Le Monte-Cristo de la jeunesse, pièce inédite d’Antoine J.‑B. Simonnin jouée au théâtre Comte en 1847

DOI : 10.35562/fablijes.438

Abstracts

La pièce intitulée « Le Monte-Cristo de la jeunesse » par Jean-Baptiste Simonnin prend comme point de départ le roman d’Alexandre Dumas, Le Comte de Monte-Cristo. Présentée au théâtre Comte du 27 janvier au 23 mars 1847, cette œuvre inédite a pour objectif de corriger et d’éduquer ses personnages en les ramenant au respect de l’ordre social et du devoir filial. Le texte traite également du danger potentiel de la lecture, notamment pour les enfants et les femmes, tout en reconnaissant l’intérêt des ouvrages dont l’utilité pratique, la qualité esthétique et/ou la valeur morale sont bien établies.

The play titled « The Young Person’s Monte-Cristo » by Jean-Baptiste Simonnin uses Alexandre Dumas’s novel, Le Comte de Monte-Cristo, as its starting point. Performed at the théâtre Comte from January 27 to March 23, 1847, this unpublished work aims to correct and educate its characters by promoting respect for social order and filial duty. The text also discusses the potential dangers of reading, especially for children and women, while recognizing the value of works whose practical utility, aesthetic quality, and/or moral value are well established.

Outline

Text

Prenez une leçon ; le théâtre est un instituteur primaire qui apprend aux enfants à lire dans le cœur humain.
Xavier Eyma, La Mansarde de Rose1

Il était une fois une pièce de théâtre, « Le Monte-Cristo de la jeunesse », jouée au théâtre Comte, salle de spectacle parisienne dont le public fut composé surtout d’enfants et d’adolescents accompagnés de leurs parents, professeurs ou bonnes2. L’auteur de cette pièce, Antoine Jean-Baptiste Simonnin, fournissait de nombreux ouvrages au théâtre Comte ainsi que le constatent Hippolyte de Villemessant et Benoît Jouvin dans l’article qu’ils consacrent au « Feu le théâtre Comte » dans Le Figaro du 23 décembre 18553. Dans leur longue « notice nécrologique4 » sur cette scène, ces journalistes citent Simonnin parmi les auteurs qui se sont illustrés dans l’histoire du théâtre Comte et signalent son « Monte-Cristo » parmi les pièces marquantes qui y ont été produites5. Si le nom de Simonnin ne surprend guère dans leur recensement des fournisseurs de ce théâtre situé passage Choiseul, la mention du « Monte-Cristo de la jeunesse » a de quoi étonner puisque cette œuvre, qui a tenu l’affiche du 27 janvier jusqu’au 23 mars 1847, n’a jamais été publiée et manque dans la plupart des dictionnaires bio-bibliographiques du xixe siècle où figure son auteur6. Aussi l’analyse de « Monte-Cristo » à la lumière d’autres œuvres de Simonnin nous permettra-t-elle d’interroger la place qu’occupe cette pièce inédite dans le théâtre de la jeunesse de son temps7.

Simonnin, dramaturge pour la jeunesse : théâtre et usages de la fiction

Au moment de sa mort, on attribue à Simonnin environ deux cents pièces, dont un grand nombre qui ont été écrites en collaboration avec d’autres dramaturges. Certaines de ses pièces prennent comme point de départ un personnage historique (Racine, Louis XII, Catherine II de Russie, Voltaire), d’autres un personnage fictif (Arlequin, Colombine, Le Chat botté, Riquet à la houppe) tandis que d’autres encore adaptent, commentent ou parodient une œuvre récente8. La Peau de chagrin, ou le Roman en action, extravagance romantique, comédie-vaudeville en trois actes, par Simonnin et Théodore N*** [Nézel], jouée au théâtre de la Gaîté le 4 novembre 1832, se trouve dans cette dernière catégorie pour laquelle Simonnin semble avoir un goût décidé, à moins que ce ne soit des directeurs de théâtre ou ses collaborateurs qui le sollicitent à l’occasion9. « Le Monte-Cristo de la jeunesse », qui appartient également à ce genre de pièces, n’est donc nullement une aberration dans l’œuvre de Simonnin, à part le fait que c’est un des rares ouvrages basés sur un texte contemporain que le dramaturge destine au théâtre Comte et qu’il écrit seul10. Mais avant d’approfondir notre étude de son « Monte-Cristo », examinons brièvement une œuvre dans un autre genre que Simonnin a écrite pour le théâtre Comte.

Augusta, ou Comme on corrige une jeune personne, comédie-vaudeville en deux actes de Simonnin, fait partie de la troisième série des pièces composant le Répertoire dramatique de l’enfance et de la jeunesse. Théâtre de M. Comte. Or, comme le précise un tableau imprimé à la fin de cet ouvrage, la troisième série comprend des pièces destinées aux adolescents âgés de douze à seize ans11. Si nous avons choisi cette pièce parmi maintes autres, c’est pour montrer que toutes les œuvres dramatiques jouées au théâtre Comte ne se rattachent pas à des œuvres précédentes ni ne visent la même tranche d’âge du public. Augusta s’adresse aux plus âgés des jeunes spectateurs comme c’est sans doute le cas pour « Le Monte-Cristo de la jeunesse ». La deuxième partie du titre d’Augusta offre par ailleurs des informations qui seront utiles à notre analyse du « Monte-Cristo ». En soulignant le but pédagogico-moral et la finalité socialisante12 de l’œuvre, ce sous-titre (Comme on corrige une jeune personne) nous rappelle que les pièces jouées au théâtre Comte cherchent le plus souvent à plaire et à instruire le public juvénile qui fréquente cette salle de spectacle13.

Ayant précisé quelques traits qui marquent une partie de l’œuvre dramatique de Simonnin – sa tendance à privilégier des messages d’ordre culturel, social et moral dans un certain nombre de ses pièces –, nous pouvons maintenant nous intéresser au « Monte-Cristo de la jeunesse ». On constatera alors que cette pièce a un lien étroit avec l’actualité littéraire, comme La Peau de chagrin entre autres. Le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas, publié d’abord en feuilleton dans le Journal des débats (28 août 1844-15 janvier 1846), paraît en volume chez Pétion en 1845-184614. Le roman connaît une grande vogue dont Dumas et son collaborateur, Auguste Maquet, profiteront pour le transformer en pièces qui seront jouées au Théâtre-Historique à partir de 1848. Mais en 1847, il n’est pas encore question de cette adaptation. La pièce de Simonnin se rapporte donc au texte narratif où, comme dans La Peau de chagrin de Balzac revisité par Simonnin, l’on verra un lecteur du roman induit en erreur que seul le recours à des ruses ramènera à la raison. Dans le cas du « Monte-Cristo », il s’agira de ramener certains personnages de la pièce au respect de l’ordre social et du devoir filial15. Ce dernier thème fait non seulement écho à l’idéologie typique du théâtre de la jeunesse, mais aussi à l’univers romanesque de Dumas et en particulier à son Monte-Cristo où Edmond Dantès se montre fils modèle pour son père ainsi que pour M. Morel et l’abbé Faria qui lui servent de substituts de père.

Le danger de la lecture (pour les enfants, les femmes et autres personnes impressionnables) n’est pas un sujet que l’on a inventé au xixe siècle, mais que l’on rencontre encore souvent dans des textes de cette époque. Les études à ce sujet ne manquent pas16. On peut y ajouter des exemples rarement évoqués tels « Clarisse, ou les Héros de roman », proverbe de Narcisse Fournier publié dans le Journal des demoiselles en février 1839 et La Peau de chagrin de Simonnin et Nézel où une jeune femme dit en parlant de Raphael, commis marchand de calicots : « Ô Dieu ! aime-t-il les romans, mon jeune homme… surtout les romans… romantiques… Il en a la tête farcie, et je [le] crois un peu timbré17… » Une des revues de fin d’année de 1846, L’Île de Monte-Christo [sic], vaudeville en un acte d’Auguste Jouhaud (théâtre Beaumarchais, 26 décembre 1846), suggère aussi que l’abus de la lecture peut provoquer une sorte de folie. Ainsi, un des personnages dit au sujet de son oncle :

Charles. M. Gobin, qui n’a rien à faire, passe sa vie à lire des romans… ce qui n’a pas peu contribué à lui faire perdre le peu de raison qu’il avait…

Floribel. Nos romans sont bien faits pour ça…

Charles. Il a lu dernièrement le Comte de Monte-Christo, et cet ouvrage l’a tellement impressionné, qu’il ne rêve plus qu’île déserte, trésors, diamants !… C’est au point que, fatigué du tumulte de Paris, il a voulu à toute force partir pour l’île de Monte-Christo ! Qu’ai-je fait alors ? j’ai conçu le projet d’un départ simulé, j’ai embarqué sur la Seine mon oncle et son fidèle serviteur Loulou […], et, au moyen d’un léger narcotique, ils ne se sont réveillés qu’à l’île… Saint-Denis ! persuadés qu’ils avaient traversé les mers, et qu’ils débarquaient à Monte-Christo !

Floribel, riant. La bonne folie18 !…

Si les exemples ci-dessus font comprendre que la lecture peut compromettre l’unité, la fortune ou la formation des familles, ils diffèrent tout de même du « Monte-Cristo de la jeunesse » où il est question de Joseph, un jeune homme de Châteauroux obsédé par la « Monté-Christomanie » du moment ; de son ami Oscar, jeune homme à la mode qui a abandonné et renié sa famille d’origine modeste à Paris ; et de deux paysans qui envient les richesses des autres. Suivis de loin de Galimard (père de Joseph et propriétaire aisé) et d’un de ses vieux amis (un ancien magistrat millionnaire nommé Salvator19), ces jeunes personnes se lanceront dans un voyage parsemé de difficultés, de déceptions et de révélations qui finiront par les rappeler à la raison. Le caractère pédagogique et moral de leur périple initiatique est ainsi particulièrement bien souligné de même que le rôle de la sagesse paternelle20. La première scène du premier acte du « Monte-Cristo de la jeunesse » l’annonce clairement :

Galimard, seul ; il entre en parlant. Joseph ! Joseph !… comment, paresseux ; tu n’es pas encore levé ?… […] Allons donc mon garçon, il est déjà grand jour. […] Ah ! il est déjà levé !… C’est étonnant, lui qui ordinairement passe toutes ses nuits à lire… Si du moins il lisait de bons ouvrages qui puissent l’instruire… Ah bien oui !… Il lit les romans du jour, les feuilletons, les… que sais-je, moi… un tas de productions monstrueuses qui ont déjà commencé d’ébranler sa raison !… Pauvre enfant !… Heureusement mon ami Salvator est en voyage depuis deux mois pour chercher, pour étudier par quels moyens on pourrait parvenir à rendre la raison à mon pauvre Joseph… (I, 1er tabl., sc. 1.)

Du mirage romanesque à l’expérience du monde : une quête initiatique contrariée

À la scène deux de l’acte I, Joseph rentre dans sa chambre et y trouve son père. Il lui explique qu’il est allé contempler le lever du soleil, se servant de tournures que Galimard qualifie de galimatias qu’on ne trouverait pas chez de grands écrivains tels Corneille, Racine et La Fontaine. Joseph répond qu’il s’exprime comme on le fait dans les « grands ouvrages modernes : La Peau de chagrin, de Balzac, Plic et Ploc, Le Juif errant [d’Eugène Sue] ; et… Le Comte de Monte-Cristo… (soupirant) que je n’ai pas encore pu me procurer » (I, 1er tabl., sc. 2). C’est son ami Oscar qui lui a fait l’éloge de ce dernier roman. Galimard n’est pas impressionné. D’après lui, Oscar est une personne peu recommandable :

Galimard. Ah ! oui, […] MOscar, un jeune lion, comme ils disent à Paris, un de ces élégants ridicules qui passent leur existence tout entière dans les jeux, les bals, les orgies, au lieu de suivre une carrière honorable, un état dans lequel ils puissent se rendre utiles à la société21… (I, 1er tabl., sc. 2.)

Le paternalisme et le conservatisme littéraire, moral et social de Galimard sont ainsi mis en évidence dès le début de la pièce de même que son intention de corriger les « erreurs » de son fils. Mais Joseph persiste dans son désir de se procurer un exemplaire du Comte de Monte-Cristo, homme qui, selon Oscar, existe réellement ainsi que son île. Aussi Oscar propose-t-il que, le roman étant introuvable à Châteauroux, les deux amis partent à la découverte de cette île aux trésors (I, 1er tabl., sc. 4).

L’arrivée sur les lieux de Margot, la sœur d’Oscar, jeune bouquetière qui veut ramener son frère à Paris et à son devoir filial envers leur vieille mère, souligne le fait que la vertu et le bon ordre ne sont pas la préoccupation exclusive d’une seule classe, d’un seul gender ou d’une seule région. Mais Oscar refuse de reconnaître sa sœur et ses obligations familiales. La venue à Châteauroux de Margot coïncide avec celle de Salvator qui a l’intention de ramener Joseph à la raison et qui parle à Galimard d’un domaine en Italie qu’il a acquis à cette fin. « Si nos étourdis voyagent / Leurs deux mentors les suivront », déclare alors Salvator à son ami (I, 1er tabl., sc. 6).

Sur ces entrefaites, Oscar retourne auprès de Joseph avec une carte de géographie à défaut du livre tant souhaité. Les deux jeunes gens regardent bien la carte, repérant Marseille, le Mont-Blanc, puis Livourne et enfin « une île des mers de Toscane / non loin de Luque [Lucques] et Piombino… / Monte-Cristo ! ». Devant l’hésitation de Joseph à y croire, Oscar lui dit : « Tiens, regarde encore… Tout près de la Pianosa, entre la Corse et l’île d’Elbe… Ah ! ça, mon bon, il n’y a pas un moment à perdre, il faut partir. » (I, 1er tabl., sc. 7 pour les deux citations.) Galimard, qui survient à ce moment-là, feint de prendre au sérieux leur déclaration qu’ils étudient la géographie et leur souhaite une bonne nuit (I, 1er tabl., sc. 8 et 9). Joseph se couche, croyant qu’il va bientôt rendre son père très riche. Il voit en rêve une apparition22 : c’est Edmond Dantès.

Joseph. On m’appelle !… Que vois-je !… C’est lui ! c’est bien lui ! Ô noble et riche héros du roman célèbre d’un auteur plus célèbre encore !… Ô riche et infortunée victime qui m’apparais, parle-moi, je t’en conjure !… je t’en prie ! parle-moi !…

L’Apparition, d’une voix solennelle. Je te donne rendez-vous dans mon île ; tu descendras dans des grottes aux pavés d’émeraudes, aux parois de rubis ; tu verras les perles tomber goutte à goutte comme on voit tomber d’un toit la glace que le soleil fait fondre, et tu seras riche comme un empereur.

[…]

L’Apparition. Dans trois jours… À l’île de Monte Cristo !…

Joseph. Dans trois jours.

Oscar, arrivant. Bon !… Le voilà comme je le voulais… Maintenant réveillons-le, qu’il s’habille, et en route pour l’île de Monte-Cristo ! (La toile baisse.) (I, 1er tabl., sc. 12.)

En route vers l’île de Monte-Cristo, Joseph et Oscar décident de passer la nuit dans la grange d’une ferme. Ils y rencontrent Fanchonnette, une jeune paysanne coquette et envieuse, et Gribouillet, un paysan fainéant et avaricieux qui voudrait être riche sans rien faire. Alors que les deux voyageurs croient pouvoir profiter de l’hospitalité campagnarde (car ils ont été dévalisés et ne peuvent pas payer), ils découvrent que l’on s’attend à ce qu’ils paient le gîte et la nourriture qu’ils réclament23. Joseph et Oscar se plaignent du fait qu’ils n’ont toujours pas pu mettre la main sur le roman de Dumas pour les guider vers l’île dont la découverte les rendra riches24. Aussi Joseph dit-il : « Ah ! ça mais, si nous ne retrouvons pas le roman d’Alexandre Dumas, comment ferons-nous ? ». Et Oscar de répondre : « C’est embarrassant… et inquiétant… Je donnerais… 10, 20, 30 napoléons rien que pour un volume, le premier, celui qui contient la description de l’île et son secret. » (II, 2e tabl., sc. 4.) Fanchonnette vient servir le déjeuner et les entend parler des diamants qu’ils comptent trouver dans l’île. Elle prête attention à leur conversation qui pique son intérêt et quand Gribouillet lui annonce qu’il s’est proposé au service des deux voyageurs, qui l’ont accepté, elle décide de les suivre aussi. Margot, qui a suivi la trace de son frère, lui demande de rentrer à Paris avec elle pour qu’elle puisse se marier. Oscar refuse. Un violent orage éclate et arrête un instant le départ de Joseph, Oscar et les deux paysans.

Salvator arrive alors déguisé en commis voyageur en librairie et porte une caisse de livres. Il souhaite s’abriter de l’orage et se sécher auprès d’eux. Oscar lui demande s’il « Peut voir si [son] catalogue / Renferme un roman fameux, / Un roman partout en vogue, / Que nous recherchons tous les deux… » Oscar et Joseph examinent les livres dans la caisse. Ils y trouvent Les Aventures de Télémaque que Joseph déclare avoir reçu « dix fois aux distributions de prix » et Racine, qu’Oscar proclame « perruque… archiperruque25 ». Joseph y découvre aussi l’œuvre de La Fontaine avant de mettre la main sur Le Comte de Monte-Cristo. Les deux jeunes gens sont ravis, mais dans un aparté adressé au public, Salvator annonce que ce n’est pas le roman de Dumas, « c’est [le Monte-Cristo] de la jeunesse26 ». L’orage ayant cessé, les deux garçons, Fanchonnette et Gribouillet se mettent en route pour « l’île des millions » tandis que les autres paysans retournent travailler aux champs (II, sc. 12 pour toutes les citations).

Le prochain tableau montre les voyageurs à Livourne. Ils sont fatigués et habillés misérablement. Ayant épuisé leurs faibles ressources, ils sont devenus des cabotins ambulants. Joseph porte une lanterne magique sur le dos, Gribouillet joue de l’orgue de barbarie et Fanchonnette du tambour de basque. Joseph est découragé et Oscar essaie de lui remonter le moral :

Nous ne sommes pas encore arrivés à la fortune, mais nous sommes sur le chemin… (Il lui montre le livre.) D’après la description que donne ce livre, où est situé[e] l’île de Monte Cristo ? Dans les mers de Toscane !… Où sommes-nous en ce moment ? À Livourne, capitale de la Toscane… Où allons-nous ? Nous allons nous embarquer…

Mais puisqu’il faut des fonds pour s’embarquer, ils doivent monter un spectacle de lanterne magique. Joseph demande :

Ne pouvions-nous faire autre chose que des images grotesques, des enluminures pour amuser les enfants ?… Ah ! si mon pauvre père me voyait ainsi ! Moi ! montrer la lanterne magique !… La pièce curieuse27 !… Ah ! (II, 3e tabl., sc. 2 pour les deux citations.)

Pour l’encourager, Oscar chante un couplet sur la nature éphémère de toutes choses humaines – beauté, richesse, titres, rang, etc. – qui passent comme les images d’une lanterne magique. Joseph répond :

Et moi je vais fuir aussi, pour me préparer à bien amuser les petits enfants, pour qu’ils m’applaudissent et me jettent des sous !… (Riant d’un rire convulsif.) Ah ! ah ! ah !… Qu’ça sera drôle !… Ah ! ah ! ah ! ah !… (Il sort furieux) » (II, 3e tabl., sc. 2.)

Finalement, ce sera Oscar, accompagné de Fanchonnette et Gribouillet, qui montrera le spectacle chez des particuliers28.

Fiction, illusion et désillusion : l’éducation d’un jeune public par le théâtre

L’acte iii comprend le spectacle de lanterne magique qui, dans une série de douze tableaux, résume l’action du roman de Dumas à partir du moment où Dantès, enfermé dans le château d’If, apprend de l’abbé Faria, qui est sur le point de mourir, le secret des millions29. Ensuite on raconte et montre l’évasion de prison de Dantès, son arrivée dans l’île de Monte-Cristo et sa découverte du trésor qui y est caché, le vaisseau qui l’emmène, son arrivée à Paris où il vit dans le luxe, la tentative d’infanticide perpétré à la maison d’Auteuil, le sauvetage du bébé qui devient mauvais sujet et qui, après être arrêté par la police, s’évade de prison et vit sous un faux nom de prince à Paris où le scandale de son mariage avec la fille du baron Danglars éclate au grand jour. On voit aussi Monte Cristo se promenant avec sa « fille adoptive » Haydée, sa visite au télégraphe de Montlhéry, le secours qu’il porte à Valentine et la bénédiction par Noirtier de son mariage avec Maxime Morel30. L’argent gagné à la fin du spectacle permet à Joseph, Oscar, Fanchonnette et Gribouillet de partir pour l’île de Monte-Cristo.

Passés dans l’île sur un petit navire affrété par Salvator (sans qu’ils le sachent), les quatre jeunes gens veulent chercher le trésor de Monte-Cristo. Salvator, déguisé en Monte Cristo, est accompagné de Galimard et de Margot (la sœur d’Oscar). Ils sont déjà présents dans l’île et voient arriver les quatre chercheurs de trésor qui se trouvent non seulement avides des richesses, mais aussi affamés. Salvator-Monte Cristo leur fait servir un repas dont tous les mets sont en or, et donc impossibles à consommer. Le vin est fait de rubis, les sauces de diamants et Fanchonnette et Gribouillet s’en plaignent à leur hôte qui leur rappelle : « Vous désiriez comme étant, suivant vous, les choses les plus précieuses de la vie, toi, Fanchonnette, des diamants et des rubis ; toi, Gribouillet, de l’or, rien que de l’or… » (III, 6e tabl., sc. 2.) Il évoque aussi l’histoire du roi Midas, et déclare que leur cupidité à tous deux a rendu cette fable une réalité, mais promet de les nourrir après le mariage de sa fille adoptive. Oscar et Gribouillet, pensant à la dot, se proposent de l’épouser. Fanchonnette est outrée d’être délaissée par Gribouillet. Joseph, quant à lui, tombe en délire :

Tout ceci n’est qu’un jeu, un indigne guet-apens, une abominable déception… (À Oscar.)
Mais tu ne vois donc pas que nous sommes joués, bafoués, mystifiés comme des niais, comme des enfants à qui l’on fait la leçon !… Ainsi j’ai quitté ma ville natale, j’ai déserté la maison paternelle, j’ai abandonné mon père… (Pleurant.) Je l’ai abandonné, mon père !… (Donnant tout à coup un éclat de voix terrible.) Et pourquoi ? Pour me faire vagabond, aventurier, montreur de lanterne magique !… mendiant !… Et un pas de plus, peut-être… Ô déshonneur !… ô infamie !… J’ai traîné sur la place publique le nom de mon père !… Et mon père m’a maudit, car je l’ai déshonoré !… J’ai mérité sa malédiction !… (d’un éclat de voix terrible.) car bientôt peut-être !… je vais monter… ah !… (Il cache sa figure dans ses mains avec honte en pleurant à chaudes larmes.) (III, 6e tabl., sc. 3.)

Quand Galimard se montre, Joseph lui demande pardon à genoux et déclare qu’il n’est pas entièrement dépravé puisqu’il revient comme l’enfant prodigue. Il affirme qu’il n’a cherché des trésors que pour enrichir son père, mais qu’il comprend maintenant que le trésor n’est qu’un mensonge. Salvator lui dit qu’il a tort de penser ainsi et l’amène dans une riche bibliothèque. Là, lui dit-il, sont de véritables trésors.

Salvator. Cette bibliothèque se compose de livres instructifs sur la cosmographie, la géographie et l’histoire… Vous faut-il, pour varier vos études et vos plaisirs, des ouvrages d’un autre genre ?… Tenez… (Il montre tour à tour chaque livre qu’il cite dans le couplet suivant).

       Voici les œuvres de Corneille,
   Que son vers est sublime et beau !…
     Voilà bien une autre merveille,
         Voilà l’Émile de Rousseau !
                    Et si la Grèce
                   Vous intéresse
                    D’Anacharsis
                Apprenez les récits.
                  Voici Plutarque,
                  Puis Aristarque,
                      Voici Rollin,
            La Harpe et Bernardin !
    Cent fois heureuse est la jeunesse
      Qui dans ces livres-là s’instruit !
       Ils sont pour le cœur et l’esprit
              La plus belle richesse !
                Voilà de la richesse ! (III, 8e tabl., sc. 5.)

Oscar demande alors quels sont les trésors qu’on lui réserve. Salvator-Monte Cristo lui rappelle qu’il a demandé en mariage sa fille adoptive qui choisira elle-même son futur époux. Or, il se trouve que cette nouvelle Haydée voilée est sa sœur, Margot :

Oscar. En voilà une tuile !… Allons, plus moyen de s’en échapper… Nous allons retourner à Paris consoler ma pauvre mère !… Elle est si bonne qu’elle me pardonnera… Et toi Joseph, me pardonneras-tu d’avoir égaré ta jeunesse ?…

Joseph. Je ne saurais t’en vouloir, puisque grâce au voyage que tu m’as fait faire, chacun de nous trouve en ces lieux un vrai trésor : toi, une sœur honnête et courageuse qui va te rendre à la famille, et moi je retrouve ici le meilleur, le plus tendre des pères. (III, 8e tabl., sc. 6.)

La scène change encore, laissant voir une vaste plaine, moitié en blé, moitié en labour où une charrue est attelée à deux bœufs menés par un laboureur. Salvator déclare alors :

Voyez ce riche tableau de la nature abondante et prodigue de tous les biens de la vie !… Cette terre était inculte et stérile ; voyez tous les trésors qu’elle renfermait dans son sein… Oserez-vous dire que le blé qui vous nourrit, le chanvre et la laine qui servent à vous vêtir, les pâturages qui engraissent les bestiaux, oserez-vous dire que ce ne sont pas là des trésors cent fois plus utiles, mille fois plus précieux que l’or et les diamants31 ?… (III, 9e tabl., [sc. unique].)

Enfin, Oscar reconnaît que celui qu’il prenait pour le comte de Monte Cristo est en réalité M. Salvator. Mais Salvator lui dit : « Vous ne vous trompiez pas : je suis le Comte de Monte Cristo… celui de la jeunesse ! » Puis Salvator chante le chœur final traditionnellement adressé au public pour solliciter son approbation de la pièce : « Bien que l’autre vous intéresse, / Messieurs, notre Monte-Cristo, / Écrit exprès pour la jeunesse, / Réclame aussi quelque bravo32 ! » (III, 9e tabl., [sc. unique].)

Dans un entrefilet publié dans Le Charivari du 8 février 1847, n. p. [p. 4], on lit :

La brillante mise en scène du Monte-Cristo de la jeunesse et la morale divertissante de cette pièce lui ont valu un succès qui sera durable si l’on en juge par la foule qui encombre tous les soirs le passage Choiseul.

Mais, à la fin, qu’en est-il de l’appartenance de cette pièce manuscrite au théâtre d’enfance ? Comme nous l’avons vu, « Le Monte-Cristo de la jeunesse » de Simonnin fait partie d’un groupe de textes dramatiques de l’auteur qui sont liés à des œuvres narratives contemporaines. Or, certaines pièces dans cette catégorie sont jouées sur des théâtres populaires du Boulevard (le théâtre de la Gaîté, le théâtre des Variétés, le théâtre des Nouveautés) plutôt qu’au théâtre Comte. Ce qui semble faire la différence entre « Le Monte-Cristo de la jeunesse » et ces autres pièces, c’est sa finalité éducative. Comme de nombreux autres textes écrits pour les enfants, « Le Monte-Cristo de la jeunesse » prend la forme d’une quête initiatique où l’on oppose de mauvais conseillers et de fausses valeurs à des mentors sages et de vraies valeurs. L’enfant ou l’adolescent passe par une série d’épreuves qui lui permettent de démêler le bon du mauvais, la raison du rêve, l’égoïsme de la générosité, du sens de la famille et du devoir. C’est aussi le cas dans une pièce comme Augusta de Simonnin, ouvrage également représenté au théâtre Comte, mais qui ne s’inspire pas d’un texte récent. Julie Anselmini, entre autres, a montré que la transformation, l’adaptation d’un écrit qui n’est pas destiné au départ à un public juvénile n’est pas un processus unidimensionnel33. Nous avons vu, dans le cas du « Monte-Cristo de la jeunesse », qu’il ne s’agissait pas, ou pas seulement, de reproduire sous une forme simplifiée ou moralisée une version du texte dumasien. Certes la pièce de Simonnin rappelle des éléments du texte source de Dumas par le moyen d’un spectacle de lanterne magique, mais ce n’est pas là son but principal. Si la reprise de l’histoire d’Edmond Dantès permet à Simonnin et à Louis Comte, directeur du théâtre, de profiter de la popularité du roman de Dumas, Simonnin insère l’aventure du célèbre comte dans une œuvre originale dont Joseph, Oscar, Fanchonnette, Gribouillet, M. Galimard et Salvator sont les protagonistes. La fantaisie est ainsi déployée pour dissiper les illusions auxquelles sont sujets les jeunes. C’est se conformer à la règle ancienne qui conseille aux auteurs de plaire à et instruire le public pour qu’il ne perde pas son temps ni ne se voie perverti par ce qu’il lit34.

Le thème de la bonne et la mauvaise littérature pour les jeunes n’est donc pas un simple ajout au « Monte-Cristo de la jeunesse » de Simonnin, ni un énième commentaire dépréciateur sur la littérature industrielle et moderne35. Si la pièce insiste sur l’importance des matières utiles (histoire, géographie, agriculture) et des textes consacrés par le temps et la moralité (Racine, Corneille, La Fontaine, Rousseau, Genlis, Bernardin de Saint-Pierre, etc.), c’est, apparemment, dans le but de freiner tout dévoiement social ou moral des jeunes Français. Apprendre à apprécier la sagesse paternelle et le patrimoine culturel traditionnel, à rester à sa place et accepter sa responsabilité sociale et familiale, voilà la leçon que cette pièce semble chercher à transmettre à son jeune public. Il n’en est pas moins vrai que la pièce de Simonnin fait découvrir le roman de Dumas aux adolescents dans la salle du théâtre Comte et le rappelle au souvenir des adultes qui les y accompagnent. Mais, comme beaucoup de pièces jouées au théâtre Comte, le « Monte-Cristo de la jeunesse » ne fait pas l’objet d’un recensement développé. Les journaux se contentent de le mentionner dans un entrefilet et/ou de le noter parmi les spectacles à l’affiche36. Parmi les rares exceptions à cette pratique, on trouve un petit paragraphe que Victor Hennequin consacre à la pièce à la fin de la « Revue dramatique » de la Démocratie pacifique du 1er-2 février 1847.

– M. Comte a donné cette semaine une pièce à grand spectacle, Salvator, ou le Monte-Christo de la jeunesse. Il y a de grandes invraisemblances. Nous pourrions en amuser nos lecteurs, si nous avions de la place, mais tout est racheté par une mise en scène très soignée et surtout par un bon enseignement. Deux jeunes gens cherchent des trésors : on les conduit mystérieusement dans un souterrain où ils trouvent une bibliothèque et une échappée de vue sur la terre la plus fertile. Ce sont là, en effet, les trésors de l’humanité, les véritables ; on ne mange pas l’or, il ne peut nourrir ni le corps ni l’esprit ; Midas en a fait l’expérience. Monte-Christo… Nous sommes obligés de nous arrêter et de laisser la phrase incomplète, car la Chambre des Députés, toujours fort lourde, est plus lourde que d’habitude aujourd’hui. Ses orateurs pèsent sur le feuilleton et l’écrasent. Le voici qui meurt faute d’espace et d’air37.

Pièce en vogue pendant quelques mois38, le « Monte Cristo de la jeunesse » ne semble pas avoir connu des reprises ultérieures. C’est souvent le cas pour des pièces de circonstance (qui profitent du succès d’une œuvre, de l’actualité politique ou d’un fait divers). Si son message est sans doute resté pertinent, la création d’autres œuvres dramatiques inspirées du roman de Dumas sur des scènes plus importantes de la capitale et le besoin de varier l’offre des plaisirs auront incité l’administration du théâtre Comte à modifier son affiche.

Bibliography

Corpus

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Notes

1 Xavier Eyma, La Mansarde de Rose, Faure, 1867, p. 147. Return to text

2 Voir H. Audiffret, « COMTE (Théâtre des jeunes élèves de M.) », Dictionnaire de la conversation et de la lecture, t. 16, Belin-Mandar, 1835, p. 35-36 ; « Théâtre des Jeunes Élèves », Annuaire général du commerce, de l’industrie, de la magistrature et de l’administration, t. 10, Firmin Didot frères, 1847, p. cxxviii. L’Illustration offre une belle image d’une loge de famille dans ce théâtre (27 juin 1846, p. 261) et la représentation d’un spectateur emblématique de cette salle (29 mai 1847, p. 205). L’article de Jennifer L. Sovde, « An Evening at the Theatre Comte : Commercial Theatre for Children in Early Nineteenth-Century France » (Proceedings of the Western Society for French History, no 42, 2014, p. 89) reprend quant à lui une caricature du Journal pour rire (2 octobre 1852, p. 2). Voir aussi « Petits profils contemporains. M. Comte, physicien du Roi », La Silhouette, 18 avril 1847, p. 3-4 et « Une soirée au théâtre Comte », Le Journal pour rire, 2 octobre 1852, p. 2 ainsi que Patrick Berthier, « À propos du théâtre Comte », Cahiers Robinson, no 8, 2000, p. 63-69 et Nicole Wild, Dictionnaire des théâtres parisiens (1807-1914), Symétrie, 2012. Return to text

3 Hippolyte de Villemessant et Benoît Jouvin, « Feu le théâtre Comte », Le Figaro, 23 décembre 1855, p. 4. Return to text

4 C’est nous qui désignons l’article ainsi. Return to text

5 Dans L’Avant-scène du 1er février 1847, « Théâtres », p. 1, on lit : « Le luxe de la mise en scène de la pièce nouvelle du théâtre Comte, et des scènes aussi divertissantes que morales, ont déterminé le brillant succès du Monte-Christo [sic] de la jeunesse, dû à la plume du doyen de nos vaudevillistes, M. Simonnin ». Dans L’Argus du 4 février 1847, on lit : « Au théâtre des Jeunes Élèves [Comte], succès d’enthousiasme et d’argent avec le Monte Christo [sic] de la Jeunesse. Salle comble tous les soirs » (p. 2) et en date du 25 février 1847, le même journal affirme que la pièce a rapporté plus de 16 000 francs sur les vingt premières représentations (p. 3). Return to text

6 On peut consulter l’Almanach des spectacles de 1831 à 1834, Barba, 1834, p. 126-137. Voir aussi Félix Bourquelot, « Simonnin », La Littérature française contemporaine, t. 6, Delaroque aîné, 1857, p. 381-382. Return to text

7 Le manuscrit du « Monte-Cristo de la jeunesse, pièce fantastique en trois actes et neuf tableaux, en prose mêlée de couplets » de Simonnin, créée au théâtre des Jeunes Élèves du Gymnase-Choiseul [théâtre Comte] le 27 janvier 1847, est conservé à la BnF sous la cote NAF 2959, fol. 3. Je remercie vivement le laboratoire de l’IHRIM, sa directrice et son directeur adjoint, qui m’ont permis d’acquérir la version numérisée de ce document. On lit sur la page titre du manuscrit : « Envoyer les épreuves chez M. Simonnin, rue Notre Dame de Nazareth, 17 », ce qui laisse supposer qu’il avait l’intention de faire publier le texte. Return to text

8 Voir Gilles-Robinson et Arlequin-vendredi, imitation burlesque de Robinson Crusoé [de Pixerécourt]…, par Alexandre Guesdon et Simonnin, Fages, 1805 [parodie « anticipée »] ; Les Vêpres odéoniennes, parodie des Vêpres siciliennes, par MM. Simonnin et Armand [Dartois], Mme Huet-Masson, 1819 ; Le Doge et le dernier jour d’un condamné ou le Canon d’alarme, vaudeville en trois actes de Simonnin et Émile Vanderburch, Paris, Quoy, 1829 ; L’Âne mort et la femme guillotinée, folie-vaudeville en trois actes, par Simonnin et Théodore N*** [Nézel], Paris, Quoy, 1832. Return to text

9 Antoine Simonnin et Théodore Nézel, La Peau de chagrin, ou le Roman en action, Quoy, 1832. Le roman de Balzac aurait fourni « l’idée première » de l’œuvre dramatique selon le critique du Vert-Vert (5 novembre 1832, p. 2). Dans la pièce de Simonnin, le texte de Balzac est classé parmi les romans « romantiques » (La Peau de chagrin, op. cit., p. 4). Return to text

10 Catalogue général des œuvres dramatiques et lyriques faisant partie du répertoire de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques, A. Guyot, L. Peragallo, 1863, p. 244. Return to text

11 Antoine Jean-Baptiste Simonnin, Augusta, ou Comme on corrige une jeune personne, J. Bréauté, 1833. La liste des pièces faisant partie des trois séries à cette date se trouve à la fin du volume. La première série est destinée aux enfants de six à neuf ans et la seconde aux jeunes de neuf à douze ans. Return to text

12 C’est-à-dire, ici, en lien avec le développement social (la socialisation) du jeune spectateur. Voir ces vers tirés du chœur final de la pièce : « Le repentir d’Augusta nous prouve / Que l’on corrige plus d’une erreur / Chez l’enfant auquel on ne trouve / Que mauvaise tête et bon cœur » (ibid., p. 57). Les « erreurs » d’Augusta sont l’orgueil et le désir d’un vain luxe. Return to text

13 Voir par exemple notre étude « Performing Race Relations in a French Children’s Drama : Subjugation and Control of the Body in Vanderburch’s Séliko, ou Le Petit Nègre (1824) », CLA Journal, t. 60, no 3, 2017, p. 363-376. Return to text

14 Une autre édition paraît à Paris, Au Bureau de l’Écho des feuilletons, en 1846. Return to text

15 Sous la rubrique « Nouvelles diverses », dans le Messager des chambres, on lit, à la date du 8 novembre 1832, cette observation sur La Peau de chagrin de Simonnin : « […] c’est ce qu’on appelle, en termes de coulisses, une pièce à côté. » n. p. [p. 3] « Le Monte-Cristo de la jeunesse » est dans le même cas. Return to text

16 Voir entre autres Anne Aubry, « La Lecture enfantine en France au début du xixe siècle », Thélème. Revista Complutense de Estudios Franceses, t. 29, no 2, 2014, p. 281-292 ; Sandrine Aragon, « Les images de lectrices dans les textes de fiction français du milieu du xviiisiècle au milieu du xixsiècle », Cahiers de narratologie, no 11, 2004, [en ligne] https://doi.org/10.4000/narratologie.6. Return to text

17 Antoine Simonnin et Théodore Nézel, La Peau de chagrin, op. cit., p. 4. Et son frère de renchérir : « Gaudin. Un gaillard qui se figure toujours être le héros du dernier roman qui paraît. […] Pauline. Et comme sa dernière lecture est la Peau de chagrin, il se croit le Rafaël du roman. » (ibid., p. 5. C’est l’auteur qui souligne). Return to text

18 Auguste Jouhaud, L’Île de Monte-Christo [sic], Marchant, 1847, p. 2. Return to text

19 Étant donné le fait que cet ami se fera appeler le « Monte-Cristo de la jeunesse » dans la pièce, il est possible de voir dans son nom un synonyme ou écho du patronyme christique du héros dumasien. De toute façon, c’est lui qui va « sauver » Joseph et les autres de leur folie. Return to text

20 Ce fut aussi le cas dans L’Âne mort et la femme guillotinée de Simonnin et Nézel, où une jeune laitière coquette et envieuse des richesses des autres, lectrice de Paméla, de Richardson, de surcroît, est séduite et abandonnée avec son enfant. Mais là, c’est un autre roman, celui du titre, qui la ramène dans la bonne voie morale. Return to text

21 À son entrée en scène, Oscar chantera des couplets qui justifieront cette description. Il y fait aussi allusion à La Peau de chagrin de Balzac, et évoque Les Mystères de Paris de Sue. Return to text

22 La fantasmagorie est une des spécialités du théâtre Comte. Ici l’illusion sensorielle signale une erreur de jugement intellectuel et moral aussi. Return to text

23 « Oscar. Tu le vois, mon pauvre Joseph, voilà bien de quoi te faire revenir de tes illusions, toi qui croyais que l’âge d’or régnait encore dans les champs et dans les montagnes. Joseph. J’avoue que ces gens-là sont d’une cupidité dont il y a peu d’exemples. Et tu leur commandes un déjeuner quand nous n’avons plus un sou, plus rien… » (II, 2e tabl., sc. 4.) Return to text

24 « Oscar. Parce que nous n’avons passé que par de petites villes de province, où les libraires sont d’un arriéré atroce !… Croirais-tu qu’il y en a un qui m’a présenté comme nouveauté Lolotte et Fanfan de feu Ducray-Dumesnil et les Veillées du château de grand’maman Genlis !… Et un autre à qui je demande s’il a le Juif errant d’Eugène Sue, et qui me répond crânement : oui, Monsieur, le voilà !… et il me présente la vieille légende du Juif errant qu’on chantait il y a 150 ans !… (Ils rient.) » (II, 2e tabl., sc. 4.) Return to text

25 Cette expression dépréciatrice fut employée par les romantiques des années 1830 pour décrire les œuvres théâtrales composées sur le modèle des pièces classiques (en vers, respectant les unités, sur des sujets antiques ou bibliques, etc.). Return to text

26 Selon Christine Prévost, spécialiste de Dumas et de la littérature de jeunesse, que nous remercions vivement, il n’y a pas eu de livre à ce titre à cette époque. Return to text

27 Formule employée pour attirer les chalands au spectacle de lanterne magique. Simonnin et Nézel se sont déjà servis d’un spectacle de lanterne magique dans L’Âne mort (III, sc. 5) afin d’illustrer l’intrigue du roman de Jules Janin du même titre. Le but de ce spectacle est cependant différent de celui présenté dans « Monte Cristo ». Return to text

28 Fanchonnette chantera (sur l’air « L’or est une chimère ») un couplet adressé au public, c’est-à-dire aux spectateurs du théâtre Comte : « Jeun’s person’s charmantes, / Et vous, aimables jeunes gens, / À nos scèn’s amusantes / Venez avec vos parents. » (II, 3e tabl., sc. 3.) On voit évoqué ici le double public des spectacles au théâtre Comte composé d’enfants de tout âge (les plus jeunes peuvent s’amuser des images et fantasmagories et les plus âgés des allusions aux livres familiers, prix scolaires, des aventures, etc.) et de leurs parents. Return to text

29 Un onglet collé sur le manuscrit précise : « Ces douze tableaux sont peints à l’huile, et brillamment coloriés, sur des toiles transparentes d’un mètre de hauteur sur un mètre et demi de largeur. La lumière qui les éclaire est censée [être] le reflet de la lanterne magique. Ces douze tableaux représentent alternativement les scènes du roman de Monte Cristo, dont Oscar, Gribouillet et Fanchonnette font la description dans le dialogue et les couplets. » (III, 4e tabl., sc. 2.) On lit, sous la rubrique « Théâtres de Paris » dans le Journal des théâtres du 10 février 1847, p. 2, « Comte. – Le succès de la pièce nouvelle du Gymnase Choiseul va crescendo, la lanterne magique qui représente les principaux chapitres du Monte Cristo amuse beaucoup les grands et petits enfans. » Return to text

30 Rien de ce qui touche aux questions politiques ou économiques ni à la vengeance personnelle ne figure dans ce résumé du roman. Sans doute est-ce parce que les censeurs y auraient porté leur veto. On devait aussi estimer de tels sujets inaptes à amuser des enfants. Cependant, le crime n’est pas absolument exclu du sommaire. Comme le dira plus loin Salvator : « […] ce roman, il faut le dire, / N’est pas toujours à la morale enclin ; / Mais maintes pages qu’on admire / Montrent, par leur style divin, / La plume d’un grand écrivain ! / Lorsqu’un ouvrage, attaquable du reste, / A des beautés qu’on ne peut contester, / C’est par les beaux côtés, nous dit Alceste, / Qu’il faut chercher à l’imiter. » (III, 5e tabl., sc. 2.) Return to text

31 Cette réplique semble être adressée à Fanchonnette et Gribouillet, mais aucune didascalie ne le précise. Return to text

32 On note, à la fin du feuilleton du Commerce du 23 février 1847, p. 2, que : « – Chaque soir, le Monte-Cristo, du théâtre du passage Choiseul [théâtre Comte], produit une recette dont plus d’un grand théâtre s’accommoderait. » Return to text

33 Julie Anselmini, « L’adaptation, pour une littérature appropriée. Le Cas des Trois Mousquetaires », dans Hélène Gondrand, Anne Vibert (dir.), Adapter des œuvres littéraires pour les enfants : enjeux et pratiques scolaires, CRDP de l’académie de Grenoble, 2008, p. 131-146. Je remercie Julie Anselmini de m’avoir envoyé une copie de son texte. Return to text

34 Dans Le Commerce du 13 février 1847, on lit au sujet du « Monte Cristo de la jeunesse » : « C’est une leçon de moral sous la forme attrayante d’un charmant spectacle. » (n. p., [p. 4]). Dans L’Écho des feuilletons, V. de R. précise que : « Ce joli petit théâtre [Comte] fait toujours les délices de l’enfance, grâce à l’habile direction et aux pièces morales en même temps qu’amusantes qui peuvent servir d’enseignement à la jeunesse. » (« Théâtres », 8e année, 1847-1848, p. 8.) Return to text

35 Selon certains, ce ne sont pas seulement les enfants qui doivent se méfier de la littérature. Dans sa Revue critique des livres nouveaux publiés pendant l’année 1848 (Joël Cherbuliez, 1848), Joël Cherbuliez affirme que « L’influence réciproque des mœurs sur la littérature et de la littérature sur les mœurs est une grande question, qui a déjà bien souvent été traitée et qui offre encore un sujet d’étude aussi fécond qu’intéressant. […L]a société fait l’écrivain, et l’écrivain à son tour réagit sur la société. Mais dans cet échange d’action, l’homme conserve sa responsabilité individuelle, qui pèse sur lui d’autant plus que les dons intellectuels qu’il a reçus sont plus abondants. » (p. i.) Return to text

36 Voir Patrick Berthier, « À propos du théâtre Comte », art. cité, p. 64-65. Je remercie sincèrement P. Berthier qui m’a envoyé son texte auquel je n’avais pas accès. Return to text

37 Victor Hennequin, « Revue dramatique », La Démocratie pacifique, 1er-2 février 1847, p. 2, feuilleton. Return to text

38 « Mosaïque », L’Indépendant, 9 février 1847, p. 3 : « Théatre de M. Comte. – Plus de cent représentations n’épuiseront pas la vogue de Monte-Cristo de la Jeunesse. La salle est comble tous les soirs. » Return to text

References

Electronic reference

Barbara T. Cooper, « Le Monte-Cristo de la jeunesse, pièce inédite d’Antoine J.‑B. Simonnin jouée au théâtre Comte en 1847 », Cahiers Fablijes [Online], 3 | 2025, Online since 23 février 2026, connection on 01 mars 2026. URL : https://publications-prairial.fr/fablijes/index.php?id=438

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Barbara T. Cooper

Université du New Hampshire (USA)

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