Du casework à l’analyse de la pratique… Histoire de passages

DOI : 10.35562/canalpsy.1463

p. 13-16

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Editor's notes

Avec l’aimable autorisation de son auteur et sa relecture finale, cet article est un ensemble de passages de l’ouvrage Analyse de la pratique en institution, Scène, jeux, enjeux paru chez Erès en 2009

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Dans les structures du champ social, l’analyse de la pratique (A.P.) se présente, par le temps qui lui est consacré, comme la seconde activité des psychologues, juste après celle de l’accompagnement thérapeutique. Elle tend à devenir la première inscription professionnelle des jeunes diplômés qui découvrent la réalité du terrain dans des organisations complexes souvent en crise au moment où leur est faite une demande d’intervention dans ce cadre. Une activité de longue date d’animation de groupes d’analyse de la pratique (G.A.P.) auprès d’équipes de travailleurs sociaux, nous a conduit à vouloir mettre en forme de nombreuses questions, souvent dérangeantes, suscitées par cette approche apparemment anodine.

Dans cet article, nous évoquerons l’A.P. en faisant un détour par les éléments d’histoire qui ont concouru à l’émergence de ce dispositif, et tout en le mettant en perspective avec d’autres dispositifs et espaces de parole et d’écoute, nous tenterons de montrer comment il met en tension la double contrainte qui l’origine.

L’émergence du dispositif d’analyse de la pratique

Une pratique apparaît dans un champ donné, en réponse à une situation précise et à une attaque particulière du système symbolique. Un effort d’historicisation renseigne sur le trouble « qui sécrète son antidote » dans et par le mouvement de sa fondation ou de son instauration. Ainsi, tout dispositif opérant dans un champ institutionnel reste durablement marqué par la nature troublée de son origine, et nous tenterons de voir en quoi les avatars successifs du modèle en restent héritiers. En effet, c’est bien dans le droit fil d’une histoire particulière que nous avons opté, il y a plus de vingt-cinq ans, pour le terme analyse de la pratique tout en reconnaissant bien souvent les liens de parenté de ce dispositif avec celui de la supervision d’équipe en établissement ou celui du groupe Balint.

Si l’A.P. est un dispositif dans lequel viennent se raconter des histoires, d’une façon homogène à notre objet, nous allons brosser un tableau rapide de ce qui serait moins l’histoire de « fondation en dur » que la chronique de « passages » successifs lestant le dispositif d’un héritage que nous avons choisi de reprendre à notre compte.

Le casework et le Balint : une riche ascendance

Une histoire de passages, qui pourrait remonter très loin. Après-guerre, à destination des pratiques sociales européennes et en particulier des pratiques de service social, une nouvelle « technique » de travail – revendiquée comme telle – fait son apparition : le casework. Il s’appuie sur un dispositif, la supervision, assurant régulièrement un accompagnement, une sorte de formation continue, des travailleurs sociaux qui le mettent en œuvre. Le casework est une application directe des théories de la relation d’aide et d’écoute de Carl Rogers. Lecture des situations professionnelles qui insistait – c’était une nouveauté dans le domaine social – sur une position dite de « non-jugement » de la part des assistants sociaux, et cherchait à développer une attitude active de la part des usagers. La supervision s’effectuait individuellement ou en groupe ; elle se proposait de soutenir l’analyse de la situation et la prise en compte de la perception de soi du travailleur social lui-même. À cette fin, une solide grille d’analyse – on dirait aujourd’hui un protocole ou une procédure – offrait d’aider le travailleur social à opérer une distinction entre ce qui, dans la relation – c’est-à-dire dans ses propres éprouvés de la rencontre avec l’autre, et dans ses représentations -, était professionnel ou ne l’était pas. Le cadre rigoureux de la méthode se révélait fort contenant et cherchait à promouvoir, une forme de « productivité » du lien professionnel.

L’introduction de l’ensemble « casework-supervision » marque un tournant dans les visées du travail social et invite à une forme d’aide à la détresse humaine centrée sur les capacités d’autorestauration de la personne. C’est un modèle cherchant à réorienter les puissants mouvements d’emprise personnels qui animaient une profession encore très liée à son passé caritatif et confessionnel, vers une professionnalisation du lien par le biais d’une instrumentation de la relation. L’approche du casework, opératrice du passage du registre de l’action caritative et de l’assistance à celui du « do it yourself », dessine les contours attendus d’un homme acteur de son histoire, pouvant ainsi reprendre sa place dans la société. Une société hautement concurrentielle, où le plus fort gagne, et dont la visée libérale saute aux yeux. « Aide-toi et le ciel t’aidera » pourrait en être la devise.

Ajoutons encore que le terme de supervision lui-même fait appel à une « vision-super », un regard supérieur d’un personnage détenant « le Savoir » (non « supposé » en l’occurrence), sur ce qui relèverait strictement du professionnel, ce qui serait du personnel (et l’on voit bien ici que l’un est exclusif de l’autre), et sur l’orthodoxie de la méthode. Le dispositif d’origine fortement marqué du sceau de l’emprise sur les représentations de la « professionnalité » – et la rigidité de la méthode est explicite sur ce point – répercute son modèle dans ses lieux de pratique. En ce sens, le casework a fortement contribué à « appareiller » les pratiques sociales et à faire émerger l’idée de professionnels « techniciens de la relation ». Représentation battue en brèche par le registre de la pensée analytique.

En traversant l’Atlantique, ce modèle va rencontrer en Grande-Bretagne – au sein d’un séminaire de contrôle de casework pour des assistants sociaux – la psychanalyse incarnée par Michael Balint, qui initiera dans ce cadre ce qui évoluera vers les « Groupes Balint ». Balint introduira dans le dispositif du casework une modification fondamentale qui va en contrecarrer radicalement la visée objectivante au profit de la subjectivation des discours :

« Il s’agit de laisser tomber tout le dossier scrupuleusement monté, avec enquête sociale, etc., pour parler sans note, de la personne ou de la famille en charge. Il faut donner son opinion sur ce client, dire ce qui vient à l’esprit à propos de lui, ce qui a pu gêner l’assistante sociale dans cette relation, etc. » (Moreau-Ricaud M., 2001, p.96.)

Balint, médecin, psychiatre et psychanalyste d’origine hongroise, est un élève de Ferenczi, lui-même souvent décrit comme l’enfant terrible de la psychanalyse. Michelle Moreau-Ricaud (ibid., p.93) souligne l’importance de l’œuvre innovante et pragmatique de Balint souvent méconnue :

« L’aménagement de la cure pour les patients difficiles et psychotiques, le rôle central, dans la cure, donné au transfert et au contre-transfert, les psychothérapies brèves ou focales, nous lui sommes redevables de tout cela en plus de sa trouvaille du “groupe Balint”. C’est de la place de consultant à la clinique Tavistock à Londres, qu’il créera, dans les années 1950, le dispositif qui porte aujourd’hui son nom pour former les médecins généralistes à la relation médecin-malade, dans un moment où une réforme radicale des services de santé britannique confronte les praticiens à des situations inhabituelles. »

Le dispositif du Balint est simple en apparence : « Il s’agit de réunir des médecins volontaires (8 à 12) pour les écouter exposer des cas qui leur posent problème, de manière très régulière, toutes les semaines, et pendant plusieurs années (ibid., p.97). » Le médecin est invité à laisser de côté son dossier et à procéder par associations libres faisant ainsi affleurer la dimension contre-transférentielle. Les autres participants du groupe posent des questions, commentent, livrent leurs propres hypothèses et tentent d’aider leur confrère à mieux cerner la relation qu’il entretient « à son insu », avec son patient.

« Il s’agit d’analyser la relation médecin-malade, avec l’idée qu’il y a une spécificité dans cette relation thérapeutique, spécificité pour une part exprimée par le concept de “remède-médecin”, la recherche de la façon dont le médecin avec ou sans médicaments participe au soin par la relation », Pierre Dosda (2004).

L’animateur du groupe ponctue l’avancée ou l’arrêt dans l’élaboration, signale les points oubliés, peut faire des interprétations, centrées de préférence sur le travail collectif des participants qui fonctionne comme une « psyché groupale » au sens que lui donne René Kaës (1997, p.67) :

« Le sujet auquel elle (la psychanalyse) a affaire n’est pas le sujet social, mais le sujet de l’inconscient. Le groupe est ici considéré sous l’aspect où il est une condition de la formation de l’espace intrapsychique, et donc probablement de l’inconscient. »

La visée du dispositif est de « sensibiliser les médecins aux manifestations de l’inconscient du patient (et du sien) dans la rencontre singulière de la consultation (pour) développer une aptitude nouvelle d’écoute », et débouchant selon la formule de Balint, sur un « changement de la personnalité, limité, mais considérable (Moreau-Ricaud M., op. cit., p.97) ».

Dans ce même article, l’auteur nous dit « Le groupe Balint est pour moi une “psychanalyse appliquée”, “hors cure”, ou pour mieux le dire (en empruntant à J. Laplanche sa formule) une psychanalyse “hors les murs” de la consultation médicale (ibid., p. 94). »

Par la suite, le Balint a donné lieu à un puissant mouvement « d’institutionnalisation » avec la création et le développement des « Sociétés Balint » qui cherchent à en garantir le modèle.

Nous pourrions dire que le Balint est un mouvement de « combat idéologique », militant activement, aux avant-postes du soin, pour la diffusion du modèle psychanalytique, ou plutôt d’un modèle psychanalytique. En choisissant le registre de la pratique plutôt que celui du savoir universitaire le Balint a contribué à agir comme courroie de transmission d’un « savoir réservé » cantonné au cadre de la cure analytique.

Après la mort de Balint en 1970, des « dérives » concernant le dispositif apparaissent, portant sur sa régularité, les modes d’animation, et l’introduction de pratiques externes au champ psychanalytique. Mais la plus grave, selon l’auteur, serait la perte d’un « modèle pensé comme un temps de formation, avec un processus interne au groupe et à ses membres. Une élasticité trop grande ne permet pas de vaincre les résistances des participants, ce qu’un groupe qui se réunit à un rythme plus intense rend davantage possible (ibid., p.99) ». C’est ainsi que le modèle initié par Balint va lui aussi s’échapper de son cadre strict, franchir le Channel du médical, pour diffuser dans les pratiques sociales et soignantes, où il subira à son tour des effets de subversion pour donner lieu à ce dispositif d’A.P.

Les modalités de la diffusion de l’A.P. en Rhône-Alpes : une trajectoire lisible

Nous poursuivrons l’histoire en appuyant notre réflexion sur la propagation et les avatars de ce dispositif en région Rhône-Alpes. À la fois parce que nous en avons eu ici une longue fréquentation, mais aussi parce que les réseaux interinstitutionnels extrêmement actifs et aisément repérables du fait de leur taille permettent d’analyser dans la durée et dans l’espace régional les modes de diffusion et de filiation des pratiques. Ceci nous permet non seulement de suivre « à la trace » le trajet de ses modifications, et d’en tirer des observations en prenant en compte les données locales, mais aussi de supposer des processus similaires ailleurs, débordant largement le cadre géographique restreint.

Dans cette région, et dans le courant des années 1960, l’A.P. arrive au seuil des établissements pour enfants par l’intermédiaire de quelques psychologues. À cette époque, ils sont peu nombreux, souvent analysés ou proches des mouvements psychanalytiques ; ils reprennent à leur compte et adaptent le mode d’écoute du Balint, à la demande de directeurs d’établissements en difficulté pour soutenir les équipes d’éducateurs dans les prises en charge d’enfants en souffrance.

L’A.P. est un temps de parole dans « l’après-coup », où des professionnels viennent dire, dans un espace dont la confidentialité est garantie, ce qu’ils savent ou croient savoir d’une situation concernant leur pratique particulière. Les questions des membres du groupe (qui appartiennent souvent à la même équipe de travail, au même service, au même établissement) concernant ce récit, leurs apports éventuels dévoilent des oublis, des blancs dans le souvenir, qui progressivement centrent le regard de l’ensemble des participants sur la dynamique transférentielle œuvrant entre celui qui rapporte la situation et l’autre dont il parle. Le fil associatif courant entre les membres du groupe permet que chacun soit, à sa façon, à son rythme, questionné sur ses propres positions contre-transférentielles. Ce qui la caractérise est le contraste entre l’unité de ce qui est annoncé, « un temps pour parler d’une pratique professionnelle, un temps pour comprendre », et une variabilité importante dans sa mise en : durée des séances, rythme de travail, nombre de participants, conditions d’ouverture du groupe, mode d’intervention, formation inaugurale des intervenants, etc.

Présente à bas bruit dans le secteur de la rééducation jusqu’en 1968, l’A.P. est structurellement arrimée, dès le départ, à une formation novatrice dans sa conception, celle d’éducateurs en « cours d’emploi (Formation, mise en œuvre au sein de l’ACFPS (Association communautaire de formation aux pratiques sociales), qui comptait deux établissements – Recherches et Promotion, fondé en 1969 et Loire Promotion, fondé en 1970 -, qui concernait des adultes ayant une forte expérience des pratiques sociales. Les candidats à l’entrée en formation se présentaient à la sélection sans niveau scolaire prérequis. La sélection pensée comme un processus portait sur les capacités de mobilisation et d’élaboration psychique manifestées par les candidats.) ». Baptisée pour l’occasion « Analyse de la pratique éducative », elle devient très vite, pour les éducateurs en formation, le lieu instituant de la professionnalité.

Dans les deux centres de formation susnommés, le référentiel des intervenants est essentiellement psychanalytique. Un premier nouage provient du regard de ceux qui en assurent la mise en œuvre, entre un imaginaire de la chose psychanalytique et l’élaboration des contenus de pratique. De retour dans leurs établissements ou services, les éducateurs font avec enthousiasme la promotion du modèle, et pour en assurer l’exercice, les chefs d’établissement se tournent vers les psychologues en un temps où les premières classes pleines subvertissent la profession et imposent leurs références.

Du côté de l’université, à Lyon, la psychanalyse a été introduite par un universitaire psychologue et psychanalyste, Jean Guillaumin, rejoint par un psychanalyste médecin, Jean Bergeret. La pratique de la formation universitaire lyonnaise en portera la marque, d’abord chez les médecins-chefs de service qui constitueront une première vague d’analystes et seront porteurs de positions novatrices dans le secteur psychiatrique. La psychanalyse s’ancrera seulement par la suite, mais fort durablement dans la formation des psychologues, repoussant les théories piagétiennes et les pratiques psychométriques, jusqu’à devenir progressivement un modèle dominant de l’enseignement lyonnais.

Pour les psychologues de la région lyonnaise comme partout ailleurs, la psychanalyse ne sera évidemment pas le seul référentiel théorique disponible, des courants divers et contradictoires soufflant aussi bien le vent de la dynamique de groupe que celui de la bio-énergie, de l’analyse transactionnelle ou de l’analyse systémique, pour n’en citer que quelques-uns. Dans le même temps, à partir de l’université, se développent autour de Paul Fustier des pratiques auprès d’établissements du secteur social et médico-social, contribuant à désigner l’objet institutionnel comme pôle possible d’investissement pour ceux qui sont alors de jeunes psychologues. Puis dans les années 1980 et dans le sillage de René Kaës, le développement de la pensée groupaliste renforcera cet effet. Dans la même période, une frange importante de la formation universitaire de psychologue se trouvera également modelée par une formation dite « à partir de la pratique », initiée et mise en œuvre par Alain-Noël Henri. Formule innovante, unique en France, où les dispositifs de travail universitaires soutiennent l’élaboration théorique des pratiques mises en œuvre par les étudiants dans leurs lieux professionnels en plaçant au cœur d’un cursus universitaire individualisé la notion de « processus d’élaboration théorique ». C’est dans cette mouvance, au cours des années 1980, que l’A.P. entre à l’université par la petite porte que constitue la formation continue.

Historicité de l’analyse de la pratique et ancrage théorique

Cette petite histoire, montre que l’A.P. est un dispositif issu lui-même d’un dispositif de formation particulier allant d’une formation éducative à une formation de psychologue, toutes deux mises en œuvre dans le souci constant d’une élaboration processuelle de la position psychique des sujets en formation. Le travail d’appropriation subjective des éléments de théorie articulés à la dynamique élaborative des positions transféro-contretransférentielles à l’œuvre dans les situations de rencontre professionnelle, indexe dès l’origine le dispositif d’A.P. au référentiel analytique. Ce dispositif s’inscrit par ailleurs dans un réseau de praticiens impliqués dans les questions concernant la dimension institutionnelle du soin et des pratiques sociales, dans une région où le terreau universitaire était très sensibilisé à la question des processus groupaux. L’A.P., dans l’acceptation où nous utilisons ce terme, reste marquée par les croisements des lignées de pratique qui lui ont donné naissance, et sous cette dénomination a de longue date résolument adopté la pensée analytique comme « méta-cadre ».

Par ailleurs, au-delà de cette histoire régionale, les grandes lignes attestent d’un mouvement similaire un peu partout en France. L’émergence de l’A.P. renvoie à ce qui insiste dans le registre d’une coalescence, entre le développement et la prise d’assise sur la scène sociale de la position de psychologue, la diffusion dans l’espace universitaire, et plus largement dans l’espace social, de la pensée analytique, et la remise en scène des effets de cette pensée au sein des pratiques de terrain.

De plus, l’A.P. est un dispositif éminemment migrant, en capacité de répondre aux attentes d’équipes ou de directions. L’absence de modèle fixé lui confère plus de plasticité que le Balint ou la supervision de type analytique, ce qui concourt tout à la fois à sa propagation rapide et à l’émergence de formes parfois atypiques. La dénomination est reprise dans « l’air du temps ». Des groupes d’A.P. existent aussi dans d’autres « filiations » et sont ainsi proposés par certains courants d’origine nettement psychosociale ; le terme est également présent en secteur industriel, par exemple pour parler de ce qui peut se produire dans des techniques de management d’entreprise commerciale, du coaching. Dans tous ces cas, les référentiels théoriques peuvent apparaître fort diversifiés.

Notons que si les psychologues intervenant en A.P. sont les plus nombreux, les formations d’origine des intervenants en ce domaine sont assez diverses. On y trouve bien sûr des psychanalystes, plus souvent d’ailleurs psychologues de formation initiale que médecins, mais aussi des travailleurs sociaux, des sociologues et des formations d’horizons bien différents. Et c’est peut-être en ce point précis que gît une spécificité de taille. L’A.P. n’a pas vocation à s’intéresser au fonctionnement du cadre institutionnel des structures qui la mettent en œuvre ; son ambition, plus mesurée, la conduit à se centrer sur l’entredeux de la relation professionnel-usager. Cependant, l’emboîtement des espaces institutionnels conduit à ressaisir dans son propre champ d’activité les éléments du métacadre qui traversent la scène et structurent la pratique des acteurs.

Il n’est évidemment pas exclu, et nous le constatons heureusement souvent, que le travail d’A.P. puisse concourir à remodeler la physionomie de certaines structures. L’A.P. peut ainsi, par la centration sur la pratique auprès des usagers, vivifier des questionnements institutionnels porteurs de changement, mais elle n’en est pas la source et ce n’est pas a priori son objet. Dans le domaine de la transmission de cette pratique dans le cadre de la formation permanente de l’université Lyon 2, nous faisons le constat régulier que, pour être mis en œuvre, le dispositif d’A.P. ne requiert pas obligatoirement de se reconnaître dans une position de « psychanalyste ».

Malgré tout le référentiel analytique nous semble le seul à proposer un cadre d’intervention organisateur tout à la fois de l’espace d’intervention et de la réflexion théorico-clinique sur les éléments transféro-contretransférentiels qui s’y déploient. Cette exigence d’articuler la clinique à une pensée réflexive concernant la position contretransférentielle et la mise au jour des théories implicites des participants à cette formation nous paraît relever d’une dimension analytique d’appui qui permet aux intervenants de laisser sans affolement, émerger les représentations inquiétantes en soutenant le travail de réétayage du groupe sur lui-même (C’est un aspect que soulignait Évelyne Grange-Ségéral dans une intervention au DUAPR en juin 2004 : « Complexité du champ transférentiel dans l’A.P. »).

L’A.P. est souvent explicitement convoquée pour soutenir des sujets engagés dans des relations professionnelles « attaquant » de façon permanente les processus de symbolisation. Nous ajouterons qu’elle à la fois une pratique d’appui et en appui sur d’autres pratiques. Elle est une « pratique de second degré », dont l’objet est la « production de sens ».

Bibliography

Dosda P. (2004). « Petit retour historique sur l’analyse de la pratique », in L’analyse de la pratique : origines et enjeux, Lyon, Canal Psy, Université Lumière Lyon 2.

Henri-Ménassé C. (2009). Analyse de la pratique en institution, Scène, jeux, enjeux, Toulouse, Erès, 2011.

Kaës R. (1997). « Le groupe évolution des théories et des pratiques », in Connexions, n°69.

Moreau-Ricaud M. (2000). Michaël Balint : Le renouveau de l’École de Budapest, Toulouse, Érès.

Moreau-Ricaud M. (2001). « Le groupe Balint a cinquante ans », in Topique, n°76.

References

Bibliographical reference

Catherine Henri-Ménassé, « Du casework à l’analyse de la pratique… Histoire de passages », Canal Psy, 113/114 | 2015, 13-16.

Electronic reference

Catherine Henri-Ménassé, « Du casework à l’analyse de la pratique… Histoire de passages », Canal Psy [Online], 113/114 | 2015, Online since 04 décembre 2020, connection on 27 novembre 2021. URL : https://publications-prairial.fr/canalpsy/index.php?id=1463

Author

Catherine Henri-Ménassé

Psychologue et psychanalyste