Patricia Mercader, un départ à la retraite

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Patricia Mercader a fait le choix de partir à la retraite au 1er septembre 2017 ; bien trop tôt pour ceux qui aimaient travailler avec elle et pour les étudiants, mais elle avait ses arguments ! Elle a partagé ce départ avec les étudiants et ses collègues FPP (Formation à partir de la pratique) en juin ; un temps d’hommage a été organisé par le CRPPC, donnant voix à ses collègues (de psychologie sociale et de clinique) et à des étudiants, le 22 septembre 2017, afin de témoigner de la richesse de ses apports et la qualité de sa présence en tant qu’enseignante. À l’image de P. Mercader, ces deux journées ont été multiples, tressant réflexions théoriques épistémologiques, féministes, pédagogiques et témoignages personnels. S’en sont dégagés trois traits forts de sa personnalité d’enseignante : généreuse, ouverte et exigeante.

Comme un certain nombre d’enseignants de l’Institut de psychologie, P. Mercader a eu une vie professionnelle antérieurement à l’université, une vie déjà bien engagée du côté de ce que l’on appelait alors les « établi.e.s », ces intellectuel.le.s qui firent le choix de l’usine, de l’entreprise dans des postes d’exécution. Une formation de psychologue clinicienne, et une thèse en psychologie sociale (« L’illusion transsexuelle »), la conduisent ensuite à être recrutée sur un poste de Maître de conférences (1994) (quoique défendant la féminisation des mots, elle refusa « maîtresse de conférences » pour son ambiguïté !) mi-Formation en situation professionnelle (FSP), mi-Psychologie sociale. Suite à son Habilitation à Diriger des Recherches (2007 « Figures de Tiresias : le sexe, l’aveuglement, la pensée ») lorsqu’elle deviendra professeure (2008) elle continuera d’exercer dans les deux départements.

Elle fut directrice du département FSP, la première directrice suite au départ du fondateur Alain-Noël Henri ; elle participa à la formation continue, fut l’enseignante du fameux « groupe de week-end » : une forme d’apostolat laïc au service des étudiants professionnels, en particulier ceux venant de loin, parfois de l’étranger : Algérie, Canada ! Elle fut aussi la cheville ouvrière de la création du CFP (Contrat de Formation Personnalisée), attentive à la possibilité des professionnels de se former « tout au long de la vie » grâce à des dispositifs adaptés.

En psychologie sociale, mais aussi plus largement au sein de Centre Louise Labbé, elle porta la préoccupation (et la réalisation) des enseignements sur le genre, sur les rapports de sexe… Je sais pour l’avoir régulièrement entendu d’étudiant.e.s qu’elle participa à l’éveil de la conscience de nombre d’entre elles et eux sur ces questions-là, dans un univers estudiantin à 90 % féminin.

Suite à des reconfigurations des laboratoires de recherche, elle rejoignit, avec R. Mendes-Leite et J-P. Durif-Varembont le CRPPC, ce qui montrait au passage les limites des sous-catégorisations de la psychologie et de leur institutionnalisation. En effet, P. Mercader sait mobiliser différents courants de la psychologie, non dans une approche pseudointégrative, mais dans un dialogue, parfois une complémentarité féconde, en toute rigueur épistémologique.

P. Mercader nous manque comme nous manque sa profonde culture tant dans nos champs disciplinaires que dans celui de la littérature lue pour le plaisir, mais souvent mise en lien avec la pensée : ainsi commençait-elle avec « jubilation » (en Espagnol, c’est le mot qui désigne la « retraite » professionnelle) son cours d’épistémologie de L3 pour une comparaison entre les méthodes d’investigations policières de Sherlock Holmes, Hercule Poirot, Miss Marple, le commissaire Maigret et le commissaire Adamsberg.

Alors, Canal psy, l’équipe FSP, celle du CRPPC et l’ensemble de l’Institut souhaitent à Patricia Mercader bonne retraite, bonne écriture et plein de belles découvertes qu’elle est invitée à partager avec nous en proposant à Canal Psy ses prochains « coups de cœur » !

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References

Bibliographical reference

Jean-Marc Talpin, « Patricia Mercader, un départ à la retraite », Canal Psy, 121 | 2017, 47.

Electronic reference

Jean-Marc Talpin, « Patricia Mercader, un départ à la retraite », Canal Psy [Online], 121 | 2017, Online since 01 septembre 2020, connection on 17 octobre 2021. URL : https://publications-prairial.fr/canalpsy/index.php?id=1852

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Jean-Marc Talpin

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