180’ pour faire comprendre sa thèse

DOI : 10.35562/arabesques.324

p. 14-15

Plan

Texte

Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement. Et énoncer clairement, c’est permettre de partager des connaissances avec ceux initialement susceptibles de ne pas les comprendre. Noémie Mermet, qui a remporté la finale internationale du concours « Ma thèse en 180 secondes » en 2014, nous livre ici son témoignage.

Étant doctorante dans un laboratoire de recherche en neurosciences, je suis la plupart du temps amenée à dialoguer avec des spécialistes dans mon domaine de recherche. À l’instar d’autres milieux professionnels, nous utilisons un jargon qui nous est propre pour parler de connaissances et de détails techniques qui ne concernent que nos travaux. Ainsi, nous sommes totalement incompréhensibles pour des profanes à moins d’un énorme travail de vulgarisation, ce qui n’est pas forcément jugé nécessaire par l’ensemble de la communauté scientifique. Pourtant, il me semble essentiel pour les chercheurs de communiquer sur leurs travaux de recherche avec le grand public, par le biais d’articles dans les magazines scientifiques, par des événements tels que « La semaine du cerveau », mais aussi par des expositions ou des conférences accessibles à tous. C’est une manière pour nous de sortir de l’ombre et de rendre des comptes à ceux qui pensent que « des chercheurs qui cherchent, on en trouve, et des chercheurs qui trouvent, on en cherche ».

Cependant, ces types de communications sont trop souvent délaissés par les doctorants, par manque de temps à y accorder ou par l’idée selon laquelle une quelconque implication du doctorant dans des exercices de vulgarisation est futile, en dehors des congrès réservés à ses pairs.

De nouveaux challenges pour les doctorants…

Mais les choses changent, notamment par mimétisme des modèles anglo-saxons où la communication grand-public est une manière pour les scientifiques de parler de leurs travaux avec passion et enthousiasme. En France, des défis de vulgarisation scientifique inter-doctorants voient le jour. C’est le cas du concours national « Ma thèse en 180 secondes » qui a eu lieu pour la première fois en 2014.

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© Hombeline Dumas, 2014

Tiré du concours « Three minutes thesis », né à Queensland en Australie en 2008 et repris par le Québec en 2012, « Ma thèse en 180 secondes » a été proposée en France par le CNRS et la Conférence des présidents d’université (CPU). Ce concours invite les doctorants à faire en trois minutes un exposé clair, concis et convaincant de leurs travaux de recherche, en utilisant des termes simples, l’humour ou en imageant leurs propos, le tout en s’appuyant sur une unique diapositive.

Au vu de mes convictions quant à la vulgarisation scientifique, je me suis lancé le défi de participer à ce concours. D’abord sélectionnée au niveau régional en Auvergne, j’ai eu la chance de participer à la finale nationale à Lyon et d’affronter 14 autres candidats. En obtenant le deuxième prix de cette finale nationale, j’ai pu participer à la finale internationale francophone à Montréal, où étaient réunis les trois meilleurs candidats belges, français, marocains et québécois1. Là, j’ai eu la fierté de représenter en tant que doctorante la recherche française (auvergnate en l’occurrence) à l’étranger et de mettre en lumière mon équipe de recherche et mon université, en obtenant le premier prix de cette finale internationale.

… et des clés pour l’avenir

« Ma thèse en 180 secondes », ce fut pour tous les participants au concours et pour moi-même une expérience formidable, remplie de merveilleuses rencontres tant au niveau personnel que professionnel. Nous avons rencontré des chercheurs d’autres horizons que nous n’aurions probablement jamais côtoyés en dehors de cet événement. Nous avons créé un carnet d’adresses de professionnels avec qui nous garderons contact, ce qui nous sera probablement utile dans la poursuite de notre carrière. Enfin, nous avons tissé un réseau de journalistes avec lesquels nous avons pris un réel plaisir à communiquer. Et ceux-ci nous ont permis d’accéder aux médias scientifiques « tout public », ce qui n’aurait pas été possible sans un brin d’envie à vulgariser notre science.

Les doctorants représentent « la relève » en recherche. Ils sont acteurs dans la majeure partie de la vie des laboratoires et dans la recherche en général. C’est pourquoi il me semble indispensable qu’une attention particulière leur soit portée grâce à ce type d’événement. Cela les valorise d’une part, tout en étant très formateur d’autre part. De plus, c’est bénéfique pour leur avenir notamment dans un monde où la mobilité à l’étranger est une étape quasi inévitable pour les jeunes chercheurs et où « bien communiquer » est une qualité requise dans notre société.

Évidemment, ce qui compte le plus aujourd’hui dans le recrutement des jeunes chercheurs en France et à l’étranger, ce sont les publications dans les journaux scientifiques spécialisés. Mais si la de capacité à vulgariser les sciences est une valeur prisée dans les pays anglo-saxons, elle le devient aussi en France. Ainsi, il faut encourager les doctorants à se former à ce type d’exercice. Car, finalement, le plus grand défi de la science, c’est de la partager.

POUR EN SAVOIR PLUS

• L’édition 2015 de « Ma thèse en 180 secondes », organisée par le CNRS et la CPU, est sur les rails. La quasi-totalité des regroupements d’universités françaises se sont portés volontaires pour participer à cette deuxième édition. À l’issue des sélections locales, les meilleurs candidats s’affronteront le 3 juin 2015 à Nancy au cours de la finale nationale. Les trois gagnants auront ensuite le privilège de concourir à la finale internationale qui se tiendra en octobre 2015 à Paris. http://mt180.fr
Vous pourrez aussi retrouver « Ma thèse en 180 secondes » sur Facebook : www.facebook.com/MT180France et sur Twitter : https://twitter.com/hashtag/mt180fr

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Ma thèse en 180 mots

Alors que le sujet de sa thèse en préparation porte sur «Implication des récepteurs 5HT-2A dans la modulation des interneurones PKCgamma dans un contexte d’allodynie neuropathique et inflammatoire», NOÉMIE MERMET a relevé un nouveau défi pour Arabesques : la résumer en 180 mots !

Quand la douceur se fait douleur

Qui oserait prétendre que le frôlement d’un drap sur la peau est insupportable ?Vous, peut-être pas. Mais d’autres, eux, l’avouent. Ces patient(e)s souffrent d’allodynie :un symptôme douloureux caractérisé par la transformation du tact en douleur. Pour ces personnes, enfiler un vêtement ou prendre simplement une douche provoque des douleurs intolérables. Comment est-ce possible ? Le tact et la douleur empruntent des voies différentes pour être interprétés comme tels par notre cerveau. D’abord, l’information sensorielle est détectée en périphérie par la peau ou les tissus profonds, puis est envoyée à des neurones situés dans le tronc cérébral (concernant la tête) ou la moelle épinière (concernant le reste du corps). À leur tour, ces neurones vont expédier l’information dans les zones du cerveau dédiées à l’interprétation soit du tact, soit de la douleur. En cas d’allodynie, il y a erreur d’aiguillage : le tact est envoyé au centre de traitement de la douleur. En cause ? Les neurones PKCγ dont il semblerait qu’ils soient activés par la sérotonine. Ainsi, en prévenant spécifiquement l’activation de ces neurones, nous espérons vaincre l’allodynie.

1 Les vidéos des participants à la finale internationale sont accessibles sur : http://mt180.fr/les-videos-de-la-finale-internationale-a-montreal

Notes

1 Les vidéos des participants à la finale internationale sont accessibles sur : http://mt180.fr/les-videos-de-la-finale-internationale-a-montreal

Illustrations

© Hombeline Dumas, 2014

Citer cet article

Référence papier

Noémie Mermet, « 180’ pour faire comprendre sa thèse », Arabesques, 78 | 2015, 14-15.

Référence électronique

Noémie Mermet, « 180’ pour faire comprendre sa thèse », Arabesques [En ligne], 78 | 2015, mis en ligne le 07 janvier 2020, consulté le 20 octobre 2021. URL : https://publications-prairial.fr/arabesques/index.php?id=324

Auteur

Noémie Mermet

Doctorante, Université de Clermont-Ferrand 1

noemie.mermetjoret@gmail.com

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