Capitaine Acadie est une série de bande dessinée francophone créée par les Madelinots1 Dany et Daniel Bouffard, s’inscrivant dans le format et les conventions des comics nord-américains. Le neuvième numéro de la série, intitulé « Cauchemar à l’Île-du-Prince-Édouard », met en scène la défense de cette province insulaire contre une invasion extraterrestre et son armée de « patates-zombies ».
Le fil narratif du récit présente une structure relativement classique des comics de super-héros : apparition d’une anomalie inattendue, révélation d’une menace coordonnée, mobilisation des héros, affrontement final et reconstruction à la suite de la victoire. Cependant, au-delà de l’intrigue principale, cette œuvre de science-fiction met avant tout l’accent sur la représentation et la valorisation de l’Acadie, plus particulièrement sur celle de la communauté acadienne de l’Île-du-Prince-Édouard, en accordant une place centrale à son histoire, à ses territoires, à ses institutions et à sa culture.
Le traitement réservé au territoire de l’intrigue, l’Île-du-Prince-Édouard, se distingue par le nombre de lieux présentés tout au long de celle-ci. La résistance acadienne se mobilise dans les régions qu’elle occupe, telles qu’Abraham-Village, Miscouche et Charlottetown. La menace inattendue émane des champs de patates, l’un des éléments centraux du paysage insulaire. La représentation de la communauté acadienne de l’île est également bien reflétée dans le récit, mettant de l’avant les contributions d’agriculteurs, de travailleurs, de familles, de musiciens, de chercheurs et même d’enfants.
Les auteurs présentent une communauté acadienne fière de ses racines, solidaire face aux menaces et résiliente dans sa capacité à se reconstruire à la suite des combats menés. Ils font d’ailleurs plusieurs références à la devise acadienne : « L’Union fait la force ». Il est possible d’établir des liens entre leur combat collectif contre la menace extraterrestre du Commandant Utrek2 et les grandes luttes menées au cours de leur histoire afin d’assurer leur survie et le maintien de leur identité singulière. Sur le plan linguistique, plusieurs régionalismes acadiens sont utilisés par les personnages, accompagnés de notes explicatives, ce qui favorise la reconnaissance culturelle chez les lecteurs acadiens, ainsi que l’occasion pour les autres francophones et francophiles de les découvrir.
Le récit fait constamment référence aux symboles acadiens par l’entremise des protagonistes de l’histoire. Les noms des deux personnages principaux, Gab (Capitaine Acadie) et Ève, sont inspirés du poème « Évangéline » de Henry W. Longfellow, où Évangéline passe sa vie à tenter de retrouver son fiancé, Gabriel, après leur séparation lors du Grand Dérangement. Les liens entre cette série et le poème de Longfellow sont notables dans des numéros antérieurs, où Gab tente de secourir sa conjointe, Ève, capturée par l’antagoniste de ce numéro. Le personnage de Capitaine Acadie représente symboliquement l’héritage, la tradition et la mémoire de l’Acadie. Il ne défend pas seulement un territoire et ses habitants, mais aussi une identité collective, une culture et un patrimoine. Plusieurs parallèles peuvent être établis avec Capitaine America de l’univers Marvel, tant par leur nom que par leur rôle de protecteur d’une collectivité qu’ils incarnent. Leurs costumes respectifs participent également à cette filiation en reprenant les couleurs et les symboles associés à l’identité nationale ou culturelle qu’ils représentent. Son costume de Capitaine Acadie reflète les couleurs du drapeau acadien, tout comme ses divers pouvoirs d’attaque : des rayons lumineux destructeurs bleus, blancs, rouges et jaunes, portant des noms liés à des expressions acadiennes, telles : les « Éloises », les « Chalins », « l’Étoile de la mort », ainsi que l’énergie dévastatrice du « Tintamarre ». Son pouvoir de la « Déportation » lui permet de se téléporter, transformant l’un des moments les plus tragiques de l’histoire acadienne en un avantage stratégique. Il possède aussi la capacité de se régénérer, qui lui est attribuée par « le pouvoir de l’Acadie ! » en criant « Quiiiinzzzzouuu ! »3. Tout au long de ses aventures, il affirme vouloir sauver l’Acadie et ses communautés, et s’assurer que leur histoire et leur patrimoine soient préservés.
Ce numéro comporte un cahier pédagogique de quatre pages présentant, de façon très brève, les moments marquants de l’histoire du système scolaire francophone de l’Île-du-Prince-Édouard. Ce cahier offre aux lecteurs un éclairage pédagogique sur cette dimension de l’histoire acadienne.
L’une des principales contributions de cette série est qu’elle met à disposition un espace culturel acadien et francophone au sein des comics de super-héros, où l’on trouve très peu de productions acadiennes. En proposant un univers acadien contemporain, elle permet aux Acadiens et Acadiennes d’accéder à des œuvres où ils peuvent se reconnaître, et sert de vitrine promotionnelle, pédagogique, voire touristique, pour l’ensemble des lecteurs. La série contribue ainsi à la diffusion des connaissances, tout en proposant une image dynamique, contemporaine et positive de l’Acadie. La série Capitaine Acadie se positionne comme un projet de médiation culturelle où la fiction, la mémoire et l’identité se complètent mutuellement.

