« Où sont les femmes dans la culture ? Toujours pas là », déplorait en 2016 la SACD, Société des auteurs et compositeurs dramatiques, en publiant la cinquième édition de sa brochure relative à l’égalité entre les femmes et les hommes dans le spectacle vivant et l’audiovisuel. Le pourcentage de femmes parmi les auteurs de pièces représentées en France recensées de 2012 à 2017 atteignait 21 % selon l’étude pilotée par Muriel Couton et réalisée par Stéphanie Herr1.
Les projets de recherche VisiAutrices, puis Cité des dames, créatrices dans la cité, ont permis de préciser ce constat statistique à propos des dramaturges, par des collectes de données en partenariat avec l’association Le deuxième texte2. Un échantillon de 54 listes de textes préparés pour les oraux du baccalauréat entre 2015 et 2017 montrait un total de 7 % d’autrices parmi l’ensemble des 1 144 extraits de textes et seulement 3 % (en fait, uniquement des extraits de deux pièces de Yasmina Réza, Art et Le Dieu du carnage) pour l’objet d’étude « Le texte théâtral et sa représentation, du xviie siècle à nos jours3 ». Parmi 871 extraits de textes proposés aux épreuves anticipées de français du baccalauréat dans divers centres d’examen de 2002 à 2018, où 8,2 % des textes étaient écrits par des autrices4, on constate que pour l’objet d’étude relatif au théâtre, seuls trois textes sur 115, soit 2,6 %, étaient dus à des femmes (deux extraits d’Art de Yasmina Réza, en 2008 et 2017 et un extrait de L’Éden cinéma de Marguerite Duras, en 2013).
Des statistiques portant sur plusieurs bibliothèques numériques de théâtre montraient en 2018 que le matrimoine théâtral en était largement absent, avec moins de 3 % de pièces écrites par des femmes : 5 sur 892 pour theatregratuit.com, 24 sur 1 022 pour theatre-classique.fr et 20 sur 745 pour libretheatre.fr5. Aucune dramaturge n’apparaissait simultanément sur les trois sites ; pour la période du xvie au xviiie siècle, on pouvait y trouver des pièces de Marie-Anne Barbier, Catherine Bernard, Anne-Hyacinthe de Colleville, Olympe de Gouges, Antoinette Des Houlières, Catherine Durand, Élisabeth Guibert, Germaine de Staël et Marie-Catherine de Villedieu. Les pourcentages sont à peine supérieurs dans la collection Folio théâtre, où de 1993 à 2022, seules 5,6 % de pièces écrites par des femmes (6 par Nathalie Sarraute, 5 par Marguerite Duras, 1 par George Sand) ont été repérées6.
L’association Le deuxième texte a donc choisi de mettre en avant ce manque de visibilité du matrimoine théâtral français en 2021-2022, lors de la deuxième édition de son concours #JeLaLis. Ce concours consiste à choisir une autrice dans le domaine public, la lire, et en parler dans ses réseaux de la façon la plus inventive possible. En cette année de célébration du quatre-centième anniversaire de Molière, la thématique #Théâtrices2022 a été proposée en partenariat avec le blog Théâtrices, animé par Mélina Kéloufi, qui a publié à cette occasion un entretien avec Aurore Évain7. L’association avait ciblé le 11 mars 2022, 350 ans jour pour jour après la création de la pièce Les Femmes savantes, pour mettre à disposition une liste de plus de 200 pièces de théâtre écrites par des femmes, avec pour chacune un lien vers une version numérique8. Le jury du prix #JeLaLis avait alors attribué deux premiers prix à des projets relatifs au thème #Théâtrices2022 pour la catégorie des projets individuels et institutionnels, l’un à la compagnie La Subversive d’Aurore Évain pour avoir fait vivre sur les planches une adaptation des Contes des fées de Marie-Catherine d’Aulnoy9, l’autre aux Archives nationales pour le projet (Re)découvrir Julie Molé, actrice et théâtrice du début du 19e siècle présenté par Maïwenn Bourdic10.
Cette démarche associative de mise en lumière du matrimoine théâtral méritait d’être prolongée pour compléter la liste des pièces disponibles en ligne écrites par des femmes du xvie au xviiie siècle, en s’appuyant sur les travaux de recherche déjà menés pour lister ces pièces et les donner à lire. C’est ce que propose cette contribution, en montrant tout d’abord quelles ressources numériques, éventuellement issues de projets de recherche, peuvent être mobilisées pour recenser ces pièces, et donner un accès centralisé à des versions numérisées en mode texte ou image. La question de la visibilité en ligne des contenus relatifs à leurs autrices sera ensuite évoquée, avec une proposition fondée sur les principes de la science ouverte pour fournir une ressource pérenne et améliorable à long terme.
Recenser les pièces de théâtre de femmes du xvie au xviiie siècle
Afin d’obtenir une liste de pièces aussi exhaustive que possible, nous croisons trois types de sources : des collections volumineuses de livres scannés, des bibliothèques de pièces de théâtre au format numérique, ou des bases de données bibliographiques sur le théâtre. Pour la première, il s’agira donc de repérer et extraire les pièces de théâtre ; pour toutes, il faudra extraire les œuvres écrites par des femmes.
L’intérêt de la première démarche est de cibler des grands volumes de textes numérisés, comme Google Books ou Gallica. Gallica propose à la fois des exports de listes de résultats d’une requête et de riches métadonnées provenant du catalogue de la Bibliothèque nationale de France, qui intègrent notamment le genre des auteurs et autrices. Ceci permet une approche consistant à cibler les pièces de théâtre par une requête de type « "en un acte" », « "en deux actes" », etc., avant de filtrer automatiquement les résultats obtenus par genre pour ne garder que les autrices. Google Books ne permettant pas de déterminer facilement le genre de l’auteur ou autrice, une requête possible pour trouver des pièces de femmes de l’Ancien Régime consiste à combiner « intitle : "en un acte" » avec « inauthor : "Madame" ». Ceci permet de profiter d’une couverture de Google Books parfois plus large que celle de Gallica, par exemple pour les ouvrages non publiés en France. Google Books permet aussi, dans le cas où un ouvrage dans le domaine public n’est disponible que par extraits, de demander une mise à disposition en intégralité11. C’est la démarche qui a été effectuée par exemple pour rendre disponible une version numérisée de l’exemplaire de la bibliothèque municipale de Lyon de la pièce Les Bouquets de noce ou les Deux Bouquetières de Marie-Geneviève-Charlotte Thiroux d’Arconville. Notons que cette démarche a été effectuée alors que la pièce était disponible depuis 2009 sur Gallica. L’intérêt est à la fois d’avoir accès à la version numérique d’une autre édition de la pièce et de profiter de la performance des algorithmes de reconnaissance optique de caractères de Google pour obtenir un texte de meilleure qualité que celui fourni dans Gallica.
Explorer des bibliothèques numériques d’ouvrages en mode texte permet aussi de trouver des pièces de théâtre écrites par des femmes sous l’Ancien Régime : aucune n’avait été repérée dans le projet Gutenberg ou la Bibliothèque électronique du Québec en 2023, au moment de la préparation de la base de données12, mais le site web de l’Association orléanaise Guillaume-Budé met à disposition le texte intégral de plusieurs pièces de Marie-Anne Barbier13. Le site web du projet ANR Melponum (2024-2027) dirigé par Nina Hugo, a fourni le texte de quatre pièces de Marguerite de Navarre. La bibliothèque numérique collaborative Wikisource propose aussi l’accès au texte intégral de certaines pièces de théâtre écrites par des femmes dans la période qui nous intéresse. Quant au site Hyperpièces qui liste les comédies, tragi-comédies et tragédies recensées par Céline Fournial en annexe de sa thèse de doctorat14, il fournit un lien vers deux pièces écrites par des femmes sur cette période d’un siècle : Tobie de Catherine Des Roches et Cinnatus et Camma de Dorothée de Croÿ, dont un manuscrit non autographe inédit, numérisé par la Bibliothèque nationale de France, fait l’objet d’une relecture en cours sur Wikisource.
La bibliothèque collaborative francophone associée à Wikipédia peut fournir des opportunités intéressantes pour compléter le corpus de pièces disponibles en mode texte. L’association Le deuxième texte, qui organise régulièrement des ateliers de relecture d’Écrits de femmes dans le domaine public, a ainsi contribué à la mise en ligne sur cette plateforme de l’édition de 1873 de la Comédie (deux filles, deux mariées, la vieille, le vieillard et les quatre hommes) de Marguerite de Navarre, de l’édition de 1745 de La Mort de César de Marie-Anne Barbier, de l’édition de 1749 des Amazones d’Anne-Marie Du Bocage ou encore de deux pièces d’Olympe de Gouges : Le Couvent ou les Vœux forcés (1792) et Mirabeau aux Champs-Elisées (1791), relue en janvier 2024.
Il est aussi possible d’utiliser cette plateforme numérique collaborative dans le cadre de projets pédagogiques comme l’a fait Suzanne Duval à l’université Gustave Eiffel dans le cadre d’un cours de deuxième année de licence de lettres avec l’édition de 1745 de Tomyris de Marie-Anne Barbier en 2019-2020 et l’édition de 1657 de L’Endymion de Françoise Pascal en 2020-202115. Ces projets permettent en effet aux étudiantes et étudiants d’acquérir des savoirs et compétences tant informatiques que littéraires tout en contribuant à la création de corpus utiles à la recherche16. Des ateliers de transcription ou relecture collaborative de textes peuvent aussi être organisés en lien avec des colloques, comme cela a été le cas lors du 13th annual (virtual) Schoenberg symposium on manuscript studies in the digital age, à l’université de Pennsylvanie en novembre 2020, pour transcrire Le Pèlerinage de damoiselle Sapience. Ou bien, pour prendre un exemple de pièce de théâtre écrite par une femme à la Renaissance, mentionnons l’atelier organisé le 16 novembre 2023 à la bibliothèque Denis-Diderot de Lyon dans le cadre du colloque festival Théâtre de femmes du xvie au xviiie siècle : archive, édition, dramaturgie, qui a permis d’établir sur Wikisource le texte de la pièce la Comédie des innocents de Marguerite de Navarre d’après l’édition publiée par Jean de Tournes à Lyon en 154717.
Enfin divers répertoires de pièces de théâtre, ou même de pièces de théâtre écrites par des femmes, ont été utilisés pour compléter la base de données. La base CESAR18 n’a pas pu être exploitée de façon automatisée et systématique à ce stade, mais la page Table des femmes auteurs, entrepreneurs et salonnières créée par David Trott19 a constitué une source importante pour le xviiie siècle, tout comme le site du projet de recherche Play Summary 18 de Carol Sherman, Perry Gethner, Althea Arguelles-Ling20 ou encore le site Le théâtre français de la Révolution à l’Empire de 1789-181521. Pour le xviie siècle, c’est le Répertoire du théâtre français imprimé (1600-1699) d’Alain Riffaud22 qui a été bien utile, et pour le xvie siècle, le Répertoire des pièces de la Renaissance française, 1537-1615 par André G. Bourassa23. Ces bases de données ont été utilisées soit de façon manuelle en les parcourant en intégralité pour y repérer les pièces écrites par des femmes, soit de façon semi-automatique, éventuellement en nettoyant ou corrigeant certaines données. Je remercie par exemple Marianne Charrier-Vozel de m’avoir transmis des éléments très précis relatifs à l’attribution de certaines traductions de pièces de théâtre à Marie-Jeanne Riccoboni ou à son amie Thérèse Biancolelli.
Fig. 1. Récapitulatif des sources utilisées pour établir la base de données du site Théâtre de femmes 16-18.
Source/crédit : Philippe Gambette.
Cette approche fondée sur les données disponibles en ligne a toutefois des limites. Elle ne permet pas de repérer des pièces récemment identifiées ou rééditées. Le recours à l’expertise la plus récente des spécialistes est alors indispensable pour compléter la base construite à partir de sources numériques, comme l’a illustré le colloque-festival Théâtre de femmes du xvie au xviiie siècles : archive, édition, dramaturgie24, où ont été citées plusieurs pièces non encore référencées, qui ont alors été ajoutées à la base de données. Il s’agit par exemple d’œuvres de jeunesse de Germaine de Staël publiées en 2021 chez Honoré Champion25, de plusieurs pièces d’Olympe de Gouges, ou encore des Proverbes dramatiques de Françoise d’Aubigné, marquise de Maintenon, publiés en 2014 chez Classiques Garnier26.
Théâtre de femmes 16-18, un site web de bibliothèque numérique
La présentation de l’ensemble de la collection des pièces s’inspire de la disposition en mosaïque des résultats de Gallica, en affichant les pages de titre des pièces et en ajoutant sous celles-ci une référence bibliographique décrivant l’œuvre : autrice, titre et année de première publication ou de création. Il est alors possible de trier ou de filtrer l’ensemble des pièces affichées en fonction de ces métadonnées et de plusieurs autres, qui figurent aussi dans la référence bibliographique fournie : présence d’un lien vers une version numérisée de la pièce, voire vers une version en mode texte, source de ces numérisations, genre théâtral, lien(s) vers une édition commerciale de la pièce, représentation à la Comédie-Française. Ce dernier paramètre a été ajouté en se fondant sur des données transmises par Agathe Sanjuan, lorsqu’elle était conservatrice-archiviste de la Comédie-Française, pour identifier les pièces concernées, et en ajoutant un lien vers la page de chacune dans la base de données des Registres de la Comédie-Française27.
Fig. 2. Capture d’écran du site Théâtre de femmes 16-18 avec un filtre pour n’afficher que les pièces jouées à la Comédie-Française.
Source/crédit : Théâtre de femmes 16-18. Développement web et collecte de données : Philippe Gambette.
Il a été choisi de se limiter à une seule version de la pièce28, en ne faisant pas figurer les informations bibliographiques relatives à l’édition choisie : celles-ci peuvent être retrouvées directement sur le site web qui fournit une version numérique de cette édition. Nous évitons ainsi de nous interroger sur d’épineuses questions relatives au choix et au format de métadonnées29, et nous montrons dans la section suivante que la base de données Wikidata nous permet de renvoyer vers d’autres sites web ou bases de données pour accéder à des métadonnées sur les pièces recensées et leurs autrices.
À l’heure actuelle, le site web recense plus de 400 pièces, dont plus de 250 avec une version numérisée en mode image et plus de 70 avec accès au texte intégral30.
Rendre visibles et accessibles les informations sur les autrices de théâtre de l’Ancien Régime
Le site Théâtre de femmes 16-18 est mis à disposition sous la licence logicielle libre MIT, permettant à d’autres personnes de réutiliser son code voire de l’améliorer, dans un dépôt de code informatique sur le site GitHub.com, à l’adresse http://github.com/citedesdames/theatre1618. Au-delà de la pérennité de la mise à disposition du code, cette solution a aussi été choisie afin d’héberger le site sur GitHub Pages à l’adresse https://citedesdames.github.io/theatre1618, en utilisant des technologies web basiques (langages HTML, CSS et Javascript Vanilla31) ne nécessitant pas d’administrer une base de données. Les données sur les pièces étant gérées dans un document tableur partagé et chargées en intégralité lors de la connexion au site, cela limite les besoins financiers, les besoins de maintenance et les risques de sécurité, favorisant ainsi la pérennité du site web, en comparaison avec d’autres projets en humanités numériques portant sur le théâtre32.
Afin de faciliter leur réutilisation, les données ont aussi été publiées sur le site Recherche.data.gouv.fr à l’adresse https://doi.org/10.57745/Q5N5C7. Un identifiant Wikidata a été utilisé pour chaque pièce de la base de données sur laquelle on disposait de suffisamment d’informations (392 pièces sur 416), en particulier sur l’autrice ou traductrice, elle aussi associée à un identifiant dans la base de données collaborative Wikidata. Ces identifiants permettent de faire le lien avec d’autres sources d’information comme le catalogue général de la Bibliothèque nationale de France, ou celui du Système universitaire de documentation (SUDOC), ou encore les bases de données d’autorité VIAF et ISNI, pour les autrices. Pour les œuvres et leurs éditions, il est possible de profiter des ressources du web sémantique : des liens sont faits avec les fiches du catalogue de la BnF, mais aussi avec d’éventuelles versions numériques des textes mises à disposition sur Gallica, Google Books ou Wikisource.
Pour récupérer l’identifiant Wikidata de chaque autrice, l’outil WikidataMultiSearch33 a été utilisé, en vérifiant sur les dates de naissance et de mort qu’il s’agissait bien d’autrices du xvie au xviiie siècle pour diminuer les risques d’erreurs d’homonymie. Des pages Wikidata ont alors été créées pour Jeanne Bisson de la Coudraye, Mademoiselle Dorcey, Jeanne-Louise Dorfeuille, Alida Catharina van Kinschot, Geneviève Savalette de Gléon, Maximilienne de Lütgendorf et Jeanne Laure Monicault, qui n’en avaient pas encore. Ce sont donc désormais 92 autrices qui ont leur identifiant Wikidata sur le site Théâtre de femmes 16-1834, ce qui permet aussi d’enrichir le site en faisant figurer un lien vers leur notice dans le Dictionnaire des Femmes de l’ancienne France de la SIEFAR35, quand elles en ont une, ou vers le site Histoires d’autrices36 pour explorer leur présence dans divers jeux de données liés à l’édition ou à l’enseignement de la littérature en France.
En ce qui concerne les pièces, une dizaine d’entre elles avait déjà une page Wikidata d’œuvre, soit parce qu’une page Wikipédia avait été créée à leur sujet (Manlius et Le Favori de Marie-Catherine de Villedieu, La Folle Enchère de Madame Ulrich, Brutus de Catherine Bernard et Les Amazones d’Anne-Marie Du Bocage), soit parce qu’elles avaient fait l’objet d’une relecture pour mise à disposition dans la bibliothèque numérique Wikisource. Une page Wikidata d’œuvre a été créée pour les 383 autres pièces, ce qui facilitera à l’avenir l’ajout d’informations à propos de ces pièces, ou encore leur chargement dans Wikisource en vue d’une relecture collaborative pour mise à disposition du texte sur le web.
L’utilisation de Wikidata permet aussi d’interroger cette base de données à l’aide de requêtes permettant par exemple d’afficher une galerie de portraits des dramaturges du corpus (fig. 3), ou de leurs signatures, comme on peut le voir à l’adresse https://w.wiki/89cZ.
Fig. 3. Portraits d’autrices du corpus tirés de Wikimedia Commons, à partir de la requête Wikidata accessible à l’adresse https://w.wiki/CSMg.
Source/crédit : Wikidata.org.
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La démarche de centralisation et de mise à disposition d’œuvres se poursuit désormais, à la fois au rythme des contributions de bénévoles à Wikidata, qui enrichissent peu à peu les informations disponibles, mais aussi à travers des numérisations spécifiques. Une recherche dans le catalogue de la Bibliothèque nationale de France des pièces dont on ne connaît pas de version numérique a conduit à lister un ensemble d’éditions qui pourraient conduire soit à une commande de numérisations à la BnF, soit à des numérisations de documents sur place. Une séance de photographie en janvier 2024 à la Bibliothèque nationale de France a permis de mettre à disposition dans Wikimedia Commons la dizaine de pages du Divertissement pour le Roi exécuté devant leurs Majestés à Versailles, le samedi 19 mars 1746, de Marguerite de Lussan, publié en 1746 chez Balard fils à Paris37 et la tragédie Thélamire, jouée à la Comédie-Française, attribuée à Denise Lebrun38. Des contributrices ou contributeurs de la communauté Wikisource procèdent par ailleurs aussi, occasionnellement, à des relectures des pièces de théâtre de femmes de l’Ancien Régime, comme l’édition de 1794 de la comédie Le Commissionnaire de Julie Candeille, relue en décembre 2023 par Sapcal22, ou celle de 1764 de Cénie, de Françoise de Graffigny, relue en décembre 2024 par TlinaR. Ceci encourage à poursuivre la démarche de science ouverte mise en place pour cette collecte de pièces de théâtre, afin de continuer à susciter l’intérêt pour ce corpus qui reste à explorer.
Au-delà de cette mise à disposition de données, il reste nécessaire de prévoir une communication spécifique pour que le site Théâtre de femmes 16-18 trouve effectivement sa cible. La communauté académique est visée par cet article, mais il sera utile d’informer également les enseignantes et enseignants de lettres ou de théâtre, les maisons d’édition qui publient des pièces de théâtre de l’Ancien Régime et les compagnies qui en jouent, de l’existence de ce répertoire numérique de pièces. Ce dernier pourrait alors aider à choisir lesquelles numériser, rendre disponibles en mode texte, étudier, éditer, enseigner ou encore mettre en scène, en fonction des contenus déjà disponibles à leur sujet.



