Une poésie guerrière ? Saint-Balmon et ses Jumeaux martyrs (1650) au prisme de l’historiographie féministe

DOI : 10.35562/pfl.810

Abstracts

Les Jumeaux martyrs (1650) demeure la seule pièce connue de la plume d’Alberte-Barbe d’Ernecourt, dame de Saint-Balmon. Bien qu’elle s’inscrive, par sa forme et son sujet, dans la tradition néo-stoïcienne de son époque, cette œuvre, tout comme son autrice, se distingue par une singularité marquée. C’est précisément à partir de cette exceptionnalité que l’histoire théâtrale féministe a façonné une figure à la fois insolite et emblématique : celle de la « poétesse guerrière ». Cette désignation et son influence dans l’histoire du théâtre résultent d’une construction historiographique qui appelle une analyse approfondie. Je me propose d’examiner le processus par lequel s’est instauré le récit de son auctorialité féminine, lequel a été amorcé de son vivant et prolongé jusqu’aux années 1990. J’émets l’hypothèse que la « fonction autrice », pour reprendre le concept de Michel Foucault, soulève autant de défis qu’elle offre de potentialités pour écrire l’histoire des femmes dramaturges. Il pourrait désormais être opportun d’adopter de nouvelles approches méthodologiques. À cet égard, je m’appuie sur la proposition d’Annalisa Nicholson en faveur d’une historiographie spéculative et responsable.

Les Jumeaux martyrs (1650) remains the only surviving play attributed to Alberte-Barbe d’Ernecourt, dame de Saint-Balmon. While its form and subject are typical of the neo-stoic trend characteristic of the period, the play itself as well as its author are rightly considered to be singular. It is because of this singularity that feminist theatre history has made of Saint-Balmon a figure at once iconic and exceptional, known today as a “poetess warrior”. This title and its role in theatre history are derived from a specific historiographical operation worthy of close analysis. I herein trace the establishment of this play’s authorship narrative, which began during its author’s lifetime and continued through the 1990s. I advance the hypothesis that the “authoress function”, to borrow a concept from Foucault, offers us as many difficulties as it does possibilities in the construction of a history of women playwrights, and therefore that it might be time to adopt new approaches and methodologies. I conclude by proposing a methodology borrowed from Annalisa Nicholson, that of a « responsible speculative » feminist historiography.

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Dans l’histoire du théâtre français, Les Jumeaux martyrs, tragédie chrétienne d’Alberte-Barbe d’Ernecourt, dame de Saint-Balmon1 (1607-1660), publiée en 1650 à Paris par Augustin Courbé, occupe une place à part. Cette particularité tient autant au fait qu’il s’agit de l’unique pièce de son œuvre aujourd’hui conservée, qu’à la vie remarquable de son autrice. Qualifiée de « femme forte » ou d’« Amazone », Saint-Balmon prit les armes pendant le conflit qui agita la Lorraine dans les années 1640, s’attirant une réputation qui franchit les frontières de sa province et gagna jusqu’à la cour de Louis XIII2. Sa bravoure, conjuguée à une piété constante, lui valut une renommée de son vivant, consolidée par l’élaboration d’un projet biographique amorcé l’année même de sa mort3.

Si la trajectoire de Saint-Balmon est exceptionnelle, son œuvre dramatique s’inscrit dans la veine de la tragédie néo-stoïcienne alors en vogue à la veille de la Fronde. La pièce relate le dernier jour des frères Marc et Marcellin, emprisonnés et mis à mort lors de la Grande Persécution sous Dioclétien. L’intrigue met en scène l’angoisse de leurs proches – épouses, amis, parents – confrontés à leur exécution imminente. Entre crainte, lamentations et tentatives désespérées pour sauver les deux frères, le drame atteint son paroxysme dans un dénouement poignant, marqué par la conversion des protagonistes et leur martyre.

Fidèle aux codes du genre, la tragédie a cependant acquis une reconnaissance particulière dans l’histoire du théâtre, largement due au destin remarquable de son autrice. C’est cette articulation entre œuvre et biographie qui a permis à l’historiographie de faire de Saint-Balmon une figure à la fois insolite et emblématique – une « poétesse guerrière », selon la formule aujourd’hui consacrée4. Cette désignation, ainsi que la place qui lui est accordée dans l’histoire théâtrale, résultent d’un travail d’historiographie féministe engagé depuis les années 1980, qui s’attache à faire émerger, par recoupements biographiques et lectures critiques, des figures longtemps marginalisées dans un récit patriarcal de la littérature. La question de l’auctorialité y tient une place centrale, offrant un double point d’ancrage aux chercheurs et chercheuses : l’identification des traces laissées par les femmes dans les archives, et la reconnaissance de leur agentivité à travers l’acte de création littéraire.

C’est précisément à l’examen de la construction historiographique de l’auctorialité féminine de Saint-Balmon que nous nous consacrerons ici. Il s’agira d’interroger ce qu’elle a permis de révéler, mais aussi ce qu’elle a pu occulter ou sacrifier. Nous faisons l’hypothèse que l’institutionnalisation de la « fonction autrice » – pour reprendre le concept de Foucault – soulève autant de défis que d’opportunités, notamment dans le cadre d’un projet collectif visant à retracer l’histoire de la dramaturgie féminine. Dès lors, il devient nécessaire d’envisager de nouvelles méthodologies pour renouveler cette exploration critique.

Personnage singulier, archives singulières : la redécouverte sporadique d’une célébrité

Saint-Balmon est connue aujourd’hui grâce à l’élan de la « récupération des voix féminines5 » qui a marqué les dernières décennies du xxe siècle. Les années 1991-1992 ont vu paraître deux ouvrages décisifs ayant contribué à son inscription dans un canon féministe en construction : La dernière des Amazones, de Micheline Cuénin, et Tender geographies, de Joan DeJean6. C’est à cette dernière que l’on doit le surnom de « poétesse guerrière » désormais attaché à l’autrice. L’épithète condense en une formule deux figures traditionnellement perçues non seulement comme distinctes, mais comme profondément masculines. Elle opère ainsi une forme de brouillage symbolique qui permet de constituer une nouvelle catégorie d’actrice sociale féminine, définie par sa force, sa créativité et son indépendance. En ce sens, la « poétesse guerrière » incarne un féminisme de la « vague zéro »7, tout en répondant également aux aspirations de la troisième vague.

Pour les historiennes de la littérature des années 1990, l’exemple de Saint-Balmon semblait d’autant plus pertinent que sa « récupération » reposait sur un paradoxe documentaire : sa vie est relativement bien connue, tandis que son œuvre théâtrale – en l’occurrence Les Jumeaux martyrs – demeure singulièrement peu commentée. Cette dissymétrie a nourri une tendance interprétative durable : lire la pièce exclusivement à la lumière de la biographie de son autrice, comme un simple prolongement littéraire d’une vie exemplaire.

Nous examinerons comment cette opération de relecture, fondée sur un faisceau d’anecdotes emblématiques, a façonné une figure d’« Amazone » idéalement pieuse, dont la vie défie les représentations traditionnelles de la femme au xviie siècle. Ce portrait, aussi fascinant soit-il, a fini par figer la perception de l’autrice et de son œuvre. Il a conduit à une sorte de fossilisation du récit biographique, qui a restreint d’autant le champ interprétatif possible pour Les Jumeaux martyrs.

La naissance d’une légende vivante : la biographie de Saint-Balmon

L’Amazone chrétienne ou les Aventures de madame de Saint Balmon (1678) pourrait constituer l’un des rares exemples, au xviie siècle, d’une biographie consacrée à une femme contemporaine qui n’est ni reine ni régente8. Son auteur, le père Jean-Marie de Vernon, entreprend son travail dès la mort de Saint-Balmon en 1660, s’appuyant sur des témoignages de première main, des sources écrites de son vivant et des sources manuscrites en partie rédigées par la protagoniste elle-même. Il propose un texte riche en anecdotes car son objectif semble avoir été de préparer la voie à la canonisation de cette « servante de dieu9 ». Cette intention organise la composition du texte, qui ne suit pas un déroulement strictement chronologique, mais se divise en deux grandes parties : la première met en avant sa piété et ses pratiques dévotes ; la seconde retrace son engagement dans pas moins de vingt-quatre combats armés, ainsi que d’autres actions marquées par le courage et la vertu. Les derniers chapitres sont également émaillés de témoignages et d’allusions à ses actes de miséricorde, de charité et de fidélité au service du roi.

Porté par le dessein apologétique de son auteur, le récit est d’une grande précision. On apprend notamment que cette « Amazone chrétienne » a pris les armes dès le mois de mai 1636, lors du conflit en Lorraine, et qu’elle a exercé un commandement militaire pendant plus de six ans sur ses terres de Neuville, jouant un rôle déterminant dans la protection des habitants et la sauvegarde des lieux sacrés de la région. Le remarquable travail d’archives mené par Micheline Cuénin permet de mieux comprendre les conditions exceptionnelles qui ont rendu possible un tel engagement : la qualité de son éducation, son esprit d’indépendance, ainsi que les liens décisifs qu’elle entretient avec sa tante, son père, son mari, ses conseillers, son confesseur et ses voisins10.

Bien que l’ouvrage du père Vernon vise à construire le portrait d’une personne « vénérable », il ne relève en rien d’un véritable travail de « récupération », dans la mesure où rien n’avait été oublié ni perdu. Dès le vivant de Saint-Balmon, la quasi-totalité des éléments qui fonderont sa renommée postérieure circulaient déjà – et ce, dès 1643 au moins. En témoigne une dépêche envoyée de Bar-le-Duc le 29 novembre de cette année, publiée dans la Gazette de Renaudot :

L’antiquité ne se peut pas vanter toute seule d’avoir eu des Amazones, et la France n’a que faire de les aller chercher hors de chez soi. La dame de Saint Balmon lui en a déjà fourni plusieurs fois d’exemples : Mêmes ces jours passés, cette Dame s’étant retirée dans l’une de ses terres nommée Neuville, frontière de la Lorraine, pour la conserver des courses des ennemis : elle apprit que vingt-cinq Croates avaient fait prisonnier un habitant de cette ville, qui leur avait déjà promis trois cents pistoles pour sa rançon, et duquel ils en espéraient davantage. Sur cet avis elle monte aussitôt à cheval en habit d’homme, et à la tête de douze ou quinze de ses domestiques, poursuivit ces Croates […]. Elle ajoute à cette valeur une si grande charité que tous les soldats français qui passent sur ses terres y reçoivent le secours et l’assistance dont ils ont besoin. Ce qui est d’autant plus à estimer que l’affection de la France lui a fait quitter le parti de son mari, qui est avec les ennemis11.

Cette dépêche renferme presque tous les traits constitutifs du portrait de Saint-Balmon. Elle l’inscrit d’emblée dans la lignée mythologique des Amazones, tout en exaltant son caractère et sa fidélité à la France. Ce double ancrage fait d’elle une incarnation exemplaire de la force tempérée : en défendant ses terres, elle se montre guerrière sans pour autant être belliqueuse. Son autorité morale transparaît à la fois dans l’obéissance de ses domestiques et dans sa charité comme dans sa piété. Deux caractéristiques marquantes, appelées à devenir emblématiques dans les récits ultérieurs – le port d’habits masculins et son indépendance à l’égard de son mari – y sont également présentes, sans susciter pour autant de commentaire misogyne. Ces éléments seront repris par l’abbé Arnaud dans ses mémoires, où il esquisse le portrait sacralisé d’une légende vivante qu’il affirme avoir rencontrée en 1638 :

Ce fut cette année, si je ne me trompe, que j’eus l’honneur de connaître cette amazone de nos jours, madame la Comtesse de Saint-Balmon, dont la vie a été un vrai prodige de valeur et de vertu, ayant rassemblé en sa personne toute la fierté d’un soldat déterminé et toute la modestie d’une femme véritablement chrétienne… [C]ette vie si éloignée de celle d’une femme, et qui dans d’autres qui s’en sont mêlées, a presque toujours été accompagnée de libertinage, n’avait rien d’approchant celle-ci12.

Une exemplarité aussi éclatante – celle d’un « vrai prodige de valeur et de vertu » – a sans doute contribué à susciter un engouement iconographique, donnant lieu à la circulation de plusieurs gravures, dont celle parue dans le Mercure françois de 1645 (fig. 1).

Fig. 1. Portrait de « Alberte Barbe Dernecourt, Dame de Saint Balmont, de Neuville, de Gibaumey de Vaux le Grand et le Petit, etc., Agée de 36 ans. 1645 », en buste de 3/4 dirigé à droite dans une bordure ovale [estampe]

Fig. 1. Portrait de « Alberte Barbe Dernecourt, Dame de Saint Balmont, de Neuville, de Gibaumey de Vaux le Grand et le Petit, etc., Agée de 36 ans. 1645 », en buste de 3/4 dirigé à droite dans une bordure ovale [estampe]

Légende : « Dédié à Madame de Haraucour, sa fille unique, par son trèshumble serviteur B. Moncornet avec privilegio du Roy ».

Source/crédit : Gallica.bnf.fr/BnF, département Estampes et photographie, cote RESERVE FOL-QB-201 (38)

Ce portrait comprend plusieurs détails soulignant la vertu militaire de Saint-Balmon : son costume de cavalière, avec notamment les plumes ornant son chapeau ; la vignette en arrière-plan la représentant à la tête d’une troupe nombreuse (et invraisemblable) ; ou encore les armoiries, signes de sa fidélité à ses terres et à Notre-Dame de Benoistevaux, un lieu de culte important dans sa biographie13. Si le tirage et la diffusion de ces gravures restent difficiles à évaluer avec certitude, leur rareté actuelle laisse supposer une postérité limitée. Comme l’a souligné Meg Wise, bien que Saint-Balmon figure dans la première édition de la Galerie des femmes fortes de Pierre Le Moyne (1647), elle disparaît des éditions suivantes14. De même, la biographie du père Vernon semble avoir connu une faible diffusion : très peu d’exemplaires sont conservés et aucun de ses contemporains n’y fait allusion. Si son travail n’a pas entièrement sombré dans l’oubli, c’est en partie grâce aux citations qu’en ont faites, au xviiie siècle, le père Des Billons, puis au xixe siècle, la notice consacrée à Saint-Balmon parue dans L’Austrasie : revue du Nord-Est de la France (1838)15. Enfin, en 1873, René Muffat republie intégralement le texte de 1678. Ces relais tardifs, en reprenant le portrait d’une « pieuse belliqueuse », réaffirment sa portée symbolique en tant qu’incarnation d’une France catholique. Ainsi, Muffat, dans un contexte marqué par l’anticléricalisme, s’emploie à réfuter vigoureusement les critiques antérieurs. À ses yeux, ceux-ci trahissent une volonté d’ignorer, voire d’effacer, les éléments biographiques de Saint-Balmon porteurs d’un nationalisme précoce et d’une profonde sensibilité catholique16.

Cet aperçu de la réception biographique de Saint-Balmon révèle une notoriété instable, voire fragile. De son vivant, elle bénéficie d’une certaine renommée, qui s’éclipse toutefois rapidement. La tentative de mémorialisation entreprise par son biographe après sa mort ne parvient ni à susciter l’intérêt de l’Église ni à rencontrer un lectorat averti. Aux xviiie et xixe siècles, quelques rééditions de sa biographie témoignent d’un regain ponctuel d’attention, avant que sa figure ne retombe à nouveau dans l’oubli. Sa célébrité apparaît ainsi comme cyclique et éphémère.

Invisibilisation misogyne ou volonté de discrétion ?

Si la merveille que représenta Saint-Balmon de son vivant semble s’être estompée dans la mémoire posthume, certaines lectures féministes pourraient y voir les signes d’un effacement délibéré. Il est vrai que la figure de la « femme forte » du xviie siècle disparaît progressivement de l’horizon culturel dans la seconde moitié du siècle, victime d’un ordre monarchique de plus en plus phallocrate17. Pourtant, le cas de Saint-Balmon s’avère plus complexe : sa biographie n’a jamais été mobilisée pour exalter une virilisation de son héroïsme ni pour illustrer une vertu proto-féministe, mais avant tout pour souligner son exemplarité spirituelle et, dans une certaine mesure, pour en faire une figure d’identification à visée nationaliste.

Il est donc surprenant que l’œuvre poétique et dramatique de Saint-Balmon soit restée presque totalement absente des entreprises biographiques et des récits à portée catholique ou nationale des siècles suivants. Ce silence équivaut à une mise à l’écart significative, d’autant que ses pièces étaient connues de son vivant. En témoignent les Mémoires de Michel de Marolles, qui mentionne « Madame de S. Balmon de Loraine » dans son inventaire des poètes dont les œuvres ont été imprimées, jouées ou lues à Paris. Bien qu’il ne précise pas les titres ni les sujets, il lui attribue deux pièces18. Vernon, pour sa part, ne les évoque que brièvement :

Les Tragédies en Vers qu’elle a composées sur la Mort de Jésus-Christ, sur le martyre des saints Marc et Marcellin, et sur celui de sainte Godelaine, sont des pièces fort estimées19.

Une autre hypothèse semble, à première vue, tout à fait plausible : celle d’une discrétion féminine à l’égard de la publication, et plus encore du théâtre, Saint-Balmon ayant pu souhaiter se tenir à l’écart de sa propre production littéraire, par retenue ou par souci de conformité aux normes de genre de son temps. Une telle réserve va à l’encontre de l’acte même de publication des Jumeaux martyrs. Dès lors, de quelle forme d’agentivité ces gestes de création et de diffusion témoignent-ils ? Comment la critique peut-elle prendre en compte ces initiatives littéraires au sein d’une trajectoire dominée, d’un côté, par le succès martial, et de l’autre, par une profonde piété associée à une certaine retenue ? Comment, enfin, interpréter Les Jumeaux martyrs à la lumière de ce parcours singulier ?

Les Jumeaux martyrs : tragédie sans archives

La tragédie des Jumeaux martyrs est une pièce aussi singulière que son autrice, mais pour des raisons historiographiques inverses. D’une part, il s’agit de la seule production dramatique de Saint-Balmon qui nous soit parvenue, parmi les trois tragédies mentionnées par Vernon20. D’autre part, aucun élément ne permet d’attester une quelconque mise en scène de la pièce, que ce soit avant ou après sa publication, ni même d’en documenter la réception imprimée. Face à cette zone d’ombre, la critique avance plusieurs hypothèses sur ses éventuelles conditions de représentation, souvent énoncées comme des certitudes. René Muffat mentionne ainsi un détail intrigant : « Cette pièce fut jouée, je le sais, dans un couvent, en 165021 », mais sans fournir de preuve. De leur côté, Abbott et Fournier suggèrent que des pièces comme Les Jumeaux martyrs auraient pu être jouées « par des personnes instruites et nobles de son entourage, peut-être à l’occasion de fêtes religieuses22 ». Cette hypothèse, bien que jugée plausible par Edwige Keller-Rahbé, n’est pas non plus confirmée23.

En tout cas, la chronologie reste incertaine. On sait que Saint-Balmon a pris les armes en 1636 et les a rendues vers 1649, non sans périodes d’interruption. On sait en outre que des représentations théâtrales ont eu lieu à son domicile, notamment autour de 162924. Mais s’agissait-il de ses propres pièces ? Il est possible qu’elle les ait écrites avant son engagement militaire, ou encore pendant ses campagnes, bien que cette seconde hypothèse soit moins plausible. Ce qui paraît en revanche hautement improbable, c’est qu’elle les ait écrites après les événements25 : en 1644, elle perd son mari et son fils, et en 1645, elle prononce un vœu de chasteté devant son directeur de conscience, avant de se retirer de la vie publique.

Il reste que la tragédie des Jumeaux martyrs marque le seuil d’une nouvelle phase de création théâtrale au féminin, faisant le lien entre les dramaturges héritières de la Renaissance, telles Catherine Des Roches, et l’émergence, dans les années 1650, d’une nouvelle génération d’autrices dramatiques26. Avec Les Chastes martyrs de Marthe Cosnard27, cette pièce marque en effet un premier moment de visibilité pour les femmes dramaturges au xviie siècle. Toutefois, cette visibilité se construit aussi sur un manque : les deux tragédies ne prennent valeur de jalon historique qu’en raison de la rareté des œuvres dramatiques féminines connues à cette période. Il est donc frappant de constater que, tandis que la renommée de Saint-Balmon s’appuie sur une tradition continue de récits relatant sa vie exceptionnelle, la notoriété de sa tragédie tient en partie à la nature lacunaire des archives.

Par la force d’un positivisme épistémologique, cette confluence entre une vie bien documentée et une pièce méconnue a conduit certains chercheurs à évaluer Les Jumeaux martyrs à travers le prisme des qualités extraordinaires de la vie de Saint-Balmon. Pourquoi une guerrière serait-elle devenue poétesse ? Ou, inversement, ne faudrait-il pas plutôt s’interroger sur la possibilité qu’une poétesse ait pu se transformer en guerrière ? Quel lien peut-on réellement établir entre deux activités aussi disparates que la création dramatique et la prise des armes ? Faute d’informations sur la composition, la réception ou la mise en scène de la pièce, le texte imprimé des Jumeaux martyrs reste la seule source disponible. C’est sans doute pourquoi la critique tend à interpréter cette tragédie comme une mise en scène de l’éthos de Saint-Balmon, un miroir de ses valeurs personnelles et de sa vie exceptionnelle.

Le choix du sujet est révélateur, car il s’inspire de la légende de saint Sébastien, l’un des patrons de la ville de Nancy et protecteur des compagnies d’archers28. Le moment clé de la pièce est l’arrivée soudaine, à la manière d’un deus ex machina, de l’illustre capitaine Sébastien, venu réconforter les frères dans leur foi vacillante. Ce personnage prononce un long discours profondément philosophique, affirmant l’existence de Dieu – un type de raisonnement que « Mme de Saint-Balmon dut souvent pratiquer à Neuville29 ». Ce discours ne se limite pas à raffermir la foi des frères : il provoque aussi la conversion de toute leur famille, qui finira par subir le martyre à la fin de la pièce.

Dans cette lutte mêlant foi et géopolitique, on perçoit une analogie entre le conflit en Lorraine et celui de la Rome antique, comme l’ont souligné Abbott et Fournier. La famille des jumeaux y « occupe une place en quelque sorte analogue à celle de la famille étendue, communautaire et peu hiérarchisée30 » formée par Saint-Balmon à Neuville. Selon cette hypothèse, les habitants y auraient fait preuve d’un courage stoïque similaire face à la guerre, à la famine et à la misère généralisée provoquées par le conflit armé.

Bien que la critique s’efforce de relever une concordance de valeurs entre la pièce et la vie de Saint-Balmon, il faut également souligner les divergences. Dans cette histoire de constance néo-stoïcienne et de bravoure guerrière, les personnages féminins sont très peu agissants. Dès la première scène, les épouses Silénie et Camille s’abandonnent à une forme d’inaction, rongées par un deuil anticipé, leur sort étant dès l’abord scellé à celui de leur mari. Quant à leur belle-mère, Marcie, elle ne pose qu’un seul acte décisif : rendre visite à un vieux juge, ami de la famille, pour le supplier de soutenir ses fils. Cette démarche souligne toutefois son impuissance à intervenir plus directement : « Je confesse mon faible et mon peu de vigueur, / Qui sans cesse me fait plaindre de leur rigueur » (II, 3, p. 617-618). Katherine Ibbett a même théorisé cette passivité, y discernant un rôle paradoxalement valorisé pour les femmes, en tant qu’incarnations d’une nouvelle politique de la patience31. Cette représentation contraste toutefois avec l’image que l’on retient de Saint-Balmon elle-même, figure d’action par excellence. Les Jumeaux martyrs serait-elle une pièce qui, tout en affirmant la singularité de son autrice, reconduirait un modèle féminin conventionnel, voire opposé à celui qu’elle incarne dans sa vie ?

Le seul personnage de la pièce qui semble à la hauteur de son autrice est le commandant Sébastien, crypto-chrétien qui incarne « l’idéal » de Saint-Balmon, voire son porte-parole, selon son biographe du xixe siècle32. La pièce reste globalement fidèle à l’hagiographie de saint Sébastien, à un détail près : dans la légende, après que Sébastien a prononcé son discours, un ange apparaît pour confirmer la vérité de ses paroles. Ce miracle n’est cependant accordé qu’à un seul témoin : Zoé, l’épouse du magistrat chargé de garder les frères jumeaux. Muette depuis des années, Zoé parvient à témoigner par gestes de ce qu’elle a vu ; son témoignage est reconnu, et, par la prière de Sébastien, elle recouvre miraculeusement la parole – événement qui conduit à sa conversion, puis à son martyre aux côtés des frères et de leur famille. Ce personnage, pendant féminin de Sébastien, représente dans la légende un contrepoint essentiel, incarnant non la passivité, mais le courage de témoigner et d’agir. En lieu et place, Saint-Balmon introduit Thrason, un enseigne du régiment de Sébastien. S’il demeure loyal jusqu’à la mort, il se montre réticent aux leçons de patience et d’amour que son capitaine oppose à la violence du pouvoir romain. Cette substitution est d’autant plus problématique qu’elle accentue l’effacement des personnages féminins : non seulement ceux-ci sont cantonnés à des rôles de témoins endeuillés, mais encore Saint-Balmon écarte délibérément la seule femme véritablement active du récit originel, celle dont les gestes sont porteurs de foi et de transformation.

La tragédie des Jumeaux martyrs est une œuvre où la dramaturge, à la fois chef de guerre et figure d’autorité locale, choisit de minimiser les actions des femmes, allant même jusqu’à supprimer le seul protagoniste féminin majeur de la légende originelle. Les parallèles entre la pièce et la vie de Saint-Balmon ne paraissent convaincants que dans la mesure où ils traduisent ses convictions religieuses et son attachement au territoire, bien plus que ses propres expériences militaires. Dès lors, l’idée d’un proto-féminisme actif, qui s’exprimerait à la fois sur le champ de bataille et dans l’écriture dramatique, ne saurait être retenue dans son cas.

L’existence des Jumeaux martyrs repose sur une autre forme d’action, celle de la publication par l’imprimé. Or, cela n’a rien d’évident. À l’époque, la circulation manuscrite demeure un mode de diffusion fréquent, et il est probable que l’impression de la tragédie, en 1650, n’ait pas suivi immédiatement sa rédaction. La publication relève donc d’une décision mûrement réfléchie. Que peut-on en déduire quant aux intentions de son autrice ? Une seule pièce à conviction subsiste, mais elle se révèle particulièrement éclairante : l’avis de « L’Imprimeur au lecteur ». Ce court texte constitue sans doute, pour la première et unique fois avant le xxe siècle, un point de rencontre explicite entre les deux visages de Saint-Balmon – l’autrice et la guerrière – réunis en une seule figure :

Cette Pièce ne peut être mieux louée que par le Nom de celle qui l’a faite : et il suffit de dire, qu’elle est de Madame de Saint Balmon, pour lui gagner l’approbation publique. Il est vrai que c’est contre son gré que je vous la donne ; mais on dit, qu’elle ne fait point de bien, dont elle ne fasse un secret, et il ne fallait pas attendre d’elle l’impression de ses Vers, après la suppression de toutes ses bonnes œuvres. Celle-ci serait plus achevée et en meilleur ordre, si elle eût voulu prendre la peine de la revoir. Mais une Femme qui est toujours à cheval pour la défense de ses Sujets et a tous les jours des Croates ou des Allemands à combattre, n’a pas le loisir de mesurer des rimes et de conter des syllabes et ceux qui saurait que, ce n’est ici que le jeu de quinze jours de relâche, y trouveront plus de sujet d’admiration que de censure33.

Dans cet avis, Augustin Courbé mobilise plusieurs topoï rhétoriques traditionnellement associés à l’écriture féminine : modestie de l’autrice, grandeur d’âme et dévotion généreuse. Ces vertus, d’autant plus mises en valeur qu’elles accompagnent une publication, s’organisent autour du lieu commun de la réticence des femmes de qualité face à l’impression de leurs œuvres. Leur association à la réputation militaire exceptionnelle de Saint-Balmon crée une tension saisissante. On peut se demander si l’imprimeur n’a pas consciemment tiré parti de cette renommée martiale pour prémunir l’œuvre – et son autrice – contre d’éventuelles critiques. Car dans ce texte liminaire, la notion de gloire, invoquée dès les premières lignes et à la clôture, semble fixer d’avance les cadres de réception de la tragédie.

Si l’image de la poétesse guerrière s’est bien forgée à partir de cet avis, il convient de rappeler que ce lien repose davantage sur une construction rétrospective que sur une réalité historique établie. En 1650, date de la publication, Saint-Balmon s’était déjà retirée des combats ; ses seules interventions militaires après 1644 se limitent à l’escorte de quelques convois dans sa région. L’affirmation selon laquelle elle n’aurait pu relire ni corriger sa pièce, absorbée qu’elle était par ses campagnes, ressort davantage du registre légendaire que du constat factuel. La renommée militaire de Saint-Balmon y est convoquée avant tout comme un ressort d’autorité, destiné à asseoir son prestige et à légitimer la publication de son œuvre.

Il apparaît que la réputation de Saint-Balmon a été mobilisée comme levier publicitaire pour promouvoir Les Jumeaux martyrs. On assiste ainsi à la construction de la célébrité même de l’autrice, dans une perspective où l’enjeu n’est pas tant d’établir un lien personnel entre l’œuvre et sa créatrice, ni de garantir la qualité littéraire de la pièce, que d’exploiter une notoriété à la fois préexistante et en partie fabriquée. Cette stratégie pourrait viser à soutenir l’essor d’une nouvelle mode de tragédies sacrées dites « féminines » ou, plus spécifiquement, à mettre en valeur la tragédie de Marthe Cosnard, Les Chastes martyrs, imprimée et diffusée la même année par le même libraire. Point de départ d’une campagne de promotion croisée, la renommée construite dans « L’Imprimeur au lecteur » des Jumeaux martyrs trouve un écho dans le « Au Lecteur » des Chastes martyrs, où Cosnard prend la parole en son propre nom pour défendre sa réputation et justifier certains choix dramaturgiques. À la lumière de ce paratexte plus direct, celui des Jumeaux martyrs peut être lu comme son contrepoint inversé, dans la mesure où il remplace la voix de l’autrice tout en justifiant son silence. De plus, ces deux tragédies partagent des caractéristiques thématiques et formelles – amplification des enjeux religieux par un personnage porte-parole de l’Église, intrigue centrée sur un espace carcéral, présence d’un chœur34 – qui renforcent l’hypothèse d’une stratégie éditoriale de mise en réseau des œuvres, visant à les inscrire dans un mouvement concerté de création dramatique féminine et sacrée.

Dans l’effort, légitime, des historiennes et historiens pour restituer la réputation et l’auctorialité dramatique de Saint-Balmon, il est possible qu’une cohérence et une agentivité qui ne lui appartiennent pas pleinement aient été projetées sur sa vie. Rendre à sa biographie ses incohérences, ses zones d’ombre et ses parallèles sans lien causal direct, ouvre en revanche la voie à un autre type de démarche historique : ce qu’Annalisa Nicholson appelle un « responsible engagement with speculative history35 ». Selon elle, dans les biographies de femmes de la première modernité – dont les correspondances ont été détruites, où la discrétion, la modestie ou la honte ont limité les autographes et autres traces de première main, et où les récits ont souvent été écrits par des hommes selon leurs propres intérêts – il est méthodologiquement nécessaire d’envisager des conclusions spéculatives. Ancrées dans les connaissances disponibles, celles-ci prennent en compte l’inévitable incomplétude de notre documentation. Un tel engagement, à la fois responsable et féministe, envers une histoire provisoire ou conjecturale permettrait d’alléger la charge de preuve habituellement exigée pour formuler des hypothèses, tout en élargissant nos approches et nos objets. Il s’agirait ainsi de créer un espace dans lequel les interprétations puissent être amendées ou approfondies par les recherches futures, en contribuant à affiner progressivement notre savoir.

Cette enquête a soulevé plusieurs questions qui appellent des réponses nécessairement spéculatives, formulées dans le but précis d’ouvrir de nouvelles pistes de recherche sur Alberte-Barbe d’Ernecourt de Saint-Balmon. Faut-il voir en elle une guerrière poétesse ou une poétesse guerrière ? En définitive, il nous est impossible de trancher quant au lien causal, temporel ou thématique entre ses activités dramatiques et ses expériences militaires. Pour les historiennes et historiens contemporains, la tentative de conjuguer ces deux pratiques tend davantage à occulter leurs singularités qu’à les éclairer. Forcer ce lien produit une causalité réductrice qui restreint notre champ de recherche et offre un portrait de Saint-Balmon trop lisse, trop uniforme, et donc artificiel.

En outre, l’insistance portée sur l’exceptionnalité de son œuvre dramatique a eu pour effet de sous-estimer ses compétences dans un domaine plus vaste : celui des lettres. Sa biographie le confirme :

Outre qu’elle avait l’âme toute Martiale, et que sa grande passion était la chasse, l’usage des armes ; outre qu’elle aimait naturellement les emplois de force, elle avait des principes de piété qui ne s’accordaient pas avec une vie molle et voluptueuse : elle évitait les galanteries et les parties de plaisir ; elle avait pareillement une puissante inclination pour les Lettres36.

Si Vernon ne mentionne qu’en passant les pièces « fort estimées » de Saint-Balmon, il accorde en revanche une attention particulière à sa correspondance :

Semblablement les copies de toutes ses Lettres, qui sont entre les mains de sa fille. Peut-être que la Providence de Dieu les tirera un jour de son cabinet, pour les mettre en lumière37.

Cette renommée se trouve amplifiée par Jacquette Guillaume qui, dans sa volonté de montrer que l’approbation dont bénéficiait Madeleine de Scudéry n’était pas un cas isolé, cite la correspondance de Saint-Balmon parmi celles « de la Baronne de Changy et Mesdemoiselles d’Orsagues et d’Armoises », comme témoignage de l’estime portée aux femmes de lettres dans la société parisienne de l’époque38. Loin d’être une exception, Saint-Balmon aurait pu être exemplaire d’un phénomène plus large, celui de femmes instruites et actives dans leur milieu. Ses ouvrages dramatiques ne seraient pas tant des exceptions remarquables qu’un indice d’une participation féminine plus vaste et diversifiée au discours savant et mondain de son temps.

***

En conclusion, une telle hypothèse, qui privilégie l’exemplarité ordinaire de Saint-Balmon plutôt que sa singularité exceptionnelle, invite à formuler plusieurs questions subsidiaires :

  • Pourquoi Saint-Balmon a-t-elle écrit une pièce où les figures féminines sont reléguées au second plan ? S’agit-il d’une véritable minoration des femmes, ou d’un choix pragmatique, adapté à un contexte spécifique ? Peut-être cette œuvre visait-elle à occuper ses soldats durant les temps morts de la guerre, ou à servir d’outil de galvanisation spirituelle, destiné à raffermir la foi d’hommes qu’elle espérait aussi dévoués qu’elle. La virilité marquée de cette pièce, renforcée par l’effacement des personnages féminins, semble en effet pensée pour une scène masculine. Ce choix n’apparaît paradoxal que si l’on s’en tient à une lecture biographique qui ferait de l’identité de l’autrice la source première de son inspiration. Or, cela contredit ce que nous savons de Saint-Balmon : une femme dont la dévotion rigoureuse allait de pair avec une modestie imposée, sinon revendiquée.
  • Pourquoi, dès lors, une femme si pieuse aurait-elle publié une pièce de théâtre ? Il semble clair que Saint-Balmon n’a pas elle-même autorisé cette publication. Une autre hypothèse permet d’éclairer cette énigme : la parution des Jumeaux martyrs aurait répondu à une stratégie éditoriale délibérée, orchestrée par Augustin Courbé, visant à promouvoir un nouveau marché autour d’un genre alors émergent, celui de la tragédie chrétienne féminine. Si pareille stratégie a, semble-t-il, échoué, elle a néanmoins permis la conservation d’une pièce qui, sans cette tentative éditoriale singulière, serait sans doute tombée dans l’oubli.
  • Où se trouvent aujourd’hui les autres pièces de Saint-Balmon, sa correspondance, ou d’éventuelles tragédies féminines contemporaines ? Je l’ignore, mais je suis convaincue que les archives n’ont pas encore livré tout leur contenu et que d’autres sources pourraient émerger. Si Saint-Balmon était, aux dires de tous, une femme remarquable, il paraît peu vraisemblable qu’elle ait été la seule dramaturge active dans les années 1630-1640.

Il appartient désormais à la recherche de poursuivre l’exploration des lacunes qui marquent l’histoire théâtrale féminine. Ces manques, loin de constituer des limites, peuvent devenir les points de départ de spéculations à la fois responsables – pour reprendre le terme d’A. Nicholson – et fructueuses.

Notes

1 Nommée ici suivant le référentiel de la BnF. La base de données IdRef préfère la forme Alberte-Barbe de Saint-Baslemont. Il est possible aussi de voir son nom écrit Balmont (comme le portrait de la fig. 1). Return to text

2 Carmeta Abbott et Hannah Fournier, « Introduction », dans Alberte-Barbe d’Ernecourt de Saint-Balmon, Les Jumeaux martyrs, éd. C. Abbott et H. Fournier, Genève, Droz, « Textes littéraires français », 1995, p. 10. Return to text

3 Jean-Marie de Vernon, L’Amazone chrestienne, ou les avantures de Madame de S. Balmon. Qui a conjoint heureusement, durant nos jours, une admirable devotion, & la pratique de toutes les vertus, avec l’exercice des armes, & de la guerre, Paris, Gaspar Meturas, 1678. Return to text

4 Joan E. DeJean, Tender geographies : women and the origins of the novel in France. New York, Columbia University Press, 1991, p. 24. Return to text

5 L’expression renvoie à une tendance caractéristique des critiques et historiennes littéraires, apparue dès les années 1970, consistant à remettre en lumière des écrivaines oubliées. Pour un aperçu de cette démarche appliquée au xviie siècle, voir Faith E. Beasley, « Changing the conversation : re-positioning the French seventeenth-century salon », L’Esprit créateur, vol. 60, no 1, 2020, p. 34-46. Return to text

6 Micheline Cuénin, La dernière des Amazones : Mme de Saint-Baslemont, Nancy, PUN, 1992, passim ; J. E. DeJean, Tender geographies, op. cit., p. 24-28. Return to text

7 Andrea Valentini, « Du paternalisme courtois au féminisme de la vague zéro : antécédents de la “Querelle du Roman de la Rose” et originalité de Christine de Pizan », dans Patrizia Caraffi (dir.), Christine de Pizan. La scrittrice e la città (actes du colloque international, 22-26 septembre 2009 à Bologne), Florence, Alinea, « Carrefours. Testi & Ricerca / Textes & Recherche », 2013, p. 407-415. Return to text

8 Adrienne Zuerner, « Narrating the life of a scandalous woman : madame de Saint-Balmon », Cahiers du dix-septième, vol. IX, no 1, 2004, p. 119-133, p. 122. Sur l’importante vague d’hagiographies féminines au xviie siècle, voir Marion de Lencquesaing, Crises et renouveaux du geste hagiographique : les vies de Jeanne de Chantal, xviie et xxe siècles, Paris, Classiques Garnier, « Lire le xviie siècle », 2021. Return to text

9 Nous citerons l’édition du xixe siècle de René Muffat : Jean-Marie de Vernon, L’Amazone chrétienne ou les Aventures de madame de Saint-Balmon : […] ouvrage du P. Jean-Marie de Vernon ; nouvelle édition conforme au texte de 1678, Paris, E. de Soye, « Saint-Michel », 1873, p. 78. Return to text

10 M. Cuénin, La dernière des Amazones, op. cit., p. 27-53. Return to text

11 Théophraste Renaudot, Recueil des Gazettes et nouvelles, tant ordinaires que extraordinaires et autres relations des choses avenues toute l’annee mil six cens quarante-trois [1643], Paris, Bureau d’Adresse, 1644, p. 1045-1046. [N.D.L.R. L’orthographe des citations a été modernisée mais les majuscules présentes dans le texte source ont été conservées.] Return to text

12 Robert Arnauld d’Andilly, Mémoires, éd. Régine Pouzet, Paris, Champion, « Bibliothèques des correspondances », 2008, p. 380-381. Voir aussi l’historiette de Tallemant des Réaux sur Saint-Balmon. Bien que sa date de composition reste inconnue, elle confirme la réputation d’une femme qui prend les armes et monte à cheval afin de « conserver ses terres » ; et dont les mœurs « ne s’accordent pas trop bien avec son habit ni avec son humeur guerrière, car elle aime autant à prier Dieu qu’à se battre ; elle est aussi dévote que vaillante », Historiettes de Tallemant des Réaux, Paris, J. Techener, 1862, vol. 6, p. 139-141. Return to text

13 Voir J. -M. de Vernon, L’Amazone chrestienne, op. cit., p. 286-294. Return to text

14 Margaret Wise, « Saint-Balmon, cross-dressing, and the battle of gender representation in seventeenth-century France », French forum, vol. 21, no 3, 1996, p. 299, [accès restreint sur Jstor]. Return to text

15 François-Joseph Terrasse Des Billons, Histoire de la vie chrétienne et des exploits militaires d’Alberte-Barbe d’Ernecourt, connue sous le nom de madame de Saint-Balmont ; Par le Pere des Billons de la C[ompagnie] de Jesus, Liège, J. J. Tutot, 1773 ; « Notice sur madame de Saint-Balmont [sic] », L’Austrasie : revue du Nord-Est de la France, 1838, vol. 2, p. 328-340. Return to text

16 Voir R. Muffat, « Notice bibliographique », dans L’Amazone chrétienne, éd. cit., p. xiiii. De même, l’on pourrait s’interroger sur ce qui a motivé le père Desbillons, jésuite exilé à Manheim après la dissolution de son ordre en 1773, à reprendre la biographie de Saint-Balmon à une époque si tumultueuse pour la Compagnie de Jésus. Return to text

17 Joan E. DeJean, « Violent women and violence against women : representing the “strong” woman in early modern France », Signs : Journal of women in culture and society, 29, no 1, septembre 2003, p. 117-147, DOI 10.1086/375709. Voir aussi Sophie Vergnes, Les Frondeuses : une révolte au féminin (1643-1661), Seyssel, Champ Vallon, 2013. Return to text

18 Michel de Marolles, Memoires de Michel de Marolles, abbé de Villeloin. Avec des Notes historiques et critiques [1656], Claude-Pierre Goujet (éd.), Amsterdam, 1755, vol. 2, p. 226. Return to text

19 J.-M. de Vernon, L’Amazone chrestienne, op. cit., p. 59. Return to text

20 Une attribution tardive, d’une quatrième pièce, a été démentie. Voir Alain Cullière, « La fille généreuse, tragi-comédie en quête d’auteur », Dix-septième siècle, no 212 : Les entrées royales, 2001/3, p. 535-544, DOI 10.3917/dss.013.0535. Return to text

21 R. Muffat, « Notice biographique », dans L’Amazone chrétienne, éd. cit., p. xxvii. Return to text

22 C. Abbott et H. Fournier, « Introduction », dans Les Jumeaux martyrs, éd. cit., p. 37. Return to text

23 Edwige Keller-Rahbé, « Dramaturges du dix-septième siècle », dans Martine Reid (dir.), Femmes et littérature : une histoire culturelle, t. I : Moyen Âge-xviiiᵉ siècle, Paris, Gallimard, « Folio essais », 2020, p. 694. Return to text

24 M. Cuénin, La dernière des Amazones, op. cit., p. 46. Return to text

25 C’est la conclusion de M. Cuénin, ibid., p. 143. Return to text

26 Aurore Évain, Perry Gethner, Henriette Goldwyn, « Introduction », dans Théâtre de femmes de l’Ancien Régime, t. II : xviie siècle, éd. A. Évain, P. Gethner, Juliette Cherbuliez, H. Goldwyn, Paul Scott et Deborah Steinberger, Paris, Classiques Garnier, « Bibliothèque du xviie siècle », 2015, p. 9. Return to text

27 Marthe Cosnard, Les Chastes martirs. Tragedie chrestienne, Paris, Augustin Courbé, 1650. Return to text

28 Alain Cullière, « Madame de Saint-Balmon et les jésuites au théâtre, sur le thème des “Jumeaux martyrs” (1650) », dans Roger Marchal (dir.), Grandeur et servitude au siècle de Louis XIV : journée d’étude à la mémoire de Marie-Thérèse Hipp (27 novembre 1997, université Nancy 2), Nancy, PUN, « Publications du Centre d’étude des milieux littéraires », 1999, p. 25. Return to text

29 C. Abbott et H. Fournier, « Introduction », dans Les Jumeaux martyrs, éd. cit., p. 33. Return to text

30 Ibid., p. 27. Return to text

31 Katherine Ibbett, « From martyr to mourner : the politics of the un-extraordinary », Seventeenth-century French studies, juin 2002, vol. 24, no 1, p. 165-178. Return to text

32 R. Muffat, « Notice biographique », dans L’Amazone chrétienne, éd. cit., p. xxxiii. Return to text

33 Augustin Courbé, « L’imprimeur au lecteur », dans A.-B. de Saint-Balmon, Les Jumeaux martirs. Tragedie. Par madame de S. Balmon, Paris, Augustin Courbé, 1650, p. 3. Return to text

34 Sur le chœur dans ces tragédies, voir André Blanc, « Les chœurs dans la tragédie religieuse de la première moitié du xviie siècle », Dix-septième siècle, no 248, 2010/3, p. 515-530, DOI 10.3917/dss.103.0515. Return to text

35 Annalisa Nicholson, « Like mother, like daughter : Hortense Mancini, duchesse de Mazarin, and Marie-Charlotte de La Porte-Mazarin, marquise de Richelieu », Early modern women : an interdisciplinary journal, vol. 16, nᵒ 1, fall 2021, p. 19. Return to text

36 J.-M. de Vernon, L’Amazone chrestienne, op. cit., p. 18. Return to text

37 Ibid., p. 59. Return to text

38 Jacquette Guillaume, Les Dames illustres ou Par bonnes & fortes raisons, il se prouve, que le Sexe Féminin surpasse en toute sorte de genres le Sexe Masculin, Paris, Thomas Jolly, 1665. Return to text

Illustrations

  • Fig. 1. Portrait de « Alberte Barbe Dernecourt, Dame de Saint Balmont, de Neuville, de Gibaumey de Vaux le Grand et le Petit, etc., Agée de 36 ans. 1645 », en buste de 3/4 dirigé à droite dans une bordure ovale [estampe]

    Fig. 1. Portrait de « Alberte Barbe Dernecourt, Dame de Saint Balmont, de Neuville, de Gibaumey de Vaux le Grand et le Petit, etc., Agée de 36 ans. 1645 », en buste de 3/4 dirigé à droite dans une bordure ovale [estampe]

    Légende : « Dédié à Madame de Haraucour, sa fille unique, par son trèshumble serviteur B. Moncornet avec privilegio du Roy ».

    Source/crédit : Gallica.bnf.fr/BnF, département Estampes et photographie, cote RESERVE FOL-QB-201 (38)

References

Electronic reference

Juliette Cherbuliez, « Une poésie guerrière ? Saint-Balmon et ses Jumeaux martyrs (1650) au prisme de l’historiographie féministe », Pratiques et formes littéraires [Online], 22 | 2025, Online since 24 février 2026, connection on 02 mars 2026. URL : https://publications-prairial.fr/pratiques-et-formes-litteraires/index.php?id=810

Author

Juliette Cherbuliez

Université du Minnesota (États-Unis)

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