[200~ Entre exode et adaptation : représentations de la sécheresse dans trois romans d’anticipation italiens (Bambini bonsai de Paolo Zanotti, Qualcosa, là fuori de Bruno Arpaia et I vegumani de Clelia Farris) – Iris

Entre exode et adaptation : représentations de la sécheresse dans trois romans d’anticipation italiens (Bambini bonsai de Paolo Zanotti, Qualcosa, là fuori de Bruno Arpaia et I vegumani de Clelia Farris)

  • Between Exodus and Genetic Modification: Representations of Drought in Three Italian Speculative Novels (Bambini bonsai by Paolo Zanotti, Qualcosa, là fuori by Bruno Arpaia and I vegumani by Clelia Farris)

DOI : 10.35562/iris.4228

Abstracts

Cet article compare trois romans italiens contemporains qui abordent le changement climatique à travers le motif de la sécheresse : Bambini bonsai (Zanotti, 2010), Qualcosa, là fuori (Arpaia, 2016) et I vegumani (Farris, 2022). L’analyse se concentre d’abord sur les effets de la sécheresse sur les paysages, les corps et les sociétés, puis sur les tonalités émotionnelles dominantes — peur, nostalgie, espoir — en lien avec les genres et sous‑genres littéraires auxquels chaque œuvre peut être rattachée, allant de l’utopie à la dystopie. Ces divergences, in fine, permettent d’identifier différentes stratégies que peut adopter la littérature d’anticipation pour tenter d’agir sur les consciences et de participer à la lutte contre le changement climatique.

This article compares three contemporary Italian novels that address climate change through the motif of drought: Bambini bonsai (Zanotti, 2010), Qualcosa, là fuori (Arpaia, 2016), and I vegumani (Farris, 2022). The analysis focuses first on the effects of drought on landscapes, bodies, and societies, and then on the dominant emotional tones—fear, nostalgia, hope—in relation to the literary genres and subgenres to which each work can be linked, ranging from utopia to dystopia. These differences ultimately allow us to identify different strategies that speculative fiction can adopt in an attempt to raise awareness and contribute to the fight against climate change.

Outline

Text

Parmi les scénarios dystopiques ou post-apocalyptiques privilégiés par les auteurs et autrices tentant, à l’ère du changement climatique, d’imaginer le futur de la planète, un motif revient avec une fréquence particulière : celui de la sécheresse. Qu’elle soit localisée ou globale, temporaire ou permanente, de nombreuses œuvres d’anticipation essaient de la représenter, explorant notamment ses potentiels effets sur les corps, sur les paysages et sur la société entière.

La lecture de ces récits est d’autant plus frappante, voire angoissante, qu’ils s’appuient sur des données scientifiques (presque) unanimement reconnues comme valides, à commencer par celles, alarmantes, fournies par les rapports d’évaluation du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat).

Cet article se propose donc d’étudier les représentations de la sécheresse dans trois romans italiens contemporains : Bambini bonsai de Paolo Zanotti (2010), Qualcosa, là fuori de Bruno Arpaia (2016) et I vegumani de Clelia Farris (2022)1.

Ces trois romans présentent de nombreux points communs sur le plan thématique, mais aussi sur le plan générique : si aucun n’est un roman de science-fiction dans le sens classique du terme, tous peuvent néanmoins être rattachés à des filons souvent considérés comme des sous‑genres de la science-fiction, comme la dystopie ou la fiction post-apocalyptique. Ce sont par ailleurs, quoique dans des mesures différentes, des œuvres relevant de la climate fiction, catégorie tantôt présentée comme un autre sous‑genre de la science-fiction, tantôt comme un genre à part entière, ou encore comme une « catégorie transgénérique » (Langlet & Luz, 2023). Cette étiquette, dans tous les cas, « rassemble toutes les histoires qui impliquent une prise en compte, directe ou indirecte, de la crise climatique » (Langlet, 2020).

Rappelons la thèse très discutée d’Amitav Ghosh selon laquelle le roman réaliste, et plus largement le roman moderne, peineraient à intégrer des phénomènes collectifs et d’une ampleur spatio-temporelle excédant la perception humaine. Il remarque notamment que les thématiques climatiques sont presque entièrement absents de ce qu’il appelle « literary fiction » (« fiction littéraire »), dont il semble exclure la science-fiction comme un genre dans lequel on « reléguerait » certains textes (Ghosh, 2016, p. 7). Or, comme l’a souligné Mark Bould (2021) en réponse à Ghosh, c’est précisément dans les genres de la spéculation — science-fiction, dystopie, post-apocalyptique — que la culture contemporaine a trouvé des formes capables de rendre pensable la catastrophe climatique.

Nous commencerons par faire un état des lieux comparatif des façons dont la sécheresse est représentée dans les romans, notamment au travers de ses conséquences sur les paysages, sur les corps et sur les sociétés. Dans un second temps, nous analyserons les connexions entre les variations génériques et les émotions prédominantes dans chacune des œuvres. Cela nous permettra d’interroger l’« ipotesi etico-educativa » (« hypothèse éthico-éducative ») qui, selon Serenella Iovino, sous‑tend la littérature et la critique écologiques (2006, p. 16). En définitive, l’analyse cherchera à montrer comment ces romans mettent à l’épreuve, par des tonalités affectives contrastées — peur, nostalgie, espoir —, la capacité de la fiction à penser et à ressentir la crise climatique, au‑delà de toute opposition simpliste entre désespoir et utopie.

Représentations des conséquences de la sécheresse

Commençons par confronter les images que donnent les trois romans de ce motif, notamment à travers ses conséquences aussi bien sur les paysages que sur les corps et sur l’organisation des sociétés.

Place et rôle de la sécheresse dans la narration

La première question que l’on peut se poser est la place accordée au thème de la sécheresse dans chacune des œuvres. Le roman de Zanotti se démarque par le fait qu’elle y occupe environ un tiers du récit, à savoir la première partie, intitulée « Staglieno » ; on y découvre le protagoniste, son entourage et son environnement. La suite du récit se déroule en revanche pendant un épisode de pluie diluvienne, vécu par les enfants de toute la ville comme l’occasion de s’aventurer hors de leur territoire habituel et de vivre de véritables aventures. Ces deux moments du temps de l’histoire sont encadrés et entrecoupés de passages correspondant au temps de la narration : le narrateur et protagoniste y commente l’histoire racontée depuis un futur non précisé où il vit, avec beaucoup d’autres, sous une gigantesque serre créée pour les protéger du climat extérieur jugé infernal.

La sécheresse, dans ce roman, ne peut donc pas être considérée comme le thème central, mais apparaît plutôt comme l’une des nombreuses manifestations d’un climat complètement déréglé qui a rendu de plus en plus invivable la vie humaine sur un territoire donné (on a peu de nouvelles du reste de l’Italie et encore moins de la planète). Par ailleurs, la vision qui nous est donnée de la sécheresse est purement individuelle, puisqu’elle est filtrée par le point de vue d’un enfant, Pepe, via une focalisation interne et une écriture à la première personne. Le peu qu’il sait du passé lui est raconté par sa tante, si bien que les causes du désastre écologique sont reléguées à une sorte de temps mythique, sans être jamais l’objet direct de la narration.

Cet aspect le distingue des autres textes du corpus : tous deux sont écrits à la troisième personne et, tout en se concentrant la plupart du temps sur les vicissitudes d’un personnage principal et de son entourage proche, rendent compte d’une histoire collective, inscrite dans un cadre global. Dans I vegumani, l’intrigue tourne autour du destin d’une « coopérative » dont Gazania, la protagoniste, est l’une des fondatrices, et dont la survie est menacée par les conditions de vie toujours plus difficiles dans une île (non nommée mais identifiée par certains critiques avec la Sardaigne) au climat devenu désertique. La sécheresse est donc bien un thème fondamental du roman, principalement au travers des efforts faits par une communauté pour s’y adapter (le verbe « adattarsi » et ses synonymes sont récurrents). Gazania a inventé une crème solaire spéciale, présentée comme providentielle, dans la mesure où elle rend les organismes humains capables de survivre au soleil ardent et même (par un effet secondaire inattendu) d’en tirer leur nutriment. Par ailleurs, la sécheresse, après avoir été le déclencheur d’une mutation génétique et anthropologique, est brusquement interrompue vers la fin du roman par un premier orage qui annonce une nouvelle évolution du climat.

Si la focalisation interne suit généralement le point de vue de Gazania, la narration fait plusieurs incursions dans l’intériorité d’autres membres de sa coopérative. Les temporalités, d’autre part, ne sont pas beaucoup plus claires que chez Zanotti, avec notamment plusieurs mentions d’une « transizione energetica » (« transition énergétique ») passée, d’autres étapes cruciales dans la transformation de la planète, ainsi que plus largement des responsabilités des générations humaines passées.

Enfin, chez Arpaia, la sécheresse est tout simplement le moteur de la narration, puisqu’elle contraint le personnage principal, un ancien professeur de neurosciences nommé Livio, à rejoindre un convoi organisé par une agence pour guider des milliers de personnes à travers l’Europe désertifiée jusqu’à la Scandinavie, terre promise où elles espèrent trouver une vie meilleure. La structure narrative du voyage permet à l’auteur de montrer une grande variété de lieux géographiques réels, imaginant les transformations qu’ils pourraient subir dès les prochaines décennies si les pires scénarios climatiques se réalisaient. Les nombreuses analepses permettent en outre d’assister, à travers les yeux et les malheurs de Livio, à l’évolution progressive, puis de plus en plus rapide, du désastre écologique et de l’effondrement civilisationnel entraîné par celui‑ci.

Ainsi, dans les trois romans, les jeux de temporalité constituent l’un des principaux moyens de rendre perceptible le changement climatique ; ils se doublent chez Arpaia de la structure narrative du voyage, particulièrement apte à donner un aperçu global des mutations subies à l’échelle d’un continent.

Des paysages transfigurés

Arpaia pousse en effet encore plus loin que les autres romans ce qui est pourtant une modalité commune de représentation du changement climatique : la description détaillée de paysages radicalement modifiés par ce dernier.

L’une des conséquences du changement climatique les plus clairement attendues est la montée des eaux : de nombreuses îles et territoires côtiers sont menacés de disparaître de la carte. On retrouve ainsi chez Arpaia différentes descriptions de zones submergées, les plus marquantes étant l’image iconique de la Statue de la Liberté avec les pieds dans l’eau, ainsi que la découverte que la zone des Pays‑Bas par laquelle le convoi de migrants devait transiter vers le Nord n’est plus accessible : « Il mare aveva risalito l’Elba, aveva quasi sommerso Amburgo e inghiottito la pianura2. » (Arpaia, 2016, p. 148)

La ville de Gênes, dans Bambini bonsai, a connu un sort similaire : « In basso le finestre arrivavano a filo d’acqua, ed era questo l’unico indizio dell’esistenza della parte sommersa, di quella città che era stata perduta per sempre […]3. » (Zanotti, 2010, p. 16) Dans ce roman, les changements subis par le paysage concernent principalement Gênes, qui s’est à la fois étendue et densifiée à l’extrême, ses maisons et immeubles construits littéralement les uns sur les autres constituant « un ecosistema tropicale » (« un écosystème tropical »). On retrouve à propos du quartier où vit Pepe, anarchiquement construit dans le cimetière de Staglieno, l’adjectif « infernal », également récurrent chez Arpaia : « […] l’agglomerato era diventato un posto davvero infernale, avvolto su se stesso come una conchiglia geneticamente demente4. » (Ibid., p. 18) Cet environnement citadin est presque entièrement privé de vie non humaine, les animaux ayant disparu et la végétation s’étant raréfiée du fait de la sécheresse presque permanente.

Animaux et végétaux sont en revanche présents dans I vegumani et Qualcosa, là fuori, mais il s’agit d’une présence conditionnée par des contraintes environnementales difficiles. Les effets d’une canicule permanente sur les paysages y font l’objet de descriptions fréquentes et désolantes ; l’effet est redoublé, dans le second texte, par l’accumulation de paysages différents, mais toujours asséchés et désertifiés. La récurrence du champ lexical de la chaleur et de l’aridité instaure une isotopie de la désolation : la sécheresse fonctionne à la fois comme motif diégétique et comme métaphore de l’épuisement moral et écologique du monde.

Dans I vegumani, il est clairement affirmé que l’île a connu, elle aussi, des modifications extrêmes pour aboutir à un environnement de type tropical, où il est impossible de sortir aux heures « Zénit », les plus chaudes de la journée. La sécheresse se manifeste donc textuellement avant tout par la chaleur qui conditionne toute activité5, ainsi que par l’évocation constante des plantes qui habitent l’île et dont l’état permet de mesurer la gravité de la sécheresse (habituelle mais rendue extrême cette année‑là par l’absence de pluies d’automne). L’originalité du roman réside dans le fait que les êtres humains y ressentent une connexion et même une « fraternité » avec les plantes, qui font d’elles de véritables personnages ; la description des ravages de la sécheresse passe ainsi par l’évocation de la « souffrance » des végétaux et de l’empathie des humains pour ces derniers : « A Gazania si strinse il cuore […] i segni della sofferenza vegetale si leggevano sulle foglie polverose, nell’aria floscia dei rami giovani6. » (Farris, 2022, p. 10)

La souffrance des corps

Une autre manière dont l’écriture peut rendre la sécheresse tangible consiste à décrire ses conséquences sur le corps humain et à les faire ressentir par le biais des personnages.

Cette approche est paradoxalement quasi absente de I vegumani, alors même que la difficulté des organismes humains à vivre sous un climat aride est l’un des moteurs de la narration ; en effet, au cœur de l’intrigue se trouve la crème solaire produite par la protagoniste, offrant non seulement une résistance extrême aux rayons du soleil mais aussi, sans qu’elle comprenne initialement pourquoi, des caractéristiques propres au règne végétal (comme des racines poussant sous les pieds de certains personnages). La narration porte moins sur les privations physiques qui en avaient précédé l’invention que sur ses implications sanitaires et existentielles (notamment à travers la question de l’hybridation)7. On devine cependant en filigrane, tout au long du récit, les contraintes que les personnages ont connues et devraient encore affronter en l’absence de cette innovation, dont le caractère providentiel est résumé par une pensée de Gazania : « La crema poteva essere la soluzione a tutti i loro problemi8. » (Farris, 2022, p. 50)

Zanotti s’étend encore moins sur les implications corporelles de la canicule. Le principal marqueur textuel qui vient nous la rappeler est la récurrence d’une image fantaisiste qui semble caractériser le nouveau paysage urbain : les enfants y passent leurs journées, plongés jusqu’au cou dans des « seaux » de plus en plus grands au fil de leur propre croissance, afin de les protéger d’un soleil qui, nous dit‑on dès les premières pages, est capable de faire prendre feu au linge étendu à l’extérieur (Zanotti, 2010, p. 15).

On trouve en revanche dans Qualcosa, là fuori une insistance notable sur les souffrances physiques qui accompagneraient un basculement du climat vers une sécheresse éternelle. La focalisation interne nous fait partager, plus encore que les pensées ou les émotions du protagoniste, les multiples sensations douloureuses par lesquelles passe son organisme durant le long voyage vers le Nord, et qui constituent un véritable leitmotiv. Le ton est donné dès la première page : « […] era stanchissimo, […] non riusciva ad alzarsi, […] aveva sete, freddo e fame9. » (Arpaia, 2016, p. 9) Les aspects les plus fréquemment mentionnés de ce long supplice sont la fatigue extrême et, surtout, le manque d’eau et ses implications. Cette rareté de la ressource la plus vitale se manifeste également dès les premières pages : « Beveva la sua razione d’acqua cercando di assaporare ogni goccia fino in fondo […]10. » (Ibid., p. 11) L’auteur, cherchant à proposer un tableau réaliste de « l’enfer » vers lequel pourrait mener le changement climatique, émaille sa narration de véritables batailles menées par les guides du convoi pour avoir accès à des points d’eau, mais aussi pour défendre contre les attaques d’autres groupes les réserves d’eau et les appareils qui permettent de maximiser l’approvisionnement, le rationnement et même le recyclage de l’eau durant le voyage. Il nous rappelle ainsi que le réchauffement climatique risque d’affecter les corps humains non seulement de façon directe, mais aussi indirectement, la rareté des ressources ainsi que des terres habitables pouvant donner lieu à une multiplication des conflits armés.

Conséquences politiques et sociétales du changement climatique

Nous allons à présent nous attarder sur une autre catégorie de bouleversements liés au changement climatique, à savoir ceux portant sur l’organisation — ou l’effondrement — des sociétés.

Conséquences sociétales du changement climatique, entre effondrement et résilience

Bambini bonsai comme I vegumani fournissent très peu d’informations sur la situation politique mondiale ou même nationale. Dans les deux cas, la perspective est purement locale et s’attarde sur une communauté qui s’est auto‑organisée et n’est jamais rattachée explicitement à des niveaux d’organisation supérieurs. Ce brouillage du cadre diégétique et la restriction de la focalisation au niveau local traduisent une limitation du champ perceptif propre à la focalisation interne (Genette, 1972), matérialisant à l’échelle narrative la difficulté humaine à appréhender le changement climatique.

Les points communs s’arrêtent là : d’un côté, Zanotti dépeint une société marginale semblant fonctionner de façon anarchique (mais le point de vue adopté, celui d’un enfant, limite l’aperçu que l’on peut en avoir) ; de l’autre, Farris dépeint une communauté spécifique à l’organisation claire et horizontale, qui est désormais menacée de se désagréger face à l’intensité de la sécheresse. Les membres de la coopérative logent et travaillent au sein d’une énorme « serre », conçue pour préserver les habitants et leur micro-agriculture des ravages du climat. Le principal enjeu de l’intrigue est la survie de cette communauté, qui finit par être assurée. Ici, le changement climatique n’a donc pas provoqué l’effondrement de la société mais plutôt sa réorganisation ; et, contrairement à Arpaia, Farris postule un monde où chacun serait libre d’émigrer au « Nord », pôle géographique souvent mentionné dont on ne sait pas grand‑chose, sinon que la vie y est plus facile et la technologie plus avancée.

La situation globale est plus documentée, et beaucoup moins idyllique, dans Qualcosa, là fuori. Les nombreuses analepses qui émaillent le récit portent en effet sur les changements connus par les États‑Unis et l’Europe au cours du xxie siècle, avec des allusions fréquentes aux bouleversements géopolitiques qui ont fini par aboutir à une situation post-apocalyptique. Parmi les changements les plus significatifs, les États‑Unis se retrouvent dirigés par un parti de « fondamentalistes » qui, en plus de chasser la totalité des étrangers, imposent au pays une régression civile et technologique spectaculaire. Outre-Atlantique, l’Union européenne se désagrège, ou plutôt se replie vers une très réduite « Unione europea del Nord » (« Union européenne du Nord »), laissant à leur sort les pays du Sud qui plongent dans le chaos en raison des évolutions climatiques et de la crise migratoire qui en découle.

Climat et migrations

Les œuvres étudiées illustrent en effet, dans des mesures et de manières différentes, le fait que la question des réfugiés climatiques est devenue « an obvious theme » (« un thème évident » ; Johns-Putra, 2016, p. 268) dans les scénarios les plus pessimistes de cli‑fi.

La quasi-totalité de Qualcosa, là fuori est consacrée au récit d’un long et éprouvant voyage entrepris par des milliers de réfugiés climatiques qui tentent de rejoindre le Nord de l’Europe, les pays scandinaves comptant parmi « le uniche nazioni che avevano ricevuto benefici dal mutamento climatico » (Arpaia, 2016, p. 149)11.

Arpaia met donc en scène une convergence entre deux thèmes brûlants de l’actualité contemporaine, le réchauffement climatique et la crise migratoire, montrant leur caractère indissociable. Ce choix narratologique est particulièrement significatif sous la plume d’un écrivain italien, dont le pays est concerné au premier chef par ces deux problématiques, en tant que terre d’immigration massive depuis les pays d’Afrique mais aussi d’émigration croissante vers d’autres pays occidentaux économiquement mieux portants. Arpaia s’empare de ces questions en adoptant la perspective d’un groupe de personnes aux profils variés forcées à la migration, dans l’espoir de retrouver des conditions de vie tolérables. Le choix d’un personnage principal ayant fait partie de l’élite scientifique mondiale permet de faire réfléchir le lecteur à ses préjugés sur les migrants, en suggérant que, si la situation climatique devient aussi dramatique, n’importe qui pourrait se retrouver contraint d’entamer un tel périple. En outre, le récit fait directement écho aux expériences souvent traumatisantes associées aux voyages migratoires, narrant de façon crue les multiples épreuves auxquelles sont confrontés les personnages. Leur existence est fréquemment caractérisée par l’usage éloquent du substantif « inferno » (« enfer ») et de ses synonymes ou adjectifs dérivés ; ils ne connaissent que quelques rares moments de répit et de soulagement entre de multiples moments de violence, de privations physiques ou encore de découragement face à l’indifférence et même l’hostilité des habitants des rares régions encore vivables.

L’association entre climat et migration se retrouve également dans I vegumani et (dans une moindre mesure) Bambini bonsai.

Dans le premier, le climat devenu presque invivable pousse Gazania et ses amis à s’interroger sur l’inéluctabilité du « Grande Esodo » (« Grand Exode »), c’est‑à-dire d’une émigration massive vers le Nord, là encore évoqué comme une destination idéalisée dans le contexte d’un monde globalement réchauffé. L’exode n’est finalement évité que grâce à la modification des ADN humains par la crème solaire inventée par la protagoniste.

Dans Bambini bonsai, l’auteur donne à voir la ville de Gênes comme la destination de nombreuses migrations d’origine climatique, y compris celle de la famille du personnage principal. Cette ville est cependant elle‑même en proie à un climat extrême, voyant de longues périodes de sécheresse intense s’alterner avec des pluies diluviennes, redoutées par les adultes mais attendues par les enfants, pour lesquels elles signalent le moment de partir à l’aventure. La question migratoire est moins centrale que dans les deux autres textes, mais parcourt tout le récit en filigrane : la première partie évoque une communauté balinaise installée à Gênes suite à la dévastation causée par un tsunami, et l’on apprend à la fin que toute la population du quartier, majoritairement très pauvre, a été forcée à une migration collective pour laisser place à la serre qui abritera les habitants les plus fortunés de la ville (ainsi que Pepe et son père, qui a contribué à sa conception).

Genres littéraires et affects

Un usage critique des topoï science-fictionnels

La dimension techno-scientifique, centrale dans l’imaginaire science-fictionnel classique, joue un rôle ambivalent dans les œuvres étudiées.

Dans I vegumani, la crème solaire créée par la protagoniste — avec l’aide clandestine d’une autre habitante de la serre qui s’avère être une ancienne chercheuse en génétique — agit directement sur l’ADN des personnes qui la portent et provoque des transformations plus ou moins poussées, jusqu’à en faire des êtres hybrides et transformer leur mode de vie. Farris propose donc une variation optimiste sur le motif, archétypique en science-fiction, de la modification génétique — qui fait souvent l’objet de récits beaucoup plus inquiétants voire horrifiques. La compréhension et l’acceptation de la mutation ne sont d’ailleurs pas présentées comme des évidences, mais constituent l’un des principaux enjeux narratifs du roman : les personnages s’inquiètent initialement du risque qu’elle provoque une disgrégation de l’identité humaine et, à terme, du tissu social. Même à la fin, la lotion hybridante reste une option proposée au libre choix de chaque individu, et chacun peut décider de s’abandonner complètement à ses effets ou de les garder sous contrôle pour rester un être humain à part entière.

Par ailleurs, le roman donne de la technologie une image encore plus ambivalente : si, d’une part, la serre de Gazania et la communication au niveau mondial bénéficient d’avancées technologiques notables, certains épisodes viennent relativiser l’omnipotence de ce type de solutions face au changement climatique. On peut citer avant tout le sous‑arc narratif des « stregoni » (« sorciers »), des experts climatologues venus du Nord pour tenter de régler les problèmes de la communauté locale en faisant revenir la pluie, qui échoueront malgré tous leurs efforts.

Bambini bonsai et Qualcosa, là fuori évoquent aussi, ponctuellement, des tentatives de pallier les désastres écologiques au moyen de la bio‑ ou géo‑ingénierie. Dans le premier cas, l’allusion est très brève : « Sapevo che gli adulti avevano provato a rifertilizzarlo [il mare] con iniezioni di azoto, ma invano: l’unico risultato era stato di prolungare l’agonia12. » (Zanotti, 2010, p. 106) Dans le second, une analepse plus substantielle relate la façon dont plusieurs nations ont tenté de ralentir le réchauffement global par différentes interventions de « geo‑ingegneria » (« géo‑ingénierie » ; Arpaia, 2016, p. 124), qui ont abouti à un bref rafraîchissement du climat… mais ont provoqué des perturbations massives et durables de dynamiques climatiques globales, contribuant in fine à l’accélération de la catastrophe.

Rappelons enfin la serre gigantesque sous laquelle vit Pepe au moment où il raconte son histoire. Il ne partage pas l’opinion communément admise qu’il s’agissait de la seule solution pour survivre ; il est au contraire nostalgique du monde extérieur — le monde « réel », dans toute sa dureté, et le roman se conclut alors qu’il projette de s’évader pour partir à la recherche de son amie Primavera.

On retrouve donc dans les trois textes un même scepticisme face au technosolutionnisme, fréquent aussi bien dans une partie de la science-fiction contemporaine que dans les milieux techno-utopistes de la Silicon Valley, convaincus que l’innovation suffira à conjurer la crise climatique. I vegumani, qui est le seul à présenter une ambiguïté évidente dans son traitement de ces thématiques, fait l’hypothèse pseudo-scientifique de manipulations génétiques qui mèneraient à un « salto evolutivo » (« saut évolutif » ; Farris, 2022, p. 110) en conférant à l’espèce humaine des capacités d’adaptation inédite aux conditions environnementales. On remarque donc que la seule « solution » réellement positive proposée se trouve du côté de l’adaptation, tandis que les stratégies d’atténuation, autre grand pôle des réflexions contemporaines sur les réponses à apporter au changement climatique, semblent systématiquement vouées à l’échec.

Tonalités affectives et stratégies de représentation du changement climatique, de l’utopie à la dystopie

Les caractéristiques identifiées jusqu’à présent dans les trois romans permettent de les placer, au moins partiellement, dans la catégorie de l’« eco-distopia [che] compone […] una parte preponderante della nuova distopia italiana13 » (Malvestio, 2021, p. 34). Cette dimension interagit cependant, de façons variables, avec d’autres composantes génériques, qui sont indissociables des tonalités émotionnelles mises en avant par chaque roman ainsi que de leur adhésion à une quelconque intention « éthico-éducative », pour reprendre les mots de Iovino cités en introduction.

Les éléments dystopiques, dans I vegumani, se limitent à l’évolution inquiétante du climat à l’échelle mondiale. Ils s’accompagnent de nombreux éléments tendant nettement du côté opposé, celui de l’utopie : on peut citer l’organisation horizontale de la communauté locale, la liberté de se déplacer d’une région à l’autre du globe et, surtout, la conclusion du récit, beaucoup plus heureuse que celle des deux autres. Cet optimisme est à rattacher à l’appartenance, signalée sur la quatrième de couverture, au solarpunk, « a movement in speculative fiction, art, fashion and activism that seeks to answer and embody the question “what does a sustainable civilization look like, and how can we get there?”14 » (AA. VV., 2019) — mouvement qui incarne une volonté d’aller à rebours des tendances majoritairement apocalyptiques ou dystopiques de la littérature d’anticipation actuelle. On peut rapprocher ces intentions des réflexions de Fredric Jameson sur les rapports entre science-fiction et utopie, et notamment sur la nécessité de rouvrir le futur au moyen de l’imaginaire, à une époque où le capitalisme mondialisé et financiarisé — et désormais l’effondrement climatique et sociétal — est souvent considéré comme l’aboutissement ultime et inévitable de l’histoire humaine (Jameson, 2005). En fin de compte, l’espoir est sans doute l’émotion dominante du roman, indissociable de la joie intense apportée à la protagoniste par sa connexion renforcée avec le règne végétal. En effet, elle perçoit désormais les plantes comme ses « frères » et « sœurs », comprend leur mode de vie et leurs sensations et a le sentiment d’être profondément reliée à la terre, proche d’une complète « comunione col creato » (« communion avec la Création » ; Farris, 2022, p. 148), tout en s’efforçant de ne pas renoncer à son humanité.

I vegumani illustre donc l’une des possibilités de la cli‑fi, résumée ainsi par Rigby : « […] confronting catastrophe does not mean succumbing to despair. On the contrary, it might just open the path to an ecosocial transformation, […] in keeping with a deepened understanding of “sustainability”15. » (2014, p. 222)

L’utopie est en revanche absente des deux autres œuvres. Bambini bonsai est bien une éco‑dystopie dans la mesure où l’univers de Pepe est dominé par un climat devenu « infernal », qui a provoqué (sans qu’on en sache plus) la disparition des structures politiques et sociales du monde actuel. Cette dimension climatique, qui donne lieu à de très belles pages, notamment lorsque Pepe découvre la mer, décrite comme un gigantesque animal agonisant, reste cependant à l’arrière‑plan et sert avant tout de décor aux aventures du jeune garçon. L’éco‑dystopie se mêle d’ailleurs ici au conte pour enfants, avec notamment l’histoire d’une petite fille cryogénisée depuis des siècles et parfois réveillée à des fins instrumentales par sa famille. Pepe décide de la libérer de son sommeil — tel un prince juvénile et sa Belle au bois dormant —, pour découvrir que son organisme n’est plus apte à supporter de rester longtemps dans le monde réel, et que sa libération ne pouvait que conduire à sa mort.

Ce roman est le moins didactique du corpus, mais propose un traitement de certains thèmes écologiques d’une incontestable puissance poétique. Outre le passage susmentionné sur l’état de la mer, on y trouve une dimension nostalgique associée au monde d’avant, et tout particulièrement à un monde où les animaux existaient encore (alors qu’ils ont désormais disparu de la surface de la planète). Cela passe principalement par la relation de Pepe avec sa tante, qui a assisté à l’achèvement de l’extinction de masse et relève dans la réplique suivante l’importance des animaux pour les écosystèmes et pour l’imaginaire humain : « […] peccato che tutto è cambiato quando hanno iniziato a morire i gabbiani16. » (Zanotti, 2010, p. 32) Si pédagogie il y a, elle fonctionne ainsi plutôt par allusions et suggestions que par explications. Elle est essentiellement véhiculée par la tonalité nostalgique qui imprègne tout le roman : nostalgie d’un monde perdu, qui est à la fois le monde pré‑catastrophe écologique et celui de l’enfance.

Qualcosa, là fuori, pour sa part, peut être considéré comme l’union du récit de voyage — dans sa version contemporaine qu’est le récit de migration — et de l’éco‑dystopie au sens fort, avec des accents clairement post-apocalyptiques. Rappelons qu’Arpaia construit la totalité de son récit autour de données scientifiques dont il cite les sources en fin d’ouvrage, constituant un cas paradigmatique de l’influence entre science et cli‑fi. Il incarne également une tendance propre au genre dystopique, qui consiste à piocher des éléments inquiétants dans la réalité contemporaine et à les accentuer ou les exagérer jusqu’à obtenir un tableau dont le caractère terrifiant dérive essentiellement de cette continuité évidente avec notre présent. Arpaia prend donc plutôt le parti de proposer une description réaliste de l’un des scénarios les plus pessimistes qui pourraient nous attendre à moyen terme. Le protagoniste, Livio, est rongé par un désespoir ancien, lié au deuil impossible de son épouse et de son fils ; il songe régulièrement à la mort comme seule issue désirable à ses souffrances. Les autres personnages ne sont guère plus heureux, naviguant entre désespoir, lassitude extrême et traumatismes variés.

La structure narrative se veut malgré tout porteuse d’une note d’espoir, puisque l’histoire se conclut certes par la mort de Livio, mais aussi par le début d’une nouvelle vie pour ses trois compagnons de voyage (incluant deux enfants), enfin parvenus en Suède et autorisés à y rester. Cette ouverture finale exemplifie une tendance de la cli‑fi soulignée par Adeline Johns-Putra : celle de mettre sur l’accent sur « the importance of intergenerational obligation in order to survive climate devastation17 » (2016, p. 269).

Néanmoins, la force du roman nous semble reposer essentiellement sur le ressort pédagogique de l’avertissement : il s’agit de nous faire expérimenter par procuration les épreuves qui pourraient attendre nos enfants ou petits‑enfants si nous ne modifions pas maintenant notre mode de vie, de façon collective et responsable. Le roman tente ainsi de nous faire ressentir la peur pour l’avenir qui, selon Günther Anders, serait devenue indisponible en raison d’une scission, advenue au sein de l’être humain à l’ère postmoderne, entre le connaître et le sentir (Anders, 2002, cité par Pulcini, 2009, p. 160). En effet, la conscience désormais répandue de la menace que fait peser le réchauffement climatique sur la planète et la survie de l’humanité ne s’accompagne pas toujours d’une réelle connexion émotionnelle avec cette menace. La réactivation d’une peur productive, nécessaire à toute action substantielle contre les effets de la crise climatique, est ainsi au cœur de la pensée de la philosophe italienne Elena Pulcini, ainsi que de la théoricienne et critique littéraire Carla Benedetti, qui s’inspirent toutes deux largement des théories d’Anders.

Benedetti affronte directement, dans un récent essai, la question des potentialités de la création littéraire face aux menaces existentielles que fait peser sur nous la crise écologique en cours. Elle explore notamment la différence entre deux types de « parole » pouvant être associées au genre apocalyptique : une parole « prophétique assertive », impliquant l’inéluctabilité d’un destin catastrophique, et une parole « suscitatrice », qui tente d’utiliser la représentation de la catastrophe dans le but de l’éviter :

Se [la parola suscitatrice] anticipa con vividezza la catastrofe futura è allo scopo di scuotere gli animi, di bucare la loro scorza d’indifferenza, di creare disturbo al modo di pensare solito, e così far nascere un senso di emergenza in grado di fronteggiarla18. (Benedetti, 2021, p. 53)

Notre analyse montre plus largement que, par‑delà les motifs récurrents hérités de la science-fiction, ces récits se distinguent par la manière dont ils mobilisent les affects pour donner forme à l’impensable climatique. L’émotion devient ici un outil privilégié de l’imagination écologique : la peur, la nostalgie ou l’espoir permettent de transformer un phénomène global et abstrait en expérience vécue.

Conclusion

Les romans étudiés offrent un aperçu, au travers du motif de la sécheresse, des stratégies que la littérature peut aujourd’hui adopter pour tenter de représenter le changement climatique. Ils mettent en évidence deux attitudes principales des œuvres littéraires d’anticipation face à la menace du réchauffement global : d’un côté, la mobilisation d’affects positifs et un pari sur la capacité de l’humanité à inventer des solutions novatrices et des modes de vie plus durables ; de l’autre, des récits qui nous font expérimenter notre présent comme étant le passé d’un futur désastreux, selon la formule de Benedetti glosant Anders (2021, p. 26‑49), dans le but de « susciter » des prises de conscience et un passage à l’action avant qu’il ne soit trop tard. Entre l’espoir et le désespoir, cependant, se déploie toute une gamme de tonalités affectives intermédiaires, comme la nostalgie du monde d’avant observée dans Bambini bonsai. Cet exemple montre que l’imaginaire du changement climatique peut s’enrichir d’œuvres exemptes de toute intention didactique, pendant que certaines, comme le roman d’Arpaia, assument une visée pédagogique explicite. Toutes participent, chacune à sa manière, à ce travail de figuration qui permet de penser poétiquement et collectivement l’impensable climatique.

Bibliography

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Zanotti Paolo, 2010, Bambini bonsai, Milan, Ponte alle Grazie.

Notes

1 Aucun de ces textes n’ayant à ce jour fait l’objet d’une traduction française, comme les ouvrages scientifiques italophones et anglophones mentionnés, c’est nous qui traduisons les citations. Return to text

2 Trad. : « La mer avait remonté l’Elba, avait presque submergé Hambourg et englouti la plaine. » Return to text

3 Trad. : « En bas, les fenêtres arrivaient à hauteur d’eau, et c’était le seul indice de l’existence d’une partie submergée, de cette ville qui avait été perdue pour toujours. » Return to text

4 Trad. : « […] l’agglomérat était devenu un lieu véritablement infernal, enroulé sur lui‑même comme une conque génétiquement délirante. » Return to text

5 Le même motif est poussé à l’extrême dans Cinacittà, roman dans lequel les habitants de Rome sont désormais obligés de vivre la nuit et dormir le jour (Pincio, 2008). Return to text

6 Trad. : « Le cœur de Gazania se serra […] les signes de la souffrance végétale se lisaient sur les feuilles poussiéreuses, dans l’expression affaissée des jeunes branches. » Return to text

7 Nous explorons les conséquences ontologiques et éthiques de cette hybridation dans un article accepté sous réserve de modifications pour Ecozon@ (publication probable en 2026). Return to text

8 Trad. : « La crème pouvait être la solution à tous leurs problèmes. » Return to text

9 Trad. : « […] il était épuisé, […] ne parvenait pas à se lever, […] avait soif, froid et faim. » Return to text

10 Trad. : « Il buvait sa ration d’eau en essayant de savourer chaque goutte jusqu’au bout […]. » Return to text

11 Trad. : « les seules nations qui avaient reçu des bénéfices du changement climatique ». Return to text

12 Trad. : « Je savais que les adultes avaient essayé de refertiliser [la mer] avec des injections d’azote, mais en vain : le seul résultat avait été une prolongation de son agonie. » Return to text

13 Trad. : « l’éco‑dystopie [qui] représente […] une part prépondérante de la nouvelle dystopie italienne ». Return to text

14 Trad. : « […] un mouvement entre fiction spéculative, art, mode et activisme qui vise à apporter une réponse et une incarnation à la question “à quoi ressemble une civilisation durable, et comment pouvons‑nous y parvenir ?” » Return to text

15 Trad. : « […] affronter la catastrophe ne signifie pas succomber au désespoir. Au contraire, cela pourrait bien ouvrir la voie à une transformation socio-écologique, […] en accord avec une compréhension approfondie de la “durabilité”. » Return to text

16 Trad. : « […] dommage que tout ait changé quand les mouettes ont commencé à mourir. » Return to text

17 Trad. : « l’importance des obligations intergénérationnelles pour survivre à la dévastation climatique ». Return to text

18 Trad. : « Si [la parole suscitatrice] anticipe avec vivacité la catastrophe future, c’est dans le but de secouer les esprits, de percer leur écorce d’indifférence, de venir troubler les façons de penser habituelles, et ainsi faire naître un sentiment d’urgence permettant de l’affronter. » Return to text

References

Electronic reference

Amélie Aubert-Noël, « Entre exode et adaptation : représentations de la sécheresse dans trois romans d’anticipation italiens (Bambini bonsai de Paolo Zanotti, Qualcosa, là fuori de Bruno Arpaia et I vegumani de Clelia Farris) », Iris [Online], 46 | 2026, Online since 23 février 2026, connection on 24 février 2026. URL : https://publications-prairial.fr/iris/index.php?id=4228

Author

Amélie Aubert-Noël

Université de Lille
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