Réflexions sur le concept martinien de « Notre Amérique » : genèse, portée et mise en œuvre, héritage

DOI : 10.35562/textures.110

p. 113-124

Plan

Texte

Ces réflexions ne portent pas spécialement sur l’essai intitulé par son auteur « Nuestra América », et elles n’en constituent, d’aucune manière, une explication de texte. Nous en dispensent les commentaires avisés et pointus qu’en ont faits à Cuba, Roberto Fernández Retamar et Cintio Vitier, entre autres exégètes, et en France, nos collègues et amis Jean Lamore et Sandra Hernández, cette dernière tout récemment.

« Notre Amérique » est à la fois, comme « Amérique Latine » au demeurant, une expression et un concept, ce qui n’est pas la même chose. Ce distinguo, Arturo Ardao l’a étayé, de façon convaincante, dans son livre Génesis de la idea y el nombre de América Latina1. Ajoutons que si l’expression est une et figée, sauf à y adjoindre des qualificatifs, il n’en va pas de même des concepts qu’elle véhicule, fluctuants, divers, voire antagoniques.

Dans l’expression examinée, l’adjectif possessif (très peu possessif en réalité) semble parler au cœur, et le substantif faire appel aux capacités d’abstraction du cerveau. Mais José Martí, qui excelle à gommer les frontières entre l’affect et l’intellect, a fait du syntagme « Notre Amérique » un mot composé, sans hiérarchie interne, un bloc autonome évoluant dans une sphère et sur un registre proches de ceux de Jean Ferrat qui chante « Ma France ».

Genèse

L’expression « Notre Amérique » a une histoire avant son emploi délibéré par Martí. Sara Almarza s’est penchée, voici une trentaine d’années, sur ses premières occurrences à l’époque coloniale2. Selon elle, des créoles de l’Amérique hispanique ont commencé à faire leur cette expression dès la fin du XVIIe siècle3. Par pressentiment ou velléité identitaire. Par différenciation implicite de la métropole espagnole. Par prise de conscience d’une certaine singularité collective. Cependant, fait remarquer Sara Almarza, « Notre Amérique » recouvre sous leur plume une réalité plus régionale que continentale. Pour les uns, l’expression renvoie à l’Amérique septentrionale, pour d’autres à l’Amérique méridionale, mais pour tous, aux seuls Créoles blancs des vice-royaumes espagnols.

Lors des guerres d’émancipation (1808-1830), alors que l’aspiration à l’union continentale se concrétise localement et vibre çà et là en tant qu’idéal, « nuestra América » est très peu brandi comme emblème, paradoxalement. « América » suffit le plus souvent aux chefs insurgés ayant une vision générale des mouvements en cours : Bolívar, Monteagudo, O’Higgins, Sucre, Hidalgo, Morelos, et al. Cette Amérique-là se définit clairement par rapport et en opposition à l’Espagne. Même si les gouvernements des États-Unis ont déjà accaparé le nom d’Amérique pour leur seul pays, Bolívar et ses alliés hispano-américains n’en ont cure. Les États républicains qu’ils édifient, quoique fragiles et désunis, sont alors l’Amérique. En termes démographiques, culturels et même économiques, cela n’est pas douteux4. Le premier congrès interaméricain de l’histoire s’est tenu en Colombie, à Panamá, et non à Washington.

Si « América », « América del Sur », « América meridional », « Hispanoamérica », « Colombia », etc., prévalent dans le vocabulaire hésitant des indépendantistes hispano-américains, aucun consensus ne se dégage en faveur d’une expression5. Rien d’étonnant à ce que « Nuestra América » subsiste dans ce contexte, non plus avec le sens, flou et timoré, hérité du premier « criollismo », mais dans le sens global et utopique que lui confèrent deux grands penseurs et acteurs de l’Indépendance : José Francisco de Miranda et Simón Bolívar.

« El Precursor » Miranda porte bien son nom, y compris en la matière. Il parle de « Notre Amérique » dès 1783 dans son Diario. Il la nomme ainsi dans une proclamation d’août 1806. Il l’évoque ainsi à deux reprises dans une lettre aux patriotes du Río de la Plata en mai 1809. Quant au « Libertador », il s’y rallie tardivement en 1829. Il s’y raccroche sentimentalement aux heures noires où, incompris et abandonné, il donne l’impression de perdre foi en l’avenir.6 C’est plus un cri du cœur qu’un manifeste programmatique.

Puis l’ère des guerres fratricides, des discordes internes et du caudillisme étant venue, l’expression « notre Amérique » semble avoir disparu, faute de base d’entente, faute de projet commun7. Pourtant, tant que l’Espagne restait arcboutée sur des entreprises de reconquête de son empire colonial d’Amérique (jusqu’à la guerre du Mexique, les expéditions navales sur les côtes du Pérou et du Chili et la « réincorporation » de Santo Domingo de 1861 à 1865), tant que le retour à l’ordre ancien était ressenti comme une menace, « notre Amérique » pouvait garder un sens d’appel à l’union des républiques hispano-américaines, jalouses de leur indépendance vis-à-vis de l’ex « mère patrie » repoussée. Sauf preuves contraires, il n’en fut rien, même lorsque la Grande-Bretagne, dans le Rio de la Plata, et surtout la France, au Mexique, tentèrent de s’implanter en Amérique. Il est vrai que l’attrait, chez l’élite, des modèles anglo-saxons s’accompagnait d’une sous-estimation des capacités intrinsèques de l’Amérique ex-espagnole. Comment Bello, Alberdi, Lastarria, Sarmiento, Villaverde, entre autres esprits cultivés, auraient-ils pu se référer à « Notre Amérique », eux qui n’en rêvaient pas ?

Quand après l’invasion du Mexique (1846-48) se produit l’invasion du Nicaragua en 1856, par des soldats ou des mercenaires nord-américains, quand le « gringo » devient plus menaçant que le « gachupín », quelques Hispano-Américains prennent conscience des visées – et du danger – expansionnistes en provenance de la République du Nord. Alors surgit le nom d’Amérique Latine, par opposition à celui d’Amérique anglo-saxonne. C’est un concept politico-culturel, aucunement ethnolinguistique. Et ce sont des Latino-Américains exilés à Paris, le Colombien Torres Caicedo et le Chilien Francisco Bilbao, qui le formulent en 1856, et non des thuriféraires de l’Empire bonapartiste, comme on continue de le répéter8.

L’expression « Notre Amérique » ne réapparait que timidement, celle « d’Amérique Latine » faisant l’affaire. Dès lors, l’une comme l’autre expriment en substance l’idée qu’il y a deux Amériques distinctes et antagoniques : Notre Amérique et l’autre Amérique, celle des Américains du Nord ! Ce sens nouveau de « Notre Amérique » se retrouve, implicite, chez Miguel Carmona (1863) et Carlos Calvo (1864), et sans ambiguïté, chez Ramón Emeterio Betances (1869 et 1883), José María Torres Caicedo (1875), Eugenio María de Hostos (1876 et 1877), Cecilio Acosta (1881), et bien sûr chez José Martí.

Compte tenu de son rôle majeur dans les guerres d’indépendance des Antilles hispaniques à partir de 1868, et de sa dénonciation précoce du Minotaure yankee (dès 1867), Betances est sans doute l’homme politique dont la conversion à « Notre Amérique », quoique passée inaperçue9, mérite le plus d’attention10. Martí saluait en lui en 1880 « un infatigable trabajador americano (…) asilo puro de la grandeza y el honor de América »11.

Le rôle joué par Hostos, l’autre Portoricain dressé comme Betances contre l’Espagne coloniale et contre les États-Unis, mérite aussi d’être mentionné. Après avoir oscillé entre « Colombia » et « América Latina », et avoir adopté finalement cette dernière expression en 1874, Hostos a parlé, en même temps que Martí, de « Nuestra América » ou de « Nuestra América Latina ». Dans quelles circonstances ? En 1876-1877, exilé au Venezuela.12 Le constater et constater, en même temps, que Carmona et Acosta sont vénézuéliens, que Betances a recours à l’expression étant lui-même réfugié à Caracas et que c’est à Caracas, en 1881, que l’exilé Martí revitalise et étend le concept, nous amène à souligner la fonction tutélaire posthume du plus célèbre des « caraqueños » : Bolívar. L’article d’Hostos auquel nous faisions allusion s’intitulait justement : « Lo que intentó Bolívar ».

José Martí n’est donc pas le premier en Amérique à avoir évoqué et revendiqué « Notre Amérique ». Cependant, s’il n’est pas l’initiateur de l’expression, il est celui qui sous ce nom, somme toute banal, a forgé le concept le plus neuf, le plus élaboré, le plus fécond, le plus durable. Loin du fourre-tout qui embrouille, loin de l’épanchement affectif qui embue.

C’est au Mexique, en janvier 1876 – il a 23 ans – que le Cubain universel l’utilise pour la première fois13. Ensuite, lors de son séjour au Guatemala (1877), il la reprend en deux occasions. En 1876, c’était dans un article de critique théâtrale ; en 1877, c’est dans sa propre pièce de théâtre Patria y Libertad (Drama indio)14.

Sa première déclaration, abrupte, prolonge au niveau idiosyncrasique et culturel la rupture politique historique, consommée par la bataille d’Ayacucho et par l’exécution de Maximilien. Citons-la : « Si Europa fuera el cerebro, nuestra América sería el corazón »15.

Ses écrits du Guatemala élargissent la démarche. Certes dans cette pièce sur commande consacrée à l’Indépendance du pays, Pedro le patriote créole incarne « nuestra Madre América » face à don Pedro, le défenseur intransigeant de « nuestra Madre España ». Mais l’expression « nuestra América » sort d’abord de la bouche d’Indiana (Acte I, scène 1) puis, par deux fois, de celle de Martino, le métis rebelle (Acte I, scène 6 ; acte II, scène 3). Cette Amérique-là est celle des blancs, des métis et des indiens – là est la nouveauté – et elle se construit dans la lutte sous les auspices de Bolívar. « (Que) el áureo sol del genio de Bolívar… no se ponga nunca en nuestra América ! »16, s’exclame Martino.

« Sur commande », disions-nous au passage. Qu’on ne se méprenne pas. Martí, qui eut le cran de dire en 1879 qu’il n’était pas « de la race qu’on achète », a toujours exprimé sa pensée, quoi qu’il lui en ait coûté. L’usage de l’expression « nuestra América » ne relève pas chez lui - au théâtre, donc en public – d’une rhétorique conventionnelle. En 1877, il a commencé à faire sienne l’expression, dans une acception qui commence à lui être propre, et il s’en sert spontanément dans sa correspondance privée17.

Si le Mexique puis le Guatemala ont révélé au jeune citadin insulaire, les paysages, les réalités humaines et les potentialités du continent, et ont fait naître en lui une première idée de « notre Amérique », c’est le Venezuela qui lui a fourni, à ce propos, un cadre de réflexion plus vaste, plus ancré dans l’histoire, plus soucieux de l’état de la société et en même temps, plus personnel. L’historien cubain Pedro Pablo Rodríguez, qui dirige l’équipe chargée de l’édition critique des Œuvres complètes de Martí, a analysé longuement et finement le séjour de Martí au Venezuela. Il en a conclu : « Si México representó el encuentro con la realidad continental y Guatemala la revelación de la identidad histórico-social de la región, Venezuela significa en la evolución de su pensamiento el decisivo momento afirmativo de la necesidad de las transformaciones sociales para alcanzar la plenitud continental »18.

« De América soy hijo ; a ella me debo », par cette proclamation et cet engagement apostoliques Martí met fin à sa présence au Venezuela, devenue inopportune19. De nouveaux horizons et de nouveaux champs de bataille semés d’embûches vont s’ouvrir au stratège et au militant à son retour à New York. Depuis cet observatoire incomparable, son regard pénétrant et sa réflexion profonde sur la société étasunienne en pleine mutation, vont façonner de manière déterminante sa vision de « Notre Amérique ». Cette évolution, peu sensible encore quand il rédige La América (1883-84), franche vers 1885-86 quand sa pensée économique et sociale se radicalise, est on ne peut plus patente au moment des conférences panaméricaines de Washington (18891891).

Dans La América, l’expression « Nuestra América » le dispute à « América », « América española », « Hispanoamérica », « América del Sur », ainsi qu’à « América latina ». Les promoteurs dynamiques de l’expression « América latina », que sont Hostos, Betances, Torres Caicedo, sont en train de la généraliser dans les milieux intellectuels. José Martí s’abandonne un temps au courant. Toutefois, s’il croit à l’existence salutaire d’une « mente latina »20, il subodore l’injustice de surévaluer l’apport de la latinité au continent. L’expression « Nuestra América », sans être encore récurrente, est dorénavant fréquente21. Elle finit par frôler le leitmotiv22. Quand cela s’impose, elle quitte le corps de l’article pour siéger dans le titre. Mais plus que l’accroissement quantitatif de l’emploi de l’expression, c’est l’enrichissement du concept qui est à retenir23. En 1883, « Respeto a nuestra América » avait l’air d’un mot d’ordre d’étape24. En 1891, Martí intitule sobrement son essai le plus achevé : « Nuestra América ». À la confluence de l’urgence historique à définir et à défendre « notre Amérique » et de l’aboutissement de l’idée personnelle qu’il s’est forgé d’elle en dix ans, ce simple titre a valeur de manifeste et de programme.

Portée et mise en œuvre

Mais pas de doctrine. Ce n’est pas un traité, Martí n’en a écrit aucun, et il n’est pas un doctrinaire. Il part d’un constat : l’existence de deux Amériques, son Amérique et l’autre Amérique, dans le droit fil de ce que Francisco Bilbao avait établi précocement trente-cinq ans auparavant25. Ce constat n’est pas un postulat, il s’explique. « Madre América » en a mis à nu les fondements et les éléments. Les deux segments de l’hémisphère américain sont ainsi géographiquement délimités, car ils ont été historiquement construits. D’où il en découle deux cultures distinctes, deux destins autonomes, et un antagonisme politique latent du fait des intentions conquérantes de la « nouvelle Rome ».

Un tel schéma manichéen n’occulte en rien les contradictions qui agitent et minent chacune des Amériques. Ses « Scènes nord-américaines », rédigées périodiquement pour deux journaux hispano-américains, n’ont cessé de montrer, combien les États-Unis, phare de la liberté et de la modernité, recèlent en leur sein de plaies et d’abominations : indiens parqués, noirs discriminés, ouvriers maltraités, crises dévastatrices et démocratie hémiplégique sous l’emprise des monopoles grandissants. Son article « Nuestra América » fustige les faiblesses endémiques et les erreurs funestes des républiques « féodales et théoriques » de son Amérique : l’esprit de clocher, les préjugés coloniaux, les guerres intestines, la soumission aux intérêts et aux modes de l’étranger, le manque de foi en elle-même, mais aussi, comme au Nord du Río Bravo, le mépris des indiens, l’ignorance des noirs, l’oubli de la masse laborieuse.

Prenant appui sur un autre constat, moins évident que le précédent, Martí persuade ses lecteurs que « Notre Amérique » dispose des atouts pour réussir, pour peu qu’elle élimine ses tares, se connaisse, s’unisse, lutte et réoriente son cours. Ce constat optimiste, douteux jusqu’à aujourd’hui mais peut-être en passe d’être vérifié au XXIe siècle, c’est que, selon ses termes, Notre Amérique « va de menos a más » tandis que l’autre Amérique « va de más a menos ».

Le concept martinien de Notre Amérique, exposé dans l’essai éponyme mais aussi dans plusieurs autres textes jusqu’à la veille de sa mort, est l’outil approprié, et inégalé, de la prise de conscience identitaire latino-américaine à la fin du XIXe siècle. Il recouvre un projet complet de société autochtone, humaniste et progressiste, dont nous nous contenterons de dégager, à grands traits, les finalités sociales, démocratiques, culturelles et politiques.

Au plan social, Notre Amérique intègre tous ses habitants sans la moindre exclusion. Elle n’abrite aucun peuple barbare à civiliser ou à exterminer. Elle ne saurait se reconnaître dans la politique de violence à l’encontre des Indiens d’Argentine, du Chili, du Mexique, etc., qu’encouragent de soi-disant libéraux qui se prétendent modernes (Sarmiento). Il en va de même des Noirs et de tous les sangs-mêlés, des hommes semblables aux autres. « Hombre significa más que blanco, más que mulato, más que negro », écrira-t-il dans Patria26. Il n’y a pas de races, martèle-t-il, en dehors des races toute livresques des anthropologues soi-disant scientifiques. Aussi Notre Amérique ne peut-elle être que cette Amérique « híbrida » et « meztiza » dont il parlé maintes fois.

Son antiracisme fondamental va de pair avec sa condamnation des inégalités sociales. Il a défendu le travailleur manuel des villes et des campagnes tout autant que l’indien et le noir, en tant que producteur, en tant qu’exploité, en tant que pauvre. Il estime qu’au moment de leur séparation d’avec l’Espagne, les dirigeants créoles des jeunes républiques ont fait fausse route : « El problema de la independencia no era el cambio de formas, sino el cambio de espíritu. Con los oprimidos había que hacer causa común ». Aussi la république future dans Notre Amérique ne saurait être que cette république « justa » et « trabajadora », qu’il proposera aux Cubains entre 1892 et 1895, fort de l’appui massif des ouvriers cigariers des manufactures de Floride.

Appliqué à la création et aux manifestations culturelles, le concept martinien lié à « Notre Amérique » a une portée exceptionnelle. Prenant le contrepied de la culture littéraire et esthétique dominante de l’époque, élitiste, importée des métropoles européennes, aliénée, Martí prône la valorisation du passé indigène, de ses arts et de ses mythes (« El Gran Semí »), le retour à la nature et à l’histoire américaines comme sources d’inspiration. Il préconise, dans ses jugements sur les auteurs contemporains et par son propre exemple de poète et de chroniqueur, la recherche de l’authenticité et de l’originalité dans une liberté formelle totale. Jamais un penseur latino-américain n’avait rejeté l’imitation servile avec autant de formules péremptoires et pertinentes, et avec autant de constance pendant vingt ans27.

Les principes de l’autochtonie culturelle étant ainsi posés ; les bases sociales de la démocratie étant ainsi restaurées ; l’instruction publique, laïque et rationnelle, développée ; le droit de vote accordé à tous les citoyens ; il n’y a pas de raison de céder les rênes de l’Amérique nouvelle aux transfuges en col-cravate, aux rédempteurs livresques et aux caudillos despotiques. Martí a suffisamment souffert de ces derniers, à Cuba, au Mexique, au Guatemala, au Venezuela. Aucune raison non plus de laisser le pouvoir à la caste des gros propriétaires terriens qu’il désigne sous le nom de « señorío ». Le concept martinien de Notre Amérique implique des réformes économiques hardies, anti-monopolistiques28, et des rapports internationaux nouveaux fondés sur l’équité. À contre-courant, évidemment, des politiques économiques menées au XIXe siècle par les gouvernants des deux Amériques.

Cependant, telle qu’elle est en 1890, arriérée, oligarchique et inégalitaire, « Notre Amérique » doit se réveiller. Un danger plus grand que tous les autres est à ses portes. L’impérialisme nord-américain est en marche, sous couvert du « panaméricanisme », un leurre. Comment lui barrer la route et en même temps créer les conditions d’un second départ pour elle ? Martí l’a conseillé en 1889 : « Urge decir, porque es la verdad, que ha llegado para la América española la hora de declarar su segunda independencia »29. Il l’a redit en 1891, en insistant sur la solution : « El deber de nuestra América es enseñarse como es, una en alma e intento »30. Bref, elle doit s’unir et agir. Dans un esprit bolivarien, mais sous une forme souple, à définir chemin faisant et démocratiquement31, tous les États et tous les peuples étant conviés à déclencher cet élan, même ceux qui s’étaient vu écartés du projet initial de Bolívar (Brésil, Paraguay, Haïti), même les Antilles encore asservies. « Notre Amérique » est un projet politique totalement innovant et singulièrement lucide, quand on songe qu’il est formulé sept ans avant l’intervention militaire des « Rough Riders » à Cuba et à Porto Rico, douze ans avant le rapt de Panamá, vingt-quatre ans avant l’occupation d’Haïti, etc., etc.

Mais José Martí ne s’est pas contenté d’alerter et de prêcher. On connait son opinion : « Hacer es la mejor manera de decir », selon une formule qu’il a déclinée à l’infini. Pour lui, l’unité organique de la pensée et de l’action relève plus de l’éthique que du dogme, savoir oblige à agir, l’acte ratifie et valorise la parole. C’est pourquoi il serait inapproprié d’analyser sa pensée sans tenir compte de ses actes, de fonder l’étude du concept de « Notre Amérique » uniquement sur ses écrits, sans examiner comment il a cherché à le mettre en œuvre autour de lui, comment il s’en est inspiré là où il pouvait intervenir.

Cette mise en œuvre a commencé avant la rédaction de son essai de 1891, durant l’hiver de 1889-1890. Le prologue des Versos Sencillos laisse entendre le drame qu’il a vécu à ne pouvoir faire tout ce qu’il aurait fallu qu’il fît pour contrecarrer les intentions cachées du gouvernement des États-Unis. Ses lettres à Gonzalo de Quesada éclairent ses démarches délicates et pénibles auprès des délégués latino-américains, car « algunos (son) vendidos, y muchos (son) los venales ». Cependant, dit-il confidentiellement à son ami, « emprendo la lucha (…), y lo que pueda, lo haré »32.

Il importe de remarquer que le discours « Madre América » a été prononcé devant ces mêmes délégués latino-américains invités à New York, et que l’article « Nuestra América » a été publié trois jours avant l’ouverture de la conférence monétaire internationale américaine de Washington. Au-delà du caractère exceptionnel de la tonalité du propos et de la nature du message, leur caractère intentionnel doit être souligné. Son Amérique l’écoute, son Amérique le lira, Martí trouve, en la créant, l’occasion de se faire entendre d’elle. Dire en temps voulu et en lieu adéquat devant un aréopage de décideurs ce qui peut contribuer à ébranler leurs consciences et à les pousser à s’engager, est déjà une première manière efficace de faire.

Lors du congrès plénier de Washington, c’est en qualité de chroniqueur qu’intervient José Martí. Article après article, il diffuse à partir de deux capitales stratégiques sa vision des intérêts et des valeurs de « Notre Amérique ». Lors de la conférence monétaire qui s’en est suivie un an plus tard, il informe toujours en qualité de correspondant de La Nación et du Partido Liberal, mais c’est aussi en tant que représentant officiel de l’Uruguay qu’il s’exprime et résiste. José Martí a été consul général de l’Uruguay à New York d’avril 1887 à octobre 189133. La teneur de ses articles et de ses rapports est connue (« Quien dice unión económica dice unión política, etc. »), bien davantage en tout cas que sa présence active au sein de la dite CMIA. Si de puissants facteurs externes expliquent la capitulation finale des États-Unis, se traduisant par le maintien de l’argent comme second étalon monétaire et par l’abandon d’une monnaie continentale unique (le dollar forcément), le combat idéologique et diplomatique subtile du représentant de l’Uruguay n’y a pas été étranger non plus34.

Le discours « Madre América » a été prononcé à New York dans les salons de la Sociedad Literaria Hispano-Americana. L’institution, créée en novembre 1887 par l’écrivain colombien Santiago Pérez Triana, comptait José Martí parmi ses membres fondateurs et les animateurs de ses « veladas ». A ce titre il y a célébré des personnalités hispano-américaines, tout en délivrant au passage un constant message américaniste35. La finalité culturelle, et implicitement politique, de la SLHA lui convient, puisqu’elle favorise la connaissance mutuelle et l’union des peuples de Notre Amérique. Il la désigne comme « la casa de nuestra América ». Il en devient le président de décembre 1890 à décembre 1891. L’orateur apprécié y déploie souvent son talent durant cette période36. Même après sa démission, il continue de la fréquenter. C’est encore là, en octobre 1893, qu’il rend un nouvel hommage enflammé au Libertador, au « genio previsor que proclamó que la salvación de nuestra América está en la acción una y compacta de sus repúblicas » ; c’est là qu’il proclame à son tour, dans le prolongement de ses apophtegmes de janvier 1891 : « ¡ni de Rousseau ni de Washington viene nuestra América, sino de sí misma ! »37.

Avant de se consacrer corps et âme à la préparation de la guerre d’indépendance de Cuba, il renonce à la fin de 1891 à toutes ses responsabilités étrangères à ce but. Ainsi il ne compromettra pas la SLHA, il ne gênera pas les trois Républiques dont il est le consul à New York. Il ne met pas pour autant entre parenthèses la défense et la promotion de « Notre Amérique ». Mais il ne dispose plus vraiment que de Patria, l’organe officieux du PRC à New York. Cuba – la Cuba en devenir – occupe l’espace central du journal. Cependant, pour son directeur, il l’a écrit précédemment : « Cuba y nuestra América son unas en mi previsión y mi cariño »38. C’est là qu’il publie son discours d’hommage à Bolívar ; c’est là qu’il réplique au dénigrement dont sont victimes les peuples de « notre Amérique »39 ; c’est là qu’il continue d’exposer « la vérité sur les États-Unis » et les devoirs des fils de « notre Amérique » conviés à ouvrir les yeux sur l’impérialisme encore masqué de leur voisin40.

La guerre patriotique des Cubains contre la domination espagnole a une portée continentale dans l’esprit de Martí. Rappelons ce qu’il a écrit à ce sujet la veille de sa mort au combat : « Ya estoy todos los días en peligro de dar mi vida por mi país y por mi deber (…) de impedir a tiempo con la independencia de Cuba que se extiendan por las Antillas los Estados Unidos y caigan, con esa fuerza más, sobre nuestras tierras de América. Cuanto hice hasta hoy, y haré, es para eso »41. La guerre de Cuba apparaissait ainsi à Martí, on ne saurait être plus clair, comme un moment crucial de la mise en œuvre des moyens nécessaires à la défense de la souveraineté de « notre Amérique » contre l’impérialisme naissant.

Héritage

La mort de Martí, suivie de celle de Maceo, de Luperón, de Betances, de Hostos, ses frères antillais de combat et d’idéal, et surtout l’occupation militaire de Cuba et de Porto Rico à partir de 1898 anéantissent brutalement les efforts entrepris en faveur de « notre Amérique ». L’écrivain vénézuélien César Zumeta le constate en ces termes en 1899 : « la era inaugurada para ‘nuestra América’ con la victoria de Ayacucho ha sido cerrada con las jornadas de Manila y Santiago »42.

Le projet est en panne, la situation lui est très défavorable tant à Cuba, où la république sous contrôle étranger tourne le dos à Martí, qu’en Amérique Latine, où très peu de pays ont soutenu les insurgés cubains, et où l’armée et le capital yankees pénètrent en force. La parution de La Doctrina de Martí n’est que le sursaut éphémère de quelques-uns de ses partisans de la première heure, déçus par le cours des événements et les revirements opportunistes43. L’héritage martinien périclite au début du XXe siècle.

Comme s’il était à ramasser, des usurpateurs s’en emparent. Bunge ne manque pas de vergogne quand il publie en 1903 Nuestra América : lui, l’un des plus racistes et des plus conservateurs des écrivains argentins. Il a de qui tenir, il est vrai. « Our America » avait appartenu au vocabulaire de James Blaine, « ce politicien tenace et osé » (dixit Martí), ce personnage influent de la politique républicaine nord-américaine que Martí n’avait cessé de combattre au nom de « Notre Amérique »44. Comme nous le disions au début, une même expression peut rendre compte de concepts radicalement différents. « Our America » de Blaine exprimait une idée qui pouvait paraître de bon sens à tout ingénu en 1890 : celle de « notre hémisphère américain »45. Celle qui avait fait jadis la fortune de la Doctrine Monroe. Il apparut bien vite qu’il fallait l’entendre, non comme un signe d’appartenance, mais comme l’anticipait ce cartographe avisé qui s’était précipité pour éditer en 1898 une carte de « Our New Colonies. Cuba, Porto Rico and Philippines »46, c’est-à-dire comme l’appropriation de tout le continent. Blaine, Bunge n’ont pas été des exceptions. Dans les années 50, à la naissance de l’OEA, quand certains s’évertuaient à faire de Bolívar le père du panaméricanisme, le ministre des Relations Extérieures de Cuba, n’en était pas à une contre-vérité près en évoquant « nuestra América, como llamaba José Martí a nuestro continente »47.

Ces embobineurs, ces usurpateurs, ces falsificateurs ne sont pas les héritiers de Martí. Par contre, l’héritage martinien légitime, s’il ne fut pas immédiat (il ne pouvait pas l’être), s’il fut tergiversé, a été repris au XXe siècle. Trois époques l’ont fait prospérer. Trois époques qui correspondent à trois phases d’effervescence révolutionnaire en Amérique Latine. Trois époques où le Héros National de Cuba refait surface comme penseur révolutionnaire.

D’abord, en 1930, voire un peu avant. L’essor des mouvements antiimpérialistes, d’inspiration nationaliste ou marxiste, redonne vie aux dimensions sociopolitiques et américanistes de la pensée visionnaire de Martí. Mella le revendique pour affronter la dictature du général Machado à Cuba. Sandino s’y réfère au Nicaragua dans sa lutte armée contre l’occupation yankee, invoquant « nuestra América racial ». Alfredo Palacios, le socialiste argentin, publie Nuestra América y el imperialismo yanqui48. Manuel Ugarte, un autre Argentin, voix forte du latino-américanisme, écrit La salvación de nuestra América49.

Puis en 1960, un peu avant et beaucoup après. À Cuba, « la génération du centenaire » (de la naissance de Martí) s’en inspire tout au long de 1953 pour combattre la dictature du général Batista. Fidel Castro l’érige en guide spirituel de la Révolution. Après le triomphe de celle-ci, la Réforme Agraire de 1959, la campagne d’alphabétisation de 1961 et plusieurs autres réformes structurelles sont conduites sous la bannière des idées du « Maestro ». La Première Déclaration de La Havane adoptée le 2 septembre 1960 par le peuple cubain est faite « en nombre propio y recogiendo el sentir de los pueblos de nuestra América ». Le concept revivifié de « notre Amérique » préside à la naissance des institutions de solidarité qui voient alors le jour à La Havane : Casa de las Américas (1959), Organisation Latino-Américaine de Solidarité (1967). Sur le continent où des guérillas se développent, le Che en Bolivie se bat pour arracher « Notre Amérique » à l’emprise impérialiste. La pensée progressiste brésilienne recueille, assimile et naturalise le concept qui devient « A nossa América »50. L’émergence du roman latino-américain en 1962 et son prodigieux succès (Vargas Llosa, García Márquez, Fuentes, Carpentier, Cortázar, etc.) donnent raison à José Martí qui voulait qu’une littérature propre, surgie du pays, remplace les littératures exotiques importées.

Enfin, au tournant du siècle. « Nuestra América » est le nom que prennent avec fierté, au hasard d’autres exemples symptomatiques, une maison d’édition chilienne, une association culturelle au Costa Rica, un mouvement politique au Mexique. L’accélération du processus vient cependant d’un autre pays, celui que Martí avait qualifié de « berceau de l’Amérique ».

L’élection d’Hugo Chávez à la présidence du Venezuela en décembre 1998 a donné le signal de la Révolution Bolivarienne. Le bolivarisme de Martí a été mis à l’honneur plus que jamais. Au Venezuela d’abord, dont le président a reçu le prix international José Martí décerné par l’UNESCO. Mais également dans les pays gagnés par des courants émancipateurs originaux (Bolivie, Equateur, Uruguay, Nicaragua, Brésil). Et aussi au niveau des nouvelles institutions dont se sont dotées les républiques latino-américaines. L’ALBA, créée à ses débuts en 2004 par Cuba et le Venezuela, est devenue officiellement l’Alliance Bolivarienne pour les peuples de notre Amérique, et elle regroupe maintenant onze États. La CELAC (Communauté des États LatinoAméricains et Caraïbes), créée en mars 2010, rassemble l’intégralité de « notre Amérique », c’est-à-dire que seuls en sont exclus les États-Unis et le Canada. Le prochain sommet des Amériques, à Panamá, en avril 2015, verra vraisemblablement la réintégration de Cuba, l’unanimité de la CELAC ayant eu raison d’un demi-siècle d’entêtement de la Maison Blanche à vouloir évincer la patrie rebelle de Martí. « Notre Amérique » commence à s’affirmer comme entité et à peser parmi les nations.

Ne va-t-il pas falloir écrire bientôt son nom sans guillemets, avec deux majuscules et un trait d’union, afin d’aller jusqu’au bout de la logique de José Martí et de l‘interprétation contemporaine de son dessein ?

Sommes-nous en train d’assister, sans que l’Europe y prête une attention suffisante, à l’avènement d’un nouvel âge du latino-américanisme ? Au « nostraméricanisme » ?51

Un chercheur en sciences politiques a estimé, à l’aube de ce siècle, que le XXIe siècle pourrait être « The Nuestra América American Century »52. « Wait and see », mais gardons-nous des prophéties tout autant que des prophètes !

Notes

1 ARDAO, Arturo. Génesis de la idea y el nombre de América Latina, Caracas, Centro Rómulo Gallegos, 1980. Le philosophe uruguayen fait remonter « l’idée » à Michel Chevalier et le « nom » à José María Torres Caicedo. Retour au texte

2 ALMARZA, Sara. « La frase ‘nuestra América’ : historia y significado », Caravelle, Toulouse, n° 43, 1984, pp. 5-22. Retour au texte

3 Elle relève ainsi l’expression chez le poète néo-grenadin Domínguez Camargo (1676), chez l’éditeur mexicain Castorena y Urzúa (1700), dans la Gaceta de Lima (1744), dans la Bibliotheca mexicana d’Eguiara y Eguren (1755), dans l’œuvre d’Alzate, à México, et celle de Castro, au Pérou (1788). Retour au texte

4 En 1823, selon les données d’Alexandre de Humboldt, la population de l’Amérique espagnole, ex-espagnole et ex-portugaise, française et ex-française, est le double de celle de l’Amérique anglaise et ex-anglaise. Le déséquilibre à l’avantage de l’Amérique méridionale (qui inclut alors la Californie, le Texas, etc.) est tout aussi flagrant en ce qui concerne la superficie des territoires, la valeur des exportations ou le nombre d’Universités. Retour au texte

5 Ici s’impose, comme référence obligée, le livre de Miguel Rojas-Mix : Los cien nombres de América, Barcelona, Lumen, 1991. Retour au texte

6 Cf. Simón Bolívar, Obras completas, La Habana, Lex, 1950, pp. 237 et 240-241. Indications de S. Almarza. Retour au texte

7 « Semble », oui, restons prudent en l’absence d’une enquête exhaustive. Retour au texte

8 Sur cette question toujours en débat, nous n’avons rien à ajouter à notre étude de 1998 : « Del invento de ‘América Latina’ en París por latinoamericanos (1856-1889) », París y el mundo ibero e iberoamericano, Université de Paris X – Nanterre, pp. 179-188. Mais la question est très bien traitée dans les deux ouvrages précités d’Arturo Ardao et de Miguel Rojas-Mix. Retour au texte

9 Ricaurte Soler, Arturo Ardao, Miguel Rojas-Mix ne la signalent pas, faisant remonter l’expression, dans son sens moderne, à une incise de Torres Caicedo, dans Mis ideas y mis principios, Paris, Impr. Nueva, 1875, I, 151. Retour au texte

10 « À los patriotas americanos », Caracas, 25 mars 1869. Dans Ramón Emeterio Betances, Obras Completas, San Juan, Ediciones Puerto, 2013, IV, 95. Retour au texte

11 Brouillon de lettre à Betances, 1880. JM, OC/ENC, VIII, 55. Retour au texte

12 Deux fois dans un article de La Opinión Nacional, Caracas, 27 de diciembre de 1876. Trois fois dans un discours prononcé à Caracas le 3 juin 1877. Retour au texte

13 La Revista Universal, México, 15 janvier 1876. Dans : José Martí, Obras completas, La Havane, Editorial Nacional de Cuba, 1963, tome VI, page 423. Par la suite : JM, OC/ENC, VI, 423. Retour au texte

14 Sur les séjours de Martí au Mexique, au Guatemala et au Venezuela, la Thèse de doctorat de Jean Lamore fournit l’information et l’analyse les plus complètes. À retrouver dans Jean LAMORE, José Martí et l’Amérique, tome II : Les expériences hispano-américaines, Paris, L’Harmattan, 1988. Retour au texte

15 « Hasta el cielo », JM, OC/ENC, VI, 423. Retour au texte

16 Patria y Libertad, JM, OC/ENC, XVIII, 149. Retour au texte

17 Lettres à Manuel Mercado, 19 avril 1877 et 7 janvier 1878, JM, OC/ENC, XX, 27 et 40. Mercado a été son confident constant et son ami le plus cher (« hermano », l’appelle-t-il). Retour au texte

18 RODRÍGUEZ Pedro Pablo, « Martí en Venezuela : la fundación de nuestra América », Anuario del Centro de Estudios Martianos, La Habana, n° 12, 1989, p. 154. Retour au texte

19 Lettre à Fausto Teodoro de Aldrey, 27 de julio de 1881, JM, OC/ENC, VII, 267. Retour au texte

20 « Mente latina », La América, New York, novembre 1884. JM, OC/ENC, VI, 24-26. Retour au texte

21 Mais peut-être s’agit-il davantage d’une impression de lecteur que d’un recensement statistique de chercheur ! Retour au texte

22 Employée dix fois dans « Madre América » (1889) et six fois dans « Nuestra América » (1891). Retour au texte

23 Cf. Jorge IBARRA, José Martí, dirigente político, La Habana, p. 234 et suivantes. Retour au texte

24 « Respeto a nuestra América », La América, New York, août 1883. JM, OC/ENC, VI, 23-24. Retour au texte

25 BILBAO Francisco, Iniciativa de la América. Idea de un Congreso Federal de las Repúblicas. Paris, Impr. de d’Aubusson y Kugelman, 1856. Retour au texte

26 « Mi raza », Patria, New York, 16 avril 1893. Retour au texte

27 Ce qu’il dit dans « Nuestra América » du Prado, de Tortoni, de Dantzig, de Zorrilla, de Hamilton, de Siéyès, etc., il l’avait déjà dénoncé en 1878 : « Dormir sobre Musset ; apegarse a las alas de Víctor Hugo ; herirse con el cilicio de Bécquer ; arrojarse en las cimas de Manfredo ; abrazarse a las ninfas del Danubio ; ser propio y querer ser ajeno ; desdeñar el sol patrio, y calentarse al viejo sol de Europa ; trocar las palmas por los fresnos, los lirios del Cautillo por la amapola pálida del Darro, vale tanto, ¡oh, amigo mío ! tanto como apostatar. Apostasías en Literatura, que preparan muy flojamente los ánimos para las venideras y originales luchas de la patria ». "Lettre à José Joaquín Palma", Guatemala, 1878. JM, OC/ENC, V, 95-96. Retour au texte

28 Des réformes que nous avons étudiées dans la deuxième partie de notre livre, Paul ESTRADE, José Martí ou des fondements de la démocratie en Amérique Latine. Diverses éditions : Paris, Editions Caribéennes (1987), Aranjuez, Doce Calles (2001), La Habana, CEM (2015), Paris, Indes Savantes (2015). Retour au texte

29 La Nación, Buenos Aires, 19 décembre 1889. JM, OC/ENC, VI, 46. La chronique est datée du 2 décembre 1889, écrite à l’occasion de l’ouverture de la conférence internationale de Washington. Elle a été publiée le jour où, à New York, Martí a prononcé le discours, intitulé ensuite, « Madre América ». Retour au texte

30 « Nuestra América », La Revista Ilustrada, New York, 10 janvier 1891. JM, OC/ENC, VI, 22. Retour au texte

31 Son portrait du général San Martín éclaire sa conception de l’union latino-américaine. Il dit de lui : « ese mismo concepto salvador de América, que lo llevaría a la unificación posible de sus naciones hermanas en espíritu, ocultó a sus ojos las diferencias útiles a la libertad, de los países americanos, que hacen imposible su unidad de formas » (« San Martín », Album de El Porvenir, New York, 1891. JM, OC/ENC, VIII, 228). Retour au texte

32 « Lettre à Gonzalo de Quesada », 16 novembre 1889. JM, OC/ENC, VI, 122-123. Retour au texte

33 Il a été également chargé des consulats de l’Argentine et du Paraguay à New York de juillet 1890 à octobre 1891. Malgré cette marque d’estime, ses fonctions consulaires, non diplomatiques, ne lui permirent sans doute pas d’agir en faveur de « Notre Amérique » comme il l’eût souhaité. Retour au texte

34 Une approche détaillée de cette action figure dans l’étude spécifique que nous avons produite lorsque l’œuvre de José Martí a été proposée pour la première fois aux concours de recrutement (1970-71), étude reprise en espagnol, dans Paul ESTRADE, José Martí en su siglo y en el nuestro, La Havane, CEM, 2008, pp. 13-28. Retour au texte

35 Un exemple, le 16 juin 1888, rendant hommage au père de Santiago Pérez Triana, ancien président de la Colombie, il déclare : « Urge analizar, para evitar males muy próximos, los elementos de que nuestra América se compone, y ver si convendrá más fundirlos, desenvolverlos, y cruzarlos conforme a su naturaleza y cualidades ». JM, OC/ENC, VII, 426. Retour au texte

36 Il y occupe la tribune le 20 décembre 1890, et les 21 février, 3 mars, 7 mars, 23 avril, 6 juin 1891. D’après la rigoureuse et très utile Cronología, d’Ibrahím HIDALGO PAZ, La Havane, CEM, 2012. Retour au texte

37 « Discours du 28 octobre 1893 ». JM, OC/ENC, VIII, 246 et 244 respectivement. Retour au texte

38 « Lettre à Gonzalo de Quesada », 16 décembre 1889. JM, OC/ENC, VI, 123. Retour au texte

39 « Las guerras civiles en Sudamérica », Patria, New York, 22 septembre 1894. JM, OC/ENC, VI, 26-27. En dépit du titre, Martí emploie quatre fois l’expression « nuestra América » dans ce bref article. Retour au texte

40 « La verdad sobre les Estados Unidos », Patria, New York, 23 mars 1894. JM, OC/ENC, XXVIII, 290-294. Là encore son auteur a recours, par cinq fois, à l’expression « nuestra América ». Retour au texte

41 « Lettre à Manuel Mercado », 18 mai 1895. JM, OC/ENC, IV, 167 (ou XX.161). Retour au texte

42 ZUMETA César, El continente enfermo, New York, 1899. Cité par Ricaurte SOLER, « De nuestra América de Blaine a nuestra América de Martí », Casa de las Américas, La Havana, n° 119, 1980, p. 38. Retour au texte

43 La Doctrina de Martí a été publiée à New York de juillet 1896 à mai 1898, sous la direction de deux mulâtres, le Cubain Rafael Serra et le Portoricain Sotero Figueroa. Retour au texte

44 Cité par Ricaurte Soler, Op. Cit., p. 11. Retour au texte

45 José Martí n’a pas été dupe de la supercherie. Il s’est adressé manifestement à Blaine quand il a exposé que « el caso geográfico de vivir juntos en América no obliga, sino en la mente de algún candidato [Blaine, por supuesto, candidato a la presidencia, P.E.] o algún bachiller, a unión política ». La Revista Ilustrada, New York, mai 1891. JM, OC/ENC, VI, 160. Retour au texte

46 Publiée – avant même la signature du Traité de Paris ! - par J.L.Smith, Philadelphie, 1898. Retour au texte

47 DE LA TORRIENTE Cosme, Por la amistad internacional, La Habana, Academia de la Historia, 1951, p. 447. Retour au texte

48 PALACIOS Alfredo, Nuestra América y el imperialismo yanqui, Madrid, Historia / Colección Nueva, 1930. Réédition à Buenos Aires en 1961. Retour au texte

49 UGARTE Manuel, La salvación de nuestra América, Nice, 1930. Article publié dans plusieurs journaux. Retour au texte

50 Cf. María José de QUEIROZ, « A nossa América : realidade e ficçao », Kriterion, Belo Horizonte, n° 69, 1976. Ou encore : l’édition à Sao Paulo de l’importante revue semestrielle Nossa América, qui existe depuis 1989. Retour au texte

51 C’est un néologisme, bien entendu, comme l’ont été en leur temps le bolivarisme, le latinoaméricanisme, le castrisme, le chavisme, etc. Retour au texte

52 Boaventura de SOUSA SANTOS, Nuestra América : Reinventing a subaltern paradigm of recognition and redistribution, University of Wisconsin, 2001. Retour au texte

Citer cet article

Référence papier

Paul Estrade, « Réflexions sur le concept martinien de « Notre Amérique » : genèse, portée et mise en œuvre, héritage », Textures, 21 | 2015, 113-124.

Référence électronique

Paul Estrade, « Réflexions sur le concept martinien de « Notre Amérique » : genèse, portée et mise en œuvre, héritage », Textures [En ligne], 21 | 2015, mis en ligne le 04 janvier 2023, consulté le 04 octobre 2026. URL : https://publications-prairial.fr/textures/index.php?id=110

Auteur

Paul Estrade

Université de Paris VIII-Saint Denis HAH-GRIAHAL

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