Introduction
Les violences conjugales constituent un phénomène social majeur, longtemps relégué au domaine privé mais désormais reconnu comme un enjeu de santé publique. En France, plus de 200 000 victimes ont été recensées en 2022, dont la majorité sont des femmes (Ministère de l’Intérieur, 2023). Ces données rejoignent celles de l’Organisation mondiale de la santé qui estime qu’une femme sur trois subira, au cours de sa vie, des violences physiques ou sexuelles de la part de son partenaire (WHO, 2021). La spécificité des violences conjugales tient au fait qu’elles se déploient dans un espace intime censé être protecteur, ce qui accentue le sentiment de trahison et les effets délétères sur la psyché.
Au-delà des conséquences physiques, elles engendrent des séquelles psychotraumatiques complexes qui affectent l’identité, la confiance en soi et la parentalité. Le traumatisme qu’elles provoquent correspond souvent au type II, c’est-à-dire des évènements répétés, chroniques et inéluctables. Dans certains cas, il peut s’entrelacer à des traumatismes précoces, renforçant la vulnérabilité des victimes (Josse, 2019). Comprendre ce processus implique de dépasser une lecture statique du symptôme pour envisager une dynamique psychique faite de ruptures, de défenses, mais aussi de possibilités de réorganisation et de résilience.
Dans cette perspective, le référentiel constructiviste de Piaget (assimilation et accommodation des schèmes) et l’apport socio-constructiviste de Vygotski (importance du soutien social et du rôle du tiers) offrent un cadre pertinent. Ils permettent de concevoir le traumatisme comme un processus évolutif : les victimes doivent réorganiser leurs schèmes pour intégrer l’expérience violente, dans une tension constante entre isolement et ouverture. Cette approche positionne ainsi la victime comme actrice de sa reconstruction, tout en soulignant l’importance des appuis externes dans ce cheminement.
L’objectif de cette recherche est de modéliser les processus mis en jeu dans l’intégration psychique du traumatisme des violences conjugales, afin de mieux comprendre les modalités de réorganisation identitaire et d’ouvrir des pistes pour un accompagnement thérapeutique et social adapté.
Cadre théorique
Les violences conjugales : typologie et clinique
Les violences conjugales recouvrent plusieurs formes : physiques, psychologiques, sexuelles, économiques ou encore administratives (Ministère de la Justice, 2024). La violence physique constitue la manifestation la plus visible, mais elle est souvent précédée et accompagnée de violences psychologiques (Hirigoyen, 2010). Les violences sexuelles, quant à elles, demeurent parmi les plus difficiles à verbaliser, en raison de la honte et du sentiment de culpabilité qui les accompagnent (Grihom, 2015). Enfin, les violences économiques ou administratives viennent renforcer la dépendance et l’isolement de la victime (Salmona, 2017). Au-delà de la diversité des formes, les violences s’inscrivent dans une dynamique relationnelle répétitive que Walker (1979) a conceptualisée sous le nom de cycle de la violence : phase de lune de miel, montée des tensions, explosion de la violence, puis justification. Ce cycle, qui tend à se répéter avec une intensité croissante, contribue à la confusion et à l’impuissance de la victime.
Un des mécanismes centraux de cette dynamique est l’emprise. En ce sens, Hirigoyen (1998, citée par Hirigoyen, 2010) a décrit la communication perverse comme un procédé de manipulation visant à sidérer et à déstabiliser la victime. Cette emprise induit une perte progressive de repères et un doute sur ses propres perceptions. La sidération, conséquence neurobiologique du trauma, désactive les capacités de réflexion et déclenche des mécanismes de survie (Nemeroff, 2009 cité par Salmona, 2017). Ceci explique pourquoi la victime peut paraître passive ou ambivalente face à la violence.
Obstacles à la reconnaissance et conséquences psychiques
Les victimes peinent souvent à reconnaître la situation de violence. Cela s’explique par plusieurs facteurs : la banalisation de certains comportements (micro-violences, contrôle) ; le déni et la dissonance cognitive (permettant de maintenir une illusion de normalité) ; le poids des représentations sociales (confusion entre conflit et violence, culpabilisation des victimes) (Hirigoyen, 2009). Ces obstacles sont renforcés par des fausses croyances qui normaliseraient la violence, le réseau social informel de la victime, peu sollicité, ou encore le système judiciaire ou les professionnels de santé qui n’aborderaient pas systématiquement cette question (Redondo & Correia, 2019).
Les conséquences psychiques sont multiples : perte d’estime de soi, troubles anxieux et dépressifs ou encore dissociation traumatique (Salmona, 2020). Les violences répétées peuvent entraîner un état de stress post-traumatique complexe, marqué par des intrusions, des évitements, une hypervigilance et une altération durable de l’identité. La dissociation, en particulier, constitue une défense adaptative qui permet de survivre à l’instant de la violence, mais elle entrave la mise en sens et l’intégration psychique du vécu (Revue de santé scolaire et universitaire, 2013).
Les effets se répercutent également sur la parentalité. Le parent victime peut se trouver indisponible psychiquement pour ses enfants, absorbé par le trauma. La fonction parentale est alors fragilisée, parfois déqualifiée par le parent agresseur, ce qui limite la capacité de protection et peut accentuer la culpabilité (Saldier et al., 2020).
L’apport de la théorie piagétienne
Dans une perspective constructiviste, Piaget (1967) considère que l’intelligence se développe grâce à l’organisation progressive de schèmes, entendus comme des unités d’action et de pensée permettant d’interagir avec l’environnement. Chaque expérience est soit assimilée (intégrée dans des structures préexistantes), soit accommodée (modifiant les schèmes existants). L’équilibration est le processus dynamique qui permet de dépasser les déséquilibres et d’atteindre un nouvel équilibre cognitif (Montangero et al., 2019).
Dans le contexte des violences conjugales, les schèmes relationnels peuvent se rigidifier, piégeant la victime dans des boucles répétitives. Ces schèmes rigides enferment le sujet dans un système fermé (Von Bertalanffy, 1968), où les rétroactions négatives empêchent toute adaptation. A contrario, des schèmes préservés peuvent constituer des ressources permettant d’ouvrir le système et de mobiliser des alternatives.
La notion de compensation permet d’analyser la manière dont le sujet tente de retrouver un équilibre face au traumatisme :
- Compensation alpha : maintien coûteux des schèmes existants, par déni, dissociation, rationalisation. L’expérience violente est minimisée ou mise à distance, mais sans être intégrée.
- Compensation bêta : amorce de décentration, reconnaissance partielle de la violence, ouverture à l’altérité grâce à l’intervention d’un tiers. Le sujet oscille entre assimilation et accommodation, sans parvenir encore à une réorganisation stable.
- Compensation gamma : réorganisation profonde des schèmes, intégration du traumatisme et émergence d’une nouvelle identité. Cette phase suppose un environnement suffisamment contenant pour permettre la symbolisation.
Le modèle de la psychogenèse
Le modèle de la psychogenèse de la parentalité à l’épreuve du handicap (Clavel et al., 2022) éclaire ces processus. La rupture initiale provoquée par le trauma correspond à une pathogenèse, marquée par un figement et un isolement. Les boucles fermées entretiennent la rigidité et empêchent toute ouverture. Le passage à une psychogenèse suppose l’intervention d’alter ego ou de tiers soutenants, qui introduisent de la triangulation et permettent au sujet de se décentrer.
Ce passage d’un système fermé à un système ouvert rejoint les apports de la théorie de l’attachement et des travaux sur la résilience qui soulignent le rôle décisif du soutien externe dans la transformation du vécu traumatique. Ainsi, la reconstruction psychique ne peut se penser sans l’articulation entre les ressources internes du sujet et les appuis externes (portage, fonction phorique).
Problématique
Les violences conjugales constituent une perturbation durable du fonctionnement psychique. Dans une lecture constructiviste, elles déstabilisent les schèmes et rompent l’équilibration, en enfermant souvent la victime dans un système fermé marqué par l’isolement et l’emprise. La question centrale est alors de comprendre comment, et à quelles conditions, les victimes parviennent à réorganiser leurs schèmes pour intégrer l’expérience traumatique et amorcer une reconstruction identitaire. Cette étude exploratoire vise à modéliser les processus d’intégration psychique en mobilisant la théorie piagétienne de l’assimilation et de l’accommodation, la distinction entre systèmes ouverts et fermés et la dynamique compensatoire allant de la protection défensive à la réorganisation profonde. Elle cherche à mettre en lumière les mécanismes qui permettent de dépasser une stagnation traumatique, le rôle des ressources internes et externes dans le passage vers un système plus ouvert, ainsi que les effets de ce processus sur la disponibilité parentale et le sentiment de compétence. L’objectif est de proposer une modélisation clinique susceptible d’éclairer de nouvelles pistes d’intervention.
Méthodologie
Cette étude qualitative vise à explorer le processus d’intégration psychique du traumatisme des violences conjugales à partir des récits de victimes. La méthode qualitative s’impose car elle permet d’accéder à la signification subjective que les participants attribuent à leur vécu (Santiago Delefosse & Rio Carral, 2017).
L’échantillon se compose de dix participants, dont neuf femmes et un homme, tous majeurs et ayant vécu des violences conjugales (physiques, psychologiques, sexuelles ou économiques). Leur diversité de parcours, certaines violences étant récentes et d’autres plus anciennes, a permis d’appréhender différents stades de reconstruction. Les participants ont été recrutés via des groupes d’entraide en ligne, après diffusion d’un message expliquant les objectifs de la recherche. Le consentement éclairé a été recueilli pour chaque entretien, dans le respect de l’anonymat et de la confidentialité.
Les données ont été recueillies par entretiens semi-directifs, menés en présentiel, en visioconférence ou par téléphone, selon les contraintes et préférences des participants. Un guide d’entretien souple a orienté la discussion autour de thématiques clés : perception initiale de la violence, processus d’intégration psychique, ressources internes et externes, impact sur la parentalité, reconstruction identitaire et résilience.
Les entretiens ont été enregistrés puis retranscrits intégralement. L’analyse thématique de contenu (Castillo, 2021) a permis d’identifier des thèmes et sous-thèmes récurrents, mettant en évidence les mécanismes psychiques et relationnels mobilisés par les victimes dans leur parcours d’intégration et de reconstruction.
Résultats
Compensation alpha et système fermé
Dans un premier temps, les victimes décrivent un fonctionnement psychique marqué par la sidération et la mise en place de mécanismes de défense tels que la dissociation ou la rationalisation. Certaines expriment le sentiment de raconter « l’histoire de quelqu’un d’autre », traduisant une mise à distance de l’expérience insoutenable, tandis que d’autres minimisent les violences en les attribuant à la fatigue, à la jalousie ou à l’amour, tentant ainsi de maintenir une image idéalisée de l’agresseur. Comme l’exprime Mme P « Je me suis dit c’est les mauvaises humeurs, c’est tout voilà »
Cette dynamique défensive s’accompagne de phénomènes d’emprise et d’isolement : l’agresseur occupe une place centrale et exclusive, réduisant l’accès aux ressources externes. Les participantes rapportent un retrait progressif de leurs relations sociales, renforçant l’enfermement dans un système fermé. La culpabilité et la remise en question de soi sont récurrentes : plusieurs évoquent le doute constant quant à leurs émotions, leurs réactions ou leur responsabilité dans les violences. Enfin, certains récits mettent en évidence une répétition traumatique, où les violences conjugales réactivent des expériences infantiles d’inceste ou de maltraitance, rejouant des schèmes précocement marqués par la non-protection et l’absence de reconnaissance.
Dans ce contexte, la disponibilité psychique parentale apparaît fortement compromise. Les parents se montrent là physiquement mais pas vraiment présents, réduits à assurer le strict minimum pour leurs enfants, le trauma occupant l’essentiel de l’espace psychique.
Quand l’autre fait tiers : amorce d’une compensation bêta
Une évolution dans le discours des sujets peut être entendue. En effet, la perturbation du traumatisme qui était jusqu’alors rejetée ou minimisée devient peu à peu reconnue, marquant un tournant dans la prise de conscience. On observe que cette première décentration est souvent déclenchée par des instants de réflexion intime ou des événements marquants. Cette première décentration confronte la victime à l’ambivalence de l’objet aimé, à la fois idéalisé et destructeur, et s’accompagne d’un sentiment de perte et de deuil identitaire.
Le rôle du tiers est déterminant dans ce passage. L’intervention d’un proche, d’un professionnel ou d’un enfant agit comme une triangulation, permettant de voir la relation sous un angle nouveau. Mme E en témoigne « Et là… je crois que j’ai eu comme un électrochoc. Je l’ai vu… vraiment vu… mon fils, 15 ans, obligé de jouer le rôle de l’adulte. Et j’ai senti que ça pouvait plus continuer. » Ce regard extérieur met en mouvement un système jusque-là figé, ouvrant la possibilité d’intégrer autrement l’expérience. Cette prise de conscience entraîne un bouleversement des schèmes préexistants et nécessite des processus d’accommodation. L’image de soi se transforme, tout comme les croyances sur l’amour ou la confiance. Une ouverture sur l’extérieur peut alors s’observer. Certaines participantes évoquent pour la première fois le recours à un accompagnement spécialisé, le soutien institutionnel devient un appui essentiel dans la reconnaissance du vécu et dans le passage à un système plus ouvert.
Enfin, la parentalité entre elle aussi dans une phase de transition. Ces prises de conscience permettent un premier réinvestissement du rôle parental, encore fragile, mais qui témoigne d’un mouvement de sortie des compensations alpha vers les compensations bêta.
Compensation gamma : reconstruction et résilience
Certains participants amorcent un travail profond de réorganisation de soi et de leurs relations, marqué par une redéfinition de leurs limites et de leurs croyances. Mme E l’exprime avec force : « Je suis plus du tout la même. Je suis un peu comme un phœnix… j’ai dû me reconstruire de zéro ». Ce processus illustre le passage vers des compensations gamma : les défenses rigides s’assouplissent et la subjectivation reprend.
Le rôle du soutien affectif est central. Les proches offrent un portage, une présence continue et non jugeante, qui permet aux victimes de ne pas replonger. Parallèlement, l’accompagnement professionnel joue une fonction phorique : le vécu brut est accueilli, mis en mots et transformé en représentations pensables.
Ces appuis permettent de réactiver des ressources internes et d’amorcer un rapport plus apaisé à la vulnérabilité. Mme N parle ainsi d’une capacité retrouvée « Je crois que j’ai aussi une forme de résilience… une capacité à rebondir, à chercher du sens ». Ce cheminement témoigne d’un véritable mouvement de compensation gamma, où la blessure n’empêche plus la projection dans l’avenir.
Enfin, la parentalité devient un levier actif de reconstruction. Les participants décrivent une reprise réflexive et choisie de leur rôle parental. La fonction parentale, jusque-là entravée par la sidération, se réorganise en un espace de continuité et de transmission, permettant au parent de soutenir psychiquement son enfant tout en consolidant sa propre reconstruction identitaire.
Pour rendre compte de manière synthétique du processus d’intégration psychique mis en lumière par cette recherche, le schéma ci-dessous propose une modélisation des différentes phases traversées par les sujets. Ce modèle illustre l’articulation entre les mécanismes internes (compensations, ouverture/fermeture du système), les dynamiques parentales et les soutiens externes (tiers, portage, fonction phorique), dans une perspective développementale.
Figure 1 : Modélisation du processus d’intégration psychique du traumatisme des violences conjugales
Discussion
Les résultats mettent en évidence une trajectoire progressive d’intégration psychique du traumatisme, organisée en trois temps : un repli défensif dans un système fermé, une ouverture progressive grâce à l’intervention d’un tiers, puis une phase de reconstruction identitaire soutenue par des appuis externes.
La première phase correspond à la compensation alpha, marquée par la sidération et le rejet de la perturbation. Les victimes mobilisent des mécanismes de défense tels que la dissociation ou la rationalisation, qui traduisent une tentative de préserver une continuité psychique. Dans cette dynamique, la fonction alpha décrite par Bion (1962 ; 1979) apparaît altérée. En effet, les éléments bruts de l’expérience traumatique ne peuvent être transformés en représentations pensables, ce qui empêche la symbolisation. Ce défaut de mise en sens favorise des répétitions traumatiques, parfois en résonance avec des expériences infantiles antérieures, comme l’ont montré Harrati et al. (2018) avec la notion d’« enchevêtrement de scénarios ».
La seconde phase correspond à l’amorce de compensations bêta. Elle devient possible lorsqu’un tiers vient perturber la relation dyadique, qu’il s’agisse d’un proche, d’un enfant ou d’un professionnel. Ce processus de triangulation (Gérard, 2010) permet une décentration et ouvre la voie à une première mise en sens. Les victimes doivent alors affronter la perte de l’objet idéalisé, ce qui renvoie à la position dépressive décrite par Klein (2016). Ce travail implique un remaniement des schèmes préexistants, en accord avec le processus d’accommodation décrit par Piaget (1936). La prise de conscience n’est toutefois pas linéaire : elle s’accompagne de doutes, de culpabilité et de mouvements de va-et-vient entre fermeture et ouverture.
Enfin, une troisième phase, correspondant aux compensations gamma, témoigne d’une réorganisation plus profonde. Elle suppose la présence d’un environnement suffisamment contenant, capable de soutenir le travail psychique. Le soutien affectif des proches joue un rôle de portage, tandis que l’accompagnement professionnel permet une fonction phorique (Delion, 2000), c’est-à-dire une transformation des vécus bruts en éléments symbolisables. L’alliance de ces deux dimensions favorise la transformation des éléments bêta en éléments alpha (Bion, 1962 ; 1979), permettant au sujet de redonner du sens à son expérience. Cette élaboration soutient la reconstruction identitaire et ouvre la possibilité d’un réinvestissement de la parentalité. À l’inverse, l’absence de tels appuis expose les victimes à des oscillations entre compensations alpha et bêta, comme l’ont montré Clavel et al. (2022) dans leur modèle de psychogenèse.
Ces résultats soulignent que la réparation psychique du traumatisme ne se joue pas uniquement dans l’interprétation, mais dans l’expérience d’une présence contenante et étayante (Küchenhoff, 2006). C’est dans ce cadre de sécurité que peut émerger une dynamique résiliente, marquée par une réorganisation des schèmes, un renforcement identitaire et une réappropriation du rôle parental.
Conclusion
Cette recherche, menée dans une perspective constructiviste et développementale, a exploré le processus d’intégration psychique du traumatisme des violences conjugales. L’analyse qualitative des récits met en évidence une trajectoire évolutive en trois temps : une phase de fermeture marquée par la sidération et les défenses protectrices, une phase de décentration favorisée par l’intervention d’un tiers, puis une phase de reconstruction identitaire soutenue par l’appui de ressources internes et externes.
Ces résultats soulignent la complexité du vécu traumatique, qui désorganise profondément le sujet dans ses liens à soi, à l’autre et dans sa fonction parentale. Ils invitent à envisager les parcours non pas comme figés mais comme des trajectoires dynamiques, où les capacités de symbolisation et de réorganisation peuvent être réactivées. L’apport du modèle de psychogenèse permet de penser les effets de fermeture et d’ouverture des systèmes psychiques, et d’éclairer le rôle des soutiens externes dans la reprise du processus de subjectivation.
D’un point de vue clinique, cette étude met en avant la nécessité d’un accompagnement tenant compte de la temporalité des transformations psychiques. Elle souligne l’importance d’une articulation entre fonction contenante et fonction symbolisante, permettant d’accueillir le trauma tout en favorisant une élaboration. En ce sens, elle propose des repères pour soutenir la reconstruction identitaire, relationnelle et parentale des victimes.

