Le Journal des demoiselles, remarquable par sa longévité, est l’un des principaux magazines pour jeunes filles au xixe siècle : créé en 1833 sous la monarchie de Juillet, il cesse ses activités en 1922. Sa création est à la rencontre de plusieurs tendances ou facteurs principaux : l’essor considérable de la presse dans les années 1830, le goût croissant des lecteurs pour ces publications, l’évolution des techniques de fabrication, qui permet d’en diminuer le coût et d’augmenter les tirages, mais aussi la volonté des classes bourgeoises de transmettre à leurs enfants des valeurs éducatives et morales, en particulier pour les jeunes filles. Les premières années du Journal des demoiselles, sous la monarchie de Juillet, sont considérées par Christine Léger, qui y a consacré sa thèse de doctorat1, comme les plus intéressantes car les plus novatrices. L’échantillon choisi pour cette étude concerne ainsi les années 1834 à 1847. Dans ce périodique destiné aux jeunes filles des milieux aisés, âgées environ de 14 à 18 ans, plusieurs rubriques déclinent le contenu d’une éducation qui révèle la vision d’une destinée féminine bourgeoise : « Instruction », « Littérature française », « Éducation », « Poésies », « Revue des théâtres », « Beaux-arts », « Musique », auxquelles il faut ajouter des gravures de mode et des patrons de couture ou de broderie, regroupés sous l’intitulé « Travaux de femmes ». Dès les premiers numéros, une section est intitulée « Littérature étrangère » : quelle est donc la place de la littérature étrangère, en version originale et traduite, dans ce journal et dans le projet d’éducation des jeunes filles bourgeoises des années 1830 et 1840 ? Que nous dit cette rubrique de l’ouverture aux littératures et aux langues européennes ? Quelles sont les œuvres, les genres et les auteurs sélectionnés pour créer le socle de cette culture littéraire internationale, par rapport aux littératures traduites à la même époque ?
Une rubrique littéraire de femmes, pour les jeunes filles
Le Journal des demoiselles est une publication mensuelle, « paraissant le 15 de chaque mois, avec une gravure, un dessin ou un modèle d’ouvrage de femmes », comme il est mentionné sur les premiers numéros. En 1834, seconde année de parution, les contributeurs « qui ont fourni des Articles au Journal » sont avant tout des contributrices, à savoir 24 femmes2 contre 13 hommes3. Parmi ces femmes, certains noms sont plus connus que d’autres, comme celui d’Amable Tastu (1798-1885), célèbre poétesse des années 1820 et qui, selon Marie-Claude Schapira, « dut vivre de sa plume en écrivant des travaux alimentaires pour combler l’indigence pécunière d’un mari ruiné par la révolution de Juillet et inapte à se refaire4 ». Amable Tastu publie des récits de voyage, des ouvrages d’histoire, des livres pour la jeunesse et des traductions, notamment beaucoup de poésie italienne, mais aussi une traduction remarquée de Robinson Crusoé en 1835. C’est en effet sa belle-mère, Élise Voïart (1785-1866), également citée dans la liste des contributrices, qui l’a initiée à plusieurs langues étrangères, l’allemand, l’anglais et l’italien. Élise Voïart est elle-même autrice pour la jeunesse et traductrice, notamment connue pour sa traduction du Robinson Suisse de Johann Rudolf Wyss en 18415. Amable Tastu et Élise Voïart font partie de ces femmes autrices que l’on qualifiait de « bas bleus », comme Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859) ou Mélanie Waldor (1796-1871), autres contributrices mentionnées dans cette liste liminaire. « Bas bleus », de l’anglais blue stocking, est une expression péjorative désignant des « femmes de lettres ridicules et pédantes6 » : cette misogynie révèle la montée d’un phénomène à la fois littéraire et social à partir de la Restauration, celui des femmes autrices, dont certaines qui gagnent ainsi leur vie. Comme le rappelle Brigitte Louichon, « [i]l faut dire et redire cette chose-là, très simple mais déterminante. Les femmes n’étaient pas absentes, elles ont été oubliées, exclues » et, « dans la réalité des faits, les femmes étaient nombreuses, et nombreuses à écrire beaucoup7 ». Dans la liste des contributrices du Journal des demoiselles, il faut aussi citer le nom de Jeanne Justine Fouqueau de Pussy (1786-1864) fondatrice et directrice de la revue. Mentionnons enfin Coraly (ou Coralie) Thierry, fille de Donatine Thierry. La famille Thierry est alors propriétaire de plusieurs journaux au sein desquels les femmes occupent une place de premier plan : Christine Léger montre dans sa thèse que les femmes de cette famille ont exercé un important pouvoir économique, dont Coralie, étonnante cheffe d’entreprise dans le domaine de la presse de mode et de la presse enfantine au xixe siècle8.
À considérer de près les articles consacrés à la littérature étrangère dans le Journal des demoiselles, d’autres noms viennent compléter la liste des contributrices, comme les initiales de Mlle E. K. pour la littérature anglaise, ou Mlle R. F. ou F. R. pour l’italien et l’anglais. À partir de 1841 apparaissent les noms de Mme Pauline Roland9 et Mme Élisa Van-Tenac (pour l’italien et pour l’anglais). Ces deux noms s’imposent peu à peu (Mlle F. R. disparaît en 1842) puis Mlle Nancy Thomas semble remplacer Mme Roland à partir de 1845 mais Pauline Roland revient au cours de l’année 1847. D’autres noms apparaissent plus épisodiquement comme ceux du Dr Jost, professeur de langues étrangères, de Mme Denise Minette, Mme Julie de Hulsen, Mme Adèle Dupressoir, Mlle C. Biot, Mlle Noémie Thevenin, Napoléon Savone. Comme pour les contributrices présentées dans les premiers numéros, il s’agit donc essentiellement de femmes traductrices, de femmes qui traduisent pour des jeunes filles, mais qui traduisent majoritairement des hommes auteurs. Dans cette première moitié du xixe siècle, si les femmes autrices sont de plus en plus nombreuses, il semblerait que cet essor concerne également les femmes traductrices, certaines choisissant aussi des pseudonymes masculins : une étude serait à mener pour préciser une éventuelle féminisation de la traduction ou étudier ce qui serait une traduction féminine (au sens où l’on parle de littérature féminine) de textes écrits par des hommes. Cette féminisation de la traduction passe, me semble-t-il, par la traduction pour la jeunesse, où les femmes, socialement vouées à des tâches d’éducation et formées aux langues étrangères plus que les garçons (faute d’accéder à l’apprentissage des langues anciennes), ont pu exercer leurs compétences. Rebecca Rogers montre ainsi que l’apprentissage des langues étrangères fait partie du « bagage culturel préconisé dans l’éducation d’une jeune bourgeoise » au xixe siècle et que l’« étude des langues étrangères n’est pas seulement affaire de bonnes manières, elle a aussi une utilité plus professionnelle ». Elle cite Mme Necker de Saussure qui, en 1840, reconnaît dans le métier de traductrice une activité honorable pour les femmes : « la modeste occupation de traducteur me semble une de celles qui […] convient le mieux [aux femmes]10 ». Dans le Journal des demoiselles, la littérature étrangère en traduction proposée aux jeunes lectrices est, comme la plupart des autres rubriques, majoritairement le fait de femmes traductrices. Mais que traduisent-elles ? Quelles sont les œuvres, les genres littéraires et les auteurs traduits ?
Un apprentissage linguistique tout autant que littéraire
La rubrique « Littérature étrangère » du Journal des demoiselles est une publication bilingue : sur deux colonnes, le texte en version originale figure à gauche et sa traduction à droite. Certains extraits sont parfois précédés d’une présentation biographique mais ce n’est pas systématique. Ils sont de longueur variable, de quelques vers à plusieurs pages. Les deux langues quasi exclusives sont l’anglais et l’italien, alternant de façon régulière sur toute la période étudiée (un mois pour l’anglais, le mois suivant pour l’italien). Il faut toutefois noter une exception au cours de l’année 1847 où deux textes sont traduits de l’espagnol (dont un extrait de Don Quichotte de Cervantès) et deux autres de l’allemand (un poème de Goethe et un extrait de la pièce Marie Stuart de Schiller). La présentation bilingue montre que l’éducation des jeunes filles est ici littéraire autant que linguistique : il ne s’agit pas seulement de se forger une culture littéraire mais aussi de pratiquer, par la littérature, l’apprentissage des langues vivantes. Comme le rappelle en effet Rebecca Rogers, « la femme bourgeoise doit connaître autre chose que la langue française pour montrer son ouverture d’esprit et son appartenance à une élite cultivée11. » Mais pourquoi cette domination de l’anglais et de l’italien par rapport aux autres langues ? Rebecca Rogers fournit un élément de réponse : elle montre que, dès la toute fin du xviiie siècle, l’étude de l’anglais et de l’italien est préconisée par les pédagogues « car ces deux langues sont susceptibles de développer la raison des femmes », selon Antoinette Legroing la Maisonneuve. « Pour la protestante Madame Necker de Saussure, poursuit Rebecca Rogers, l’étude des langues pour la jeune fille de dix à quinze ans est une façon de cultiver “l’intelligence dans son ensemble” ; elle demande aux jeunes filles d’y passer une heure par jour, “c’est-à-dire, le quart du temps consacré à l’instruction jusqu’à l’âge de l’adolescence”. Elle préconise l’étude de l’anglais, qui offre une porte d’entrée vers une littérature “immense, noble, chaste, animée d’un esprit ferme et vivifiant”, littérature aussi bien religieuse qu’enfantine12. » Rebecca Rogers cite également les rapports d’inspection des pensionnats parisiens entre 1845 et 1862, qui montrent que l’anglais reste de loin la langue étudiée de préférence par les élèves, les Anglaises dominant largement la population étrangère des pensionnats. L’italien, quant à lui, est plutôt étudié dans la perspective du chant13.
L’apprentissage de l’anglais est donc fondamental dans l’éducation des jeunes filles au xixe siècle et le Journal des demoiselles se fait l’écho de cet enjeu linguistique. Dans le premier numéro de l’année 1842, une « leçon de prononciation » est donnée aux jeunes lectrices afin de leur apprendre à bien prononcer le th et un « tableau de correspondance » leur indique les noms des principales villes avec leur prononciation (janvier 1842, n° 1, p. 29-30). Il ne s’agit donc pas seulement de lire et de comprendre mais aussi de prononcer convenablement, en vue d’une conversation.
| écris. | prononce. |
| London (Londres), | Londd’nn. |
| Westminster, | Ouessminnssteur. |
| Manchester, | Manntchessteur. |
| Birmingham, | Bairmighemm. |
| Liverpool, | Liveurpoul. |
| Brighton, | Brayt’nn. |
| Cheltenham, | Tchelt’namm. |
| Holyrood, | Holairoudd. |
| Edimbourg, | Edemmborô. |
| Dublin, | Deublinn. |
| Gretna-Green (village où habite le forgeron qui marie les jeunes Anglaises sans le consentement de leurs parents), |
Grettnâ-Grïnn. |
| Canterbury. | Kannterbérai. |
| […] | […] |
| Tunnel (chemin sous la Tamise) | Teunnnel |
Ces indications de prononciation, qui peuvent faire sourire, renvoient à l’apprentissage de l’anglais mais aussi à la pratique mondaine de la conversation : une demoiselle doit connaître l’anglais et savoir le prononcer. Dans le premier numéro de l’année 1840, la rubrique « Éducation » (janvier 1840, p. 11-17) s’intitule « Du Monde, de ses coutumes et de ses usages, lettres d’une grand-mère à ses petites-filles ». Des conseils sont donnés sur l’attitude à tenir en soirée, la rédactrice fustigeant les « gloutonnes » qui « entass[ent] brioche sur baba, muffin sur sandwich » (ibid., p. 12). Deux notes en bas de page accompagnent ces termes : « Prononcez meuffine. Prononcez sande-ouitche. » (ibid., n. 1 et 2) Il s’agit de ne pas ajouter le ridicule d’une prononciation fautive à la gloutonnerie.
Mais les enjeux de la prononciation dépassent le cadre de la bienséance. Les travaux des historiens et historiennes de l’éducation, à l’instar de ceux de Rebecca Rogers, soulignent aussi que l’enseignement des langues et la pédagogie sont le lieu de différenciation sociale et sexuée. Marie-Pierre Pouly14 montre ainsi que, à mesure que l’enseignement des langues vivantes se diffuse dans les établissements scolaires ouverts aux classes moyennes, cet apprentissage se restructure au sein des élites bourgeoises par l’intermédiaire des femmes : les jeunes filles des familles aisées et cultivées se doivent aussi d’apprendre les langues étrangères afin d’assurer auprès de leurs futurs enfants une transmission « linguisto-culturelle ». L’apprentissage dans des établissements scolaires se double d’un apprentissage domestique, signe de l’appartenance à l’élite bourgeoise, quand les classes moyennes ne disposent que de l’enseignement scolaire. Pour les jeunes filles, l’apprentissage des langues étrangères, en particulier de l’anglais, correspond à une stratégie éducative à la fois sociale (se distinguer des classes moyennes) et genrée (confier cet apprentissage ou tout au moins son contrôle aux mères). Marie-Pierre Pouly parle ainsi d’une « féminisation de la transmission linguistique ». La question de la prononciation fait partie de ces enjeux de distinction : « La connaissance orale des langues étrangères et de leur prononciation adéquate, spécifiques aux modes d’apprentissage “insensibles”, est fortement valorisée, contre la connaissance présumée trop écrite et grammaticale des établissements scolaires15. »
L’apprentissage de l’italien et surtout de l’anglais, perceptible dans la rubrique « Littérature étrangère » du Journal des demoiselles, ne correspond donc pas seulement à un vernis mondain pour la jeune fille bourgeoise : il prend son sens par rapport à des enjeux sociaux et genrés qui structurent les élites du xixe siècle. Il s’agit d’un apprentissage culturel : les jeunes lectrices acquièrent des notions de littérature anglaise et italienne, dans une moindre mesure de littérature allemande et de littérature espagnole. Mais cet apprentissage reste linguistique : les traductions publiées ne sont pas à proprement parler ce qu’on entend par traduction littéraire au xixe siècle et elles restent assez proches du texte original pour que les lectrices établissent aisément la correspondance avec le texte traduit. La poésie est ainsi systématiquement traduite en prose, afin de rendre lisible le texte étranger et d’en retrouver facilement la signification. Il s’agit d’une approche non seulement littéraire mais aussi didactique de la littérature étrangère.
Il est possible par exemple de comparer deux traductions du poème « Das Veilchen » de Goethe (1774) : celle de Pauline Roland, publiée en 1847 dans le Journal des demoiselles (p. 168) et une traduction des années 1820, extraite des Œuvres dramatiques de J. W. Goethe traduites de l’Allemand [par P. Albert Stapfer fils, Savagnac et Margueré] précédées d’une notice biographique et littéraire sur Goethe (Paris, Sautelet, 1821-1825, t. 1, p. 79).
Comparaison de deux traductions du poème Das Veilchen (La Violette) de Goethe
| Goethe (1774) | Traduction de Mme Pauline Roland (1847) |
Traduction de 1821-1825 |
| Das Veilchen | La Violette | La Violette |
| Ein Veilchen auf der Wiese stand, Gebückt in sich und unbekannt ; Es war ein herzig’s Veilchen. Da kam eine junge Schäferinn, Mit leichtem Schritt und munterm Sinn, Daher, daher, Die Wiese her, und sang. |
Une violette fleurissait dans la prairie, penchée sur elle-même, et c’était une charmante violette, modeste et cachée pour tous. Par la prairie passait une jeune bergère au pas léger, à l’esprit alerte ; et elle courait, elle courait par la prairie en chantant. | En un champ de fougère une humble violette Végétait, inconnue au fond de sa retraite. C’était la plus aimable fleur ! Survint par aventure une jeune bergère, Foulant dans sa course légère Fleurs et fougère, Et du matin respirant la fraîcheur. |
| Ach ! denkt das Veilchen, wär’ ich nur Die schönste Blume der Natur, Ach, nur ein kleines Veilchen, Bis mich das Liebchen abgepflückt, Und an dem Busen matt gedrückt ! Ach nur, ach nur, Ein Viertelstündchen lang ! |
Hélas ! pensa la violette, que ne suis-je la plus belle fleur de la nature ! mais, Dieu ! je ne suis qu’une pauvre petite violette ! Ah ! si j’étais la plus belle des fleurs ; un quart d’heure, rien qu’un quart d’heure, assez pour que l’aimable bergère me cueille et me presse doucement sur son sein. | La violette alors : « Si j’étais, se dit-elle, » Hélas ! entre les fleurs, si j’étais la plus belle ! » Ou si du moins, petite fleur, » Si par celle que j’aime, ô sort digne d’envie, » J’étais à ma tige ravie, » Et que ma vie » Un seul moment durât près de son cœur ! » |
| Ach ! aber ach ! das Mädchen kam Und nicht in Acht das Veilchen nahm, Ertrat das arme Veilchen. Es sang und starb und freut sich noch : Und sterb’ ich denn, so sterb’ ich doch Durch sie, durch sie, Zu ihren Füssen doch. |
Hélas ! hélas ! la jeune fille passa ; elle ne vit pas la violette, et du pied écrasa la pauvre fleur. En tombant la violette chanta et se réjouit encore de son sort, disant : Je meurs à elle, je meurs pour elle, par elle et à ses pieds. | Mais, quand vint à passer la bergère indiscrète, Elle ne daigna point cueillir la violette, Mais écrasa la pauvre fleur, Qui s’inclina mourante, et dit, toujours fidèle : « Si je meurs, du moins c’est par elle. » Ah ! venant d’elle, » Ah ! sous ses pieds, la mort est un bonheur. » |
La traduction de 1821-1825 conserve la forme poétique de trois strophes composées chacune de sept vers, en utilisant une versification poétique française (deux alexandrins, un octosyllabe, un alexandrin, un vers de quatre syllabes puis un décasyllabe). Celle de Pauline Rolland, en prose, s’attache davantage au sens qu’à la forme, en suivant l’ordre des mots sans tenter de transposition poétique. Chaque paragraphe s’ouvre ainsi par un décalque du premier vers allemand (« Ein Veilchen auf der Wiese stand » / « Une violette fleurissait dans la prairie » ; « Ach ! denkt das Veilchen » / « Hélas ! pensa la violette » ; « Ach ! aber ach ! das Mädchen kam » / « Hélas ! hélas ! la jeune fille passa ») comme pour mieux permettre aux lectrices de suivre le fil du poème. La traduction de 1821-1825 au contraire modifie l’ordre grammatical des mots, voire en ajoute pour respecter la métrique choisie et les rimes : la simple prairie devient dans la première strophe un « champ de fougère » (qui permet la rime avec « bergère ») et, dans la dernière strophe, l’adjectif « indiscrète » est ajouté à « bergère », assurant la rime avec « violette ». En comparant une traduction littéraire et celle publiée par le Journal des demoiselles, il apparaît nettement que les traductions de la littérature étrangère y sont conçues comme des prolongements d’un apprentissage linguistique, avec une attention portée à la lettre plus qu’à la forme, afin que les lectrices puissent comparer le texte français et le texte original, placés en regard l’un de l’autre, par un jeu d’allers-retours. Mais au-delà de l’apprentissage linguistique et de ces enjeux sociaux, la rubrique « Littérature étrangère » renseigne également sur la transmission auprès des jeunes filles des genres littéraires privilégiés et des auteurs choisis.
Quelles littératures étrangères pour les jeunes filles ?
La rubrique « Littérature étrangère », pour la période étudiée, entre 1834 et 1847, totalise 167 textes16, où domine très largement la poésie, à plus de 80 %. Les textes traduits en prose constituent environ 15,5 % et une petite place est faite au théâtre (4,3 %). Beaucoup de poèmes ont pour thématiques la nature, les fleurs en particulier, la méditation, les tourments de l’âme et la prière, la mort, la solitude. Les auteurs et autrices sélectionnés et traduits pour cette rubrique sont en majorité du xviiie siècle et parfois des siècles antérieurs. Peu d’entre eux reviennent, c’est pourquoi il peut être intéressant, plutôt que de dresser la liste complète (160), de se concentrer sur ces cas particuliers.
Pour la littérature anglaise, Fielding est présent deux fois (no 1 en février 1835 : « Histoire de Tom Jones… », p. 10 ; et no 5 en mai 1841 : sans titre, p. 136), tout comme Shakespeare (no 1 en février 1834 : « Hamlet », p. 8-9 ; et no 5 en mai 1842 : Henri VIII, « Scène de la défense de Catherine d’Aragon […] devant le tribunal assemblé pour prononcer son divorce », p. 136). Lord Byron est le poète anglais le plus cité, avec cinq mentions sur l’échantillon étudié (no 9 en septembre 1836 : « Darkness / Les ténèbres », p. 268 ; no 11 en novembre 1841 : « Lines inscribed on one side of the dog’s tomb of Lord Byron / Inscription […] à son chien », p. 328 ; no 1 en janvier 1844 « Jephta’s daughter / La fille de Jephté », p. 9 ; no 7 en juillet 1844 « The Destruction of Sennacherib / Destruction de Sennachérib », p. 197-198 ; et no 1 en janvier 1845 « Solitude / La solitude », p. 9). Rare femme de lettres anglaise présente dans la rubrique du Journal des demoiselles, Lady Montague et ses lettres sont citées à trois reprises (no 11 en novembre 1843, « Fragment de la Lettre xlii. À la comtesse de *** », p. 325-326 ; no 3 en mars 1845, « Letter xlii / Lettre xlii », p. 71-72 ; et no 11 en 1847, « Vienna, september 26, 1716 / Vienne, le 26 septembre 1716 », p. 325) : célèbre épistolière, Lady Montague (1689-1762) était la femme de l’ambassadeur britannique auprès de l’Empire ottoman, et qui a aussi beaucoup voyagé en Italie et en France.
Du côté de la littérature italienne, deux poètes sortent du lot : Alessandro Manzoni (no 6 en juillet 1834, « La Pentecoste / La Pentecôte », p. 166-169 ; no 12 en décembre 1840, « Cinque maggio / Le cinq mai », p. 355-357 ; no 2 en février 1841, « La Passione / La Passion », p. 37-39 ; et no 12 en décembre 1843, sans titre, p. 358-359) et Silvio Pellico (3 occurrences pour la seule année 1842 : « Santa Fortunula / Sainte Fortunule », p. 42-43 (no 2, février) ; « Dio Amore / Dieu Amour », p. 104 (no 4, avril) ; « Le umile virtu / Les humbles vertus », p. 231 (no 8, août)). Mariella Colin a montré que la réception de ces deux auteurs majeurs de la littérature italienne du premier xixe siècle a été infléchie vers la littérature édifiante pour la jeunesse. Manzoni, délaissé par l’élite intellectuelle, est
jeté en pâture à la culture demi-savante, et se trouva surtout apprécié par un public conservateur, tourné vers les valeurs du passé : celui du monde catholique français, qui fit de son roman l’une de ses lectures favorites17.
À partir de la monarchie de Juillet, Les Fiancés, adopté par le clergé le plus traditionnaliste, est adapté et censuré pour être « travert[i] en manuel d’édification pour la jeunesse18 », en particulier pour les jeunes filles. Sa présence dans le Journal des demoiselles s’inscrit dans ce courant. Mariella Colin a aussi montré comment l’œuvre de Pellico, en particulier Mes Prisons, a connu en France un succès immédiat et considérable : « Elles [Les prisons] prirent place pendant plus de quinze ans parmi les best-sellers de l’édition sous la monarchie de Juillet : de 1834 à 1846, ce fut le livre italien le plus vendu19 ». Elle explique que le succès de Pellico est moins dû à ses activités d’opposant politique à l’empereur d’Autriche-Hongrie qu’à la conversion dont il rend compte dans Mes Prisons : son œuvre a donc été appréciée en France par les milieux catholiques conservateurs plus que par les cercles libéraux et les traductions ont infléchi l’œuvre vers le mysticisme et le martyre. Pellico est ainsi largement traduit et adapté pour la jeunesse, dans des versions qui, ayant expurgé tous les aspects sentimentaux, en font un livre de piété et d’édification. Sa présence dans le Journal des demoiselles n’est donc pas surprenante et reflète le succès général de l’œuvre et son utilisation adaptée comme lecture pour la jeunesse. Mais il s’agit aussi d’un auteur qui a su plaire au public féminin ; Mariella Colin cite un article de la Revue des deux mondes, justement publié en 1842 par Charles Didier, qui attribue au public féminin le succès de Pellico : « Que de larmes les femmes ont données à l’homme et au livre20 ! » Cette dimension sentimentale est perceptible dans une autre rubrique du Journal des demoiselles, celle des « Beaux-arts » : pour illustrer l’article sur le Salon de 1847, une gravure reproduit un tableau représentant Pellico dans une attitude à la fois mystique et amoureuse.
Fig. 1. Gravure reproduisant un tableau avec Silvio Pellico en prison, insérée entre les pages 210 et 211 du Journal des demoiselles, no 7, 1847.
Légende : « Silvio Pellico dans sa prison, à Venise », Journal des demoiselles, 15e année, no VII, Salon de 1847.
Source/crédit : HathiTrust.org. Dessiné par A. de Taverne d’après un tableau de Mlle Grasset. Gravé par Nargeot.
Pour compléter et terminer ce panorama, il ne faut pas négliger une autre rubrique, celle de la « Revue littéraire » qui conseille, parfois, des lectures de livres étrangers, cette fois-ci uniquement en traduction. L’examen détaillé de cette rubrique permet en effet de relativiser la domination de l’anglais et de l’italien, par la présence de la littérature allemande mais aussi de la littérature russe. Il est en effet quelquefois fait mention de cette littérature, encore très peu traduite en France à cette époque : en 1846 (no 10), Fouqueau de Pussy, pour la « Revue littéraire », cite Les Poètes russes, traduits en vers français, par le prince Élim Mestscherski : « Un jeune prince, M. Élim Mestscherski, a eu l’heureuse idée de nous initier aux beautés de la littérature de son pays, trop peu connue en France. » (p. 292). Le poème choisi pour ce numéro s’intitule « À la mer » (p. 309), par la princesse Leneide Volkonski (1838) traduit du russe par le prince Élim Mestscherski. Diplomate russe installé à Nice, Mestscherski (1808-1844), lui-même poète, a été en effet l’un des tout premiers à introduire la poésie russe en France et à faire connaître Pouchkine. Il tient le 26 juin 1830 à l’Athénée de Marseille une conférence sur la littérature russe (De la littérature russe)21. Cet exemple montre que le Journal des demoiselles est proche de l’actualité littéraire contemporaine : la réception de la littérature russe en France commence en effet vers 1840, avec les premières traductions des poèmes de Pouchkine22.
La littérature allemande est plus fréquemment citée encore dans la « Revue littéraire » et les traductions ou imitations de l’allemand (notamment par Élise Voïart ou Alida de Savignac) sont souvent recommandées dans les conseils de lecture : il s’agit fréquemment de « contes », à savoir de récits assez brefs édifiants, à dimension morale et religieuse, voire de textes religieux23. Plus intéressante est la mention faite en 1846 des contes des frères Grimm :
Revue littéraire. Contes de la famille, par les frères Grimm, traduits de l’allemand par MM. N. Martin et Pître Chevalier ; un beau volume avec gravures et lettres ornées, chez Jules Renouard et Cie, libraires-éditeurs, rue de Tournon, no 6. » (no 2, p. 36)
La première traduction française du recueil est publiée en 1824, sans mention des auteurs, avec trente-et-un contes, traduits depuis l’édition anglaise. Deux recueils suivent, traduits de l’allemand, Contes choisis de Grimm, à l’usage des enfants (1836) et Contes de la famille, par les frères Grimm (1846). C’est ce volume dont il est question ici, donc l’une des premières traductions, avant que l’édition publiée par Hachette n’inscrive définitivement ces contes dans la culture enfantine française (1855)24. Là encore, le Journal des demoiselles fait montre d’une attention particulière à l’actualité des traductions de son temps. Quelques explications sont données sur les contes des frères Grimm, par exemple à propos du douzième conte, traduit par « Rose d’églantier », « venu jusqu’à nous sous le titre de la Belle, au bois, dormant. » (1846, no 2, p. 37) La critique souligne l’inscription de ces contes dans la culture enfantine :
Sur les trente-et-un contes qui composent ce gracieux recueil, tous n’ont pas pour but un conseil à suivre, un exemple à éviter, une vérité utile, et plus d’un jeune frère, d’une jeune sœur vous diront sans doute lorsqu’ils les auront lus : « Mais pourquoi ceci ? pourquoi cela ? » car nos petits Français veulent qu’on leur explique toutes choses… mais si vous ne pouvez pas toujours leur répondre « parce que, » parmi ces contes il en est qu’ils comprendront avec leur cœur : l’Aïeul et le petit-fils, le Linceul, et tant d’autres qui sont des drames pleins de vérité, de charme et d’une haute moralité. En faisant connaître les Contes de la famille, MM. N. Martin et Pître Chevalier ont bien mérité de la reconnaissance de leurs jeunes lecteurs. (ibid., p. 39)
Il est intéressant de noter que cet avis critique souligne les limites de la littérature édifiante et de l’utilité morale des contes, au profit du plaisir de la lecture. C’est aussi sa pratique à voix haute et partagée avec des frères et des sœurs moins âgés qui apparaît ici : les conseils de lecture sont à destination des jeunes filles mais aussi des plus petits, auxquels une sœur aînée lit les textes conseillés et choisis par le Journal des demoiselles.
Enfin, le roman d’aventures occupe une place non négligeable dans cette « Revue littéraire ». Les romans du capitaine Marryat sont plusieurs fois recommandés : Newton Forster ou la Marine marchande, traduit de l’anglais par M. de Faucompret (1838, no 4, p. 98-101), Japhet à la recherche de son père (1838, no 5, p. 133-136). En 1841 est cité Allan Cameron, « roman inédit de Walter Scott » (no 5, p. 132-136), tandis que le nom de James Fenimore Cooper (« Prononcez Djem-se Fénimor Coupeur. » précise une note) revient à plusieurs reprises : Le Lac Ontario ou le Guide, traduit par Defauconpret. Chez Charles Gosselin (1840, no 10, p. 293-295), Mercédès, également traduit par Defauconpret, 4 volumes in-8o (1841, no 4, p. 101-104), Fleur des Bois, ou les Peaux rouges, traduit par Émile de la Bédollière, 2 vol. in-8o ; chez Gustave Barba, libraire, rue Mazarine (1844, no 12, p. 358-364), Sur Terre et sur Mer, suivi de Lucie Hardinge, traduit par Émile de la Bédollière. 4 vol. in-8o. Chez Gustave Barba, libraire, rue Mazarine (1845, no 3, p. 68-71). Les romans de Cooper font ainsi partie de la bibliothèque idéale d’une jeune fille bourgeoise des années 1840 : « La lecture de ce roman offre, mesdemoiselles, un intérêt soutenu. Nous pensons que cette œuvre peut prendre rang parmi les bons livres que nous devons déjà à la plume si féconde et si habile de l’illustre romancier américain. » (1841, no 4, p. 104). Les romans de Cooper offrent une ouverture vers de grands espaces inconnus : « Déjà dans les Pionniers, la Prairie, le Dernier des Mohicans, l’Espion, le Pilote, tous ouvrages que nous vous engageons à lire, mesdemoiselles, l’auteur s’est attaché à nous représenter la mer et les marins ; les forêts vierges de l’Amérique, et les mœurs des différentes tribus de sauvages, primitifs habitans de ce nouveau monde, sa patrie. » (1840, no 10, p. 293) L’aventure est mise en avant, au principe même d’un plaisir de lecture non dissimulé : « Des naufrages, des combats, des péripéties de toutes sortes, font de ce nouvel ouvrage une lecture amusante et variée. » (1845, no 3, p. 71). Alors que des éditeurs catholiques, comme la maison Mame à Tours, sont encore réticents à l’idée de publier des romans d’aventures pour la jeunesse25, le Journal des demoiselles prend le parti de la littérature d’évasion et la recommande aux jeunes filles, ce qui semble contredire des présupposés de séparation genrée entre les publics masculin et féminin. La « Revue littéraire » d’un journal qui, par ailleurs, ne présente guère de caractéristiques avant-gardistes ni révolutionnaires, témoigne donc d’une vision plus nuancée de la réalité des prescriptions et des pratiques de lecture pour la jeunesse dans les années 1840 : les critiques recommandent aux jeunes filles des romans d’aventures et d’évasion, dans des traductions dont la qualité est par ailleurs soulignée : « Fleur des Bois tiendra une place honorable à côté de ses nombreux aînés ; et nous adressons de sincères éloges au traducteur élégant et conciencieux [sic] qui, continuant la tâche d’un prédécesseur habile, s’est chargé de nous faire connaître les nouvelles productions du fécond romancier américain. » (Aymar de la Perrière, 1844, p. 364). En 1845, Émile de la Bédollière reçoit de nouveau une critique élogieuse : « Tel est, mesdemoiselles, le roman de Fenimore Cooper que M. Émile de la Bédollière vient de traduire avec l’exactitude et l’élégance que nous nous sommes déjà plu à constater. » (no 3, p. 71) Il faut associer à ces recommandations pour le roman d’aventures l’un des premiers romans, non traduit, d’Alexandre Dumas, Les Aventures de John Davys. Pour son titre, à consonance anglaise, comme pour ceux de Cooper, des indications de prononciations sont systématiquement précisées en notes de bas de page : « Prononcez Djonne Devisse » ; « William-House : Prononcez Ouilliamme-Aouse » ; « Le spleen : Prononcez Spline » (n° 3, 1840, p. 68-69). En 1840, à propos du Lac Ontario de Cooper, de nouvelles indications de prononciation sont données aux lectrices :
Prononcez Passe-finne-deur (trouveur de chemin)
Prononcez Djespeur Ouesterne
Prononcez Sceude. Ce mot anglais peut être traduit par le Véloce, le Rapide, le Coureur. (no 10, p. 294)
Il en est de même en 1840 (no 5, p. 131) pour un autre roman qui n’appartient pas à la catégorie du roman d’aventures, Nicolas Nickleby de Dickens, qui connaît alors un énorme succès, signe une fois encore de l’attention portée par le Journal des demoiselles à l’actualité littéraire. La prononciation du titre est précisée (« Prononcez Niclebei ») tout comme celle du nom de l’auteur (« Prononcez Dikennese ») et de quelques mots (Prononcez Dauliche (pour Dawlish), Prononcez Devonnechaire, Prononcez mistrisse). Au-delà de l’apprentissage des langues, évoqué précédemment, ces précisions sur la prononciation sont aussi révélatrices d’une pratique de la lecture à voix haute, déjà évoquée dans la « Revue littéraire » à propos des contes des frères Grimm, lus aux frères et sœurs plus jeunes : dans ces années 1840, les demoiselles ne lisent pas pour elles seules, elles lisent pour leurs jeunes frères et sœurs, voire pour un cercle familial plus étendu. Cette pratique pourrait aussi expliquer la place du roman d’aventures dans une revue destinée aux jeunes filles : alors que la rubrique « Littérature étrangère », tournée vers une pratique individuelle d’une langue et d’une littérature étrangère, leur donne une culture littéraire plutôt romantique, religieuse et édifiante, la « Revue littéraire » ouvre vers des lectures plus divertissantes et plus variées parce que, peut-être, destinées à être partagées.
***
Dans le Journal des demoiselles des années 1830 et 1840, la littérature en traduction passe par l’apprentissage et la pratique des langues étrangères, en particulier l’anglais et l’italien, avec des enjeux de représentation sociale et de transmission. Mais ce sont aussi des propositions de littératures étrangères très modernes qui sont offertes à ses lectrices, avec une attention portée à l’actualité littéraire des traductions. Les recommandations données par les rédacteurs et les rédactrices du journal témoignent aussi de pratiques de lecture qui reconfigurent les préjugés sur les lectures destinées aux jeunes filles : la pratique de la littérature en traduction, comme de la littérature en général, est sans doute donc non seulement dans la constitution d’une bibliothèque idéale personnelle, dessinant l’idéal d’une jeune femme en devenir ou à venir, mais aussi dans la lecture à haute voix, qu’elle soit pour les plus jeunes ou pour le cercle familial ou peut-être encore pour pouvoir être demoiselle de compagnie auprès de femmes plus âgées. À la différence de la littérature française, la littérature étrangère, par l’étrangeté de ses mots qui échappent à la traduction, rend perceptible cette dimension orale que les seuls textes français ne peuvent laisser apparaître. Les œuvres en traduction ouvrent aussi les jeunes lectrices à la nouveauté, à la diversité des genres littéraires, en particulier le roman d’aventures, et au plaisir, individuel ou partagé, de la lecture romanesque. Des études restent à mener sur d’autres périodes du Journal des demoiselles pour savoir s’il s’agit d’une tendance provisoire ou durable ; la recherche pourrait aussi s’étendre à l’analyse de revues comparables, comme le Journal des jeunes personnes, fondé en 1833 par Sophie Ulliac-Trémadeur. Ces critiques et recommandations littéraires ont encore beaucoup à dire sur la configuration des bibliothèques idéales pour la jeunesse mais aussi sur les pratiques de lecture, si difficiles à saisir mais ô combien passionnantes.

