Retour sur les journées UKSG 2016

p. 24-26

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C’est au sud de l’Angleterre, dans l’agréable ville côtière de Bournemouth, que s’est tenu du 11 au 13 avril 2016 le congrès annuel de UKSG, occasion pour l’équipe Bacon de l’Abes de rencontrer ses homologues britanniques.

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Si le sigle « UKSG » avait été originellement pensé pour « United Kingdom Serials Group », l’association a depuis largement dépassé son cadre initial. Par son champ d’application tout d’abord, étant donné que la plupart des ressources électroniques se trouvent désormais dans son giron. Mais également par l’espace territorial dans lequel elle s’inscrit, puisque l’avènement de cette manifestation de très grande envergure est aussi l’occasion, pour plus de mille interlocuteurs principalement venus de pays anglophones, de se rencontrer et d’échanger, tout en arpentant un salon professionnel composé d’une centaine de stands. UKSG réunit ainsi l’ensemble des acteurs de l‘information scientifique anglophone, des bibliothécaires aux éditeurs en passant par les fournisseurs d’outils documentaires (outils de découverte, résolveur de liens, etc.). C’est dire la richesse des discussions auxquelles nous avons participé1. Nous nous concentrerons ici sur les interventions et les débats traitant de l’open access, thématique qui occupa une place de choix dans ce congrès, et sur nos actions effectuées dans le cadre de notre travail pour Bacon, la Base de Connaissance Nationale de l’Abes.

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Phot. Robert Pittman / CC-BY-ND 2.0 (Flickr)

L’open access à l’honneur

Par la qualité de leur propos et leur portée, les deux interventions inaugurales ont particulièrement retenu notre attention. Directrice exécutive de la SCONUL2, Ann Rossiter a tout d’abord axé son discours sur la gestion des relations entre bibliothèques et éditeurs dans le but de favoriser leur objectif commun : l’accès au Savoir mondial. Après avoir rappelé les difficultés budgétaires et les baisses d’effectifs que connaissent actuellement les bibliothèques britanniques (mais aussi, plus largement, l’ensemble des bibliothèques universitaires à l’échelle internationale) ainsi que ses conséquences sur les relations avec les éditeurs scientifiques, Ann Rossiter a exposé un argumentaire pertinent sur la nécessité de tendre davantage vers le mouvement de l’open access. Elle a, dans cette optique, enjoint au monde éditorial d’embrasser rapidement cette transition et d’ajuster ses pratiques en concertation avec les bibliothécaires. C’est-à-dire comprendre et tenir compte de la réalité budgétaire des bibliothèques universitaires pour adapter en conséquence leurs modèles économiques et améliorer la qualité des services et ce, dès maintenant. En effet, quelle que soit la position adoptée par les éditeurs pour y faire face, ce mouvement prend inéluctablement, et chaque année, de l’ampleur. Continuer à refuser ce « nouveau » modèle est donc une attitude inadéquate, voire contre-productive, qui pourrait de surcroît conduire certains éditeurs à disparaître, purement et simplement.

En complément de cette intervention, Michael Jubb, ancien directeur du Research Information Network3, a dressé un panorama extrêmement précis de l’implantation de l’open access en Grande-Bretagne. Les fondements de la discussion ont reposé sur le constat que, depuis le Rapport Finch de 20124, le Royaume-Uni est devenu l’une des figures de proue de l’open access, notamment grâce à quatre sources de financement majeures outre-Manche (Wellcome Trust, Research Councils UK, HEFCE5 et Horizon 2020) qui en promeuvent l’utilisation, et ce malgré l’immense diversité de leurs politiques en la matière : 447 politiques différentes cohabitent actuellement en Europe. Cette position novatrice de l’information scientifique britannique sur l’open access s’affirme également dans les statistiques de Scopus présentées par Michael Jubb. En effet, l’ensemble des revues scientifiques britanniques présentes dans la base d’Elsevier et inscrites dans une politique d’accès ouvert entre 2012 et 2014, toutes catégories confondues (Gold avec ou sans Article processing charges – APC -, dépôts institutionnels, revues hybrides et d’open access avec embargo) est passé de 64,5 % à 68,2 % de la totalité des périodiques de cet éditeur. De même, la proportion d’auteurs britanniques publiant dans une revue scientifique en open access a bondi de 4 % entre 2012 et 2014, pour atteindre 80,5 %. Consécutivement, le nombre de titres dans la base d’Elsevier uniquement accessibles via abonnement et les revues payantes dans lesquelles les chercheurs anglais publient, ont marqué une baisse de 5 % durant ce même laps de temps.

Si le monde de l’information scientifique anglophone paraît donc s’engager véritablement dans cette voie, certaines nuances ont néanmoins été apportées à la fois par les éditeurs scientifiques, les institutions et les chercheurs.

Du point de vue des éditeurs, le manque de clarté des politiques d’open access a été pointé du doigt. Côté institutions en revanche, c’est surtout l’extrême variété et complexité des modalités de la Voie Verte – majoritairement choisie dans le cadre des dépôts institutionnels - qui a été mise en exergue.

Quant aux universitaires britanniques, ils semblent particulièrement enclins, pour près de 64 % d’entre eux, à publier de préférence dans des revues hybrides (notamment pour des raisons d’impact factor), malgré les implications financières préjudiciables de ce modèle, puisqu’une très forte augmentation globale du coût des APC est observée. Ces derniers ont été globalement multipliés par six entre 2012 et 2014, pour atteindre 33 millions de Livres sur l’ensemble des universités du Royaume‑Uni. Malgré ce dernier constat, nous pouvons bien qualifier de succès l’adoption de l’open access par le milieu scientifique britannique, même s’il reste encore beaucoup de travail à poursuivre dans cette voie.

La qualité initiale des interventions constituant les sessions plénières a été enrichie par d’abondantes sessions parallèles abordant les thèmes les plus variés : le phénomène des éditeurs-prédateurs, l’interopérabilité des plateformes et des services, le développement de maisons d’édition au sein de bibliothèques notamment… Ces sessions ont permis des échanges opportuns et particulièrement riches entre les différents participants, et ce, malgré la frustration certaine, pour tout auditeur, de ne pouvoir assister à l’ensemble des présentations souhaitées.

« Bournemouth and District »

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Carte postale de JValentine & Sons, Ltd, Dundee and London

Bacon – KB+­ : une collaboration renforcée

Plus pragmatiquement, et du point de vue de Bacon, un cran supplémentaire a été franchi dans le partenariat avec KB+6 puisque le congrès a également été l’occasion d’échanges pertinents et particulièrement constructifs avec nos homologues britanniques. Cette rencontre a notamment permis de mieux comprendre les objectifs, workflows et usages respectifs que nous faisons de nos fichiers Kbart (de KB+ vers Bacon mais aussi, plus récemment, de Bacon vers KB+). Elle a également offert l’opportunité de dégager une ébauche de visées communes, tant dans les exigences que nous pourrions conjointement attendre des fournisseurs d’outils documentaires, que dans nos relations avec les éditeurs et les développements envisagés. La communication et la mutualisation des deux services vont donc continuer à s’intensifier.

Dans l’optique d’inscrire nos activités dans cette dynamique et d’apporter notre contribution à ce processus, l’équipe de Bacon postule d’ailleurs actuellement à l’intégration du groupe de travail NISO/UKSG sur la recommandation Kbart, groupe co‑présidé par Magaly Bascones, directrice de KB+. Notre présence nous permettrait non seulement d’affiner l’interprétation des différents items de la recommandation, mais aussi, et surtout, de faire valoir les positions que nous avons adoptées jusqu’à maintenant sur celles-ci.

Conclusions

C’est la seconde fois qu’une délégation de l’Abes se rend à ce rassemblement de très grande ampleur, puisque les deux responsables du département Adele étaient déjà présents à Harrogate en 2014. Cette année, seules deux institutions françaises ont fait le déplacement jusqu’à Bournemouth (l’Abes et l’Inist-CNRS). Nous sommes persuadés qu’il est nécessaire que les bibliothécaires français participent davantage à cette manifestation internationale. Le congrès UKSG permet en effet aux professionnels des bibliothèques de France d’obtenir une visibilité accrue chez leurs voisins. Par-delà les frontières étatiques et les différences indéniables dans le fonctionnement des diverses institutions, les bibliothécaires du monde entier se trouvent confrontés aux mêmes évolutions professionnelles, aux mêmes contraintes budgétaires, aux mêmes interrogations philosophiques et prospectives. Quid du mouvement général de l’open access, de ses avantages, limites et implications diverses, de l’amélioration du signalement de la documentation électronique, de l’administration et de la promotion des dépôts institutionnels… ? La participation des bibliothécaires français à ces réflexions est indispensable.

Concernant l’Abes, la pertinence de sa présence à ce symposium transnational vient d’être confirmée par la récente invitation de Magaly Bascones à participer au prochain congrès UKSG de 2017, où nous nous joindrions à KB+ et CUFTS afin de présenter nos trois bases de connaissances non commerciales.

Nous espérons en tout cas avoir convaincu nos collègues français de nous y rejoindre : le déplacement en vaut la peine.

Programme des sessions plénières du congrès UKSG

• Lundi 11 avril, Plenary Session 1: IMPACT
Tregonwell Hall
Chair: Kate Price, King’s College London

  • 10:30
    Managing relationships between libraries and publishers for greater impact
    Ann Rossiter, SCONUL
  • 11:00
    How far has the UK got towards open access and what have been the costs and implications?
    Michael Jubb, Consultant
  • 11:30
    Data diving: understanding cause and effect in reputation management
    Charlie Rapple, Kudos

• Mardi 12 avril, Plenary Session 2: USER EXPERIENCE
Tregonwell Hall
Chair: Jill Taylor-Roe, Newcastle University
  • 9:00
    Ethnographic approaches to the practices of scholarly communication: tackling the mess of academia
    Donna Lanclos, University of North Carolina, Charlotte
  • 9:30
    Open Music Library: a community-curated open index of the world’s scholarly music resources
    André Avorio, Alexander Street
  • 10:00
    Engaging students, shaping services: the changing face of student engagement at the Hive
    Sarah Pittaway, University of Worcester

• Mercredi 13 avril, Plenary Session 3: INNOVATION AND INSPIRATION
Tregonwell Hall
Chair: Incoming Chair, UKSG
  • 12:15
    Google – Digital Child
    Emma Mulqueeny, Elbi Digital
  • 12:45
    Investing in scholarly futures: communities, funding and the reimagining of research Communications
    Cameron Neylon, Centre for Culture and Technology, Curtin University

• 10:30
Managing relationships between libraries and publishers for greater impact
Ann Rossiter, SCONUL
• 11:00
How far has the UK got towards open access and what have been the costs and implications?
Michael Jubb, Consultant
• 11:30
Data diving: understanding cause and effect in reputation management
Charlie Rapple, Kudos

• 9:00
Ethnographic approaches to the practices of scholarly communication: tackling the mess of academia
Donna Lanclos, University of North Carolina, Charlotte
• 9:30
Open Music Library: a community-curated open index of the world’s scholarly music resources
André Avorio, Alexander Street
• 10:00
Engaging students, shaping services: the changing face of student engagement at the Hive
Sarah Pittaway, University of Worcester

• 12:15
Google – Digital Child
Emma Mulqueeny, Elbi Digital
• 12:45
Investing in scholarly futures: communities, funding and the reimagining of research Communications
Cameron Neylon, Centre for Culture and Technology, Curtin University

1 Pour voir les enregistrements des interventions : https://tv.theiet.org/?event=3583

2 Society of College, National and University Libraries (Royaume-Uni et Irlande).

3 http://www.rin.ac.uk/

4 5 6

Notes

1 Pour voir les enregistrements des interventions : https://tv.theiet.org/?event=3583

2 Society of College, National and University Libraries (Royaume-Uni et Irlande).

3 http://www.rin.ac.uk/

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Illustrations

Phot. Robert Pittman / CC-BY-ND 2.0 (Flickr)

« Bournemouth and District »

« Bournemouth and District »

Carte postale de JValentine & Sons, Ltd, Dundee and London

References

Bibliographical reference

Bertrand Thomas, « Retour sur les journées UKSG 2016 », Arabesques, 83 | 2016, 24-26.

Electronic reference

Bertrand Thomas, « Retour sur les journées UKSG 2016 », Arabesques [Online], 83 | 2016, Online since 19 décembre 2019, connection on 30 novembre 2021. URL : https://publications-prairial.fr/arabesques/index.php?id=655

Author

Bertrand Thomas

Gestionnaire de métadonnées, membre de l’équipe Bacon à l’Abes

thomas@abes.fr

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CC BY-ND 2.0