Le travail du psychologue auprès de migrants mineurs non accompagnés

DOI : 10.35562/canalpsy.1920

p. 32-37

Plan

Texte

Les Mineurs Non Accompagnés (MNA) sont des jeunes de moins de 18 ans arrivés en France sans représentant légal. Ce sont des adolescents qui ont fait le voyage migratoire par leurs propres moyens et qui ont subi de nombreuses ruptures. Souvent, pour ces jeunes, ce voyage a été traumatique par les expériences douloureuses vécues en chemin. La période post-migratoire comporte également des épreuves et un grand nombre d’entre eux se trouvent en grande vulnérabilité sociale et psychique. Une fois arrivés en France, les MNA sont considérés d’un point de vue juridique comme des enfants en danger du fait de l’absence d’un représentant légal et de leur minorité. Ils sont ainsi pris en charge par la Mission d’Évaluation et d’Orientation des Mineurs Isolés Étrangers (MEOMIE), et plus particulièrement par les centres de mise à l’abri des Services d’Aide Sociale à l’Enfance (ASE).

Le travail du psychologue dans un tel centre doit être interrogé au vu des spécificités du public et de l’institution.

Inventer des modalités de travail thérapeutique adaptées

Les raisons pour lesquelles ces adolescents migrent sont diverses, bien qu’elles soient souvent empreintes d’urgence et de précipitation. Une typologie a été créée à cet égard pour recenser les différents types de parcours de ces jeunes en fonction notamment de leur motif de départ : les exilés, les mandatés, les exploités, les fugueurs, les errants, les rejoignants et les aspirants (Etiemble A. & Zanna O., 2013). Chaque situation est unique, même si le regroupement sous une même appellation de MNA peut donner une illusion d’uniformité. Les parcours migratoires varient également, mais sont toujours ponctués de violences, car les routes empruntées comportent de nombreux dangers et malfaiteurs.

Comme l’indique la primauté du droit des enfants sur le droit des étrangers, avant d’être migrant, le MNA est avant tout un adolescent. Autrement dit, il s’agit pour lui d’une période de remaniement de ses liens, de ses perceptions et de son identité. Comment vivre cette transition de passage de l’enfance à l’âge adulte dans un environnement inconnu et sans repère ? Sans accompagnement ni guide, il arrive que les temporalités psychiques de ces jeunes soient bouleversées, que cela se manifeste par des régressions ou des fixations dans le temps (Jan, 2016 ; Radjack, Minassian & Moro, 2016).

Le travail du psychologue dans un centre de mise à l’abri, qui accueille provisoirement ces étrangers potentiellement mineurs et isolés pendant la période des évaluations nécessaires à leur orientation définitive, doit pouvoir tenir compte du contexte de ces jeunes, qui se vivent en transition, autant dans le temps que dans l’espace. La situation classique d’entretiens individuels peut être envisagée, mais il semble important de proposer d’autres modalités de rencontre et de travail avec ce public. Notons d’abord que la rencontre en tête à tête dans un bureau peut faire revivre pour certains jeunes ayant été torturés ou soumis par la force, un face-à-face insupportable avec un persécuteur ou un bourreau. Beaucoup d’adolescents évoquent également le sentiment d’emprisonnement qu’ils ont vécu durant des conflits armés ou pendant leur parcours migratoire. Par ailleurs, la mise en place d’un travail groupal autour d’une médiation favorise la rencontre et encourage le développement de la pensée et de la symbolisation (Privat & Quelin-Souligoux, 2012). L’utilisation d’un média comme un tiers permet de ne pas être dans un échange frontal et laisse des opportunités de s’appuyer sur lui pour élaborer.

Dans ce contexte, un travail transculturel vise à se rencontrer au-delà de la culture, en prenant en compte les grands universaux du développement et de l’expérience humaine, mais sans pour autant nier les spécificités culturelles et en créant un contexte favorable à leur expression. Les ateliers ont pour but de laisser de la place à la créativité de chacun pour qu’il puisse faire appel à sa propre culture comme élément de liaison de contenus psychiques individuels. Une capacité de décentrage et des connaissances anthropologiques sont alors nécessaires au psychologue pour laisser émerger des contenus qui différent des représentations qui lui sont familières (Bossuroy, 2016). Le groupe permet de matérialiser la diversité des cultures, des langues et des représentations, à laquelle les jeunes sont confrontés dans leur expérience de migration, alors que la relation duelle pourrait les renvoyer à une dichotomie pareil/différent, ou autochtone/étranger. Il donne l’occasion de travailler sur la rencontre, les oppositions, les métissages et les transformations culturelles.

Enfin, un des objectifs principaux d’un travail en groupe est de rompre avec l’isolement, en favorisant le lien entre les jeunes et en donnant l’impulsion d’une création de liens à l’extérieur. Pour ces adolescents qui ont vécu de multiples ruptures et séparations, il s’agit de redonner l’envie d’appartenance à un groupe et de constituer de nouvelles affiliations. Les MNA, dans les échanges au travers des médiations, bénéficient des ressources des autres pour parvenir à un but commun (Guillaume, 2009). La constitution d’un groupe va donner aux membres une identité commune. Cette identité est marquée par le partage des vulnérabilités mais aussi des rêves, croyances et valeurs. Ces représentations peuvent parfois diverger et c’est à travers ce mélange d’éléments que le groupe se retrouve et se constitue peu à peu.

Rappelons que la vie quotidienne d’un MNA est ponctuée par l’incertitude et l’inquiétude : les démarches administratives, la suite qui sera donnée à son parcours après l’évaluation de leur minorité, la découverte d’un nouveau pays et de nouveaux codes, etc. Le temps est incertain, le passé est souvent constitué de situations familiales et personnelles traumatiques et la projection dans le futur est difficile du fait du sentiment d’insécurité liée à l’incertitude de la réponse qui sera donnée à sa demande. Les médiations invitent à faire du lien entre le passé et le présent, pour éviter les clivages typiques du traumatisme, qui remettraient en question l’identité du jeune, ainsi que pour soutenir son sentiment de continuité d’exister (Jan, 2016 ; Radjack, Minassian & Moro, 2016).

En parallèle de cela, le cadre contenant et bienveillant du groupe a pour objectif d’offrir une sécurité permettant aux jeunes d’exprimer leur souffrance et de créer des liens sociaux et thérapeutiques pour assurer une continuité malgré les séparations et ruptures vécues précédemment. Le sentiment d’exister a en effet pu être ébranlé par les différentes ruptures de la migration (Jan, 2016). La participation au groupe peut alors aider à donner du sens à leur parcours et à lier les événements entre eux, évitant ainsi un clivage fréquent entre passé et présent.

Enfin, l’accompagnement au sein du groupe vise également à renforcer l’estime de soi. Ces jeunes ont besoin d’être étayés, face à cette problématique migratoire, à cette perte de repères culturels et à ce manque affectif indéniable. Il est donc essentiel de faire appel à leur potentiel créatif pour élaborer leurs ressentis actuels (Moro, 2010).

Des ateliers à médiation thérapeutiques en groupe

Nous présenterons quelques médiations que nous utilisons avec ces adolescents dans la structure où ils sont accueillis. Nous montrerons par des petites vignettes cliniques la manière dont les jeunes peuvent s’en saisir et les processus de changement engendrés.

Le groupe cuisine/parole

Partant du principe que « les repas servent d’étayage à la relation affective, à la socialisation dans la situation groupale et à l’entrée dans la culture par les rituels, les présentations et les pratiques culinaires. » (Chimisanas, 2014), nous avons constitué ce groupe avec une représentation double de la nourriture : la nourriture solide et cuisinée, et la nourriture affective. Les ateliers alternent entre groupe de parole et activité cuisine, en commençant initialement par un groupe de parole. Les jeunes sont invités à choisir des thèmes, tels que repas de fête/repas de la vie quotidienne, etc., à jouer avec les associations d’idées pour arriver à sélectionner ensemble le plat qu’ils cuisineront au prochain atelier. Lors des groupes de parole qui précèdent l’activité cuisine, il s’agit de partir des relations et de leurs représentations de la nourriture pour permettre l’expression des affects et des émotions qui les accompagnent. Ainsi, il faut voir l’articulation entre les deux comme une alliance : mettre en mots et en symboles les affects sous-tendus. Les participations aux ateliers permettent aux jeunes de se nourrir de ce que le groupe leur apporte.

Trois axes sont travaillés lors de ces ateliers : le lien social, la réappropriation de son corps et l’articulation de l’« agir » et de la « pensée ». Les jeunes ont la possibilité de rompre avec l’isolement par la création de lien. Ils ont la possibilité de faire des ponts entre eux, et en eux, dans l’idée de s’inscrire dans le temps présent et d’éviter les clivages spatio-temporels (ouverture à un métissage des recettes d’ici et de là-bas, plats et souvenirs d’enfance, de famille, etc.). Par l’alimentation, la visée thérapeutique est de (re)trouver le plaisir de manger et d’intérioriser quelque chose de bon et de positif. L’alimentation permet de reconstruire les enveloppes corporelle et psychique. Le cadre bienveillant et contenant du groupe permet également de s’ouvrir à l’inconnu par l’expérimentation de saveurs étrangères. Enfin, l’atelier vise aussi à renforcer l’estime de soi et la valorisation narcissique. Chaque participant est valorisé dans ses compétences, se voit capable de réaliser quelque chose de bon dont il peut être fier. De plus, les échanges autour des différents plats permettent une reconnaissance interculturelle des appartenances et des origines de chacun.

Illustration clinique

Il s’agit d’une séance cuisine. Les jeunes sont en pleine préparation. Ils suivent la recette à la lettre, et très concentrés, ils installent même des chronomètres pour battre les œufs à la seconde près de ce qui est indiqué. La psychologue commente en disant que ce n’est pas très grave si ce n’est pas le temps exact. Tout de suite, un des jeunes réagit en disant « Il faut respecter l’écriture des Blancs ! ». La psychologue l’interroge dessus et cela leur permet d’engager une discussion. Il complète son propos, accompagné d’une autre jeune, en disant que les Blancs ont beaucoup de rigueur et sont très précis, contrairement à « nous, les Africains […] Il faut le respecter, car ils (les Blancs) savent bien que c’est comme ça que ça marche. »

Cet apparent clivage asymétrique des identités vient interroger la manière dont les jeunes se pensent être regardés et celle dont ils se regardent eux-mêmes. Nous y voyons une demande de rencontre interculturelle, une quête de (re)connaissance de leurs identités et de celle de l’Autre. Se dénommer par sa couleur de peau et par son appartenance à un continent, c’est s’accrocher à un visuel et une histoire qui les rassemblent (et leur ressemblent). Ils se sont construits et ont intériorisé une identité, empreinte d’une histoire collective, qui est réinterrogée du double fait de l’adolescence et de leur migration en France. Dans cet exemple, c’est la recette qui a été le vecteur de cette interrogation. L’espace du groupe a permis d’accueillir les représentations de ce que sont les Blancs et les Noirs pour ces jeunes, d’exprimer les sentiments qui y étaient rattachés et de finalement les confronter pour permettre une rencontre aconflictuelle dans un cadre contenant.

Le jeu de l’oie

Il s’agit d’un des objets flottants utilisés en systémie (Caille, 2017). Le but est d’inscrire des évènements marquants de sa vie sur des post-it et de les placer de manière chronologique sur un plateau. Il faut décider de la case de départ qui signifie le commencement et laisser libre cours à son imagination pour inventer la case d’arrivée. Une fois les évènements placés sur le plateau, les participants les associent à des images représentant des aspects positifs versus négatifs (la mort/la vie, la liberté/la prison, la protection/la souffrance, l’aide/le danger, la joie/la peine, le repos/l’attente).

L’objectif est de faire le point sur son parcours de vie, repérer ce qui a été douloureux et ce qui a été protecteur et agréable. C’est aussi repérer là où on a envie d’aller avec tout ça et ce qui nous a construits. Cet exercice permet de penser le présent, en prenant en compte le passé et leur parcours commun. Cela leur permet de créer un nouvel ajustement créateur dans le processus de construction identitaire.

Illustration clinique

Dans le jeu, Mohamed trouve rapidement sa case départ : « Ma vie au Mali » puis inscrira tous les évènements de son parcours migratoire avec les pays qu’il a traversés dans l’ordre, les difficultés qu’il a rencontrées (« j’ai marché sans manger ni boire »), les personnes qui l’ont soutenu (« un homme m’a aidé ») etc. Pour la case d’arrivée, il hésite entre sa vie en France présentement ou bien une projection dans l’avenir. C’est Abdoul qui lui propose de mettre la France en case d’arrivée en ajoutant « j’ai envie de rester ici pour faire de nouvelles choses ». Les deux jeunes s’accordent alors sur la même inscription. Lors de la médiation, Ousmane se montre plus pudique avec une difficulté à verbaliser les évènements. Grâce à ses camarades, il osera petit à petit noter des évènements qui lui sont propres sans se caler à l’identique sur ceux des autres. Au moment d’associer les images aux dates, le psychologue les invite à faire des ponts entre les évènements. En regardant le plateau de jeu, Abdoul expliquera alors sa fierté d’avoir traversé tout ça pour en arriver là (il rentrera bientôt à l’école). Les caractères et les personnalités différentes de chacun des membres du groupe lui donnent une force. Grâce à la bienveillance groupale, Ousmane se sent de plus en plus en sécurité pour s’exprimer. On voit qu’au cours de l’exercice, les jeunes s’entraident dans le choix des cases à remplir et des images. Ils montrent de l’empathie sur ce que chacun peut confier. Les jeunes peuvent s’exprimer et profiter d’un regard pluriel sur leur situation. Cela va agir comme soutien pour avancer dans leur parcours de vie. De plus, à la fin du jeu, chacun a une vision globale de son parcours, de ce qui les a amenés à être qui ils sont maintenant, les aidant à se situer dans le temps et dans l’espace.

Le groupe débats

Ce groupe inclut les jeunes et leurs éducateurs. Le principe est d’aborder les différences de normes et de codes culturels et sociaux entre leur pays d’origine et la France. Les MNA transmettent ainsi à leurs accompagnateurs des choses qui viennent d’eux, qui leur appartiennent dans le moment présent mais avec toutes leurs caractéristiques, qui viennent du passé. De leur côté, les éducateurs peuvent avoir un regard différent et plus éclairé sur la situation de chaque jeune et sur leur singularité.

La relation entre éducateurs et adolescents doit en effet être élaborée, travaillée. Les jeunes MNA, en raison de leur isolement et de leur dépendance, donnent généralement aux éducateurs une place de substitut parental. Mais les éducateurs, angoissés par ce rapprochement et cette demande affective, peuvent avoir tendance à essayer de se replacer dans une dimension d’accompagnement professionnel (Radjack, 2012). Ces moments d’échanges médiatisés permettent de mettre au travail cette relation complexe et de la soutenir. De plus, les réalités du travail de terrain font qu’entre l’idéal de cet accompagnement, et son application, un écart se creuse. Accompagner à la compréhension demande une disponibilité psychique, du temps, mais aussi une capacité de décentration de son propre mode de pensées, façonné par sa culture et son histoire personnelle. Moro (2008) parle d’« une décolonisation de soi-même », c’est-à-dire une capacité à « travailler et résoudre ses préjugés, ses angoisses, toutes ces défenses qui ont été forgées par sa propre culture » (citée par Ferradji & Lesoeurs, 2013). En ce sens, le but de ce groupe est également de former les éducateurs à des compétences transculturelles (Goudet-Lafont, 2016), en les initiant au décentrage par une sensibilisation à la diversité des représentations, à leur écoute et à leur prise en compte.

Illustration clinique

Le psychologue demande : « Si les éducateurs et moi-même devions habiter dans votre pays d’origine, qu’est-ce qu’on devrait savoir ? Qu’est ce qui nous paraitrait étrange et différent de la France ? ». « Si tu vas en Guinée, tu verras nos routes sont différentes, en terre. » « Au Mali, le marché déborde sur la route et tu peux négocier les prix. » « Tu jettes les ordures dans la rue parce qu’il n’y a pas de poubelles. » « C’est les femmes du père qui s’occupent des enfants. »

Les MNA se saisissent du débat pour tenter de comprendre la situation multiculturelle dans laquelle ils vivent dès à présent et apporter des choses qui viennent d’eux, de leurs origines culturelles (de leur identité culturelle). Les modalités du groupe permettent d’inverser le positionnement pour une transmission de savoirs venant des MNA. Cela leur permet de se recentrer du côté de leur identité culturelle et de mettre leurs accompagnateurs en position de vulnérabilité pour se sentir compris. La médiation débat les renvoie à leurs ressources culturelles et identitaires originelles, qui peuvent leur servir de base identitaire dans leur processus de transformation.

Le psychologue se positionne comme agent dynamisant des échanges par des relances tout en laissant libre cours aux échanges qu’amène le groupe. Par exemple, ce qui leur a semblé étrange une fois arrivés en France, les différences culturelles et environnementales avec la France et les autres pays, les modes de vie, la famille et l’éducation, le quotidien, l’alimentation, la religion, les coutumes, les rapports hommes-femmes, les situations de racismes, de préjugés etc. Les jeunes en profitent pour poser des questions sur le mode de vie français.

Groupe d’écriture en chanson et musique

Le principe de cet atelier est le suivant : pour commencer, une chanson sur la migration est écoutée en groupe puis chacun donne son ressenti. La seconde phase consiste à se mettre en petit groupe pour réaliser sa propre chanson avec l’aide (ou non) des paroles de la chanson écoutée. Chaque groupe est étayé par la présence d’un éducateur, notamment pour aider à l’écriture et à la mise en forme des idées. La troisième phase consiste à présenter son texte au reste du groupe. La quatrième et dernière partie consiste à faire un retour verbal sur ce que nous a apporté la médiation. Pour exprimer les émotions vécues lors de l’exercice, le groupe se met en ronde et verbalise ce qu’il sent en lui. Puis il est invité à l’évacuer en tapant sur un Djembé.

Le but est de permettre la transformation de vécus potentiellement traumatiques à travers une restauration symbolique par l’écriture. L’exercice contribue à réparer les fractures psychiques lorsque les capacités à penser et verbaliser sont entravées (Chidiac, 2016).

Illustration clinique

La chanson suivante est inventée par le groupe : « Je suis sortie sans même dire au revoir à la famille. Sur la route ni boire ni manger, j’ai connu la famine. J’suis venu pour réussir, voilà ce qui fait de moi un homme. Survivre et réussir, en arriver là c’est déjà énorme. L’objectif c’est de s’intégrer vu le soutien dont on dispose. Rester fort mais devant une embrouille on dispose. We are family [...] everytime i’m positive. I want go school, i’m gonna do my thing. I’m a neger. Everything tell me it’s right. Everybody calls me neger. Nobody has chance like we. In bless forward [...] Life positive positive positive. C’est pas une fois là, que tu vas changer ta voix. Avec la chance qu’on a d’être accueillis par des braves. Un bon entourage qui se reconnaisse, ils le savent. Ici on a un nouveau départ, une seconde chance de réaliser nos rêves. [...] J’écris des phrases pour les remercier, ils le savent, Remercier les mêmes familles braves, Renverser la tendance qui dit qu’un étranger c’est de la charge. ». À la fin de la médiation, on observe que la plupart des jeunes tapent d’abord faiblement sur l’instrument puis verbalisent un sentiment de libération. Ensuite, ils tapent de plus en plus fort extériorisant cette émotion intensément.

Le groupe restreint agit comme contenance face aux intrusions psychique que peut apporter l’exercice. Les MNA sont encouragés, avec le soutien de l’adulte, à intégrer certains éléments traumatiques de leur expérience en les mettant en forme, en récit. Avant l’atelier, certains jeunes révélaient des difficultés émotionnelles et de verbalisation face à leur histoire. Ils ont pu à travers l’écriture prendre de la distance et parler d’eux à leur manière. La chanson présentée devient un produit commun. Elle est aussi un moyen de laisser trace de son histoire. Taper sur le Djembé va ensuite leur permettre de contenir une possible réactualisation de vécus corporels et d’éprouvés primitifs dus à l’exercice de remémoration (Marcilhacy, 2016). Cette évacuation émotionnelle permet aussi de sortir de l’activité plus sereinement et d’extérioriser les tensions internes non élaborées.

Conclusion

La médiation de groupe semble être un outil adapté pour ces jeunes dont beaucoup sont peu à l’aise dans une relation duelle. Elle offre un appui sur un groupe qui partage une caractéristique commune. Le groupe leur permet de penser et d’appréhender le monde qui les entoure. Ce dernier est composé à la fois de l’univers familial et originel lointain, et à la fois de l’univers de la société d’accueil. Aussi, les questions d’intégration, du manque et de l’absence d’enveloppe culturelle et familiale peuvent être soulevées par l’intermédiaire de ces médiations. Finalement, nous avons vu que la disponibilité qui caractérise les groupes permet d’ouvrir un espace d’expression, d’échanges et de mises en confrontation de représentations culturelles portées par ces deux univers. C’est en ce terme que l’on peut parler d’un espace transitionnel (Winnicott, 1975). En effet, c’est par l’existence d’un espace tiers, aconflictuel et d’entre-deux que les jeunes peuvent expérimenter et entretenir les liens entre les représentations acquises et celles qui s’offrent à eux.

Citer cet article

Référence papier

Muriel Bossuroy, Cassandre Martin et Cloé Pons, « Le travail du psychologue auprès de migrants mineurs non accompagnés », Canal Psy, 123 | 2018, 32-37.

Référence électronique

Muriel Bossuroy, Cassandre Martin et Cloé Pons, « Le travail du psychologue auprès de migrants mineurs non accompagnés », Canal Psy [En ligne], 123 | 2018, mis en ligne le 07 avril 2021, consulté le 28 novembre 2021. URL : https://publications-prairial.fr/canalpsy/index.php?id=1920

Auteurs

Muriel Bossuroy

Psychologue et maitre de conférences à l’université Lyon 2

Cassandre Martin

Psychologue dans une association d’insertion sociale et professionnelle à Orléans

Cloé Pons

Psychologue dans un centre de mise à l’abri pour mineurs non accompagnés à Lyon