Patrick Chamoiseau, La matière de l’absence

p. 2

Référence(s) :

Patrick Chamoiseau, La matière de l’absence, Paris, Seuil, 2016.

Texte

Commençons par goûter la puissance et la justesse de la langue de ce conteur magnifique :

« Que l’on s’en rende compte ou pas, le fait que l’impensable soit là, qu’il nous fixe impavide, atteint les rives de nos paupières, effrite les berges de notre esprit, décape l’échappée jusqu’alors sans chemin du songe contemporain. Le courage le plus déterminant serait de le fixer à notre tour sans trembler. Je vais te dire pourquoi. La création n’est jamais aussi puissante que lorsqu’elle se trouve exposée à un manque majeur comme elle le serait aux stimulations d’une source. » (P. Chamoiseau, 2016, p. 312-313)

Dans La matière de l’absence (2016) Patrick Chamoiseau, confronté à la mort de sa mère Man Ninotte, se laisse travailler par le manque, en revisite l’essence, en poursuit les méandres, en explore les sédiments.

Au travers de cette confrontation à l’absence, on a là affaire à un déploiement de pensée qui embrasse la condition humaine. Patrick Chamoiseau dévoile l’inhumanité qui sans cesse défait le fragile montage. Ainsi de l’esclavage : de la rupture et de la nouveauté sans précédent de la « nudité fondamentale » dans laquelle ces « déshumains » ont été précipités ; et de la puissance de vie qui leur a permis de refonder un monde habitable.

« La damnation était à l’époque si prégnante que même en échappant à l’Habitation, si vous veniez à maronner, à vous réfugier dans les bois ou les mornes, ou même si vous bénéficiiez d’un bulletin d’affranchi, vous étiez encore dans cette malédiction qui fait qu’avec chaînes ou sans chaînes, maronneur ou docile à beau dire, à beau faire, par le seul fait d’être vivant dans une peau noire, vous demeuriez esclave, je veux dire : mort tout en étant catastrophiquement vivant… ». (Patrick Chamoiseau, 2016, p. 31).

La parole de Patrick Chamoiseau sonne juste. Puissions-nous à notre tour, nous prêter à cette confrontation humanisante, à cette « matière » de « l’absence ». Ici la lecture se fait « ouvroir », et nous voici invités à participer de ce flux.

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Référence papier

Georges Gaillard, « Patrick Chamoiseau, La matière de l’absence », Canal Psy, 123 | 2018, 2.

Référence électronique

Georges Gaillard, « Patrick Chamoiseau, La matière de l’absence », Canal Psy [En ligne], 123 | 2018, mis en ligne le 09 avril 2021, consulté le 27 novembre 2021. URL : https://publications-prairial.fr/canalpsy/index.php?id=1911

Auteur

Georges Gaillard

Professeur en psychologie clinique CRPPC, Université Lumière Lyon 2

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