« Une bulle de stupeur » : figures de l’étonnement en littérature contemporaine

Voix contemporaines, no 8, 2027, dir. Natacha Allet et Jean-Philippe Rimann

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Ce numéro se propose d’interroger la place réservée à l’étonnement dans la littérature contemporaine. Notion complexe aux contours fluctuants, l’étonnement s’est déplacé à travers le temps, la diversité des langues et des usages, comme le montre son vocabulaire (Baldine Saint-Girons, 2026), et s’étire entre des pôles contraires, terreur et émerveillement.

Si la valence de cette émotion est double, positive et négative, son intensité, elle aussi, est infiniment variable. Dérivé du latin attonare (« frapper par la foudre »), le mot « étonnement » a subi une dévaluation sémantique majeure au fil des siècles. Dans son acception contemporaine, il a perdu ses connotations de vertige, de stupeur ou de sidération, pour adopter un sens atténué. Pourtant, l’idée d’ébranlement, de véritable séisme physique et émotif, est conservée dans certains usages techniques, où le mot désigne alors une brèche, une altération ou une fissuration des matières — voûte fendue ou silex craquelé. C’est précisément ce sens fort que la littérature contemporaine, par des voies diverses, travaille à raviver.

Quelle que soit sa puissance, l’étonnement suppose un suspens, un dessaisissement et une ressaisie, une remise en mouvement : il oscille entre arrêt et élan, passivité et activité. Au cœur d’une constellation qui comprend aussi d’autres termes en tension (la curiosité et l’idiotie, le scepticisme et la crédulité, l’admiration et l’indignation), l’étonnement a fait l’objet de théorisations diverses qui l’ont placé au centre d’élaborations à la fois philosophiques, éthiques et esthétiques. À la croisée des discours et des disciplines, la littérature nous paraît à la hauteur de cette complexité : elle offre l’opportunité d’interroger la manière dont s’incarnent et peut-être se nouent ces différents enjeux.

« Il est tout à fait d’un philosophe, ce sentiment : s’étonner (to thaumazein). La philosophie n’a point d’autre origine » — dans quelle mesure les écrivains reprennent-ils à leur compte cette formule socratique ? La littérature redonne-t-elle sa valeur au choc de l’étonnement ? Comment cette expérience est-elle figurée dans les textes contemporains (quel qu’en soit le genre) ? Si le poème constitue « un étonnement du langage », pour reprendre la belle expression de Jean-Christophe Bailly, comment comprendre cette formule ? Et qu’advient-il de cette émotion lorsqu’elle est « mise en intrigue » dans un espace-temps théâtral ou romanesque ?

Les articles pourront prendre la forme d’une étude de cas ou d’une réflexion théorique. On pourra ainsi analyser les diverses postures, physiques, morales ou intellectuelles, construites par les textes, comme celles du naïf, de l’ignorant, du sceptique, du crédule ou de l’« enfariné » (suivant un mot de Pierre Michon), voire de l’indigné. L’étonnement impliquant une relation dynamique entre un sujet et un objet (chose, alter ego, incident), qui s’étonne, et de quoi ? Dans quelles situations se manifeste-t-il ? Quels savoirs, quelles valeurs engage-t-il ? Le choc qu’il implique est-il subsumé, se résorbe-t-il, ou a-t-il, au contraire, des effets durables ?

Loin de se figer dans une formule unique, cette dynamique se réinvente à chaque texte. Quelle configuration inédite chaque œuvre en propose-t-elle ? L’étonnement y a-t-il une portée critique, réflexive ou heuristique ? On pourra prêter attention, par exemple, au procédé de l’« estrangement » (Carlo Ginzburg, 2001) qui permet de moduler cette triple valeur et d’ouvrir de nouveaux espaces de perception pour le lecteur.

On pourra également interroger la présence de l’étonnement dans l’acte créateur. Où le situer ? Appartient-il au temps de la genèse de l’œuvre ou à celui de sa réception ? Et s’il intervient dans le processus de la création, participe-t-il à l’infléchir ? On pourra s’intéresser à la part de l’aléa ou du « hasard comme méthode » (Sarah Troche, 2015), présidant à la conception de l’œuvre, dans les écritures à contraintes, par exemple, ou qui se donnent un protocole. Programme-t-on l’étonnement ?

Les propositions d’articles, d’un maximum de 500 mots, assorties d’une brève bio-bibliographie, sont à envoyer avant le 20 novembre 2026 à natacha.allet@unige.ch et jean-philippe.rimann@unifr.ch. Les réponses seront notifiées mi-décembre 2026. En cas d’acceptation, les articles seront à rendre pour le 1er avril 2027. Les articles feront l’objet d’une évaluation par les pairs en double aveugle, selon les statuts de la revue. Le numéro paraîtra fin 2027.

Les articles proposés ne devront pas excéder 45 000 caractères, espaces comprises.

Bibliographie

Allet, Natacha, « Étonné, “baba” », dans Michon lu et relu, Jean Kaempfer (dir.), C.R.I.N., Amsterdam, New-York, Rodopi, 2011, p. 29-48.

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