Sous la direction de Dorothée Sales-Hitier1 et Emmanuelle Soucy2
Texte de cadrage
Le titre du numéro 6 de la Revue Partages fait référence à l’ouvrage de Frank Marchand, Le français tel qu’on l’enseigne, publié en 1971, ouvrage pionnier en didactique du français, avant que celle-ci ne se constitue comme discipline de recherche. Ce numéro a pour objectif, à l’instar de l’ouvrage de référence, de se centrer sur les pratiques enseignantes lorsqu’il s’agit d’enseigner l’oral. Il vise à donner à voir, trente ans après la constitution de la didactique de l’oral comme champ de recherche à part entière (voir notamment Nonnon, 2016), les pratiques de l’oral observables aujourd’hui dans les classes. Dans l’esprit de la revue Partages, nous souhaitons toutefois aborder cette exploration depuis une perspective partagée, où les savoirs sont construits conjointement par les chercheur·euse·s et les enseignant·e·s. Plutôt que d’adopter un regard extérieur sur les classes, nous cherchons à comprendre, avec les acteurs, comment les pratiques se développent, se transforment et se redéfinissent au fil de la recherche et du travail quotidien. Ce numéro propose ainsi d’examiner les évolutions observées au fil des collaborations entre recherche et pratique, en montrant comment ces deux pôles s’enrichissent mutuellement lorsqu’il est question de didactique de l’oral.
En 1998, le constat réalisé par De Pietro et Wirthner à partir de l’observation et des déclarations de plus de trois-cents enseignant·e·s en Suisse romande (De Pietro et Wirthner, 1998) était sans appel : les représentations de l’oral étaient multiples et les pratiques, très variées. Leur recherche contribuait alors à lever plusieurs ambigüités en caractérisant ce qui pouvait être enseigné et, plus largement, la possibilité même d’une didactique de l’oral (Dolz et Schneuwly, 1998/2016). Trois décennies plus tard, les questions liées à l’enseignement de l’oral demeurent nombreuses, et les recherches menées dans différents pays francophones mènent à des constats similaires (Colognesi et Deschepper, 2019 ; Nolin, 2013 ; Sales-Hitier, 2022 ; Sénéchal, 2022). Même si un consensus existe quant à la nécessité d’enseigner l’oral — du point de vue de la recherche, des prescriptions ministérielles et des praticiens, notamment pour lutter contre les inégalités scolaires (Bautier et Rayou, 2013), l’échec scolaire et l’exclusion sociale (Le Cunff et Jourdain, 2008 ; Nonnon, 2016) — la construction de repères partagés reste nécessaire (Gagnon et Colognesi, 2021 ; Stordeur et al., 2023 ; Sales-Hitier, 2024). Ces constats, récurrents dans plusieurs pays francophones, soulignent l’importance de concevoir l’enseignement de l’oral avec les enseignant·e·s plutôt que sur leurs pratiques (Sénéchal et Dolz, 2019).
À partir des années 2010, les programmes institutionnels des pays francophones mettent de plus en plus en avant un enseignement explicite de l’oral. En conséquence, des travaux sur les objets à enseigner se développent (Dumais, 2016 ; Dumais et Soucy, 2020), de même qu’une clarification des statuts de l’oral (Dupont et Grandaty, 2016 ; Soucy et Dumais, 2022).
Des dispositifs didactiques apparaissent dans plusieurs pays : l’atelier formatif au Québec (Dumais et Messier, 2016), itinéraires en Belgique (Colognesi et Dolz, 2017), l’atelier filé en Suisse (Coppola et al. 2019), SEMO3 en France (Sales-Hitier et Dupont, 2022 ; Dupont et Sales-Hitier, 2023). Cette nouvelle génération de séquences didactiques, souvent issues de recherches participatives, témoigne de démarches au sein desquelles la coconstruction et la réflexivité occupent une place centrale. Ces recherches participatives4 constituent en effet un espace privilégié pour comprendre comment les gestes professionnels s’ajustent, comment les dispositifs se coconstruisent et comment les savoirs didactiques prennent forme dans l’action. Les pratiques renouvelées ne visent plus seulement à élaborer des dispositifs transférables, mais à faire émerger des savoirs issus du terrain, des compréhensions partagées et des transformations mutuelles entre praticiens et chercheurs (Dolz et Silva-Hardmeyer, 2020). L’objectif n’est donc pas d’identifier ce que l’école « devrait » faire, mais de comprendre ce que les équipes enseignantes et les chercheurs construisent ensemble au fil des collaborations.
Nous envisageons ce numéro comme un espace où enseignant·e·s et chercheur·euse·s peuvent rendre visibles les pratiques quotidiennes autour de l’oral, tout en mettant en évidence les processus de coconstruction, d’ajustement et de réflexion partagée qui les sous-tendent.
Dans la continuité de ce cadrage, trois axes de réflexion sont proposés pour structurer le numéro. Ils ne constituent pas des catégories prescriptives, mais des portes d’entrée possibles, qu’il s’agisse de dispositifs coconstruits, d’expériences réflexives ou de chantiers en cours d’élaboration.
Axes et rubriques
Axe 1. Les pratiques et dispositifs d’enseignement de l’oral au sein de la classe de français
Cet axe s’intéresse aux pratiques de l’enseignement de l’oral dans un champ plus large qui invite à prendre en compte la place de l’oral et de ses relations avec l’écrit en réception et en production, dans un continuum (lire un texte à d’autres ou à voix haute, dicter à l’adulte un texte à écrire…) dans la classe de français. On pourra interroger la manière dont l’oral est intégré aux dispositifs existants ou à construire (cercle de lecture, communauté d’auteurs, réalisation d’exposé, texte de discours…), ou aux séquences didactiques issues de la recherche collaborative. L’accent pourra être mis tant sur la place de l’oral dans une approche intégrée de l’enseignement du français (Soucy, 2022) que sur la mise en œuvre d’activités langagières ouvertes au monde social et culturel, en lien notamment avec la littérature.
Axe 2. Hybridations, technologies et nouvelles formes langagières
Cet axe aborde l’impact des nouvelles technologies et des pratiques sociales du langage (réseaux sociaux, vidéos, tutoriels, balados5, capsules, etc.) sur l’enseignement de l’oral. Comment les pratiques et les nouvelles formes langagières du quotidien des élèves trouvent-elles leur place dans la classe (De Pietro et al., 2017) ? On pourra y explorer les formes d’hybridation entre oral et écrit rendues possibles par le numérique ainsi que les usages pédagogiques d’outils multimodaux (enregistrements, réoralisation, capsules vidéos, visionnage de productions, IA Générative). Cet axe peut également inclure d’autres formes de collaborations hors de l’école, lorsque celles-ci nourrissent les apprentissages oraux :
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Les projets réalisés avec des musées (Dias-Chiaruttini et Cohen-Azria , 2020), des bibliothèques, des théâtres, des maisons de la culture, des radios scolaires, des organismes communautaires …
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Les rencontres avec des artistes de la parole au sein de la classe ou hors classe (conteurs conteuses, auteur·ices, comédien·nes, slameurs slameuses) …
Axe 3. Représentations, rapport à l’oral et pratiques personnelles et professionnelles
Cet axe se centre sur les acteurs des collaborations : leurs représentations de l’oral, leur rapport personnel et professionnel à cet objet (Colognesi et al., 2023), ainsi que les changements dans leurs pratiques au fil des collaborations. Il s’agira de questionner la manière dont les représentations des enseignant·e·s et des chercheur·euse·s évoluent et influencent les pratiques d’enseignement et de recherche.
Format d’écriture de la proposition d’article
Les propositions respecteront le format indiqué ci-dessous :
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Titre, Nom, Prénom, rattachement institutionnel, courriel (aucune mention de fonction ou de statut ne doit être précisée) ;
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Un résumé n’excédant pas 500 mots, présentant de façon concise la recherche proposée, et précisant si possible, l’axe de réflexion choisi et le format d’écriture comme indiqué infra dans lequel s’inscrira la proposition
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Une liste de 5 mots-clés séparés par des tirets et suivant un ordre alphabétique ;
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Une bibliographie sélective.
Format d’écriture de l’article
La revue Partages consacre une place importante aux recherches participatives, c’est-à-dire aux démarches qui mettent de l’avant la collaboration entre chercheur·euse·s et praticien·ne·s. Dans cette perspective, les articles peuvent être soumis :
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par des chercheur·euse·s ;
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par des praticien·ne·s (enseignant·es, formateur·ices, conseillers et conseillères pédagogiques, intervenant·es en classe) ;
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par des équipes mixtes, chacune de ces possibilités étant pleinement recevables.
Les trois formats d’écriture proposés sont :
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Des descriptifs de dispositifs didactiques mis à l’épreuve de la classe (adossés ou non à des dispositifs de recherche et d’évaluation). La situation de la recherche par rapport aux méthodes collaboratives sera explicitée. Le texte pourra contenir 50 000 signes.
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Des récits réflexifs d’expériences écrits par des acteurs/auteurs de recherches collaboratives qui problématisent leur retour d’expérience autour d’un enjeu méthodologique, épistémologique ou éthique émergent de cette expérience. Les enjeux didactiques de la recherche à laquelle le récit d’expérience se rapporte seront explicités. Le texte devra comporter 40 000 signes maximum.
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Des « chantiers de recherche » qui mettent en lumière des projets de recherche ou d’action éducative en cours d’élaboration, où les acteurs de la collaboration, leurs rôles et leurs statuts seront clairement identifiés. Un texte de 30 000 signes est attendu.
Échéancier
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Étapes |
Numéro de début juin 2027 |
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Diffusion de l’appel |
18 mai 2026 |
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Réception des résumés |
26 juin 2026 |
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Retour aux auteurs et attribution d’accompagnateurs à l’écriture |
14 aout 2026 |
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Dépôt de la version initiale du texte |
26 octobre 2026 |
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Retour aux auteurs |
30 novembre 2026 |
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Dépôt de la version révisée du texte |
décembre 2026 |
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Publication |
02 juin 2027 |
Les résumés des propositions de contributions devront être envoyés à l’adresse partages[at]gmail.com pour le 26 juin 2026.
Comité de lecture
Réal Bergeron, Professeur retraité, UER en sciences de l'éducation, Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue
Stéphane Colognesi, Professeur, Faculté des sciences de l'éducation, UCLouvain
Ana Dias-Chiaruttini, PR, INSPE de Toulouse, sciences de l'éducation, EFTS
Anass El Gousairi, Professeur de didactique du français et membre GRAFE à la Faculté des Sciences de l'éducation de Rabat, Université Mohammed V de Rabat (Maroc)
Pascale Gossin, MCF SIC, Lisec Grand-Est
Constance Lavoie, Professeure régulière, Département d'éducation préscolaire et d'enseignement primaire, Université de Sherbrooke
Geneviève Messier, Professeure titulaire, Département de didactique, Université du Québec à Montréal
Isabelle Montesinos-Gelet, Professeure titulaire, Faculté des sciences de l'éducation, Département de didactique, Université de Montréal
Dalila Moussi, MCF, Université de Côte d'Azur, sciences de l'éducation, LINE
Samarange Nzikou Mouelet, ATER INSPE de Troyes, Université de Reims Docteur en Sciences de l'éducation et de la formation
Juliette Renaud, MCF Sciences de l’éducation, INSPE Orléans
Nathalie Salagnac, MCF Science du langage, INSPE de Bordeaux, LabE3D
Claudine Sauvageau, Professeure, Département d'éducation préscolaire et d'enseignement primaire, Université de Sherbrooke
Marie-France Stordeur, Professeure, Faculté des sciences de l'éducation, UCLouvain
Stéphanie Volteau, Maitre de conférences en sciences du langage, INSPÉ de Poitiers
