresse à partir de combinaisons de mots clés tels que « climate change », « IPCC », « justice », « ecology », « energy » ou « distribution ». Le titre des articles a permis d’affiner cette sélection, puisque nous avons retenu uniquement les articles dont le titre suggérait le lien entre le changement climatique et les activités humaines. Le corpus ainsi constitué se distribue comme suit :

Tableau 1 : Composition du corpus

Corpus Nombre de mots Nombre de documents Source Période
Earth Negotiation Bulletin (ENB) 247 709 23 International Institute for Sustainable Development Reporting Services 2015-2016
Press 423 459 436 The Guardian, The Daily Telegraph, The New York Times, USA Today 2014-2017

Au sein du corpus de presse, 185 articles sont extraits du Guardian, 81 du New York Times, 68 de USA Today et 102 du Daily Telegraph. Étant donné que nous avons retenu l’ensemble des articles traitant des sujets qui nous intéressent, le déséquilibre dans le nombre d’article selon le journal reflète une première divergence dans les sujets traités par les différents journaux.

Il s’agit d’un corpus de taille réduite, ce qui peut être adapté pour l’analyse de phénomènes dans les discours spécialisés [Koester 2010 : 67] :

Where very large corpora, through their de-contextualisation, give insights into lexico-grammatical patterns in the language as a whole, smaller specialised corpora give insights into patterns of language use in particular settings.

Il est également important de préciser que le déséquilibre entre les sous-corpus ne nous a pas semblé représenter un obstacle étant donné que cette étude n’a pas véritablement de visée quantitative. Nous avons donc donné la priorité à la cohérence temporelle plutôt qu’à l’équilibre du nombre de mots.

Afin de repérer les emplois métaphoriques de mots, nous avons adopté la méthodologie proposée par A. Deignan [2017 : 55]. Elle s’appuie sur la procédure d’identification des métaphores (Metaphor Identification Procedure, MIP) décrite par le Pragglejazz Group (2007), qui suggère de lire un texte et de se demander, pour chaque mot du texte, s’il est employé dans son sens littéral ou dans un sens métaphorique. A. Deignan adapte cette procédure afin qu’elle soit applicable à des corpus plus grands et propose de s’appuyer sur les lignes de concordance des mots les plus fréquents dans les textes, afin de déterminer s’ils sont employés dans un sens métaphorique.

À cette fin, nous avons combiné plusieurs outils d’analyse de texte, un seul outil ne répondant pas totalement aux besoins de cette étude. Dans un premier temps, nous avons utilisé le logiciel de textométrie TXM [Heiden et al. 2010], qui permet d’extraire les mots les plus fréquents et de faire apparaître leurs lignes de concordance. Nous avons ainsi examiné tous les mots qui apparaissaient plus de 100 fois dans le corpus de presse, afin de déterminer s’ils étaient fréquemment employés de manière métaphorique. Cette première procédure a permis de repérer plusieurs métaphores dans le corpus de presse.

Nous avons poursuivi cette analyse à l’aide du logiciel WMatrix [Rayson 2008], qui contient notamment un outil d’étiquetage des domaines sémantiques. Notre hypothèse était qu’une métaphore peut être développée à travers une multitude de mots différents, et que le repérage des domaines sémantiques permettrait de mettre en lumière l’ensemble des composants des métaphores repérées. Nous avions par exemple repéré plusieurs éléments, à la lecture des lignes de concordance, qui suggéraient la métaphore guerrière. L’identification par WMatrix de l’ensemble des mots faisant référence à la guerre a permis de mieux comprendre comment fonctionnait cette métaphore. Les deux sous-corpus ont ainsi été analysés à l’aide de ce logiciel.

Enfin, les mots repérés comme composants des métaphores identifiées ont été systématiquement recherchés dans TXM. En effet, WMatrix ne permet pas d’identifier facilement le texte où se trouve le mot ou de voir le contexte de manière ergonomique. À l’aide de TXM, nous avons ainsi pu identifier dans quels journaux les métaphores étaient employées, à quelle date, et dans quel contexte.

2. Description des métaphores du climat

Dans les deux sous-corpus, nous avons repéré quatre métaphores dominantes, mais parmi elles, seulement deux sont reprises à la fois dans la presse et dans ENB, alors que les deux autres ne sont présentes que dans un seul corpus. La métaphore nature is economy1, avec des expressions telles que « the balance of nature », « the human costs of climate change », « natural capital », « ecosystem good and services » est uniquement présente dans ENB. À l’inverse, la métaphore the earth is a house, développée avec « building a sustainable future », « being on the threshold of dangerous climate change », « protecting out common earthly home », « ravage the garden that is our home », est uniquement citée par la presse. Notre question de recherche étant la circulation des métaphores dans différents types de textes, nous avons choisi de ne pas les développer davantage ici.

Les deux métaphores qui sont présentes dans les deux sous-corpus sont climate change is a disease [Met1] et climate change is war [Met2]. Il faut noter que ces deux métaphores sont parfois employées de manière combinées, dans des énoncés telles que « the planet is under attack from a disease ». Elles partagent le dénominateur commun de la menace et de la destruction possible. Plusieurs auteurs ont d’ailleurs remarqué que ces deux domaines fonctionnent de manière complémentaire. P. Hodgkin [1985 : 1829] décrit ainsi la métaphore medicine is war, employée dans le domaine médical :

it emphasises that taking action is a virtue, patients are passive, the main protagonists in this drama are doctors and diseases [patients are not the "real" focus], technologies are weapons [and thus, implicitly, the more the better], and we doctors know best as we are the ones in control.

Réciproquement, G. Lakoff [1991 : 26] remarque l’existence de la métaphore war is medicine dans le domaine de la communication de guerre :

Finally, there is a common metaphor in which military control by the enemy is seen as a cancer that can spread. In this metaphor, military “operations” are seen as hygienic, to “clean out” enemy fortifications. Bombing raids are portrayed as “surgical strikes” to “take out” anything that can serve a military purpose. The metaphor is supported by imagery of shiny metallic instruments of war, especially jets.

Ces deux métaphores entretiennent des liens très forts, il n’est donc pas surprenant qu’elles fonctionnent de manière complémentaire dans les corpus étudiés ici. Dans cette section, nous comparons ces métaphores telles qu’elles sont développées dans la presse et dans ENB. Nous analyserons dans la section suivante comment les métaphores circulent dans le temps et dans l’espace.

2.1. Met1 : climate change is a disease

2.1.1. Met1 dans ENB

Le corpus ENB contient de nombreuses analyses scientifiques et des descriptions précises de maladies et de symptômes, il n’est donc pas surprenant que la majorité des termes médicaux ne soient pas de nature métaphorique. Les mots health, disease ou symptom ne sont jamais employés de manière métaphorique dans ENB. Cependant, l’emploi d’autres termes de ce champ sémantique suggèrent bien l’emploi de la métaphore de la maladie. Ainsi, le changement global est décrit comme un syndrome (syndrome2) qui regroupe à la fois le changement climatique et un ensemble d’autres facteurs, selon la définition suivante :

In this section we elaborate on factors affecting ecosystems, operating simultaneously with climate change. These factors share underlining drivers with one another and with climate change to varying degrees; together they form a syndrome known as global change. [IPCC-A : 102]

Il est clair que certaines populations souffrent (suffer) de ce syndrome, par exemple :

For example, most of Madagascar, Sudan, and Yemen suffer alarmingly high levels of yield decline and socioeconomic vulnerability to hunger in the poverty scenario. [WB : 66]

Le discours se concentre alors sur les conséquences précises que le changement climatique pourrait avoir sur les nations qu’il affecte.

In agrarian households in Africa, repeated malaria illness has led to a decline in farm output and income [WB : 115]

Il est intéressant que ce phénomène soit caractérisé de « syndrome », terme qui se définit comme suit par le Centre national de ressources textuelles et lexicales [CNRLT 2012] :

Ensemble de signes, de symptômes, de modifications morphologiques, fonctionnelles ou biochimiques de l'organisme, d'apparence parfois disparate mais formant une entité reconnaissable qui, sans présager obligatoirement des causes de ces manifestations, permettent d'orienter le diagnostic.

Un syndrome oriente donc le diagnostic, et la notion de diagnostic (diagnosis) est en effet particulièrement importante dans le corpus ENB. Il s’agit plus particulièrement de diagnostics locaux, pour lesquels est soulignée la valeur de la recherche scientifique dans le combat contre le changement climatique. Une section du rapport s’intitule par exemple : « Flood fatalities in Africa: from diagnosis to mitigation » [IPPC-A : 87]. L’une des questions qui est posée est de savoir dans quelle mesure l’environnement va tolérer (tolerate) ces changements climatiques : « tropics indicate that seagrasses tolerate higher temperatures » [IPCC-A : 201]. Enfin, des traitements sont envisagés :

Changes in other aspects of the climate system, such as cryosphere, oceans, sea level and atmospheric composition.
A regional treatment of these phenomena is often extremely important to gauge real risks. [IPCC-B : 25]

Mais il faut noter que ces traitements sont toujours régionaux, ce qui semble revenir à traiter les symptômes, mais pas les causes du syndrome. Dans ENB, la métaphore de la maladie met donc en évidence l’importance de la recherche scientifique dans le diagnostic et le traitement des symptômes du changement climatique.

2.1.2. Met1 dans la presse

Dans la presse, la métaphore de la maladie est davantage développée que dans ENB. L’analogie entre ces deux domaines est d’ailleurs explicitée dans l’un des articles, qui explique que les symptômes du changement climatique doivent être traités, en particulier par une protection contre les inondations, même si les Républicains n’en admettent pas les causes.

Sometimes doctors have a patient who is sick from an unknown disease. Rather than do nothing, they treat the symptoms, which often is enough to cure the disease or at least keep the patient alive until the disease can be properly diagnosed. I think a similar strategy should apply to climate change. The idea that climate and disease are related dates back at least 2,000 years [USAT-1].

La maladie (disease) en elle-même est décrite de différentes manières. Il s’agit parfois du changement climatique en soi, mais nous trouvons également cette maladie identifiée comme « profound and long-lived environmental disruption » [TG-1] ou même « unbridled avarice » [TG-2]. Dans ces derniers cas, le changement climatique n’est plus qu’un symptôme (symptom) d’une maladie plus vaste.

Dans tous les cas, les symptômes de cette maladie sont fréquemment décrits : réchauffement du climat, modification des précipitations, acidification des océans, hausse du niveau des océans ou tempêtes. Certains des symptômes adoptent clairement un vocabulaire médical : nous trouvons ainsi mentions de « violent and deadly tornado outbreaks » [USAT-2], « the degradation of water quality » [TG-3], « the plague of plastic » [TG-3] ou « weather shocks » [TG-4]. Le changement climatique semble être une maladie qui affecte (plague) différents types de populations : « climate change drives the drought and floods that plague Iowa farmers » [NYT-1]. L’ensemble de ces symptômes peuvent conduire à la mort (death), après épuisement (exhaust) de l’ensemble des ressources naturelles, par exemple : « a rise of 2C is tantamount to a death knoll to many small island states » [TG-5].

L’ensemble des pays semble souffrir de cette maladie. Ainsi, le changement climatique fait souffrir (hurt) les États-Unis et la planète entière, et encore davantage certains pays tels que les petites îles, l’Arctique ou les pays les plus pauvres :

He said the talks in Paris would succeed if governments managed a solidarity between the industrialised countries and the countries that will suffer the most from climate damage. [TG-6]
The poorest countries of the world, so often left out of international consideration, are those which have done least to create climate change, but will suffer the most from it. [TG-7]

L’Afrique est ainsi décrite comme « the continent most deeply affected by climate change » [TG-8]. Les pays les plus pauvres sont représentés comme les victimes du changement climatique, alors que ce sont principalement les pays industrialisés qui l’ont produit.

Enfin, nous avons cherché à comprendre si la presse propose un traitement contre cette maladie. Nous n’avons trouvé aucune occurrence de cure, prevention, treatment ou même recovery. Il semble que l’objectif de cette métaphore n’est pas de proposer une solution à cette maladie, mais davantage de souligner la souffrance qui en découle. Cependant, la métaphore souligne l’intérêt de nettoyer la planète (clean up), ce qui fait clairement référence à l’hygiène corporelle. Ce nettoyage peut être réalisé à l’aide d’énergie propre (clean energy) ou encore de lois telles que the clean power plan ou the CleanAir Act. Les traitements disponibles contre cette maladie semblent donc avant tout d’ordre législatif.

Dans la presse, si les symptômes sont bien définis, la maladie en elle-même, en revanche, ne l’est pas. La métaphore souligne avant tout la souffrance des populations affectées par le changement climatique, mais sans réellement proposer de traitement.

Il apparaît donc que la métaphore de la maladie est bien employée dans les deux corpus, mais qu’elle ne l’est pas de la même manière. En effet, alors que ENB se concentre avant tout sur le diagnostic et le traitement local des symptômes, la presse souligne davantage la gravité du problème et la mort qui peut en découler. Les traitements diffèrent également, puisque la presse propose des traitements législatifs dans un but très général (cleaning up the planet) alors que ENB propose des traitements scientifiques et locaux. Enfin, les victimes sont définies de manière différente. Dans la presse, ce sont les petites îles ou l’Arctique, un lieu associé à la fonte des glaces dans l’imaginaire collectif. Dans ENB, les victimes sont décrites de manière plus objective, par l’intermédiaire de leur localisation géographique (« urban areas », « the Mediterranean area »). Ainsi, alors que ENB emploie la métaphore dans un but scientifique, pour souligner le diagnostic des problèmes et envisager des traitements, la presse développe cette métaphore pour produire un discours qui se concentre sur les victimes et leur souffrance. Les deux types de textes traitent également de manière divergente la seconde métaphore, qui associe le changement climatique à la guerre.

2.2. Met2 : climate change is war

Il faut tout d’abord noter que le lien entre changement climatique et guerre va au-delà de la métaphore, puisque le changement climatique est réellement une cause de conflit dans le monde. Ce constat apparaît dans les deux corpus, par exemple :

Other parts of the world will be even harder hit and less able to adapt, the IPCC warns. Food shortages and poverty could lead to the outbreak of war, the report says. [DT-1]

Ce lien concret entre les deux phénomènes peut expliquer pourquoi cette métaphore est présente dans les deux corpus. Cependant, elle n’y est pas développée de la même manière.

2.2.1. Met2 dans ENB

Dans le corpus ENB, le mot war n’est jamais employé de manière métaphorique, dans le contexte de la guerre contre le changement climatique, sans doute parce que ce mot est très souvent employé pour décrire des guerres non métaphoriques. Cependant, le champ lexical de la guerre est présent. Par exemple, le verbe combat est celui qui est le plus fréquemment employé en co-occurrence avec climate change.

Nous avons tenté de comprendre à quel type de guerre cette métaphore faisait référence et quels en étaient les protagonistes. Il semble que la guerre décrite dans ENB correspond à ce que Lakoff [1991 : 2] appelle une guerre juste, définie comme « a form of combat for the purpose of settling moral accounts ». La guerre contre le changement climatique a en effet pour objectif de protéger (protect) des populations vulnérables et l’environnement, qui sont tous deux menacés (threatened) : « such massive changes would threaten everyday living conditions » [WB : 81] « assessment of climate change threats to Australia’s coastal ecosystems » [IPCC-A : 54], « protect corals » [IPCC-A : 5], ou encore :

Forest plantations are generally intended for the production of timber, pulp and firewood, but along with other social and environmental benefits also protect against erosion by stabilizing the soil thus protecting the watershed. [UNEP-AP : 12]

Des risques sont également associés aux impacts (impacts) du changement climatique, par exemple, des attaques (attacks) d’insectes ou de nuisibles. La justification de cette guerre contre le changement climatique est donc la protection des populations vulnérables ainsi que de l’environnement, soumis à des attaques. Il s’agit de garantir la sécurité (security) des hommes, comme le montre le sous-titre suivant : « how climate change may exacerbate specific threats to human security » [IPCC-A : 128].

Cette guerre est par ailleurs décrite comme l’opposition de plusieurs forces (forces), notamment « the forces of nature » et « the forces of climate change » [IPCC-A : 31]. Cependant, la question de la définition de ces forces n’offre pas de solution évidente. Les forces de la nature semblent être passées du statut d’ennemi à celui d’allié :

These recommendations constitute a paradigm shift from fighting the forces of nature with engineered structures to working with nature and providing room for river instead. [IPCC-A : 187]

Mais les forces en présence dans cette guerre peuvent également être de nature culturelle. Dans ce cas, elles ne doivent pas être combattues, mais prises en compte.

Research on the specific interaction of human security and climate change focuses on how cultural, demographic, economic, and political forces interact with direct and indirect climate change impacts, affecting individuals and communities. [IPCC-A : 133]

Enfin, les forces de la loi (regulatory forces) semblent être celles qui mènent le combat. La métaphore de la guerre comme « politique par d’autres moyens » [Lakoff 1991 ; Semino et al. 2004] a été souvent décrite et il n’est pas surprenant d’en trouver des traces dans les métaphores guerrières :

Effective management of natural capital and ecosystem goods and services can be accomplished only where there are strong institutions as stewards and a regulatory force to ensure that vulnerable communities are protected from climate shocks and stresses and that growth from climate change is inclusive. [IPCC-A : 65]

Le législateur imagine des stratégies (strategies) pour combattre le changement climatique ; on parle ainsi de « new strategies and policies to steer current performance towards future objectives » [UNEP-LU : 2], par exemple. Dans ENB, ces stratégies sont multiples dans la mesure où elles sont principalement locales.

Il est surprenant de constater qu’aucune des forces mentionnées dans ENB ne semble représenter la force ennemie, celle qu’il faut combattre. La nature, la culture et la loi sont au contraire alliées contre un ennemi qui, dès lors, semble mal identifié. Alors que la métaphore de la guerre suggère qu’il existe un ennemi qui peut être combattu, la construction de la métaphore reflète au contraire la complexité de cette question, qui implique une multiplicité de forces en présence.

2.2.2. Met2 dans la presse

Dans le corpus de presse, contrairement au corpus ENB, le mot war est employé de manière métaphorique dans 13 occurrences sur 43. Il s’agit d’une guerre contre le charbon, la déforestation ou la pollution, qu’il faut combattre (combat). La bataille (battle) contre la désertification et pour la protection de la nature est souvent décrite, mais il s’agit également d’une bataille entre des intérêts contraires : « There is a massive battle of vested interests going on » [TG-9]. Comme dans ENB, cette bataille s’appuie en grande partie sur la régulation :

The Obama administration unveiled historic environment rules cutting carbon pollution from power plants by 30 % yesterday, spurring prospects for a global deal to end climate change but setting up an epic battle over the environment in this year's mid-term elections. [TG-10]

Le mot battle est systématiquement employé de manière métaphorique, dans 47 occurrences, dans des expressions telles que « the battle to save the planet » [DT-1], « the battle to curb emissions » [NYT-2], « efforts to battle climate change » [NYT-3].

Cette guerre a également un front (frontline – 5 occurrences métaphoriques) d’où les journalistes, devenus reporters de guerre, font des reportages : « Global Warning: 24 hours on the climate change frontline as Trump becomes president » [TG-11]. Le changement climatique y est décrit comme une bombe (bomb) prête à exploser, dont on espère qu’elle sera désamorcée à temps :

Instead the goal of 1.5C and even 2C will now rely on unproven and currently non-existent technologies such as nuclear fusion, carbon capture with storage or carbon negative technologies. I pray these will come in time but how many people would get on a flight in the hope that someone can defuse the bomb before it blows up? [TG-12]

Dans la presse, l’ennemi est plus clairement identifié que dans ENB. Il s’agit de combattre le changement climatique, qui est décrit comme une menace (threat) donnant lieu à des phénomènes naturels violents (violent). Le changement climatique est une force (force) qu’il s’agit de contrer :

The future of American energy, according to one widely held view, will include solar panels and wind turbines continuing to proliferate, churning out ever more electricity and eventually eclipsing fossil fuels to help offset the forces of climate change. [NYT-4]

Bien que weapon ne soit jamais employé de manière métaphorique, il est clair, notamment dans la citation qui précède, que les armes contre le changement climatique sont principalement techniques : les panneaux solaires, les éoliennes ou les voitures électriques sont décrits comme des outils ayant un impact (impact) sur le changement climatique.

Afin de gagner ce combat, il est important que les alliés unissent forces (join forces) afin de tenir l’ennemi à distance (at bay) : « rich countries should join forces to keep climate change at bay » [TG-13], « Nearly 200 nations joined forces against a planet-threatening crisis » [USAT-1]. Ce combat est décrit comme héroïque (heroic) :

Significantly, it calls for an entirely different approach to international diplomacy on the issue of how to combat climate change. “This will require a heroic cooperative effort,” said Jeffrey D. Sachs, the Columbia University economist who directs the Sustainable Development Solutions Network at the United Nations, which convened the multinational teams. [NYT-5]

Les victimes (victims) de cette guerre sont également décrites : ce sont à la fois les populations affectées par le changement climatique, et la nature, victime de populations qui la dégradent. Ainsi, des éléments naturels doivent être protégés (protected), par exemple, le lac Tchad, menacé (threatened) par la pollution, mais les populations menacées doivent également être protégées, puisque le changement climatique est décrit ainsi : « the biggest single threat to humanity » [TG-14].

Ainsi, il existe plusieurs victimes, et ce qui complexifie encore la situation est le fait que le statut des victimes est parfois ambigu, ainsi : « the global food system is both a villain and a victim of climate change » [TG-15]. Alors que l’environnement souffre du changement climatique, l’économie souffre également, d’autant plus que les mesures contre le changement climatique ont tendance à être considérées comme défavorables aux acteurs économiques : « the coal industry - which will be hit hardest by the new rules » [TG-10]. Ce statut complexe des victimes explique pourquoi certaines forces combattent les lois environnementales, dont les objectifs semblent s’opposer aux acteurs économiques : « Our economic system and our planetary system are now at war » [NYT-6].

Ainsi, la métaphore de la guerre dans la presse peint un monde dans lequel le changement climatique est l’ennemi, mais dans lequel tout le monde en souffre : le système économique autant que les populations ou les lieux géographiques vulnérables, même si leurs intérêts ne sont pas nécessairement les mêmes. Le changement climatique est présenté comme une question insoluble si l’on cherche à protéger tous les intérêts en jeu, d’autant plus qu’en décrivant le problème à l’échelle mondiale, aucune solution concrète ne peut réellement être proposée.

En comparant l’usage de cette métaphore dans les deux sous-corpus, il apparaît qu’elle est développée par les deux sources, mais pas de la même manière. Dans les deux cas, il s’agit d’un combat contre le changement climatique qui s’appuie sur les outils légaux et techniques. Cependant, dans ENB, la guerre a pour justification la protection de la sécurité des hommes contre les phénomènes naturels. Le conflit est avant tout local, afin d’aider les communautés à faire face aux conséquences du changement climatique. La métaphore souligne la notion de protection, qui justifie le combat. Dans la presse, en revanche, deux éléments sont mis en valeur : la menace posée par le changement climatique et la diversité des victimes. Par rapport à ENB, l’emploi de cette métaphore dans la presse suggère plutôt une guérilla où l’ennemi est difficile à combattre car il est partout. De nombreux protagonistes sont en effet à la fois coupables et victimes dans le combat. Suivant son objectif de représenter toutes les opinions de manière neutre, la presse donne voix à tous les intérêts en jeu, ce qui crée une incertitude quant aux forces en présence. La métaphore a ici pour objectif de montrer à quel point le changement climatique est dangereux, mais pas de désigner des coupables ni de proposer des mesures spécifiques.

3. Circulation des métaphores dans le corpus presse

La section précédente a montré que les deux métaphores sont employées à la fois dans le corpus ENB et dans le corpus presse, même si elles ne le sont pas de la même manière ou avec le même objectif. Cette section se concentre à présent sur le corpus presse afin de comparer plus précisément les emplois de ces deux métaphores tout au long de la période, puis dans les différents journaux qui le composent.

3.1. Évolution dans le temps de l’emploi des métaphores

Le corpus ENB a été publié au moment de la COP21 et juste après, c’est-à-dire entre novembre 2015 et janvier 2016. Les dates du corpus de presse, 2014-2017, permettent de comparer l’emploi de la métaphore par la presse avant, pendant et après la COP21. Nous avons donc relevé toutes les occurrences de mots employés de manière métaphorique et relevant de Met1 ou Met2 dans le corpus presse ainsi que les dates auxquelles les articles qui les contiennent ont été publiés. Nous avons composé des périodes par trimestre et nous avons ainsi pu classer les métaphores en 16 trimestres, puisque notre corpus s’étale sur quatre ans. Les graphiques 1 et 2 présentent les résultats de cette analyse.

Figure 1 : Fréquence de Met1 par période

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Figure 2 : Fréquence de Met2 par période

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Cette analyse permet de constater que l’emploi des deux métaphores n’est pas constant au cours de la période. La métaphore de la maladie [Met1] est en effet très peu employée au début de la période, jusqu’au début de 2015. Les mots employés à cette période dans Met1 sont shocks, affect, degradation ou exhaust, qui sont probablement ceux qui font référence le moins explicitement à la métaphore de la maladie. Le premier pic d’emploi apparaît début 2015, puis le pic principal fin 2015, au moment de la COP21. Un examen plus poussé des dates conduit d’ailleurs à remarquer que la métaphore est largement employée dès novembre 2015, c’est-à-dire avant la publication des rapports. Il est probable que les journalistes présents lors des négociations de la COP21 ont été exposés au langage des négociateurs, qui emploient cette métaphore, ce qui a pu influencer leurs propres références au changement climatique comme une maladie. C’est à cette période que les mots disease ou death sont employés de manière métaphorique, on assiste donc au réel déploiement de la métaphore à ce moment. Enfin, le dernier pic d’emploi de cette métaphore est situé autour de juin 2017, ce qui correspond à la décision du président Donald Trump de retirer les États-Unis de l’accord de Paris. Les mots employés à cette période reflètent l’insistance sur la gravité de la situation climatique, avec plusieurs occurrences de symptoms, suffer ou disease, à l’inverse de l’argumentation déployée par le président des États-Unis à ce moment. Il semble donc que l’emploi de Met1 dans le corpus presse soit étroitement lié au sujet de la COP21, que ce soit lors des négociations en 2015 ou lors de la décision de Donald Trump en 2017. Même si l’emploi de la métaphore n’est pas le même dans la presse et dans ENB, la coïncidence d’emploi de la métaphore aux mêmes dates dans les deux documents montre que les négociations de la COP21 sont une source d’inspiration pour la presse dans la construction de son discours sur le changement climatique.

Le constat est le même pour Met2, bien que la courbe d’évolution ne soit pas exactement la même. En effet, on observe bien une forte augmentation de la métaphore guerrière au moment de la COP21, ce qui suggère que la presse, comme pour Met1, s’est inspirée des débats de la COP21 dans son discours sur le changement climatique. Met1 et Met2 sont employées de manière à peu près égale dans la presse à cette période. Cependant, pour Met2, le pic le plus important est celui qui correspond au retrait de l’accord de Paris, en juin 2017. Il est d’ailleurs frappant de voir que l’usage de la métaphore évolue entre 2015 et 2017. En effet, au moment de la COP21, on observe la prédominance des mots protect et forces, soulignant la justification de cette guerre et l’alliance qui se préparait dans les négociations. En 2017, en revanche, ce sont combat et battle qui dominent, mettant en évidence le caractère plus agressif de cette guerre. On entrevoit ici comment l’usage des métaphores peut être un outil d’argumentation, à un moment où le retrait de l’accord de Paris est largement critiqué par la presse.

Cette analyse fait apparaître deux points essentiels. Tout d’abord, elle met en évidence l’interdiscours qui se construit dans le temps, sur la base des discours produit par la COP21. En effet, à partir de fin 2015, chaque mention de l’accord de Paris dans la presse donne lieu à l’emploi des deux métaphores citées. Elle montre également que si la presse reprend des métaphores introduites ou développées dans ENB, elle les emploie en poursuivant ses objectifs propres et les adapte aux messages qu’elle veut transmettre. Afin d’affiner cette analyse, nous avons cherché à comprendre si les quatre journaux du corpus emploient ces deux métaphores de manière similaire.

3.2. Circulation des métaphores entre les journaux

L’outil d’étiquetage des champs sémantique de WMatrix, combiné à une analyse qualitative des lignes de concordance, a permis de déterminer dans quel journal apparaissent les deux métaphores et quels mots y sont précisément associés. Les figures 3 et 4 résument les résultats obtenus.

Figure 3 : Fréquence de Met1 par journal

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Figure 4 : Fréquence de Met2 par journal

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Il apparaît clairement que tous les journaux n’utilisent pas les deux métaphores à la même fréquence. Le Guardian se distingue tout particulièrement, avec un emploi presque égal des deux métaphores, bien plus fréquentes dans ce journal que dans les trois autres. Le lien entre l’emploi de ces deux métaphores et la ligne éditoriale du journal est ici très clair. En effet, le Guardian est un journal ancré au centre-gauche et il a lancé une campagne début 2015 intitulée « Keep it in the ground » [Guardian 2015], contre l’utilisation des énergies fossiles. Ce journal est donc clairement engagé en faveur du combat pour la préservation de l’environnement. Pour Met1, les mots disease ou death sont uniquement employés dans le Guardian. Ce constat se vérifie, dans une moindre mesure, avec l’emploi un peu plus fréquent de la métaphore dans le New York Times, qui est politiquement plutôt démocrate et modéré. Les deux autres journaux ne sont pas connus pour leurs prises de position en faveur du combat pour l’environnement et utilisent assez peu la métaphore de la maladie quantitativement. Les mots qu’ils emploient pour faire référence à cette métaphore sont beaucoup moins explicitement liés à la maladie, par exemple, affect, hurt ou suffer qui, s’ils font bien partie des références à cette métaphore, sont assez peu spécifiques.

Le constat est encore accentué pour Met2 puisque le Guardian l’emploie plus fréquemment que Met1 et que le New York Times l’emploie également à une fréquence très élevée. Plus précisément, le Guardian emploie cette métaphore tout au long de la période, mais il est intéressant de constater que les composants de la métaphore évoluent. Le mot victim, par exemple, est très fréquent jusqu’en 2015, ainsi que le verbe protect. Au moment de la COP21, ce sont protect et forces qui sont les plus fréquents, ce qui reflète bien la volonté de présenter un front uni pour protéger les populations vulnérables, en accord avec le motif de la guerre juste. Cependant, la métaphore évolue pour se concentrer en 2017 sur violent, combat et heroic, reflétant davantage le motif de la guerre épique. Dans le New York Times, en revanche, les victimes sont très peu citées et la métaphore se concentre tout au long de la période sur la violence du combat avec une fréquence accrue du mot war par rapport au Guardian. Le New York Times emploie particulièrement fréquemment cette métaphore en 2017, ce qui est tout à fait cohérent avec sa position ouvertement anti-Trump. Dans le Daily Telegraph et dans USA Today, ce sont les mots combat (employé comme verbe dans l’expression « combat climate change » [TG-12]), war et battle qui prédominent, sans qu’aucune évolution ne se dégage sur la période, et à des fréquences réduites par rapport aux deux autres journaux. Par exemple, dans USA Today, on ne relève que cinq occurrences de combat et six de war sur l’ensemble de la période.

Ainsi, les métaphores semblent étroitement liées aux positions politiques des journaux, ceux qui s’engagent pour l’environnement employant ces métaphores à une fréquence bien plus élevée que les autres. Il est également intéressant de constater que le New York Times exprime sa position politique principalement à l’aide de la métaphore de la guerre, plutôt que celle de la maladie. Il est possible que le contexte politique américain ait encouragé l’emploi d’une métaphore plus violente pour souligner l’importance d’agir, plutôt que le risque potentiel pour les victimes, comme c’est le cas de la métaphore de la maladie, à l’image des choix faits par le Guardian.

Conclusion

L’analyse des métaphores du climat dans la presse et dans un texte spécialisé fait donc clairement apparaître un interdiscours fondé sur la représentation du changement climatique et des actions à mener pour le limiter. Ces métaphores ne sont pas créées par le rapport de la COP21, puisqu’on remarque leur présence dès 2014, mais leur présence dans ENB suscite leur forte utilisation dans la presse en 2015. Le lien entre l’emploi de ces métaphores et les événements liés à la COP21 est d’ailleurs maintenu de manière régulière jusqu’en 2017, ce qui montre la force de ce cadre interprétatif.

Une fois ces métaphores ancrées dans les représentations du changement climatique, chaque organe de presse s’en saisit néanmoins de manière particulière, selon ses objectifs propres. Le sens des deux métaphores n’est en effet pas le même dans ENB et dans la presse, ce qui montre que la presse s’est inspirée des discours spécialisés, sans pour autant les reproduire précisément. De plus, ces métaphores répondent mieux aux objectifs politiques de certains journaux que d’autres, ce qui engendre d’importantes disparités entre journaux. Il faut cependant noter que même dans les journaux qui y font le moins référence, les métaphores transparaissent malgré tout, ce qui démontre leur prégnance dans l’imaginaire collectif sur le changement climatique.

Dans un discours comme celui de la presse, qui s’inspire de nombreux discours différents, l’analyse des métaphores permet de dépasser les comparaisons purement textuelles pour s’intéresser aux représentations, à la manière dont les événements sont conceptualisés dans les journaux. On observe ici clairement comment se construit un interdiscours inspiré de textes spécialisés, mais finalement développé de manière spécifique dans la presse, constitué de représentations collectives à propos du changement climatique.

1 Nous adoptons ici la typographie en lettres capitales proposée par Lakoff et Johnson [1980] pour le titre des métaphores.

2 Les mots clés associés aux différentes métaphores sont ajoutés dans le texte en anglais et entre parenthèses, afin de bien repérer les sèmes qui

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[TG-2] The Guardian, 2015, “Why the University of Edinburgh must divest from all fossil fuels now”, 24/05/2014, disponible à https://www.theguardian.com/environment/2015/may/24/why-university-of-edinburgh-must-divest-from-all-fossil-fuels-now, consulté le 02/04/2020.

[TG-3] Vidal John, 2016, “Climate change politics is blinding us to the devastating effects of dirty air”, The Guardian, 20/02/2016, disponible à https://www.theguardian.com/commentisfree/2016/feb/20/climate-change-dirty-air-pollution-global-warming-save-lives, consulté le 02/04/2020.

[TG-4] Chamberlain Gethin, 2017, “Why climate change is creating a new generation of child brides”, The Guardian, 26/11/2017, disponible à https://www.theguardian.com/society/2017/nov/26/climate-change-creating-generation-of-child-brides-in-africa, consulté le 02/04/2020.

[TG-5] Howard Emma, 2015, “How do I ... reduce my carbon emissions?”, The Guardian, 27/11/2015, disponible à https://www.theguardian.com/uk-news/2015/nov/27/how-do-i-reduce-my-carbon-emissions, consulté le 02/04/2020.

[TG-6] Harvey Fiona & Chrisafis Angélique, 2015, “West must pay up to secure deal at Paris climate change summit, warns Fabius”, The Guardian, 6/06/2015, disponible à https://www.theguardian.com/environment/2015/jun/06/paris-climate-summit-deal-west-finance-fabius, consulté le 02/04/2020.

[TG-7] Harvey Fiona, 2015, “Paris climate change agreement: the world's greatest diplomatic success”, The Guardian, 14/12/2015, disponible à https://www.theguardian.com/environment/2015/dec/13/paris-climate-deal-cop-diplomacy-developing-united-nations, consulté le 02/04/2020.

[TG-8] Hicks Celeste, 2016, “‘Africa is tired of being in the dark’: bank chief on plans to boost energy”, The Guardian, 18/11/2016, disponible à https://www.theguardian.com/global-development/2016/nov/18/africa-tired-being-in-dark-bank-chief-plans-boost-energy-akinwumi-adesina-cop22, consulté le 02/04/2020.

[TG-9] Aitkenhead Decca, 2014, “Caroline Lucas: 'I didn't do this because I thought it was fun'”, The Guardian, 04/04/2014, disponible à https://www.theguardian.com/politics/2014/apr/04/caroline-lucas-interview-anti-fracking-balcombe-climate-change-air-pollution, consulté le 02/04/2020.

[TG-10] Goldenberd Suzanne, 2014, “Obama unveils historic rules to reduce coal pollution by 30%”, The Guardian, 02/06/2014, disponible à https://www.theguardian.com/environment/2014/jun/02/obama-rules-coal-climate-change, consulté le 02/04/2020.

[TG-11] Rice-Oxley Mark, Milman Oliver, Yuhas Alan, Slezak Michael & Hunt Elle, 2017, “Global Warning: 24 hours on the climate change frontline as Trump becomes president”, The Guardian, 20/01/2017, disponible à https://www.theguardian.com/environment/live/2017/jan/19/global-warning-live-from-the-climate-change-frontline-as-trump-becomes-president, consulté le 02/04/2020.

[TG-12] The Guardian, 2015, “Climate change and the continual demand for economic growth Letters”, 14/12/2015, disponible à https://www.theguardian.com/environment/2015/dec/14/climate-change-and-the-continual-demand-for-economic-growth, consulté le 02/04/2020.

[TG-13] Kweifio-Okai Carla, 2015, “Students Speak: rich countries must engage with the global goals”, The Guardian, 05/11/2015, disponible à https://www.theguardian.com/global-development/2015/nov/05/students-speak-global-goals-sustainable-development-rich-countries, consulté le 02/04/2020.

[TG-14] Harvey Fiona, 2015, “France launches global drive for climate deal”, The Guardian, 19/10/2015, disponible à https://www.theguardian.com/world/2015/oct/19/france-launches-global-drive-for-climate-deal, consulté le 02/04/2020.

[TG-15] Bryce Emma, “Food at COP21: three new initiatives spotlight food insecurity, soils, waste”, The Guardian, 04/12/2015, disponible à https://www.theguardian.com/environment/world-on-a-plate/2015/dec/04/food-at-cop21-three-new-initiatives-spotlight-food-insecurity-soils-waste, consulté le 02/04/2020.

[USAT-1] Lyman Eric J., 2015, “5 takeaways about the climate deal”, USA Today, 12/12/2015, disponible à https://eu.usatoday.com/story/news/2015/12/12/paris-agreement-5-key-takeaways-historic-climate-deal/77207284/, consulté le 02/04/2020.

[USAT-2] Rice Doyle, 2017, “Tornado deaths and destruction to triple in coming decades, study finds”, USA Today, 10/05/2017, disponible à https://eu.usatoday.com/story/weather/2017/05/10/tornado-deaths-and-destruction-triple-coming-decades-study-finds/101515900/, consulté le 02/04/2020.

Notes

1 Nous adoptons ici la typographie en lettres capitales proposée par Lakoff et Johnson [1980] pour le titre des métaphores.

2 Les mots clés associés aux différentes métaphores sont ajoutés dans le texte en anglais et entre parenthèses, afin de bien repérer les sèmes qui composent chaque métaphore. Ils sont également mis en italiques dans les citations, lorsqu’ils n’ont pas encore été mentionnés dans le corps du texte. Tous les italiques dans les citations relèvent de ce procédé.

Illustrations

Figure 1 : Fréquence de Met1 par période

Figure 1 : Fréquence de Met1 par période

Figure 2 : Fréquence de Met2 par période

Figure 2 : Fréquence de Met2 par période

Figure 3 : Fréquence de Met1 par journal

Figure 3 : Fréquence de Met1 par journal

Figure 4 : Fréquence de Met2 par journal

Figure 4 : Fréquence de Met2 par journal

References

Electronic reference

Caroline Peynaud, « Les représentations du climat dans la presse anglophone : la construction d’un interdiscours métaphorique », ELAD-SILDA [Online], 5 | 2020, Online since 21 juillet 2020, connection on 19 octobre 2021. URL : https://publications-prairial.fr/elad-silda/index.php?id=912

Author

Caroline Peynaud

Maître de conférences, Université Grenoble Alpes, ILCEA4, GREMUTS caroline.peynaud@univ-grenoble-alpes.fr

Copyright

CC BY-NC 3.0 FR