La Bouche de la Vérité

La quête de soi au risque de l'altérité dans la psychanalyse

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« Le grand élément éthique dans le travail psychanalytique est la vérité et encore la vérité, et ceci devrait suffire à la plupart des gens. Le courage et la vérité sont ce dont ils manquent le plus… »1

Quiconque s’est promené dans Rome, vers l’église Santa Maria in Cosmedin a pu s’approcher de la Bocca della Verità. Il s’agit d’un grand disque de marbre, représentant la face d’un dieu marin (Oceanus ? ou Triton ?) datant du ier siècle après J.-C., aux yeux et à la bouche grands-ouverts. On pense qu’elle servait de plaque pour boucher les égouts aux temps de l’Antiquité romaine, mais elle est célèbre surtout pour les légendes qui s’y rattachent, en particulier au Moyen-Âge, où l’on racontait que la bouche du visage se ferme si une personne y place sa main et dit un mensonge. Selon les variantes, la main peut rester bloquée à l’intérieur, ou bien être amputée… Cette bouche n’est donc pas comme on pourrait d’abord le croire, une bouche parlante, énonciatrice de la vérité, mais elle devient par glissement de sens, peut-être par condensation de représentations, la bouche détentrice de la vérité, la bouche qui sait la vérité… Elle châtie, ampute celui qui ment, telle l’incarnation d’une justice immanente… Cette bouche castratrice, énigmatique, à la fois figure humaine et divine, nous offre une métaphore féconde quant à notre question concernant la vérité dans la psychanalyse : elle peut symboliser bien sûr l’importance de la parole dans l’analyse, et condense, comme nous proposons de le développer ensuite, la question du rapport au savoir, au mensonge et à la vérité, à la culpabilité et enfin, au risque inhérent à cette démarche : la confrontation à la castration et à l’altérité.

Échappant au pouvoir et à l’institué, la psychanalyse s’inscrit au cœur d’une rencontre singulière entre deux sujets – l’analyste et l’analysant. C’est une démarche personnelle qui ne saurait être prescrite, mais engage le sujet avec sa demande. La parole subjective, intime qui s’y déploie, n’est garantie que par un cadre précis. La vérité, celle du sujet, est au cœur du processus, constituant une quête, peut-être jamais close.

C’est l’une des premières patientes de Freud et de Breuer, Anna O. qui évoquait la talking cure, la cure par la parole, lorsqu’elle fit l’expérience que le fait de relater la genèse de ses symptômes avait permis leur disparition. Le fait de parler en psychothérapie nous semble aller de soi de nos jours, mais il faut tout de même rappeler ce basculement décisif, fondateur de la méthode psychanalytique, où l’on passe du corps médical, et ses schémas neurologiques, au corps fantasmé, au corps parlé, et d’une clinique du regard (observation médicale) à une clinique de l’écoute : le médecin pour la première fois se tait, et c’est le malade qui parle, c’est le patient qui sait, pour la psychanalyse, mais qui sait sans savoir qu’il sait, car ce qui le fait agir, parler, désirer, et souffrir est en grande partie inconscient : Un savoir qui ne se sait pas est ainsi le titre d’un ouvrage de Maud Mannoni sur l’expérience analytique.

Celui qui s’adresse à l’analyste souffre d’un symptôme, d’un mal-être, dont il souhaite se débarrasser (au moins consciemment). Sans finalité normative, la psychanalyse ne se donne pas de but, pas-même la guérison (celle-ci venant « de surcroît »), mais elle soutient, par son dispositif spécifique, la vérité qui cherche à se dire : vérité prenant ici le sens de ce qui s’énonce en conformité avec la réalité telle qu’elle apparaît à la conscience du sujet qui s’exprime.

Ce dispositif analytique va garantir qu’un certain processus se déploie, et ce processus concerne fondamentalement notre rapport au désir et à la souffrance. Il repose entre autres, sur la règle bien connue de « la libre association », qui consiste à « dire tout ce qui vient, sans censure », ce qui n’est pas « tout dire ou dire tout ». La psychanalyse ne se confond pas (c’est là un fantasme que l’on rencontre parfois, tout comme à l’égard de l’hypnose délaissée par Freud) avec l’administration d’un sérum de vérité, qui révèlerait enfin au sujet toute sa vérité, de façon quasi magique et définitive… Non, le parcours est beaucoup plus incertain, modeste, complexe ; l’aventure, pourrait-on dire, se déploie au cœur de l’expérience, de la relation, chargée d’affects, de scories du passé, d’attentes prégnantes, d’espoirs, de négativité, que l’on nomme le transfert, qui constituera le levier, mais aussi la résistance, à cette quête de vérité, cette quête de soi.

Afin d’explorer plus avant ce rapport de la psychanalyse à la question de la vérité, nous ferons d’abord un détour par l’histoire, avec Freud et sa quête de vérité scientifique, jusqu’à l’élaboration de ce qui serait une vérité « freudienne », puis par Lacan, qui a interrogé le rapport entre vérité et savoir, vérité et langage : « moi la vérité, je parle »… Ensuite seront abordés brièvement les prolongements récents de la théorie avec la question centrale du processus de subjectivation, qui articule réalité psychique et vérité subjective. Nous verrons que le caractère opaque, insaisissable, inachevé de l’objet de la psychanalyse a conduit à penser ce qu’on a appelé le concept de « négatif ». Enfin, sera évoquée la vérité dans l’expérience thérapeutique elle-même : une vérité du sujet qui avancerait masquée, qui échappe, qui émerge, se dit mais est parfois aussi indicible. Elle constituerait plutôt une vérité coconstruite entre les deux protagonistes, jamais définitive, plutôt un mouvement, une quête de soi au risque de la castration et de l’altérité.

Freud et l’amour de la vérité

la fin de sa vie, Freud, dans L’analyse finie et l’analyse infinie (1937), laisse cette phrase-testament : « il ne faut pas oublier que la relation analytique est fondée sur l’amour de la vérité, c’est à dire sur la reconnaissance de la réalité, et qu’elle exclut tout semblant et tout leurre »2, et on peut dire qu’il a fait de cet « amour de la vérité » le fondement de sa démarche tout au long de sa vie.

La question de la vérité traverse ainsi toute son œuvre et se déploie à travers plusieurs questions fondamentales, notamment :

  • La vérité subjective, issue des productions de l’inconscient de chaque sujet ;
  • La pertinence de l’interprétation et de la construction/ reconstruction dans l’analyse ;
  • La question du déni, du mensonge, de l’hypocrisie sociale ou idéologique ;
  • Les notions de croyance et d’illusion ;
  • La pertinence de la construction théorique à l’égard de son objet ;
  • La dimension scandaleuse de la vérité.3

Très tôt, son désir le pousse vers le savoir : il écrit en 1895 à son ami d’enfance Eduard Silberstein : « tu cherches la vérité dans la vie avec autant de passion que je crois la chercher dans la science »4. Il devient médecin et choisit la neurologie, mais dans un objectif de connaissance du vivant (il se compare à un « Naturforscher », un « explorateur de la nature »), plus que par désir d’aider les hommes souffrants (en tout cas au début de sa formation…).

La recherche de vérité scientifique

Freud a été obsédé toute sa vie par la question de la vérité scientifique, et de la vérité de ses découvertes qu’il met à l’épreuve d’un « examen sévère » précise-t-il. Il n’a de cesse de chercher à identifier l’ensemble des mécanismes qui ont pu contribuer au refoulement et à la constitution de la névrose ; il réinterroge inlassablement sa méthode de traitement de la pathologie, afin de la valider. Sa démarche clinique et ses observations auprès de ses patients s’enrichissent de nombreux travaux divers : observations du quotidien, éléments polysémiques empruntés à l’art, à la littérature ou à l’anthropologie. Cette diversité d’approche lui est chère, de même dans sa clinique, où il utilise un mélange de construction et déconstruction caractéristique de la méthode dite « d’approximation successive », utilisée largement par la recherche clinique de son temps (on étudie un cas après l’autre et les hypothèses initiales sont validées ou écartées à mesure…). Il illustre ses théories de nombreuses métaphores, et on peut, en lisant son œuvre, suivre presque pas à pas, sa création : il écrit tous les jours, en plus de ses consultations et de ses correspondances, – dans lesquelles il aborde d’ailleurs des questions théoriques fondamentales. Au gré des détours de la pensée, de spéculations ou de réflexions personnelles, « il chemine et, chemin faisant, n’efface pas la trace de ses pas, au contraire il en accuse les empreintes » s’adressant toujours à un ami au loin, un interlocuteur imaginaire. Ses écrits témoignent de ses doutes, de ses intuitions, et le lecteur peut avoir le sentiment de le « voir penser » à mesure qu’il le lit ; Freud met au travail ses contradictions, en fait une source de créativité…Dans L’homme Freud Lydia Flem écrit :

Freud se présente comme un pionnier, un explorateur, un héros civilisateur, et la métaphore géographique convient à sa démarche intellectuelle aventurière. De même qu’elle s’accorde aux efforts thérapeutiques de la psychanalyse qu’il compare à l’endiguement d’une mer intérieure aux Pays-Bas. La formule est célèbre : « Là où était du ça, doit advenir du moi. Il s’agit d’un travail de civilisation, un peu comme l’assèchement du Zuiderzee5. (Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse, 1933).

Il appréhende l’appareil psychique par la métaphore spatiale : il fonde sa Métapsychologie sur l’existence de cet appareil psychique, caractérisé par le refoulement de certaines représentations par la conscience, et constitué de différents niveaux, différents territoires, royaumes : ce sont les deux topiques (« inconscient/ préconscient/ conscient » pour la première, puis « ça/ moi/ surmoi » pour la seconde) qu’il décrira successivement.

Au Freud géographe, qui cherche à établir la carte de l’inconscient, une topique du psychisme, on peut associer un Freud conquistador, (il se comparait lui-même volontiers à ces aventuriers, à Christophe Colomb), qui explore des terres inconnues, mais aussi ses propres racines, son héritage judéo-gréco-latin ; il interroge les grandes religions, les cultures, entre Athènes, Rome et Jérusalem, ainsi que les mythes. Grand amateur d’art, et collectionneur de centaines d’objets antiques, il affectionne particulièrement les statuettes, dont il entoure son bureau ; ces trésors antiques faisant de celui-ci un véritable musée. Cette passion bien connue nous permet d’aborder la dimension d’un Freud archéologue, métaphore largement développée par L. Flem.

Freud archéologue

« L’archéologie comme passion, habite les songes, les voyages, les murs et les identifications héroïques de Freud tout au long de sa vie »6, écrit-elle. Dès les Études sur l’hystérie (1895), il parle déjà de couches de matériaux psychiques, mais les compare à des archives à dépouiller. Ensuite, il précisera dans Construction dans l’analyse : « la tâche de l’analyste est à partir d’indices, de construire, de reconstruire même, ce qui a été oublié ou refoulé, et cela présente des analogies avec le travail de l’archéologue… »7.

Pour l’analyste, écrit Lydia Flem,

Le moindre tesson, le plus petit fragment de poterie recèlent des trésors d’indications pour une reconstitution du passé enfoui. […]. L’archéologie comme la psychanalyse, exhume le passé ; un passé enfoui qui, restauré, reconstruit, engendre un présent moins mutilé, plus authentique…8

En creusant toujours plus profondément, plus loin sous la surface du présent, le psychanalyste-archéologue ramènerait au jour, quelque chose qui a existé, une réalité momentanément perdue mais jadis réellement vécue par le sujet, et inductrice du présent. Même lorsqu’il abandonne sa théorie de la séduction (attribuant la névrose à des traumatismes sexuels infantiles réels, vécus), et qu’il découvre l’importance des fantasmes, Freud poursuit cette quête d’un évènement psychique central, d’une origine, d’un fondement premier. La recherche de la vérité pour lui consiste à « creuser toujours plus profondément dans la succession chronologique des strates de l’inconscient, pour en découvrir le noyau, le « roc » du passé, sa version originale et originelle »9. Freud va nuancer peu à peu cette métaphore archéologique à travers divers écrits, précisant aussi ce qui différencie l’objet de l’archéologue et l’objet du psychanalyste : ce dernier étant notamment un objet qui vit encore, et non pas détruit, et il est infiniment plus complexe qu’un objet matériel, – même si l’analyste opère dans des conditions plus favorables dans le confort de son bureau, précise-t-il… Au sujet de cette comparaison, Freud conclut, dans Résultats, idées, problèmes : « La différence principale (entre ces deux méthodes de travail) consiste en ce que, pour l’archéologue, la reconstruction est le but et la fin de son effort, tandis que, pour l’analyste, la construction n’est qu’un travail préliminaire ». Enfin et surtout, l’objet de la psychanalyse ne peut jamais être « exhumé » une fois pour toute : l’inconscient demeure opaque, et ne cesse de se dérober, conduisant Freud à un changement épistémologique.

Vers une vérité freudienne ?

En s’appuyant d’abord, puis en s’éloignant du socle biologique, Freud va tenter de cerner son objet, cette « chose freudienne » disait Lacan, qu’il écoute dans la rencontre et au cœur de l’intime de ses patients. Il prend conscience que cet objet d’étude est difficile à définir par les méthodes classiques de la science, même s’il tente sans cesse de mettre à l’épreuve ses hypothèses, qu’il avance en réinterrogeant ses concepts, en comparant ses cas… Cet objet, la réalité psychique, est opposé à la réalité matérielle, nous dit Freud, et constitue un objet « hypercomplexe » au sens d’E. Morin. Il s’agit en effet de tenter d’objectiver des phénomènes et des processus psychiques qui agissent dans la vie du sujet, même si ceux-ci sont inconscients et perceptivement peu décelables. C’est là le paradoxe auquel Freud est confronté dès le début de ses découvertes. Freud tentera d’évoquer cet objet, de le cerner par de nombreuses métaphores dont son œuvre est riche, faisant appel parfois aussi à la poésie. Cet objet freudien, nous l’avons vu, est d’emblée intriqué avec le langage : par son expérience clinique, Freud comprend qu’il y a un écart entre ce que le sujet veut dire et ce qu’il dit :

La singularité de son cheminement est de s’ouvrir à la vérité d’un nouveau réel, énigmatique, corrélé mais non réductible aux lois physico-chimiques, lié aussi aux lois du langage, et ne se postulant que de ses effets de la parole des patients […] Invisible aux rayons X, mais aux incidences évidentes sur le corps, ce réel de la clinique appelle une nouvelle vérité, et une complexification de l’épistémologie admise,

écrit G. Visentini. Cette « chose en soi », nous n’en avons qu’une connaissance « pour nous » (c’est-à-dire dans notre réalité). Freud insiste sur le fait que cet objet de la psychanalyse est une énigme, un « réel inconnaissable », qui échappe, et qu’il faut tenter différentes voies métaphoriques pour le traquer suffisamment… « sans prendre l’échafaudage pour la construction » écrit-il dans L’interprétation des rêves (1900).

Ce qui caractérise l’objet freudien, c’est ce qui concerne en chacun de nous, notre rapport au sexuel et à la mort. R. Roussillon rappelle :

La métapsychologie est issue de la pratique de la psychanalyse ; elle a donc été élaborée à partir de la pathologie et du soin psychique. Elle a ainsi conclu une « alliance » historique avec la question de la souffrance humaine, du pathos, qui témoigne de l’échec du moi à trouver un règlement acceptable à son rapport à sa propre zone d’ombre et d’énigme10.

Le sujet vivant, animé par des pulsions, la libido, est pris dans le langage. La vérité freudienne s’intéresserait donc à un vivant parlant, à un corps pulsionnel pris dans la parole et se manifestant surtout dans ses dysfonctionnements : lapsus, symptômes, somatisations, etc. Pour elle, toutes les manifestations de la subjectivité ont un sens caché, subjectif, spécifique. « La vérité freudienne est celle de la dysfonction, de l’intraitable, de l’excès » (Visentini, 2016). Le refoulement en chaque sujet est structurellement défaillant, il y a toujours un manque, un reste. Quelque chose fait retour, qui passe par le langage, les symptômes : il y a une « poussée de vérité » en nous (Wahrheitsdrang), écrit Freud dans Psychopathologie de la vie quotidienne, hors du champ de la pathologie proprement dite. Visentini conclut :

Qu’est-ce que la vérité freudienne ? C’est le serrage par le discours d’un nouveau réel : celui du sexuel. Ce réel demeure inconnaissable, autrement que par le témoignage des vivants parlant en cure […] La vérité, qui résulte du serrage est inouïe, inédite : elle ne s’énonce pas dans la maîtrise consciente mais dans l’association libre ; elle n’est pas universelle mais singulière [...] elle est acte du corps […] et s’obtient de sujet à sujet, sans instrument de mesures, constituant un exemple singulier de « rupture épistémologique ».

Ainsi, la spécificité de l’objet de la psychanalyse, de par son opacité, son caractère insaisissable conduit à un basculement épistémologique : comment rendre compte de façon rigoureuse de cet objet, et de processus imperceptibles mais pourtant réels ? Freud écrivait en 1925 : « la psychanalyse provoque une blessure narcissique, alors même qu’elle ne peut convaincre qui n’a pas fait l’expérience de la cure »11. J. Guillaumin de son côté, parle ainsi « d’une épistémologie immergée, blessée, inachevable, mais authentique ». Fondée sur « l’indissoluble attelage de sa pratique et de sa théorie », la psychanalyse relèverait d’une « épistémè "suspensive", ouverte en son dedans, sur son propre manque à savoir »12

Lacan : « Moi la vérité, je parle… »

Importance de la parole

« La parole, en psychanalyse, de clinique ou de théorie, tisse un réseau […] de sens sur la blessure inachevable de la maladie humaine pour panser ou cicatriser au dehors ce que l’organisation et l’histoire des désirs n’ont pas permis de traiter suffisamment au-dedans… »13, écrit J. Guillaumin.

Parmi les divers successeurs, J. Lacan prolonge la théorie freudienne, en l’enrichissant d’apports théoriques d’autres disciplines, comme par exemple la linguistique. Il va ainsi développer la question du langage : il reprend le concept freudien du corps souffrant, parlant de son inconscient. L’être humain est pour lui soumis aux lois du langage qui viennent le fracturer et le diviser. La cause de cette division est l’assujetissement aux lois du langage, aux lois de la grammaire. Le sujet est aliéné au langage et souffre de se trouver soumis à l’équivoque, au malentendu, à l’impossibilité de se dire totalement (d’où la division).

Dans son Discours de Rome (« Fonction et champ du langage et de la parole en psychanalyse », Écrits, 1953), Lacan pose les jalons de son enseignement et la place centrale qu’occupent le langage et la parole dans la psychanalyse. Toute parole est une adresse, un appel, qui attend une réponse. L’infans (le tout petit enfant qui ne parle pas encore) est d’emblée pris dans le langage, dans la parole de l’autre qui l’humanise, et à laquelle il est amené à devoir répondre. Même s’il ne comprend pas encore les mots qu’il entend, la parole lui est vitale, autant que l’air et l’eau. On rappellera à ce sujet les observations de R. Spitz (1945) concernant « l’hospitalisme » des nourrissons privés de mère : malgré la réponse adaptée à leurs besoins physiologiques (sommeil, nourrissage, toilette…), l’absence de relation humaine et de parole les conduisait à de graves retards psychomoteurs et un repli relationnel parfois irrémédiable. La parole donne consistance au corps, qu’elle libidinalise, c’est-à-dire qu’elle permet au sujet d’habiter son corps, en soutenant son désir, au-delà des besoins biologiques. Enfin, la parole pour Lacan permet d’inscrire du tiers : la mère en s’adressant à son enfant, fait appel à des signifiants qui appartiennent à la langue dans laquelle elle s’inscrit, elle se soumet aux lois de cette langue, s’en référant ainsi à un lieu extérieur à sa relation avec son enfant. La parole est fondamentale pour Lacan en ce qu’elle structure et institue le rapport à la réalité du sujet (J-D. Causse 2015).

Ce qui permet au sujet d’approcher sa vérité, c’est sa parole

Pour Lacan, ce n’est toutefois pas n’importe quelle parole qui donne accès à la vérité. Il distingue ainsi parole vide et parole pleine : une parole vide est, pour simplifier, une parole qui n’engage pas le sujet, elle peut transmettre des informations, par exemple. À l’inverse, une parole pleine est une parole qui porte à conséquence : elle implique qu’une fois dite, le sujet n’est plus le même, il s’en trouve transformé. Tout le dispositif analytique tendrait à produire de telles paroles. Comme l’écrivait René Char : « Les mots qui vont surgir savent de nous ce que nous ignorons d’eux »14.

La question de la vérité est pour Lacan un enjeu majeur de la psychanalyse, sans doute l’enjeu principal. Fidèle à l’héritage freudien, il s’interroge sur ce que veut dire parler en vérité, laisser parler en soi une vérité « pour en saisir les effets de vie ». J -D. Causse souligne qu’on doit reconnaitre à Lacan le mérite d’avoir redéployé cette exploration de l’expérience analytique au moment où commençait aux États-Unis un courant postfreudien de la psychologie du Moi (Ego psychology, avec Hartmann) qui privilégiait dans la thérapie l’adaptation de la personne à la réalité.

En 1955, dans un article sur « La chose freudienne », Lacan parodie le stultitia loquitur (c’est la folie qui parle) qu’Erasme met en exergue de son Éloge de la folie. Lacan évoque ainsi la vérité :

Je suis donc pour vous l’énigme de celle qui se dérobe aussitôt qu’apparue, hommes qui tant vous entendez à me dissimuler sous les oripeaux de vos convenances. Je n’en admets pas moins que votre embarras soit sincère, car même quand vous vous faites mes hérauts, vous ne valez pas plus à porter mes couleurs que ces habits qui sont les vôtres et pareils à vous-mêmes, fantômes que vous êtes. Où vais-je donc passer en vous, où étais-je avant ce passage ? […] Mais pour que vous me trouviez où je suis, je vais vous apprendre à quel signe me reconnaître. Hommes, écoutez, je vous en donne le secret. Moi la vérité, je parle15.

Quand la vérité parle, elle témoigne d’un « je », elle est ce qui parle en nous, en étant à la fois le plus étranger, le plus énigmatique et le plus intime. La vérité – celle de l’inconscient –, consiste en ceci que « ça parle »…

Une dizaine d’années après, dans « La science et la vérité » (Écrits II, 1966), Lacan développe ces points et précise qu’il ne peut y avoir de métalangage16, c’est-à-dire que nul langage ne saurait dire le vrai sur le vrai, ne garantir la vérité. Aussi la vérité ne peut-elle que se dire, elle n’est jamais établie ni garantie une fois pour toute. « Elle a comme seul point d’appui que le pouvoir de se dire, de parler ; de fait, personne ne peut témoigner pour elle ; elle est son propre témoin ». Cette vérité de l’inconscient qui prend la parole, défait le classique rapport d’opposition entre vérité et mensonge, ou entre vérité et erreur. La vérité qui parle est une vérité rejetée, refoulée, exclue, qui fait sans cesse retour. Le refoulé fait retour, là où la vérité a été censurée, elle prend des chemins détournés…

C’est aussi le symptôme qui a valeur de vérité, en étant ce qui, dans le corps, parle de ce qui ne peut parfois se dire autrement. C’est également par le rêve ou le lapsus ou encore l’acte manqué qu’une vérité parvient à se faufiler dans l’espoir de se faire entendre, car si la puissance de la vérité est de toujours parler, sa faiblesse tient au fait de dépendre de l’accueil qu’on lui fera et de la place qu’on lui accordera…17.

Plus tardivement, Lacan va revenir sur sa formule « Moi la vérité, je parle… », et développer l’idée que la vérité est frappée d’une limite, d’une impossibilité de tout dire. Elle bute sur le réel. C’est un réel qui se rencontre et s’éprouve, mais les mots font défaut pour la dire entièrement : la vérité ne peut pas se dire toute. Elle n’est pas toute puissante, elle donne au sujet l’accès à sa vérité tout en l’en éloignant. D’où sa formule, « je dis la vérité, pas toute ». La vérité, écrit-il dans son séminaire XX (Encore) « c’est ce qui ne peut se dire qu’à condition de ne pas la pousser jusqu’au bout, de ne faire que la mi-dire ». Il s’agit donc de l’incomplétude de la vérité, qui est liée à un manque, une faille, ou une castration. « Or, écrit Causse, cette castration n’est pas sa défaite ; elle est sa dignité. Elle fait d’elle une vérité digne d’être entendue et accueillie »18.

Sa théorisation ainsi que sa pratique, susciteront de nombreuses controverses au sein du mouvement analytique, que nous ne reprendrons pas ici ; on lui reprochera notamment d’avoir quelque peu fini par réifier ses concepts, notamment de produire au final une idéalisation au lieu d’une démystification du langage.

Renoncement à la vérité ? La question du négatif

Nous évoquerons ici très brièvement le déploiement de nouveaux champs au sein de la pratique et de la théorisation psychanalytique, qui nous semblent modifier encore l’approche de son objet spécifique qu’est l’inconscient. Ils réaffirment le rapport particulier, très tôt identifié par Freud, – qui l’opposait à tout autre savoir –, que la psychanalyse entretient avec le non-représentable, le non-systématisable, l’inachevé… Dès lors, sa quête de vérité l’éloigne un peu plus d’un positivisme réducteur, en face duquel elle est sommée encore parfois de se justifier aujourd’hui…

D’autres penseurs de la psychanalyse ont développé, après Freud et Lacan, des hypothèses sur des processus psychiques œuvrant bien en deçà du langage, avec l’importance du corps et de la symbolisation primaire, c’est-à-dire de formes de représentations différentes des représentations de mots. Les effets du pulsionnel ne s’identifient donc pas seulement dans la parole…Ces conceptions beaucoup plus récentes se sont forgées pour rendre compte de nouvelles manifestations de la psychopathologie, qui sont des formes de souffrance singulières, liées aux difficultés de construction d’un espace psychique différencié. Ce sont des situations où il n’y a pas souvenir ou représentation, mais la trace psychique de quelque chose qui a eu lieu, mais n’est pas symbolisable, et qui se traduit par des agirs compulsifs par exemple, hors de toute réminiscence, de toute possibilité de métaphorisation. Il n’y aurait ainsi pas seulement du refoulement, mais aussi des trous, des failles dans le psychisme, du « non symbolisé ». La caractéristique de ces éléments est de tendre à toujours chercher à se répéter, se rejouer afin d’accéder enfin à une possible symbolisation…

Qu’il s’agisse de la cure ou des efforts de théorisation, la psychanalyse bute donc sur un reste, sur de l’irreprésentable, et nombre de psychanalystes ont tenté depuis les années 1975/1980 de conceptualiser ce qui échappe au processus de subjectivation, de symbolisation, mais produit des effets dans la cure. Associé à la pulsion de mort, le négatif recouvre le défaut, l’absence, la rupture, l’écart, le non-dit, l’irreprésentable, les figures du vide, l’inachevé…Dans les cas les plus radicaux, cliniquement parlant, cette pulsion se manifeste, comme « aspiration au néant », et témoignage d’un « narcissisme négatif ». Green (2011) pense donc que les pathologies contemporaines, l’état de vide, « le désengagement subjectal », le désinvestissement… traduisent cette destructivité involontaire.

Inaugurée par Freud, qui en se retirant derrière le patient, et en se retenant d’agir, de parler, a installé l’esquisse d’un vide, d’une absence, d’un manque chez lui-même, la négativité est ainsi admise, invitée par un travail sur soi, chez le thérapeute lui-même…

Ainsi présente au fondement du dispositif analytique, la négativité recouvre pour A. Green un champ très étendu dans le développement de la pensée freudienne en évoluant de la névrose comme négatif de la perversion jusqu’à la réaction thérapeutique négative. Le fondement de la négativité en psychanalyse concerne, nous l’avons vu, les effets de l’absence, du vide, de la perte de l’objet et se base sur la capacité de la psyché humaine de répondre à cette absence à travers la représentation. Il faut donc considérer le négatif non seulement comme un élément destructeur mais aussi créateur, conduisant certains à évoquer un « travail du négatif ».

La vérité dans le processus analytique : la quête de soi au risque de l’altérité

Lapsus, actes manqués, rêves

La vérité subjective émerge à travers des signes, dans le langage par les lapsus par exemple, c’est un phénomène bien connu de tous maintenant.

À la fin du séminaire sur Les écrits techniques de Freud, Lacan indique la façon dont la vérité se manifeste sous son contraire, non pas simplement qu’elle se cache, mais que cet envers peut être la vérité même qui parle :

Nos actes manqués sont des actes qui réussissent, nos paroles qui achoppent sont des paroles qui avouent. Ils, elles, révèlent une vérité de derrière. À l’intérieur de ce qu’on appelle associations libres, image du rêve, symptômes, se manifeste une parole qui apporte la vérité. Si la découverte de Freud a un sens, c’est celui-là – la vérité rattrape l’erreur au collet dans la méprise19.

Quant au rêve, il serait pour Freud, l'accomplissement d'un désir inconscient. L'interprétation des rêves écrit en 1899, marque une date importante dans l'histoire de la psychanalyse. Pour la première fois est tentée une approche scientifique du rêve, avec l’idée du rêve comme symptôme, réalisant à la fois un désir du sujet, tout en s’en défendant. C’est là pour Freud un précieux moyen de connaître la névrose. Le rêve a pour fonction de satisfaire le rêveur, afin que celui-ci ne se réveille pas. Son sens doit être interprété, car les désirs ne sont pas représentés tels quels, mais ils font l’objet d’une figuration, d’une mise en image qui les déguise : les données pertinentes étant celles qui sont voilées, cachées, condensées et que l'on nomme contenu latent. (Ex : des lieux connus ne ressemblent pas à la réalité dans les rêves). Ce sont des opérations psychiques précises qui font passer du contenu latent – désirs inconscients – au contenu manifeste devenu peu intéressant : c’est ce qui sera l’objet de l’interprétation. Le rêve s'avère alors le moyen pour Freud de théoriser ce qui deviendra une métapsychologie.

Vérité et délire

« Tout délire recèle un grain de vérité, quelque chose en lui mérite réellement créance et telle est la source de la conviction du malade qui est ainsi justifiée dans cette mesure… »20.

Penchons-nous un instant sur la question du délire ; voilà une production du sujet qui peut être bien éloignée de la raison, de la réalité commune… Et pourtant tout clinicien sait par expérience qu’aborder ce délire frontalement, en s’obstinant à vouloir démontrer au patient qu’il se trompe, est peine perdue… Cela a conduit des cliniciens à s’interroger sur la fonction du délire pour le sujet. Sous ses aspects les plus étranges, les plus fous, le délire pourtant peut obéir à une certaine logique, une logique subjective pour la personne, et constituerait ce que certains ont appelé une « néo-réalité ». Cette néo réalité, a une fonction, elle s’enracine à la fois dans un noyau d’expériences non symbolisées par le sujet, elle vient aussi colmater un déficit de représentations internes : ce qui ne peut encore se représenter intra psychiquement vient au sujet comme « du dehors », comme la perception d’une réalité extérieure… Ainsi, dans la mélancolie, le moi du sujet s’effondre, et on peut observer dans les cas très sévères, décrits depuis l’antiquité, des délires de fin du monde, ou des délires de ruine ou d’effondrement. Un autre exemple clinique : celui d’un homme, gravement accidenté de la route, qui a gardé des séquelles cognitives mais pas de handicap moteur. Cet homme à son réveil de coma, a développé un délire, persuadé que l’accident avait été provoqué par des gens qui lui voulaient du mal. Or toute l’enquête de gendarmerie sur son accident avait démontré qu’il s’était accidenté tout seul. On peut faire l’hypothèse que cet homme, qui n’avait jamais déliré auparavant, ni présenté de troubles de la persécution, ne pouvait assumer cette culpabilité insupportable, et que ce délire de complot était une tentative de réappropriation subjective de cet évènement traumatique, – réappropriation d’autant plus difficile initialement qu’il présentait des lésions cérébrales mettant à mal les processus de pensée… Cette construction psychique s’enracinait dans son histoire infantile, et l’accompagnement de cet homme permit de comprendre qu’il y avait là la reprise de toute la question de sa place dans sa fratrie et dans les générations...

Dans Constructions dans l’analyse (1937) Freud considère qu’il y a un hiatus, une pièce manquante dans l’histoire du sujet, et que le délire vient combler ce vide. Mais cette pièce n’est pas constituée n’importe comment, elle contient une « part de vérité historique », dit-il. Le travail de l’analyse ne consiste pas à convaincre le patient de la folie de son délire, ou de ce qu’il contredit la réalité, nous venons de le voir, mais de retrouver l’intégralité de ce « noyau, ce grain de vérité » qui le constitue afin de contribuer au processus de subjectivation.

Interprétation, construction dans l’analyse comme vérités coconstruites ?

Elisabeth est une femme d’une cinquantaine d’années, hospitalisée pour un épisode dépressif ; elle a grandi au sein d’une famille fragilisée par la naissance après elle d’un frère lourdement handicapé. Elisabeth en a conçu très tôt un sentiment de responsabilité, une certaine solitude affective, – ses parents étant très mobilisés par l’anxiété suscitée par son jeune frère. C’est une femme qui a tendance à « porter » les autres et s’effacer pour ne pas peser sur l’autre. Elle est inquiète pour ses parents tous deux très âgés, – parents qu’elle a toujours protégés. Lors d’une séance elle évoque le week-end qui vient de s’écouler et raconte : « dimanche c’était la fête des mères ; j’ai offert un cadeau à ma mère, j’étais contente, je lui avais trouvé un coussin, un cœur, gros… ». Je répète simplement « cœur gros… » et Elisabeth s’effondre en larmes… Elle pourra parler alors des attentes déçues, de ce qui a pu lui manquer dans l’enfance de la part de cette mère peu disponible, car inquiète pour son frère ; elle pourra dire son chagrin ravalé si souvent, car il ne fallait pas en rajouter au malheur familial, ne pas inquiéter… À ce moment-là du suivi, ce « cœur gros » devient un signifiant qui condense des représentations et tout un vécu ancien pour Elisabeth avec sa mère… C’est parce que j’ai en moi des représentations se construisant peu à peu à l’écoute de cette patiente, et tout un éprouvé autour du chagrin longtemps tu d’Elisabeth, que l’expression « [avoir le] cœur gros » est venue faire sens pour moi et pour elle, dans une co-construction psychique… « Cœur gros » prend alors valeur, à cet instant, pour cette patiente, d’une vérité qui émerge, d’une mise en sens féconde, qui lui permet de déployer tout un pan de sa subjectivité jusque-là préconscient… Les interventions du thérapeute n’ont rien de « magique » ; elles sont issues d’un travail spécifique, qui se tisse au cœur de ce lien particulier, où la confiance a pu se construire ; les affects du patient accueillis et éprouvés par le clinicien peuvent parfois être ainsi restitués par des mots, mais des mots qui viennent de la rencontre avec un lieu intime en lui, – cette restitution prenant parfois pour les deux protagonistes les accents d’un « moment de vérité ».

Conclusion

« La théorie psychanalytique ne peut, pas plus que sa pratique, échapper à l’imprudence, et à l’inachèvement, des certitudes sur les fondements. La condition blessée de la psyché est bien la seule épistémologie qui lui soit offerte sans postulat ni a priori, la seule qui lui donne une chance d’opérer la vie, dans l’ombre et la lumière dont elle est inséparablement pétrie, par l’oscillation entre le trop et le pas assez de systématisation de la pensée, praticienne comme théoricienne » écrit J. Guillaumin21.

« Seules des conceptions d’un positivisme étriqué, nulle part vérifiées, pourraient dénier à la psychanalyse cette vérité » déclare A. Vergote. En choisissant dès le départ avec « l’inconscient » le non-savoir comme objet de son savoir, Freud inscrivait la psychanalyse dans une position paradoxale, sinon contradictoire, relevant d’une « épistémologie dynamique de l’inachevable » poursuit J. Guillaumin.

Au cœur du processus thérapeutique, dans la relation singulière qui se déploie, la vérité du sujet émerge et échappe ; elle est ce qui parle en nous, mais est aussi indicible…Aucun des deux protagonistes, analyste et analysant, ne serait détenteur d’une vérité sur l’autre ; aucune vérité énoncée dans l’analyse n’y est définitive... Cette altérité en soi, cette altérité de l’inconscient, est aussi faite de l’altérité irréductible de l’autre, avec lequel on s’est construit, et on est engagé dans un lien vivant et humain ; la quête de la vérité du sujet est donc mise en tension avec l’altérité en soi, l’altérité de l’analyste, etc. Le sujet rencontre ainsi son non-savoir, sa vérité « mi-dite » et bute sur sa castration ; la quête de vérité du sujet, au sens de la vérité de l’être, serait alors plutôt un mouvement, et la possibilité d’une ouverture à des espaces psychiques intérieurs. Par sa « neutralité », son abstention de tout jugement sur ce que l’analysant dit, l’analyste sollicite la parole en vérité sur le passé et sur le présent : cette écoute permet, – c’est là ce qui est fondamental –, que s’ouvre pour l’analysant la possibilité d’un avenir personnel à créer :

« La vérité personnelle de la parole dans la cure consiste dans un mouvement de la conscience qui ouvre un passé personnel et personnellement recouvert et protégé, et qui, du même coup, crée une voie vers un avenir personnellement à faire »22.

Pouvoir parler en vérité, ouvrirait alors la possibilité de poser des actes dans l’existence, des actes en vérité, relevant d’une éthique du sujet…La Bouche de la Vérité, qui fascine depuis l’Antiquité, n’a donc pas tout dit, et demeure ouverte sur son devenir.

1 S. Freud, (en anglais) lettre du 30 mars 1914 in L’introduction de la psychanalyse aux Etats-Unis : autour de James Jackson Putman, trad. C. Cullen

2 S. Freud, « L’analyse finie et l’analyse infinie », Œuvres complètes, tome XX, Paris, PUF, 2010, p. 50.

3 D’après A. Delrieu, entrée « Vérité », Sigmund Freud : index thématique, Economica Anthropos, 2008.

4 S. Freud, Lettres de jeunesse, Paris, Gallimard, 1990, p. 152.

5 L. Flem, L’homme Freud. Une biographie intellectuelle, Paris, Seuil, 2011, p. 36.

6 Ibid., p. 37.

7 S. Freud, Constructions dans l’analyse, 1984-1985, p. 271.

8 L. Flem, op. cit., p. 51.

9 Ibid., p. 52.

10 R. Roussillon (dir.), Manuel de psychologie et psychopathologie générale, Paris, Masson, 2007, p. 11.

11 S. Freud, Résistances à la psychanalyse, p. 133-134.

12 J. Guillaumin, Entre blessure et cicatrice. Le destin du négatif dans la psychanalyse, Seyssel, Champ Vallon, 1987, p. 41.

13 Ibid., p. 11.

14 R. Char, Éloge d’une soupçonnée, Paris, Gallimard, 1977, p. 190.

15 J. Lacan, « La chose freudienne ou Sens du retour à Freud en psychanalyse » (1955), dans Écrits I, Paris, Seuil, 1999, p. 406.

16 J. Lacan, Le séminaire, livre V. Les formations de l’inconscient [1957-1958], Paris, Seuil, 1998, p. 74.

17 J.-D. Causse, « L’incomplétude de la vérité et la force du témoignage », Laval théologique et philosophique, 71(1), 2015, p. 15-27.

18 Idem

19 J. Lacan, Le séminaire, livre I. Les écrits techniques de Freud [1953-1954], Paris, Seuil, 1975, p. 292.

20 S. Freud (1906), Le Délire et les Rêves dans la Gradiva de Jensen, Paris, Gallimard, 1990, p. 229.

21 Ibid., p. 219.

22 A. Vergote, « Imaginaire et vérité en psychanalyse : la triade Lacanienne », Figures de la psychanalyse, vol. 8, n° 1, 2003, pp. 127-136

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Notes

1 S. Freud, (en anglais) lettre du 30 mars 1914 in L’introduction de la psychanalyse aux Etats-Unis : autour de James Jackson Putman, trad. C. Cullen, Paris, Gallimard, 1978, p 200.

2 S. Freud, « L’analyse finie et l’analyse infinie », Œuvres complètes, tome XX, Paris, PUF, 2010, p. 50.

3 D’après A. Delrieu, entrée « Vérité », Sigmund Freud : index thématique, Economica Anthropos, 2008.

4 S. Freud, Lettres de jeunesse, Paris, Gallimard, 1990, p. 152.

5 L. Flem, L’homme Freud. Une biographie intellectuelle, Paris, Seuil, 2011, p. 36.

6 Ibid., p. 37.

7 S. Freud, Constructions dans l’analyse, 1984-1985, p. 271.

8 L. Flem, op. cit., p. 51.

9 Ibid., p. 52.

10 R. Roussillon (dir.), Manuel de psychologie et psychopathologie générale, Paris, Masson, 2007, p. 11.

11 S. Freud, Résistances à la psychanalyse, p. 133-134.

12 J. Guillaumin, Entre blessure et cicatrice. Le destin du négatif dans la psychanalyse, Seyssel, Champ Vallon, 1987, p. 41.

13 Ibid., p. 11.

14 R. Char, Éloge d’une soupçonnée, Paris, Gallimard, 1977, p. 190.

15 J. Lacan, « La chose freudienne ou Sens du retour à Freud en psychanalyse » (1955), dans Écrits I, Paris, Seuil, 1999, p. 406.

16 J. Lacan, Le séminaire, livre V. Les formations de l’inconscient [1957-1958], Paris, Seuil, 1998, p. 74.

17 J.-D. Causse, « L’incomplétude de la vérité et la force du témoignage », Laval théologique et philosophique, 71(1), 2015, p. 15-27.

18 Idem

19 J. Lacan, Le séminaire, livre I. Les écrits techniques de Freud [1953-1954], Paris, Seuil, 1975, p. 292.

20 S. Freud (1906), Le Délire et les Rêves dans la Gradiva de Jensen, Paris, Gallimard, 1990, p. 229.

21 Ibid., p. 219.

22 A. Vergote, « Imaginaire et vérité en psychanalyse : la triade Lacanienne », Figures de la psychanalyse, vol. 8, n° 1, 2003, pp. 127-136

References

Electronic reference

Cécile Hamm, « La Bouche de la Vérité », Nouveaux cahiers de Marge [Online], 3 | 2021, Online since 11 mars 2021, connection on 28 octobre 2021. URL : /marge/index.php?id=361

Author

Cécile Hamm

Doctorante, Université Lyon II (CRPPC)
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