Contact : sarah.harchaoui@sorbonne-universite.fr
Date limite de dépôt : 30 septembre 2026.
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Ce numéro thématique propose d’interroger les formes de langage dites « faciles à lire et à comprendre » (FALC) et les Easy Languages (ELs) dans les langues nordiques et, plus largement, dans l’aire germanique, en les appréhendant comme des dispositifs discursifs normés, situés à l’intersection des politiques linguistiques, des régimes de production de l’accessibilité, et des configurations sociohistoriques dans lesquelles sont définies les conditions de ce qui peut être dit, compris et utilisé comme information pertinente.
Souvent qualifiés de variétés aménagées de la langue standard (si tant est qu’il en existe une) et reposant sur un ensemble de principes visant à garantir l’accessibilité communicationnelle, les ELs ne sauraient être réduits à des procédés de simplification linguistique. Ces principes, aujourd’hui formalisés par la norme ISO 24495-1 relative au langage clair s’articulent autour de quatre dimensions interdépendantes :
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la pertinence de l’information (sélection et hiérarchisation des contenus en fonction des besoins du public visé),
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sa repérabilité (organisation textuelle et visuelle permettant un accès rapide à l’information recherchée),
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son intelligibilité (choix lexicaux, syntaxiques et discursifs favorisant la compréhension),
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et son utilisabilité (capacité des destinataires à mobiliser de manière effective l’information dans des pratiques sociales situées) (ISO, 2023 ; Plain Language Association International, 2021).
Ces critères peuvent être interprétés non seulement comme fonctionnels, mais comme des opérateurs de régulation discursive, car ils participent à la stabilisation d’une norme transnationale de communication publique, dans laquelle la lisibilité devient une condition d’accès à la citoyenneté informationnelle.
Dans cette perspective, les ELs peuvent être analysés comme des variétés discursives contrôlées, issues d’une reconfiguration de la langue standard, opérée à travers des procédures de sélection, de réduction, de reformulation et de structuration textuelle. Ces procédés ne relèvent pas uniquement du domaine linguistique, mais engagent des formes de scénographie énonciative (au sens où ils définissent les positions respectives de l’institution énonciatrice et du destinataire construit comme sujet de réception) ainsi que des modalités spécifiques d’anticipation des compétences interprétatives des publics.
Les travaux récents montrent que ces formes discursives tendent à se constituer comme des normes secondaires de standardisation, produisant ce que l’on pourrait appeler une « standardisation du standard » (Bredel & Maaß, 2016 ; Maaß, 2020). Cette dynamique soulève des enjeux théoriques majeurs, et interroge la stabilité de la notion même de norme linguistique, en la déplaçant vers des normes d’usage, de lisibilité et d’accessibilité qui sont fortement dépendantes des politiques publiques et des cadres institutionnels nationaux.
Par ailleurs, l’expansion actuelle du FALC vers des publics diversifiés (personnes âgées, publics allophones, individus en situation de handicap visuel ou cognitif, lecteurs peu familiers des genres institutionnels) implique une reconfiguration des profils du destinataire et des modalités de construction de l’altérité discursive. Le public n’est plus seulement présupposé comme déficitaire ou en difficulté, mais comme pluriel, variable et contextuellement défini, ce qui remet en question les fondements mêmes des catégorisations initiales (Lindholm & Vanhatalo, 2021 ; Uotila, 2019 ; Haverinen, 2025). La notion de complexité ne saurait donc être appréhendée de manière uniforme, en fonction des profils de lecteurs et des contextes d’usage.
Dans les pays nordiques, cette évolution est soutenue par des politiques linguistiques fortement institutionnalisées. En prescrivant un langage « clair, simple et compréhensible », les législations norvégienne et suédoise (Språkloven, §9 ; Språklågen § 11) participent à la constitution d’un régime normatif de transparence discursive, où la clarté devient un impératif administratif et démocratique. Ces cadres normatifs témoignent d’une institutionnalisation du langage clair et soulèvent la question d’une possible convergence internationale des pratiques, tout en laissant ouverte celle des variations linguistiques, discursives et culturelles.
Dans ce contexte, ce numéro invite à interroger le FALC et les ELs comme des objets issus de dispositifs discursifs de l’accessibilité, en articulant linguistique, analyse du discours, cognition et sociologie des normes. Il s’agira d’examiner comment ces formes contribuent à la production institutionnelle de la lisibilité, et dans quelle mesure elles participent à la constitution de régimes spécifiques de vérité informationnelle et d’intelligibilité sociale.
Une première ligne de réflexion concernera l’existence d’un modèle universel du « langage accessible », ou au contraire la variabilité des régimes de lisibilité entre les langues germaniques et nordiques : existe-t-il des convergences structurelles, ou des configurations discursives différenciées liées aux traditions linguistiques et aux cultures administratives ? Une attention particulière pourra être portée sur la manière dont les normes de clarté s’inscrivent dans des histoires discursives nationales, à leurs modalités de circulation entre espaces linguistiques, ainsi qu’aux tensions qu’ils suscitent entre normalisation et adaptation aux contextes d’usage.
Les contributions pourront également explorer les variations linguistiques et discursives observables dans les ELs, en analysant les choix lexicaux, syntaxiques et textuels qui sous-tendent la production de textes accessibles dans différents genres (administratif, médiatique, littéraire, numérique). Dans une perspective cognitive, il conviendra d’interroger les mécanismes de traitement de l’information, notamment en ce qui concerne la gestion de la complexité, les stratégies de désambiguïsation et de hiérarchisation des savoirs, en tenant compte des interfaces entre langue, cognition et culture (Vanhatalo & Lindholm, 2022 ; Nisbeth Jensen, 2018). Cela pourra donner lieu à une interrogation sur les formes d’anticipation du lecteur construites dans les textes FALC et ELs, en examinant comment ces dispositifs configurent des scénographies de compréhension, dans lesquelles la lisibilité est à la fois une propriété textuelle, une norme institutionnelle et une hypothèse sur les capacités interprétatives des publics.
Par ailleurs, les contributions pourront aborder la question de la diversification des publics et des usages, en soulignant le rôle des ELs dans les dynamiques d’inclusion sociale, les politiques linguistiques et les pratiques éducatives, plus particulièrement dans des contextes de migration et de plurilinguisme (Hurtado & Lindholm, 2020).
Enfin, une attention particulière pourra être accordée aux dimensions multimodales de la communication accessible, en analysant l’articulation entre texte, image et mise en forme, ainsi que les liens avec la communication augmentée et alternative (CAA/AAC) et les environnements numériques.
