Philoweb, la seconde vie de la thèse

DOI : 10.35562/arabesques.361

p. 20

Plan

Texte

Quel avenir pour une thèse à l’issue de sa soutenance ? Alexandre Monnin, auteur de la thèse « Vers une philosophie du web : le web comme devenir-artefact de la philosophie (entre URIs, tags, ontologie (s) et ressources) »1, soutenue en avril 2013, nous livre ici ses réflexions.

J’ai entamé la publication de ma thèse à la fin de l’année 2013. Le dépôt électronique des thèses et leur signalement dans theses.fr impliquaient déjà la mise en accès libre des tapuscrits au format PDF, auquel s’ajoutait la possibilité d’un auto-archivage sur TEL. Cet auto-archivage, toujours au même format, offrait l’avantage de permettre d’ajouter des corrections en chargeant de nouvelles versions (actuellement, la « v3 » de ma thèse y est disponible)2. Je ne considère pas la thèse comme un produit fini : c’est le fruit d’une recherche en cours dont l’objet, fondamentalement, ne m’a pas quitté.

Approfondir plutôt que vulgariser

Aussi, lorsqu’il s’est agi de songer à une éventuelle publication, les diverses propositions que j’ai reçues ne m’ont pas satisfaites. Il s’agissait en effet de transformer un travail universitaire en essai grand public, le réduisant à moins du tiers de sa longueur initiale au motif que les thèses sont désormais disponibles et, par conséquent, impossibles à publier telles quelles. L’argument me paraît fallacieux. Certes, une thèse n’est pas une monographie à proprement parler. Le passage de l’une à l’autre engage un travail considérable et nécessite de prendre suffisamment de recul pour présenter un ouvrage au public. De ce point de vue, le monde de l’édition académique anglo-américaine apparaît sans commune mesure avec son équivalent français, tant du point de vue du contenu que du format. Dans le futur, mon choix se portera sur une publication en anglais, coûteuse en termes d’investissement, mais plus adaptée pour approfondir mon travail plutôt que de le l’« essayiser ».

Philoweb, l’alliance du fond et de la forme

Cette décision prise, il restait néanmoins une contradiction à lever en parallèle : une thèse portant sur l’architecture et la philosophie du web saurait-elle se contenter d’un format certes ouvert, mais fort peu adapté au web tel que le PDF ? La réponse est évidemment non. Sur les réseaux sociaux, certains m’interpellaient pour souligner, à juste titre, l’écart entre le contenu de la thèse et son format de publication. Si le PDF a son utilité, il semble toutefois inapproprié pour une thèse qui veut démontrer que le web n’est pas une grande bibliothèque contenant des documents en tous genres. Or, cette image acquiert l’essentiel de sa crédibilité… grâce aux PDF publiés en ligne ! Le choix d’une alternative, comme par contraste, s’est imposé de lui-même. Pourquoi ne pas utiliser les formats natifs du web, en particulier le HTML ? Ayant une expérience dans le domaine des humanités numériques et de l’encodage en XML-TEI, je savais à quoi m’attendre. Après avoir envisagé plusieurs solutions, CommentPress3 s’est avérée la plus satisfaisante. Module pour le CMS WordPress, elle offre la possibilité de réaliser une publication au format HTML, tout en y ajoutant un module d’annotation, mis à disposition du public pour recueillir ses avis. Offrir à autrui la possibilité de commenter son travail exige de hausser l’expérience de navigation à la hauteur de ce que cette fonctionnalité exige (à ce titre, j’ai dû choisir un serveur dédié chez mon hébergeur, ce qui constitue un coût mensuel non négligeable). Mon idée initiale était de proposer un chapitre toutes les deux semaines, en avertissant mes lecteurs potentiels sur les réseaux sociaux. Ce rythme présentait un double avantage : il me laissait suffisamment de temps pour encoder les chapitres afin que les lecteurs en prennent connaissance et puissent les annoter. Au départ, ce plan s’est déroulé (à peu près) comme prévu. J’ai présenté l’initiative en diverses occasions, eu d’excellents retours, d’autres s’en sont inspirés… Pourtant, en visitant le site philoweb.org, vous constaterez que la publication est figée depuis près d’un an. Des raisons personnelles et professionnelles (l’obtention d’un poste de chercheur chez Inria) m’ont conduit à « geler » provisoirement le processus de publication en ligne et à en modifier fondamentalement le sens en l’inscrivant dans un temps plus long, tout en considérant cette expérience sous l’angle de l’encodage produit qui évolue au fil du temps (HTML 5 est désormais un standard…).

Il faut aussi savoir accepter les aléas d’une telle expérimentation que les accidents (y compris de la vie) enrichissent et ne sauraient faire (complètement) dérailler.

1 www.theses.fr/2013PA010592

2 https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00879147

3 http://futureofthebook.org/commentpress

Notes

1 www.theses.fr/2013PA010592

2 https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00879147

3 http://futureofthebook.org/commentpress

Citer cet article

Référence papier

Alexandre Monnin, « Philoweb, la seconde vie de la thèse », Arabesques, 78 | 2015, 20.

Référence électronique

Alexandre Monnin, « Philoweb, la seconde vie de la thèse », Arabesques [En ligne], 78 | 2015, mis en ligne le 07 janvier 2020, consulté le 20 octobre 2021. URL : https://publications-prairial.fr/arabesques/index.php?id=361

Auteur

Alexandre Monnin

alexandre.monnin@inria.fr

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