Édito

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Au début était le jeu ! Tel pourrait être le présupposé qui parcourt les différents travaux qui composent ce 120e numéro de Canal Psy. Sous l’égide de la figure tutélaire de D.W. Winnicott ces contributions témoignent de l’infinie richesse des « Médiations thérapeutiques » et de leur potentiel transformationnel.

Au sein de la relation soignante, ces médiations invitent à déplacer le niveau de l’écoute, vers ce qui a pu advenir du plaisir de s’éprouver et du plaisir d’être dans l’espace originaire et primaire de la rencontre, entre l’infans et l’autre maternel, ou a manqué à le faire. À l’image du superbe travail photographique des affiches de métro, qui ponctuent ce numéro, le lien soignant est aux prises avec des déchirures, des recouvrements, et avec la recherche d’une brèche (ainsi que Jean-Paul Bernard Petit désigne lui-même son écoute photographique), d’un passage à même de révéler des traces, de mettre à jour des enfouissements et d’accompagner le sujet dans la (re)découverte d’une capacité de prendre place dans le jeu et ce faisant, de prendre place dans le monde et dans le lien.

Le pluriel du titre « médiations » donne à entendre la fécondité d’un champ, où la créativité, le plaisir, et l’implication subjective du/des thérapeute(s) sont essentiels. Plaisir du jeu, plaisir de faire advenir du jeu, d’autoriser des sujets (des enfants, des adolescents, des adultes, des personnes âgées…), à s’approprier le monde ; et ce, à partir de l’appropriation d’une matière, et/ou d’une modalité sensorielle, mises à leur disposition ; matière qui va les inviter à faire trace, à advenir et à s’inscrire dans un lien éprouvé comme non menaçant.

Depuis de très nombreuses années, les apports des recherches du Centre de Recherche en Psychopathologie et Psychologie Clinique ont contribués à poser de solides balises dans ce large champ des médiations et ont permis de clarifier la potentialité thérapeutique de la présentification dans le lien soignant des traces de la relation primaire. Ces recherches ont ainsi travaillé à mettre à jour les ressorts transformationnels de l’utilisation de ces médiations. Les contributeurs de ce numéro déclinent différentes manières de « se prêter à l’autre » et témoignent d’une pluralité de propositions faites à des sujets « souffrants », à partir d’une matière à éprouver et à transformer : du collage au conte, des marionnettes au théâtre, au poney…

Ces propositions peuvent dès lors être considérées comme autant d’invitations faites au lecteur d’écouter la manière dont chacun s’engage dans le lien soignant, comment il se propose, dans l’espace du jeu, comment il travaille à l’émergence d’un éprouvé de plaisir, à sa mise en partage.

Vous souhaitant une plaisante et joueuse lecture.

References

Bibliographical reference

Georges Gaillard, « Édito », Canal Psy, 120 | 2017, 3.

Electronic reference

Georges Gaillard, « Édito », Canal Psy [Online], 120 | 2017, Online since 08 janvier 2021, connection on 17 octobre 2021. URL : https://publications-prairial.fr/canalpsy/index.php?id=1796

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Georges Gaillard

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