Épiphanie olfactive. Homosexualité masculine et olfaction dans la culture visuelle victorienne (1880-1900)

  • Olfactory Epiphany: Male Homosexuality and Scent in Victorian Visual Culture (1880-1900)

DOI : 10.35562/theia.474

Résumés

À la fin du xixe siècle, dans le contexte normatif et corseté de l’Angleterre victorienne, l’usage du parfum – que Marc-André Raffalovich identifie en 1896 comme l’un des principaux adjuvants de « l’attirail féminin » – devient un marqueur sensoriel de l’homosexualité masculine. Le recours aux fragrances vient heurter l’idéal de neutralité olfactive alors imposé par les autorités morales et scientifiques. Cet article analyse les enjeux de la culture olfactive victorienne au cours des années 1880-1890 – décennies qualifiées d’anarchie sexuelle par Elaine Showalter – dans les dynamiques de genre et les formes de sa performativité. L’article éclaire la manière dont l’ambivalence même du parfum – qui dissimule autant qu’elle révèle – en fait un outil épistémologique majeur pour penser les ambiguïtés sexuelles, tout en démontrant, à travers une approche culturaliste, les mécanismes de contrôle social visant les sexualités marginales. Les affinités entre homosexualité et parfum, bien que réprimées par l’establishment victorien, trouvent des modes d’expression alternatifs dans la culture visuelle et littéraire fin de siècle, en particulier au sein des little magazines, véritables foyers d’expression queer. Ces publications forment un réseau urbain de contre-culture au sein duquel l’évocation de parfums capiteux, d’encens liturgiques et de fioles suggestives esquisse une cartographie olfactive du désir homoérotique, subvertissant les normes sensorielles et sexuelles dominantes.

At the end of the nineteenth century, within the normative and tightly controlled context of Victorian England, the use of perfume—identified by Marc-André Raffalovich in 1896 as one of the principal components of the “feminine arsenal”—emerged as a sensory marker of male homosexuality. This fragrant practice directly challenged the ideal of olfactory neutrality imposed by moral and scientific authorities. This article explores the cultural and political significance of olfaction in Victorian England during the 1880s and the 1890s—decades characterized by what Elaine Showalter terms a moment of sexual anarchy-through the intersecting lenses of gender dynamics and performative identity. It foregrounds the ambiguous nature of perfume—which conceals as much as it reveals—as an epistemological tool for probing sexual ambiguity, while also illuminating, from a culturalist perspective, the mechanisms of social control exerted upon marginal sexuality. While the affinities between homosexuality and perfume were vigorously suppressed by the Victorian establishment, they nonetheless found alternative channels of expression within the fin de siècle visual and literary culture—most notably through the little magazines, which served as vital laboratories of queer expression. These publications constituted an urban countercultural network, wherein the evocation of heady perfumes, liturgical incense, and suggestive vials traced an olfactory cartography of homoerotic desire, subverting dominant sensory and sexual norms.

Plan

Texte

Dans Uranisme et unisexualité : étude sur différentes manifestations de l’instinct sexuel (1896), Marc-André Raffalovich1, homme de lettres et théoricien de l’homosexualité des années 1890, dresse une typologie de l’uraniste2. Dérivé « d’uranisme », le terme s’impose, à la fin du xixe siècle, comme appellation dominante pour désigner l’homosexuel dans les sphères médicales et littéraires3 :

On retrouve parmi les uranistes des chastes, et des tempérés, et des sensuels […]. D’autres sont efféminés et leurs amours sont toujours ou presque toujours les amours d’une femme pour un homme. […] Ceux-ci se sentent femmes, voudraient être femmes, adorent les bonbons, les mensonges, les parfums, les boudoirs, les cancans, l’attirail féminin, les vêtements de femme4

Dans cet extrait, Raffalovich désigne le parfum comme marqueur de l’inversion sexuelle masculine liée à l’efféminement. Son usage, érigé en « instrument premier du jeu sur le genre5 », remet en question les frontières binaires entre masculin et féminin, tout en contrevenant à la norme de sobriété olfactive imposée aux hommes depuis le xviiie siècle. Bien que réprimées par les discours médiatiques et scientifiques, les affinités entre uranisme et parfum persistent dans des circuits parallèles, notamment dans la culture décadente, diffusée sous le manteau, au moyen des little magazines, revues non commerciales à tonalité homoérotique6. Entre 1895 et 19357, leur essor s’inscrit dans un réseau international de subcultures, porté par des figures du « nouvel hédonisme8 » plaçant les sensations corporelles au cœur de l’esthétique9. À partir de ces supports – little magazines, mais aussi caricatures, extraits de procès, savoirs scientifiques et littérature fin de siècle – se constitue le corpus d’étude de cet article. Dans le prolongement des travaux de Sophie-Valentine Borloz10, Mark Graham11, Manon Raffard12 et Hyoungee Kong13, qui mettent en lumière le rôle central de l’olfaction dans la construction des identités queer, cet article invite à approfondir l’exploration croisée de ces deux champs d’études. Celui-ci interroge, dans une démarche culturaliste, les modalités par lesquelles l’inversion masculine est (in)visibilisée à travers l’olfaction dans la société britannique des années 1880-1890, que George Gissing qualifie d’« anarchie sexuelle14 ». Le parfum y apparaît à la fois comme marqueur de marginalisation sociale et vecteur d’affirmation queer, révélant les tensions entre contrôle social et déconstruction des normes, telles qu’elles sont portées par la « transitivité » propre au régime olfactif. Longtemps stigmatisé dans les discours médicaux et médiatiques comme signe d’inversion sexuelle, l’usage du parfum pour les hommes fait néanmoins l’objet de réappropriations esthétiques qui en renversent la portée dévalorisante, à travers certaines pratiques et représentations.

À rebours des injonctions hétéronormatives : les « parfums queer » ?

Les guides de bienséance et les périodiques victoriens dénoncent fréquemment l’incompatibilité entre masculinité et usage du parfum. En 1876, The Gentleman’s Art of Dressing with Economy consacre une section aux pratiques de toilette :

Beaucoup d’argent est dilapidé en parfums, essences et matières grasses dans les boutiques de parfumeurs ; et bien que cela soit excusable pour le beau sexe de gaspiller leur fortune dans de telles futilités, c’est un véritable péché pour le sexe fort de disperser son argent en cosmétiques et produits parfumés15.

Cette dénonciation souligne la méfiance de la presse envers les « fragrances masculines », associant le parfum à la frivolité, et donc au « beau sexe », qui peut seul excuser leur usage. Bien que certains manuels l’autorisent, l’usage masculin du parfum reste strictement limité à des fins hygiéniques et prophylactiques, et idéalement avec modération16. En définitive, ces préceptes établissent un cadre normatif sensoriel incitant les gentlemen à adopter une sobriété olfactive. Cette perspective est aussi soutenue par la presse qui condamne l’usage immodéré des parfums17. En 1899, la rubrique « Men Who Use Perfume » du périodique Ballymena Observer soutient que « la parfumerie est une nuisance, surtout lorsqu’elle est employée par un homme18 », plaidant de même pour une neutralité olfactive19. Dans cette logique, presse et manuels de conduite présentent le parfum masculin comme signe d’inversion20, en s’appuyant sur des études « scientifiques » consacrées à l’homosexualité, historiquement plus développées en Europe continentale qu’en Grande-Bretagne. Comme le souligne Matt Cook, le débat sur l’« anormalité » sexuelle s’intensifie au xix siècle sur le continent, tandis qu’en Angleterre, il reste tributaire des traductions21, l’establishment jugeant ces publications obscènes et en limitant l’accès au grand public22, sous peine de sanctions23.

Dans son ouvrage Les perversions de l’instinct génital, étude sur l’inversion sexuelle basée sur des documents officiels (1893), le psychiatre allemand Albert Moll souligne que cette hostilité est bien antérieure au xixe siècle, en évoquant un passage du Banquet de Xénophon « où il est question d’hommes qui aiment à s’oindre avec des onguents parfumés », avant de préciser que « Socrate considère toutefois cette habitude comme indigne de l’homme24 ». L’aversion pour les hommes parfumés, ancrée depuis l’Antiquité, trouve une résonance particulière dans le contexte anglais du xixe siècle où de nouvelles préoccupations autour de la virilité moderne prennent forme25. Depuis la « folie des macaronis26 » – mode masculine efféminée des années 1770, largement tournée en dérision pour son usage ostentatoire de parfums –, la presse décrit les fragrances associées à ces hommes comme une véritable « agression olfactive27 ». Le « macaroni », inspiré des petits maîtres28 de la cour de Louis XIV, désigne un jeune homme au style flamboyant, souvent caricaturé en figure grotesque29. En bouleversant les polarités traditionnelles du plaisir olfactif par une utilisation excessive de fragrances, les macaronis suscitent à la fois de vives réactions et fascinent par la labilité de leur genre qu’orchestre habilement la volatilité des parfums. Ce « sujet en voie d’évaporation30 » s’aligne à d’autres icônes parfumées telles que le « jessamy31 », le « beau » et le dandy esthète décadent. Une critique récurrente affirme que leur sillage « amollit » leur virilité32 – postulat promis à une longue postérité, notamment médicale33. En effet, dans Physiologie du plaisir (1886), l’anthropologue Paolo Mantegazza soutient que l’abus des plaisirs olfactifs « rend efféminé ceux qui s’y livrent34 ». Cette indistinction de genre et d’orientation sexuelle construite, notamment, par les effets physiologiques prêtés au parfum, perçu comme féminisant, s’ancre durablement dans l’imaginaire collectif35 et alimente l’idée d’une masculinité menacée, dont s’empare la presse satirique.

La culture visuelle relaie cette sensibilité à travers plusieurs caricatures dans les décennies 1880-1890. Celle du Duke de Bedford (fig. 1), en 1881, le montre flânant, humant une fleur avec un plaisir manifeste36. Une autre, publiée dans Punch avec le poème To Beatrice (fig. 2), fait référence à Dante Gabriel Rossetti37. L’homme y affiche une attitude efféminée, un visage extatique et des narines dilatées, suggérant une jouissance olfactive exacerbée par les effluves d’un tournesol, fleur emblématique du mouvement esthétique38. En mobilisant l’olfaction, ces caricatures renversent l’iconographie dominante de la femme-fleur39, omniprésente dans la culture visuelle occidentale et révèlent les anxiétés d’une société soucieuse de préserver les apparences hétéronormatives40. Cette anxiété culturelle face aux redéfinitions du genre41 s’inscrit, en partie42, dans une supposée crise de la masculinité à la fin du siècle43. L’essor du travestissement accentue l’instabilité des catégories de genre : plus qu’une crise de la catégorisation, la perméabilité du soi révèle une crise de la catégorie elle-même44, où l’hypersensibilité au parfum opère comme un levier de subversion des normes.

Figure 1.

Figure 1.

Edward Linley Sambourne, « Punch’s fancy portraits. – No. 30. Duke of Bedford, K.G. », Punch or the London Charivari, 7 mai 1881, vol. 80, no 30, p. 213.

Figure 2.

Figure 2.

« To Beatrice », Punch or the London Charivari, 29 février 1896, vol. 110, p. 105.

Au xixᵉ siècle, imprégné des théories darwiniennes, le dimorphisme sexuel devient un critère central de santé45. Corrélativement, l’odorat, relégué au bas de la hiérarchie sensorielle, est perçu comme un vestige d’animalité46. L’hyperacuité olfactive est associée au sauvage, au fou ou au dégénéré47. Cette lecture, fondée sur une hiérarchisation des sens et la rigidification des genres, justifie un contrôle accru de la sexualité et du sensorium dans la société victorienne, afin de prévenir toute forme de dégénérescence48. Popularisée par Max Nordau dans Dégénérescence (1892), la notion éponyme fait dans cet ouvrage l’objet de plusieurs pages consacrées à l’olfaction et aux écrivains fin de siècle. S’appuyant sur Darwin, Nordau affirme que « plus on descend dans la série des vertébrés, plus grand est le lobe olfactif, plus petit le lobe frontal49 ». Dans ce cadre dogmatique, l’inverti efféminé subit une double stigmatisation : marginalisé pour la fluidité de son genre et son goût marqué pour les parfums.

Le phénomène des perfumed rooms : (dé)voiler la cartographie du désir homoérotique

Bien qu’invisibles et intangibles, les odeurs agissent comme des marqueurs sociaux, paradoxalement vecteurs de visibilité pour l’inverti. Associées à des codes olfactifs transgressifs, elles suscitent des réactions relayées par la presse. Animés d’un puritanisme militant, les journaux conservateurs recourent à des euphémismes50, actes de langage visant à « déterminer les différentes manières de ne pas les dire51 » pour dénoncer ces espaces d’homosociabilité. Cette rhétorique ancre l’idée que les senteurs entêtantes sont des indices récurrents d’homosexualité, instaurant un climat de suspicion. L’affaire Alfred W. S. Taylor, liée au procès d’Oscar Wilde en 1895, incarne cette dynamique52. Son goût pour les vêtements féminins et les parfums capiteux, largement médiatisé, révèle la puissance normative de la presse victorienne dans la construction de discours moralisateurs. Dans son sillage, les parodies homophobes se multiplient. L’une d’elles (fig. 3), en 1895, représente un homme en robe devant une coiffeuse chargée de cosmétiques et de flacons, cristallisant les stéréotypes d’alors53. Le périodique Yarmouth Independent ne se contente pas d’une satire visuelle, mais rapporte des détails explicites : « Les chambres étaient parfumées, […] et de nombreux jeunes, âgés de seize ans et plus, passaient la nuit dans les chambres de Taylor54 ». En insistant sur l’atmosphère parfumée, ce témoignage suggère une association avec une pédérastie jugée déviante, appuyée par l’étude du médecin Richard von Krafft-Ebing :

Il existe une prostitution professionnelle, de véritables maisons de prostitution pour l’amour entre individus masculins. Ce qui est encore digne d’être remarqué, ce sont les artifices de la coquetterie que ces mérétrices mâles déploient sous forme de toilettes de luxe, de parfums et de vêtements de coupe féminine, pour attirer les pédérastes et les uranistes55.

Figure 3.

Figure 3.

« The Latest Literary success: “The Woman Who Wanted to” », Punch or the London Charivari, 26 octobre 1895, vol. 109, no 2833, p. 202

Presse et science contribuent à renforcer l’association entre parfum, mode du travestissement et atmosphère confinée, ensemble de traits qui deviennent le signe d’une marginalité homoérotique redoutée. Caractérisés par la nébulosité des parfums artificiels et des effluves corporelles stagnantes, signes tacites d’une promiscuité homoérotique, ces espaces queer s’opposent aux normes hygiénistes édictées par les autorités sanitaires56. Ces recommandations, formulées sous l’égide d’experts tels qu’Edwin Chadwick, cherchent à promouvoir une ventilation rigoureuse et un éclairage naturel des espaces domestiques57, bien que ces normes tardent à s’imposer dans les intérieurs britanniques. Certains « refuges urbains » associés aux sociabilités queer échappent néanmoins aux dispositifs de surveillance visuelle. Saturés d’émanations enivrantes, clos par des murs capitonnés et des fenêtres occultées, ces espaces éveillent la suspicion. Ces aménagements ne sont toutefois pas propres aux espaces homosexuels : ils renvoient plus largement à d’autres lieux de marginalités sociales, tels que les maisons closes. Il ne s’agit donc pas d’opposer frontalement intérieur bourgeois et intérieur queer, mais de penser la spécificité de ces lieux dans un continuum d’espaces perçus comme transgressifs, où le parfum devient un indice sensoriel parmi d’autres de la déviance présumée. Pour les autorités victoriennes, soucieuses de maintenir l’ordre moral, ces espaces soustraits à la vue, quoique objets de savoir et de surveillance58, sont trahis par l’odeur, alimentant une anxiété d’autant plus vive que le contrôle sensoriel s’exerce au-delà du visible59.

Dans ce cadre, l’encens apparaît comme le vecteur d’un « code homosexuel », motif d’accusation et levier de condamnation. En 1895, lors du procès d’Oscar Wilde, Edward Carson, avocat du Marquis de Queensberry, interroge spécifiquement le domicile d’Alfred Taylor :

Carson : L’air de ce salon était-il très parfumé ?
Wilde : Je ne vois pas ce que vous voulez dire. « Très » parfumé ? Il avait l’habitude de brûler de l’encens chez lui. Très agréable parfum.
C. : Cet appartement de College Street était-il toujours violemment parfumé ?
W. : Non, je ne dirais pas « toujours ».
C. : Vous vous souvenez d’une occasion où il ne l’était pas ?
W. : Je ne sais pas. Il avait l’habitude de brûler de l’encens, ce que je fais aussi dans mon appartement.
C. : Vous le faites aussi ?
W. : Mais oui ! C’est une charmante habitude60.

Cet échange révèle l’association construite entre encens et homosexualité présumée chez Wilde. Il met également en évidence une divergence de perception entre l’écrivain et Carson : tandis que ce dernier perçoit ce parfum comme une agression, Wilde évoque une forme d’accoutumance née de son usage répété.

L’excès d’encens dans l’univers wildien nourrit une réflexion sensorielle sur les espaces queer, perceptible également dans ses œuvres littéraires. Dans Le Portrait de Dorian Gray (1890), Wilde convoque l’atmosphère de la Contre-Réforme, où Dorian est fasciné par « les encensoirs fumants, que des enfants vêtus de dentelles écarlates balançaient solennellement dans l’air, évoquant des grandes fleurs d’or61 ». L’esthétique liturgique catholique, prisée par les artistes fin-de-siècle – notamment homosexuels –, exalte les figures de l’acolyte, jeune servant d’autel, et du prêtre romain62. L’aquarelle Two Acolytes Censing, Pentecost incarne cette esthétique. Simeon Solomon transpose en effet l’iconographie médiévale de l’ange thuriféraire asexué à celle d’un couple d’Adonis à l’allure androgyne, idéal de beauté uranienne. Le mouvement de l’encensoir, qui ravive les charbons ardents et active l’oxygène, produit à la fois l’ascension visible des volutes de fumée et la diffusion de l’odeur enivrante de la résine en combustion. Le balancement de la cassolette apparaît donc comme une métaphore de l’extase religieuse qui saisit d’une fougue interdite les deux thuriféraires animés d’un émoi passionné63. Le rôle de l’encens comme trame narrative homoérotique est encore plus explicite dans l’ouvrage Marius L’Épicurien (1885) de Walter Pater. Figure centrale du catholicisme décadentiste, Pater opère un syncrétisme entre références au paganisme et au catholicisme dans son chapitre « Changement d’air », qui introduit l’arrivée de Marius dans le temple d’Esculape. Durant son séjour, le protagoniste suit les pas d’un jeune garçon :

Marius le suivit à son retour du puits, de plus en plus impressionné par l’atmosphère religieuse […] où régnait un lointain parfum d’encens dont il eut l’explication en pénétrant, par une porte latérale entr’ouverte, dans l’enceinte même du temple. Son cœur bondit à l’aspect soudain de ces lieux dans leur magnificence exquise et rare, […]. Certains prêtres […] jetant au passage un baiser dans l’air au cours de leur besogne sacrée, portant l’encens et l’eau lustrale64.

Le rôle médiateur de l’encens, traditionnel véhicule de communion verticale sacrée entre les hommes et le divin65, est détourné au profit d’une communication horizontale, canal d’une sensualité au registre plus corporel66, enrichie d’un sous-texte homoérotique. Le parcours de Marius s’intensifie, guidé par le sillage odoriférant, dont la diffusion enivrante matérialise une montée en tension érotique croissante. L’encens devient alors vecteur d’ambiguïté, confirmée par le vol d’un « baiser dans l’air » et étayée par la « besogne sacrée67 » de prêtres, intermédiaires entre le rituel religieux et l’érotisme latent. Dans le domaine juridique, comme l’observe Elaine Showalter, « les tentatives de la fin du siècle pour définir et contrôler l’homosexualité, et pour la dissocier de la masculinité, ont échoué, et ont peut-être même renforcé les liens homosexuels68 ». Transposée à l’univers olfactif, cette subculture queer manifeste, en partie, une fascination pour les parfums floraux exotiques, dont les émanations charnelles rappellent celles du corps.

Le répertoire olfactif de l’inverti esthète et décadent : des fleurs exotiques aux fluides corporels

Bien que le lien entre l’uranisme et le parfum ne puisse être formulé explicitement, il apparaît néanmoins de façon détournée, notamment dans la culture décadente. Les little magazines, foyers d’expression queer, en sont le vecteur privilégié, notamment du fait qu’ils s’adressent à un lectorat érudit69. L’œuvre The Abbé d’Aubrey Beardsley70, publiée dans la revue The Savoy71, fut rebaptisée Abbé Fanfreluche dans sa nouvelle posthume Under the Hill. Ce titre fait référence à l’argot ancien « fanfreluche », évocateur de « copulation72 ». L’œuvre, teintée d’une érudition parodique, propose une réinterprétation rococo de la figure wagnérienne d’un Tannhäuser émasculé. La flore envahissante73, illustrant le principe de l’horror vacui, sature l’espace et parfume l’abbé impassible. L’extrait évoque d’« étranges fleurs, lourdes de parfum, ruisselantes d’odeurs74 », accentuant l’effet de suffocation visuelle et olfactive. Si leurs senteurs ne sont pas précisées, Beardsley affichait un goût marqué pour les parfums exotiques. Une anecdote rapportée par Ada Leverson illustre ce trait : elle raconte avoir retrouvé l’esthète imprégnant les gardénias et les tubéreuses d’opopanax, avant qu’il ne lui tende un vaporisateur à la frangipane pour parfumer les stephanotis75. Bien qu’apocryphe, cette anecdote souligne le goût pour l’accumulation de senteurs rendant toute identification impossible. Comme le souligne Manon Raffard, la superposition de parfums constitue un leitmotiv récurrent dans les textes traitant de l’inversion sexuelle76. L’hybridation aromatique excessive employée par Beardsley relève d’un raffinement extrême et d’une artificialité propre à l’esthétique camp, telle que théorisée par Susan Sontag77.

Par ailleurs, le choix de ces fleurs n’est pas anodin, puisqu’il fait écho au recueil Caprices (1893) de Theodore Wratislaw, qui consacre plusieurs poèmes aux fleurs parfumées telles que l’opoponax, le frangipanier ou encore la tubéreuse. Cette dernière fleur78 est aussi au centre du poème de Raffalovich, Tuberose and Meadowsweet (1885). Par son parfum aux effets narcotiques79 et grisants, la tubéreuse s’inscrit dans le « code homosexuel », devenant le symbole d’un amour partagé avec un amant80. Chargée en indole, une molécule présente dans les corps en décomposition81 et les excréments, ainsi qu’en acide butyrique, un composé que l’on retrouve dans le fromage et les odeurs de pieds, la tubéreuse dégage une senteur douceâtre et putride enivrante, dénominateur commun olfactif de plusieurs fleurs de serre82. Ce lien olfactif est partagé notamment avec l’Amorphophallus titanum, une fleur tropicale célèbre dans les médias pour sa forme phallique (fig. 4), dont il est dit que « la puanteur de ces géantes n’est pas moins impressionnante que leur taille83 ». Les effluves de ces fleurs, plus proches des émanations corporelles que florales, expliqueraient donc les préférences olfactives de l’inverti, telles qu’elles sont documentées dans les essais médicaux sur l’homosexualité.

Figure 4.

Figure 4.

« Amorphophallus Titanum », L. Reeve & Co London.

Crédits : Vincent Brooks, Day & Son Imp.

Dans Uranisme et unisexualité, Raffalovich avance que les sécrétions de sueur agissent comme auto-aphrodisiaque chez l’inverti et éveillent, perçus chez autrui, des émotions érotiques84 – une observation qui rejoint la thèse de Krafft-Ebing sur le lien entre odorat et éveil génésique85. Raffalovich étend cette logique aux odeurs d’urine, comme le confirment Havelock Ellis86 et, avant lui, Ambroise Tardieu87. L’attrait fin de siècle pour les parfums exotiques et les effluves corporelles reflète à la fois les préférences olfactives de l’esthète inverti et un détournement de la culture matérielle, dont témoigne le flacon de parfum, apprécié pour sa forme allongée.

La déroute des fioles parfumées de Sodome

Dès le début du xixe siècle, les caricatures raillant l’effémination du dandy détournent la sémiotique des fioles d’eau de Cologne (fig. 5), devenues allusions explicites au phallus. Ce phénomène transparaît dans A Dandy Fainting, or an Exquisite in Fits (fig. 6) d’Isaac R. Cruikshank, où un dandy évanoui tente de reprendre ses esprits en inhalant une eau de Cologne. Le flacon, à la forme phallique, effleure ses narines et devient une métaphore du sexe masculin, associant parfum et homosexualité dans une satire de l’effémination.

Figure 5.

Figure 5.

Fiole classique d’eau de Cologne de Farina. Source : Farina Gegenueber.

Crédits : Farina Gegenueber, domaine public.

Figure 6.

Figure 6.

Isaac Robert Cruikshank, A Dandy Fainting, or, an Exquisite in Fits: Scene a Private Box at the Opera, gravure painte à la main, 25,1 x 35,6 cm, 11 décembre 1818, (publié par George Humphrey). Source : Wellcome Collection.

Crédits : Wellcome Collection, domaine public.

Cette subversion se prolonge dans la culture décadente, comme en témoigne The Ballad of the Barber de Beardsley, publié dans The Savoy en 1896 : cette nouvelle illustrée détourne la matérialité du flacon de Cologne, intégré à un réseau de références à la violence stylisée et au désir sadomasochiste. Le personnage de Carrousel, surnommé « le barbier de Meridian Street88 », affiche une sexualité ambiguë – « personne ne l’a vu montrer une préférence pour l’un ou l’autre sexe89 » – et est réputé pour ses prouesses sexuelles. Beardsley exploite le cadre du barbier pour y glisser un sous-texte érotique :

Il attrapa une bouteille de Cologne,
Et en brisa le col entre ses mains ;
Il se sentait seul,
Et puissant comme les ordres d’un roi90.

Dissimulé sous un décorum métaphorique, cet extrait exploite le symbolisme de la « bouteille de Cologne » comme allusion à l’onanisme, confirmant l’analogie récurrente, dans la littérature pornographique comme dans les discours médicaux, entre flacon de parfum et sexe masculin. Dans son opuscule The Sins of the Cities of the Plain (1881), premier ouvrage de littérature pornographique signé du pseudonyme Jack Saul (Williaum Lazenby), un prostitué irlandais révèle : « Parmi les deux cent dix-sept cas de sodomie passive étudiée par Ambrose [sic] Tardieu, le sexologue rapporte le cas d’amateurs ayant inséré, en l’absence de quelque chose de mieux, des aiguilles à tricoter et des bouteilles d’eau d’Hongrie et d’eau de Cologne91. » Fondée sur une observation réelle du médecin français92, cette étude s’intègre dans un corpus plus large d’analyses médicales analogues, telle l’étude du Dr. Jacobus X, The Ethnology of the Sixth Sense, qui rapporte le cas d’un « collégien de 16 ans dont le pénis avait été enfoncé dans le goulot d’un flacon de parfum93 ».

Conclusion

En croisant culture olfactive et perception du genre, cet article a mis en lumière les multiples articulations entre odeur et identités queer à la fin du xixe siècle, en distinguant les discours de stigmatisation – qui associent efféminement, parfum et inversion sexuelle – des usages esthétiques et sensoriels réels. Le « moment queer » plus récent, marqué par la déconstruction des identités genrées et sexuelles94, trouve une illustration particulière dans le caractère volatile et transitoire du sillage parfumé, qui trouble les frontières rigides du genre et de la sexualité, contribuant ainsi à un décloisonnement identitaire. En outre, l’ambivalence olfactive revêt une importance épistémologique majeure dans les représentations des ambiguïtés sexuelles. Les propriétés équivoques du parfum, qui dissimule et révèle simultanément, en font un support d’expression privilégié pour aborder les enjeux de la représentation (in)visible de l’inversion sexuelle masculine. Sur le plan théorique, l’histoire des sensibilités et la culture olfactive offrent un cadre fécond pour approfondir et réexaminer les binarismes définitionnels, selon l’objectif définie par Eve Kosofsky Sedgwick95, à l’instar des couples privé/public, masculin/féminin, naturel/artificiel, et santé/maladie96.

Notes

1 Voir Patrick Cardon, Discours littéraires et scientifiques fin de siècle. La discussion sur les homosexualités dans la revue Archives d’anthropologie criminelle du Dr Lacassagne (1886-1914). Autour de Marc-André Raffalovich, Paris, Orizons, coll. « Homosexualités », 2008 et Damien Delille, Genre androgyne. Arts, culture visuelle et trouble de la masculinité (xviiie-xxe siècle), Turnhout, Brepols, 2021, p. 214. Retour au texte

2 Les termes « inversion », « inverti » et « uranisme », ancrés dans la terminologie du xixe siècle, témoignent d’une conception désormais obsolète de l’homosexualité et seront volontairement mis en italique. Retour au texte

3 Karl H. Ulrichs, pionnier du militantisme homosexuel, est le premier à conceptualiser le terme d’uranisme, nomenclature qui prévaudra tout au long du xixe siècle pour désigner l’homosexualité. Il parlera de l’« uranien » comme étant une âme de femme dans un corps d’homme (« anima muliebris virili corpore inclusa »). Karl H. Ulrichs, Forschungen über das Räthsel der mannmännlichen Liebe, Leipzig, A. Serbe’s Verlag, 1869, p. 89. Retour au texte

4 Marc-André Raffalovich, Uranisme et unisexualité : étude sur différentes manifestations de l’instinct sexuel, Paris, Masson & Cie, 1896, p. 43-44. Retour au texte

5 Eugénie Briot, La fabrique des parfums : naissance d’une industrie de luxe, Paris, Vendémiaire, 2015, p. 234. Retour au texte

6 Suzanne W. Churchill and Adam McKible, « Little Magazines and Modernism: An introduction », American Periodicals: A Journal of History Criticism and Bibliography, vol. 15, no°1, 2005, p. 3, DOI : 10.1353/amp.2005.0001. Retour au texte

7 Edward Bishop, « Recovering Modernism—Format and Function in the Little Magazines », dans Ian Willison, Warwick Gould et Warren Chernaik (dir.), Modernist Writers and the Marketplace, New York, St Martin’s press, 1996, p. 287. Retour au texte

8 Matthew B. Tildesley évoque les fondateurs de plusieurs little magazines, dont The Dial, créée par le couple Charles H. Shannon et Charles Ricketts. Matthiew B. Tildesley, « Decadent Sensations: Art, the Body and Sensuality in the “Little Magazines” », dans Jane Desmarais et Alice Condé (dir.), Decadence and the Senses, Cambridge, Legenda, 2017, p. 162-181, DOI : 10.2307/j.ctv16kkz22. Retour au texte

9 Ibid. Retour au texte

10 Sophie-Valentine Borloz, « Le parfum de l’inverti », Littératures, no 81, 2019, p. 131-142, DOI : 10.4000/litteratures.2458. Retour au texte

11 Mark Graham, « Queer Smells. Fragrances of Late Capitalism or Scents of Subversion? », dans Jim Drobnick (dir.), The Smell Culture Reader, Londres, Routledge, 2006, p. 305-319. Retour au texte

12 Manon Raffard, « Orchids, Arums, and Tiger Lilies: Queer Olfactory Culture and Tropical Plants (France, 1885-1905) », Alabastron. The Scent of Identity: Olfaction’s Role in Culture, Community, and the Formation of Self, Los Angeles, The Institute for Art and Olfaction, 2024, p. 145-159, URL : https://research.manchester.ac.uk/en/publications/orchids-arums-and-tiger-lilies-queer-olfactory-culture-and-tropic/ (consulté le 26 novembre 2025). Retour au texte

13 Hyoungee Kong, « Scenting Sapphic Elegance and Queer Promises: Advertisements for Amaryllis du Japon (1891-1894) », Nineteenth-Century French Studies, University of Nebraska Press, vol. 53, noº1-2, 2024-2025, p. 122-141, DOI : 10.1353/ncf.2024.a941909. Retour au texte

14 L’expression « anarchie sexuelle » apparaît dans une correspondance de Georges Gissing. Paul F. Mattheisen, Arthur C. Young et Pierre Coustillas (dir.), « The Letters of G. Gissing, June 2nd, 1893, to E. Bertz », The Collected Letters of George Gissing, vol. 5, Ohio University Press, Athens, 1990, p. 113. L’expression est reprise par Elaine Showalter, Sexual Anarchy: Gender and Culture at the Fin-de-Siècle, New York, Viking, 1990, p. 3. Retour au texte

15 Anonyme, The Gentlemanʼs Art of Dressing with Economy by a Lounger at the Clubs, Londres, Frederick Warne & Co., 1876, p. 96-97. Toutes les traductions ont été faites par l’auteur, sauf mention contraire. Retour au texte

16 Arnold J. Cooley, The Toilet and Cosmetic Arts in Ancient and Modern Times, Londres, Robert Hardwick, 1866. Retour au texte

17 Catherine Maxwell, Scents and Sensibility, Oxford, Oxford University Press, 2017, p. 41. Retour au texte

18 Anonyme, « Men who use perfume », Ballymena Observer, vol. XLIV, no 2298, 1899, p. 2, URL : https://www.britishnewspaperarchive.co.uk/viewer/bl/0001426/18990811/043/0002 (consulté le 10 août 2024). « As a rule, perfumery is a nuisance, especially when used by a man ». Retour au texte

19 Ibid., p. 2. Retour au texte

20 Catherine Maxwell, Scents and Sensibility, op. cit., p. 41-46. Retour au texte

21 Matt Cooks, London and the Culture of Homosexuality, 1885-1914, Cambridge, Cambridge University Press, 2003, p. 75. Retour au texte

22 À cet égard, le médecin James Burnet déplorait l’insuffisance des travaux scientifiques menés par les Britanniques sur l’homosexualité. James Burnet, « Some Aspects of Neurasthenia », The Medical Times and Hospital Gazette, 3 février 1906, p. 58-59. Retour au texte

23 La censure victorienne a freiné la diffusion des savoirs en sexologie, comme le montre l’affaire Bedborough : poursuivi pour avoir vendu Sexual Inversion de Havelock Ellis – pourtant reconnu scientifiquement –, Bedborough publia ses volumes suivants aux États-Unis pour contourner la répression britannique. « The Bedborough Trial », JAMA, 1899, vol. 281, no 3, p. 214, DOI : 10.1001/jama.281.3.214. Retour au texte

24 Albert Moll, Les perversions de l’instinct génital, étude sur l’inversion sexuelle basée sur des documents officiels, Paris, Georges Carré, 1893, p. 73, URL : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k768409/f78.item (consulté le 25 novembre 2025). Retour au texte

25 Le psychologue John C. Flugel définit la notion « The Great Masculine Renunciation » par le renoncement masculin à recourir à toute ornementation, en rupture avec la somptuosité vestimentaire et les valeurs ostentatoires de l’Ancien Régime. John C. Flugel, « The Great Men Renunciation », The Psychology of Clothes [1930], 2e édition, New York, AMS Press, 1979, p. 110 -113. Retour au texte

26 « Macaronis Craze », cité dans Dominic Janes, Oscar Wilde Prefigured: Queer Fashioning and British Caricature, 1750-1900, Chicago/Londres, The University of Chicago Press, 2016, p. 27. Retour au texte

27 William Tullett, « The Macaroni’s “Ambrosial Essences”: Perfume, Identity and Public Space in Eighteenth-Century England », Journal for Eighteenth-Century Studies, vol. 38, no 2, 2015, p. 163-180, DOI : 10.1111/1754-0208.12177. Retour au texte

28 Albane Forestier, « La figure du petit-maître est-elle subversive ? », Apparence(s), no 12, 2022, DOI : 10.4000/apparences.4225. Retour au texte

29 Dominic Janes souligne que l’apparition du macaroni a renforcé les liens entre l’effémination masculine et le désir sodomitique. Dominic Janes, Oscar Wilde Prefigured: Queer Fashioning and British Caricature, 1750-1900, op. cit., p. 105. Retour au texte

30 « The macaroni was an ‘evaporating subject’ ». Ibid., p. 173. Retour au texte

31 Le terme jessamy, dérivé de jessamine, désigne la fleur de jasmin parfumée. Au xviiie siècle, les jessamies en Angleterre équivalaient aux muscadins français, dandys parisiens qui se distinguaient pendant la réaction thermidorienne. Catherine Maxwell, Scents and Sensibility, op. cit., no 143, p. 45. Jean-Alexandre Perras, « La Réaction parfumée : les “petits musqués” de la Révolution », Littérature, no 185, 2017, p. 24-38, DOI : 10.3917/litt.185.0024. Retour au texte

32 William Tullett, « The Macaroni’s “Ambrosial Essences”: Perfume, Identity and Public Space in Eighteenth-Century England », op. cit., p. 175. Retour au texte

33 Sophie-Valentine Borloz, « Le parfum de l’inverti », Littératures, no 81, 2019, p. 131-142, DOI : 10.4000/litteratures.2458. Retour au texte

34 Paolo Mantegazza, Physiologie du plaisir, Paris, C. Reinwald, 1886, p. 88. Retour au texte

35 Alain Corbin, Le Miasme et Jonquille. L’odorat et l’imaginaire social xviiie-xixe siècles [1982], 3e édition, Paris, Flammarion, 2016, p. 267. Retour au texte

36 « Punch’s fancy portraits », Punch or the London Charivari, vol. LXXX, no 30, 1881, p. 213. Retour au texte

37 « To Beatrice », Punch or The London Charivari, vol. CX, 29 février 1896, p. 105. Retour au texte

38 Mouvement esthétique : courant artistique et littéraire britannique de la seconde moitié du xixe siècle, fondé sur la primauté du beau, la célébration de la sensibilité et l’autonomie de l’art vis-à-vis de toute visée morale, utilitaire ou politique. Retour au texte

39 Annette Stott, « Floral Femininity: A Pictorial Definition », American Art, vol. 6, no 2, 1992, p. 60-77, URL : https://www.jstor.org/stable/3109092 (consulté le 25 novembre 2025) ; Christina Bradstreet « “Wicked with Roses”: Floral Feminity and the Erotics of Scent », Nineteenth-Century Art Worldwide, vol. 6, no 1, 2007, URL : http://www.19thc-artworldwide.org/spring07/144-qwicked-with-rosesq-floral-femininity-and-the-erotics-of-scent (consulté le 25 août 2024). Érika Wicky, « Ce que sentent les jeunes filles », Romantisme, no 165, 2014, p. 43-53, URL : http://www.revues.armand-colin.com/lettres-langue/romantisme/romantisme-ndeg-165-32014-savoirs-jeunes-filles/ce-que-sentent-jeunes-filles (consulté le 10 août 2024). Retour au texte

40 Brooke Cameron, « Sexy Dirt: Homosexual Scandal and Late-Victorien Social Reform », dans Brenda Ayres et Sarah E. Maier (ed.), The Routledge Handbook of Victorian Scandals in Literature and Culture, New York, Routledge, 2023, p. 567. Retour au texte

41 Dans la satire victorienne, Anne-Florence Gillard-Estrada montre comment les iconotextes – où texte et image interagissent dans une logique intermédiale – ciblent le Mouvement esthétique. En parodiant son iconographie et ses codes, ces caricatures accentuent la déconstruction des identités de genre, déjà à l’œuvre au sein même du courant. Anne-Florence Gillard-Estrada, « “Consummate Too-Too”: on the Logic of Iconotexts Satirizing the “Aesthetic Movement” », Sillages critiques, no 21, 2016, DOI : 10.4000/sillagescritiques.5041. Retour au texte

42 Nous précisons « en partie » en adoptant la perspective des conservateurs, bien que la communauté queer ait elle aussi connu des formes d’anxiété, nourries par la menace persistante du chantage. Harry G. Cocks, Nameless Offences: Homosexual Desire in the Nineteenth Century, Londres, I. B. Tauris Publishers, 2003, p. 115-154. Retour au texte

43 Elaine Showalter, Sexual Anarchy: Gender and Culture at the Fin-de-Siècle, op. cit., p. 9. Retour au texte

44 Marjorie Garber, Vested Interests, Cross-Dressing, and Cultural Anxiety, Londres, Routledge, 2012, p. 32. Retour au texte

45 Elaine Showalter, Sexual Anarchy: Gender and Culture at the Fin-de-Siècle, op. cit., p. 8. Plusieurs figures darwinistes s’appuient sur la notion de dimorphisme sexuel à partir des nomenclatures « katabolique » et « anabolique ». Harry Campbell, Differences in the Nervous Organisation of Man and Woman, Physiological and Pathological, Londres, H. K. Lewis éd., 1891. Retour au texte

46 Charles Darwin, The Descent of Man and Selection in Relation to sex, Londres, J. Murray Albemarle St., 1890, p. 18. Retour au texte

47 Constance Classen, David Howes, Anthony Synnott, Aroma: The Cultural History of Smell, Londres, Routledge, 1994, p. 4. Retour au texte

48 Elaine Showalter, Sexual Anarchy: Gender and Culture at the Fin-de-Siècle, op. cit., p. 4. Retour au texte

49 Max S. Nordau, Dégénérescence, trad. Auguste Dietrich, vol. 2, Paris, Alcan, 1894, p. 462. Retour au texte

50 Matt Cooks, London and the Culture of Homosexuality, 1885-1914, op. cit., p. 55. Retour au texte

51 Michel Foucault, Histoire de la sexualité, tome I, La volonté de savoir, Paris, Gallimard, 1976, p. 38. Retour au texte

52 L’historiographie de cette affaire est considérable. Voir, entre autres, Richard Ellmann, The Trial of Oscar Wilde, Londres, Penguin Books, 1996. Retour au texte

53 « The Latest Literary Success: “The Woman who Wanted to” », Punch or the London Charivari, 26 octobre 1895, vol. CIX, no 2833, p. 202. Retour au texte

54 Anonyme, « Arrest of Taylor », Yarmouth Independent, 1895, vol. XL, n°2094, p. 2, URL : https://www.britishnewspaperarchive.co.uk/viewer/BL/0001943/18950413/025/0001?browse=true (consulté le 10 août 2024). Retour au texte

55 Richard F. von Krafft-Ebing, Étude médico-légale, Paris, G. Carré, 1895, p. 568. Retour au texte

56 William Tullett, « Re-Odorization, Disease, And Emotion in Mid-Nineteenth-Century England », The Historical Journal, vol. 62, no 3, 2019, p. 765‑788, DOI : 10.1017/S0018246X18000286. Retour au texte

57 Edwin Chadwick, Report from the Poor Law Commissioners on the Sanitary Conditions, Londres, W. Clowes & Sons Her Majesty’s Stationery Office, 1842, URL : https://wellcomecollection.org/works/vgy8svyj/items (consulté le 10 août 2024). Christina Bradstreet, Scented Visions: Smell in Art, 1850-1914, Pennsylvania, Pennsylvania State University Press, 2022, p. 51-61. Retour au texte

58 Jonathan Crary, Les techniques de l’observateur : vision et modernité au xixe siècle, Bellevaux, Éditions Dehors, 2016. Retour au texte

59 Nélia Dias, La mesure des sens : les anthropologues et le corps humain au xixe siècle, Paris, Aubier, 2004, p. 263. Retour au texte

60 Merlin Holland, Le Procès d’Oscar Wilde, Paris, Livre de poche, 2018, p. 289-290. Retour au texte

61 Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray [1890], trad. Eugène Tardieu, Paris, Mornay Libraire, 1920, p. 222. Retour au texte

62 Claire Masurel-Murray, « Le corps sanctifié entre icône et idole : l’acolyte et la madone », Le calice vide : l’imaginaire catholique dans la littérature décadente anglaise, Paris, Presses Sorbonne Nouvelle, 2011, p. 113-156, DOI : 10.4000/books.psn.7363 et Christina Bradstreet, Scented Visions, op. cit., p. 158. Retour au texte

63 Ibid., p. 80. Retour au texte

64 Walter Pater, Marius l’épicurien : roman philosophique, Paris, Librairie Académique Perrin & Cie, 1922, p. 30. Consulter également le tableau de Simeon Solomon, Two Acolytes Censing: Pentecost (1863) sur le site de l’Ashmolean Museum : https://www.ashmolean.org/collections-online#/item/ash-object-91035. Retour au texte

65 Marcel Detienne, Les jardins d’Adonis, Paris, Gallimard, 1972, p231. Retour au texte

66 Isabelle Reynaud-Chazot, Détournements de l’olfaction dans la littérature de la deuxième partie du xixe siècle (France et Angleterre), thèse en littérature comparée, Université Paris IV Sorbonne, sous la direction de J. de Palacio, 2000, p. 124-137. Retour au texte

67 Walter Pater, Marius l’épicurien, op. cit., p. 30. Retour au texte

68 Elaine Showalter, Sexual Anarchy: Gender and Culture at the Fin-de-Siècle, op. cit., p. 15. Retour au texte

69 Peter Brooker and Andrew Thacker (dir.), « General Introduction », The Oxford Critical and Cultural History of Modernist Magazines, volume I Britain and Ireland 1880-1995, Oxford, Oxford University Press, 2009, p. 9-13. Retour au texte

70 Aubrey Beardsley, The Abbé, plume et encre avec lavis sur papier. Dessin pour illustrer l’histoire de Beardsley Under the Hill, publié dans The Savoy, no 1, janvier 1896, p. 157. Retour au texte

71 Aubrey Beardsley, « The Abbé », The Savoy Digital Edition, vol. 1, 1896, p. 157, URL : https://1890s.ca/savoyv1_beardsley_abbe/ (consulté le 26 novembre 2025). Retour au texte

72 Chris Snodgrass, Aubrey Beardsley, Dandy of the Grotesque, Oxford, Oxford University Press, 1995, p. 154. Retour au texte

73 Jane Desmarais, Monsters under Glass, Londres, Reaktion books, 2018. Retour au texte

74 Karl Beckson, « Aubrey Beardsley, The Story of Venus and Tannhäuser », Aesthetes and Decadents of the 1890’s, Chicago, Academy Chicago Publishers, 2010, p. 14-16. Retour au texte

75 Osbert Sitwell, Noble Essences or Courteous Revelations: An Autobiography, Londres, Macmillan & Co, 1950, p. 137. Retour au texte

76 Manon Raffard, « Orchids, Arums, and Tiger Lilies: Queer Olfactory Culture and Tropical Plants (France, 1885-1905) », op. cit., p. 149. Retour au texte

77 Manon Raffard développe la notion camp au prisme de l’olfaction dans « Camp Smell » (op. cit.). Voir aussi Susan Sontag, Le style camp, suivi de Culture et sensibilité d’aujourd’hui, trad. Guy Durand, Paris, Christian Bourgois, 2022, p. 15. Retour au texte

78 Originaire du Mexique, la tubéreuse est introduite en Europe en 1594, par le médecin Simón de Tovar. En Angleterre, elle s’épanouit dans les moon gardens, où son parfum lacté et animal exerce une fascination singulière. Éléonore de Bonneval, Olivier P. David, Jeanne Doré et al., Tubéreuse : la tubéreuse en parfumerie, Paris, Nez, 2021. Retour au texte

79 Les effets physiologiques du parfum de la tubéreuse font l’objet d’une abondante littérature depuis que Louis XIV en fit orner les jardins de Versailles. Au xixe siècle, Alfred de Vigny écrit : « La paix qui règne autour de toi a été aussi dangereuse pour cet esprit rêveur que le sommeil sous la blanche tubéreuse. » Alfred de Vigny, Chatterton [1835], acte II, scène 5, Paris, Librairie Larousse, Henri Maugis, 1990, p. 59. Retour au texte

80 « This wizard owner brings back again thy breath, / Touches my mouth and hands: how far art thou ? ». Marc-André Raffalovich, Tuberose and Meadowsweet, Londres, David Brogue, 1885, p. 42. Retour au texte

81 « Quand les tubéreuses se décomposent, elles ont une odeur humaine ». Émile Zola, Nana, Paris, Folio Classique Gallimard, 2002, p. 144. Retour au texte

82 Jane Desmarais, Monsters under Glass, op. cit., p. 160. Retour au texte

83 Anonyme, « The Legend of an Orchid », Black & White, vol. X, no 249, p. 606, URL : https://www.britishnewspaperarchive.co.uk/viewer/BL/0004617/18951109/054/0016?browse=true (consulté le 25 août 2024). Retour au texte

84 Marc-André Raffalovich, Uranisme et unisexualité, op. cit., p. 126. Retour au texte

85 Richard von Krafft-Ebing, Étude médico-légale, op. cit., p. 31. Retour au texte

86 Ellis Havelock, Studies in the Psychology of Sex, vol. IV., Philadelphia, F. A. David Company Publishers, 1926, p. 75. Retour au texte

87 Ambroise Tardieu, Étude médico-légale sur les attentats aux mœurs, Paris, J. B. Baillière, 1867, p. 183. Retour au texte

88 Le terme argotique « Meridian Street » désigne les organes génitaux des deux sexes. Chris Snodgrass, Aubrey Beardsley, Dandy of the Grotesque, op. cit., p. 74. Retour au texte

89 Karl Beckson, « Aubrey Beardsley, The Story of Venus and Tannhäuser », op. cit., p. 7. Retour au texte

90 Ibid., p. 8. Retour au texte

91 Jack Saul, The Sins of the Cities of the Plain or The Recollections of a Mary-Ann, with Short Essays on Sodomy and Tribadism, Londres, Privately Printed, 1881, p. 110. Retour au texte

92 François Carlier et Ambroise Tardieu, La prostitution antiphysique, Paris, Sycomore, 1981, p43. Retour au texte

93 Dr. Jacobus X, The Ethnology of the Sixth Sense: Studies and Researches into its Abuses, Perversions, Follies, Anomalies and Crimes, Paris, Charles Carrington, 1899, p. 177. Retour au texte

94 Eve Kosofsky Sedgwick, Épistémologie du placard, Paris, Éditions Amsterdam, 2008, p. 17. Retour au texte

95 Ibid., p. 34. Retour au texte

96 Ibid., p. 33. Retour au texte

Illustrations

  • Figure 1.

    Figure 1.

    Edward Linley Sambourne, « Punch’s fancy portraits. – No. 30. Duke of Bedford, K.G. », Punch or the London Charivari, 7 mai 1881, vol. 80, no 30, p. 213.

  • Figure 2.

    Figure 2.

    « To Beatrice », Punch or the London Charivari, 29 février 1896, vol. 110, p. 105.

  • Figure 3.

    Figure 3.

    « The Latest Literary success: “The Woman Who Wanted to” », Punch or the London Charivari, 26 octobre 1895, vol. 109, no 2833, p. 202

  • Figure 4.

    Figure 4.

    « Amorphophallus Titanum », L. Reeve & Co London.

    Crédits : Vincent Brooks, Day & Son Imp.

  • Figure 5.

    Figure 5.

    Fiole classique d’eau de Cologne de Farina. Source : Farina Gegenueber.

    Crédits : Farina Gegenueber, domaine public.

  • Figure 6.

    Figure 6.

    Isaac Robert Cruikshank, A Dandy Fainting, or, an Exquisite in Fits: Scene a Private Box at the Opera, gravure painte à la main, 25,1 x 35,6 cm, 11 décembre 1818, (publié par George Humphrey). Source : Wellcome Collection.

    Crédits : Wellcome Collection, domaine public.

Citer cet article

Référence électronique

Jasmine Laraki, « Épiphanie olfactive. Homosexualité masculine et olfaction dans la culture visuelle victorienne (1880-1900) », Théia [En ligne], 2 | 2025, mis en ligne le 12 mars 2026, consulté le 17 mars 2026. URL : http://publications-prairial.fr/theia/index.php?id=474

Auteur

Jasmine Laraki

Doctorante en histoire de l'art et en littérature comparée, Paris I – Panthéon-Sorbonne, Université Libre de Bruxelles

Droits d'auteur

CC BY-NC-SA 4.0