Le théâtre des femmes dans le marché européen du livre : enquête dans les catalogues de vente des bibliothèques privées au xviiie siècle

DOI : 10.35562/pfl.755

Résumés

Cet article porte sur les dramaturges françaises et sur leur première réception européenne, d’un point de vue commercial et éditorial. Par le biais de la base de données MEDIATE (Measuring Enlightenment : Disseminating Ideas, Authors, and Texts in Europe), renfermant des notices sur plus d’un demi-million de livres mis à la vente entre 1665 et 1830, nous étudions la place des éditions des pièces des femmes dramaturges, plus particulièrement les dramaturges françaises, à l’intérieur du commerce international du livre. Nous nous penchons notamment sur le nom de l’auteur tel qu’il apparaît (ou pas) dans les catalogues, et sur la façon dont sont décrits les ouvrages des femmes dramaturges mis à la vente. En effet, le nom d’auteur comme « marque » reconnue, en lien avec la matérialité du livre, apparaît comme un facteur décisif dans la valorisation de certaines œuvres féminines. Afin de contextualiser les données quantitatives sur les femmes dramaturges françaises, nous évoquons aussi quelques cas anglais et néerlandais, ainsi que les femmes traductrices de théâtre. Cette approche comparative permet de mieux cerner la spécificité des dramaturges françaises dans le champ éditorial et commercial.

This article explores the early circulation and reception of the works of French female playwrights in Europe, from a commercial and publishing perspective. Using a database containing records on more than half a million books that were offered for sale between 1665 and 1830, MEDIATE (Measuring Enlightenment : Disseminating Ideas, Authors, and Texts in Europe), I study the place within the European book trade of editions of plays by women playwrights, especially French ones. I focus in particular on how the author-function, or the name of the author as it appears (or not) in the catalogues, affected the reception of these women playwrights. Indeed, the strength of the author’s name as a recognizable “brand”, together with the material aspects of the publications in which their works appeared, emerge as decisive factors in the successful circulation of women playwright’s works. In order to contextualize the quantitative data on French women playwrights, I also discuss some English and Dutch cases, as well as women translators of theatrical works, to pinpoint the specificity of French women playwrights as commercial brands within the broader European book trade.

Plan

Texte

Comment, après leur première réception – sous forme de représentation publique, de lecture salonnière, ou autre –, les pièces de théâtre des femmes dramaturges ont-elles ensuite été mises en circulation ? Si l’histoire de l’édition de ces pièces reste toujours à écrire, nous disposons d’une ressource précieuse pour reconstruire une autre histoire, celle de leur circulation dans le très important marché du livre d’occasion au xviiie siècle1. Car ce marché était rendu possible par un phénomène qui s’est vite répandu en Europe : les ventes aux enchères des bibliothèques privées. Tenues le plus souvent après le décès de leur propriétaire, ces ventes étaient annoncées dans la presse, et les acheteurs pouvaient ainsi se procurer à l’avance un catalogue imprimé de la collection. Les catalogues conservés fournissent un outil exceptionnel pour les recherches en histoire littéraire2, car les ouvrages que les contemporains ont choisi d’acheter pour leur bibliothèque sont justement ceux qui ont été jugés dignes d’être préservés. Au-delà des informations qu’ils nous livrent sur les possesseurs de ces bibliothèques, les catalogues de vente font apparaître la valeur économique et culturelle que libraires et lecteurs ont reconnue aux ouvrages de certains auteurs. Les ventes des bibliothèques privées et leurs catalogues ont ainsi constitué un maillon essentiel dans la transmission de l’œuvre des femmes dramaturges, ouvrant la voie à des processus de canonisation et de consécration littéraire plus tardifs.

Dans la présente étude, afin de mieux cerner cette interaction entre facteurs matériels et intellectuels dans la fabrique des réputations littéraires des femmes dramaturges, nous utilisons les données en cours de numérisation dans la base de données MEDIATE (Measuring Enlightenment : Disseminating Ideas, Authors, and Texts in Europe). Créée dans le cadre d’un projet financé par le Conseil européen de la recherche (ERC)3, cette base de données permet aux chercheurs d’étudier la circulation des livres en Europe entre 1665 et 1830. Elle prend appui sur un matériau comprenant plus d’un demi-million de livres répertoriés dans quelques centaines de catalogues de vente de bibliothèques privées, issus essentiellement des Provinces-Unies, France et Royaume-Uni4. Tout en restant conscient des difficultés que présente le maniement de cette source5, nous postulons que si l’on veut comprendre de façon adéquate la diffusion des livres et des idées pendant un long xviiie siècle, une approche relationnelle s’impose. Livres et auteurs, en effet, sont intégrés à des réseaux internationaux les reliant à d’autres livres et auteurs, impliquant aussi des rapports de force inégaux entre textes, auteurs et contextes linguistiques et culturels différents6.

Dans cette perspective comparative, la base de données comprend un corpus similaire pour les trois régions principales qu’elle couvre, dans un bac à sable virtuel – Sandbox  de 600 bibliothèques7. Le corpus de base compte actuellement 170 bibliothèques néerlandaises, britanniques et françaises datant d’après 1700, et 10 italiennes. En outre, il comporte 50 bibliothèques néerlandaises, 20 britanniques et 10 françaises de la période 1665-1700, les catalogues néerlandais étant alors surreprésentés puisque la pratique des ventes aux enchères s’y est établie plus vite qu’ailleurs. Du reste, la collecte a été axée sur les bibliothèques dont le catalogue cite moins de 1 000 lots, car celles-ci devraient permettre aux chercheurs de cibler des collections dont le but n’était pas de fournir un fonds complet ou « universel » des connaissances humaines, mais plutôt un ensemble de lectures personnelles, plus proche de l’idéal de la « bibliothèque choisie ».

La place du théâtre des femmes dans les bibliothèques

Il convient d’abord de noter que les ouvrages des femmes dramaturges sont particulièrement difficiles à retrouver dans ces bibliothèques. Cela est dû à la description souvent lapidaire des pièces de théâtre, qui frappe également les ouvrages des dramaturges hommes. Ainsi, le catalogue de la bibliothèque du comédien François-Benoît Hoffmann, vendue après sa mort en 1828, comprend un lot décrit par le catalogueur comme « Soixante-seize pièces de théâtre, in-8. Br.[ochures] la plupart représentées au Théâtre-Français et à l’Odéon », un lot comprenant 26 brochures in-8o de « Pièces de théâtre représentées et imprimées dans diverses villes des départemens », ou encore un autre lot décrit comme « Pièces des divers théâtres secondaires de Paris, 40 br.[ochures] in-8. » – soit un total de 142 pièces dont nous ne connaîtrons jamais le nom de l’auteur ou de l’autrice. Comme le signale le catalogue de Hoffmann, les pièces de théâtre ne jouissent pas du même traitement que les « vrais » livres. Souvent publiées sous forme de brochure, ces œuvres sont des publications éphémères, considérées de faible valeur commerciale par les libraires. Lorsqu’elles figurent dans les catalogues, c’est qu’elles sont jugées d’une valeur particulière, soit en raison du prestige de leur auteur, soit pour des motifs d’ordre matériel.

L’apport des femmes dramaturges, dans une vue d’ensemble, est minime. Dans le corpus Sandbox, nous avons pu répertorier un total de 660 exemplaires d’ouvrages de théâtre (y compris les traductions et compositions musicales) écrits par des femmes8. Sur un total de plus d’un demi-million de livres, cela ne représente qu’une partie infime, à peine 0,012 % du total. À titre de comparaison, la base de données recense 1 146 exemplaires des comédies de Térence (hors les éditions de pièces individuelles), et 287 exemplaires des Œuvres de Molière, contre seulement 19 exemplaires du Théâtre de Marie-Anne Barbier, la femme dramaturge française dont les œuvres théâtrales réunies ont eu le plus de succès commercial en Europe. Cependant, si les pièces de théâtre des femmes sont peu nombreuses en termes absolus, elles contribuent bien à la construction des réputations littéraires féminines. En effet, il s’avère que, parmi les quinze autrices les plus fréquemment citées dans nos collections – presque toutes françaises, d’ailleurs, malgré le nombre plus élevé de bibliothèques néerlandaises –, plus de la moitié ont également pratiqué des genres théâtraux au cours de leur carrière (tableau 1).

Tableau 1. Les autrices les plus citées dans les catalogues de vente des bibliothèques privées

Autrice Nombre de bibliothèques
1 Anne Dacier 211
2 Sappho 116
3 Marie-Catherine d’Aulnoy 106
4 Marie-Madeleine de Lafayette 100
5 Antoinette Deshoulières 89
6 Marie de Rabutin-Chantal de Sévigné 89
7 Madeleine de Scudéry 88
8 Marie-Catherine de Villedieu 61
9 Stéphanie-Félicité de Genlis 59
10 Marguerite de Navarre 57
11 Françoise de Maintenon 54
12 Mary Wortley Montagu 53
13 Sarah Fielding 53
14 Madeleine-Angélique de Gomez 50
15 Eliza Haywood 49

Dramaturges indiquées en gras (1665-1830) (nombre de bibliothèques = 600)

Nous avons pu identifier des ouvrages composés par 56 « femmes dramaturges » (expression assumée ici au sens large de « toute femme ayant écrit ou traduit du théâtre ») – pas toujours nommées dans les descriptions, nous y reviendrons – avec une répartition géographique quelque peu inégale dans les bibliothèques du corpus : 285 dans les bibliothèques françaises, 157 dans les bibliothèques hollandaises, 208 dans les bibliothèques britanniques (dont 138 dans une seule collection, celle du comédien John Henderson, vendue à Londres en 1786), et 10 dans les bibliothèques italiennes. Les ouvrages des femmes dramaturges figurent dans les catalogues de bibliothèque de 241 collectionneurs : 216 hommes (39 % du total des collectionneurs hommes) et 25 femmes (57 % du total des femmes). Cet aperçu laisse donc apparaître, premièrement, la place prépondérante de la France comme pays d’accueil pour les ouvrages des femmes dramaturges, et deuxièmement, l’importance des lectrices, qui semblent s’intéresser particulièrement aux ouvrages d’autres femmes9.

Regardons de plus près les femmes dramaturges figurant dans les catalogues de vente des bibliothèques privées. Pour dresser le tableau 2, nous avons classé comme ouvrage de « femme dramaturge » toute pièce de théâtre ayant un rapport d’auctorialité à une femme, que ce soit en tant qu’autrice, traductrice, ou compositrice, parmi les rôles de « créateur » que reconnaît la base de données. Cela nous a semblé important pour tenir compte, d’une part, des notions plus floues d’auctorialité au xviiie siècle et, d’autre part, du fait que le nom d’auteur affiché dans les descriptions de livres par les catalogueurs varie d’un catalogue à l’autre et peut correspondre à chacun de ces rôles. Lorsque les autrices ont pratiqué plusieurs genres littéraires, nous prenons en compte pour ce classement uniquement leurs ouvrages théâtraux.

Tableau 2. Les femmes dramaturges les plus citées dans les catalogues de vente des bibliothèques privées par nombre d’exemplaires (1665-1830)

Autrice France Pays-Bas Royaume-Uni Italie Total
1 Anne Dacier 94 20 58 2 175
2 Antoinette Deshoulières 47 26 4 1 78
3 Lucretia van Merken - 49 - - 49
4 Marie-Anne Barbier 14 13 5 - 32
5 Katharina Lescailje - 30 - - 30
6 Marguerite de Staal de Launay 21 4 3 - 28
7 Marie-Catherine de Villedieu 25 - 1 - 26
8 Aphra Behn - - 25 - 25
9 Stéphanie-Félicité de Genlis 14 5 2 1 22
10 Katherine Philips - 1 20 - 21
11 Suzanne Centlivre 1 - 19 - 20
12 Justine Favart 11 6 1 - 18
13 Anne-Marie Du Bocage (ou Boccage) 11 - - - 11
14 Katharina Johanna With - 11 - - 11
15 Mary Pix - 10 - - 10

Deux éléments émergent de ce tableau. D’abord, l’importance des traductrices et des traductions. Un tiers des autrices sur la liste, soit cinq sur quinze, se sont fait un nom comme traductrices des ouvrages d’autres auteurs. En tête de la liste, Anne Dacier doit son succès à ses traductions des comédies de Térence – l’auteur de théâtre le plus recensé dans tout le corpus – ainsi que celles de Plaute et d’Aristophane. La dramaturge néerlandaise Katharina Lescailje traduit le Genséric (1680) de Deshoulières, Katherine Philips se fait connaître avec ses traductions de Corneille, alors que Katharina Johanna With traduit les pastorales Filli de Sciro (1607) de Guidubaldo Bonarelli et La Fida ninfa (1595) de Francesco Contarini. Il apparaît que les carrières littéraires féminines débutent souvent par des travaux de traduction, qui, de surcroît, reçoivent fréquemment une reconnaissance officielle. Le nom de la traductrice Luisa Bergalli figure toujours dans la description que donnent les libraires de ses traductions de Térence. Isabel Correa, la traductrice séfardie du Pastor fido (1694) de Battista Guarini, est également toujours nommée.

Ensuite, alors que le premier tableau faisait clairement apparaître la position dominante des autrices françaises dans le marché du livre européen, ce deuxième tableau montre que dans le domaine du théâtre, les dramaturges étrangères atteignent un niveau de succès remarquable – même si ce succès reste strictement local. Un petit nombre d’ouvrages écrits par des femmes parvient à franchir les frontières nationales, tandis que la majorité demeure solidement ancrée dans leur pays d’origine. Parmi les quinze femmes dramaturges les plus citées, trois à peine connaissent un succès vraiment transnational, dans les quatre pays répertoriés par le corpus MEDIATE. Toutes trois sont françaises – à savoir, Anne Dacier, Antoinette Deshoulières et Stéphanie Félicité de Genlis –, ce qui reflète sans doute l’avantage que leur confère, sur le marché éditorial, l’usage très répandu du français dans les milieux d’élite en Europe. D’autres autrices françaises profitent également de cette position dominante du français comme langue littéraire. Marie-Anne Barbier, par exemple, doit son classement élevé à la combinaison d’un succès modeste en France avec un succès d’estime au-delà de la France, dans les Provinces-Unies notamment. Mais la grande majorité des femmes dramaturges ne connaissent qu’un impact limité à leur propre pays. Ainsi, les Anglaises Aphra Behn, Katherine Philips, Suzanne Centlivre et Mary Pix restent inconnues hors du monde anglophone. Le succès de Lucretia van Merken, comparable aux Pays-Bas à celui de Deshoulières en France, en fait une véritable star littéraire chez elle, mais ne dépasse pas son pays de naissance. La domination française, enfin, se lit aussi dans le fait que plus de la moitié des femmes dans le classement sont françaises. En plus des 8 autrices qui figurent dans le tableau 2, nous avons recensé 20 autres femmes dramaturges françaises dans notre corpus10, soit un total de 28 – contre 24 femmes dramaturges anglaises, 7 néerlandaises, 3 allemandes et 3 italiennes.

Profils des bibliothèques et des collectionneurs

Qui sont ces collectionneurs – et sans doute, ces lecteurs et lectrices – dont la bibliothèque suggère un intérêt pour les ouvrages de femmes dramaturges ? Presque la moitié des collectionneurs qui témoignent d’un attrait marqué pour les ouvrages théâtraux des femmes (au moins 5 exemplaires) sont des aristocrates, alors que seulement 10,5 % des collectionneurs dans le corpus ont une origine noble. En outre, la vaste majorité de ces bibliothèques, soit 17 sur un total de 26, sont françaises. Les ouvrages des femmes dramaturges paraissent donc s’inscrire dans une culture et une sociabilité aristocratiques, sans doute particulièrement françaises. Le théâtre appartenant à la culture quotidienne d’une certaine élite sociale, il va de soi que les œuvres des femmes dramaturges circulent, elles aussi, dans ces sphères, sans qu’il s’agisse nécessairement d’un choix conscient de la part des lecteurs, ni d’un engagement délibéré en faveur des femmes. En revanche, les très grandes collections (plus de 10 ouvrages produits par des femmes dramaturges) sont moins souvent françaises, et plus fréquemment associées à des milieux littéraires. La plus grande collection de pièces de femmes se trouve dans la bibliothèque du comédien anglais John Henderson, vendue à Londres après sa mort en 1785. Comprenant non moins de 71 ouvrages par des femmes dramaturges, cette bibliothèque est décrite par les libraires qui en dressent le catalogue comme « l’ensemble le plus complet des auteurs dramatiques anglais qui n’ait jamais été exhibé en vue d’une vente dans notre pays11 ». Son contenu est en effet presque exclusivement anglais, aucune des 71 pièces de femmes présentes dans sa bibliothèque n’étant l’œuvre d’une dramaturge non britannique. Une deuxième très grande collection, qui fait mention de 10 pièces par des autrices, est celle du célèbre comédien britannique David Garrick et de sa femme autrichienne Eva Maria Veigel, jadis danseuse, mise à la vente après la mort de cette dernière, à Londres, en 1823. Cette bibliothèque fait mention de 12 ouvrages par des femmes dramaturges : 3 volumes traduits par Anne Dacier (Aristophane, Plaute et Térence), deux exemplaires du Théâtre de Marie-Anne Barbier (éditions de 1719 et de 1745), la traduction italienne, par Luisa Bergalli, des comédies de Térence, le Théâtre des Favart (Paris, 1763), Le Nouveau Théâtre anglois traduit par Marie-Jeanne Riccoboni (Paris, 1769), les Sacred dramas de Hannah More (Londres, 1782), et deux pièces par Hannah Cowley (The Runaway, 1778) et par Elizabeth Ann Sheridan (The Rivals, 1775).

En Hollande, les plus grandes collections sont dues à des poètes de société : celle de Bernardus de Bosch (13 pièces de femmes dramaturges, sur un total de 1 056 volumes, tous genres confondus), vendue aux enchères à Amsterdam en 1787 ; et celle du traducteur de Voltaire, Johannes Menkema (14 pièces par des femmes, sur un total de 1 205 livres), vendue également à Amsterdam en 1797. Aux Pays-Bas surtout, les collections de théâtre constituent une marchandise très commercialisable, grâce à la prolifération des sociétés littéraires et des productions d’amateurs dans un champ littéraire peu centralisé, ainsi qu’à un marché du livre particulièrement développé. Seulement deux des possesseurs de plus de 10 pièces d’auteurs femmes ne font pas eux-mêmes profession des lettres : Louise-Jeanne Durfort de Duras, duchesse de Mazarin, connue surtout comme grande collectionneuse d’objets d’art, et le marchand anobli Adamus Half-Wassenaar, qui, dans sa vaste propriété à La Haye, fait construire une bibliothèque comprenant 1 541 volumes, dont 347 pièces de théâtre. Les ouvrages de femmes dramaturges qu’elle renferme sont tous en langue néerlandaise. Ils comprennent 5 pièces par Katharina Lescailje, 3 par Marie-Anne Barbier, 2 par Justine Favart, le Genséric d’Antoinette Deshoulières (dans la traduction de Lescailje), la tragédie Artemines (1745) de Lucretia van Merken, ainsi que la traduction du Childéric de Pierre de Morand par Christina Leonora de Neufville. La page de titre du catalogue12 fait mention d’une « belle Collection de Pièces de théâtre, la plupart reliées en reliure anglaise et non coupées » – indication sûre qu’il s’agit de pièces non destinées à la lecture, mais cherchant plutôt à compléter et embellir cette somptueuse bibliothèque « universelle » de théâtre.

Matérialité et préservation des œuvres : le rôle des supports éditoriaux

Comme le suggère la liste des pièces de femmes recensées dans les catalogues de vente des bibliothèques du couple Garrick à Londres, et de l’aristocrate néerlandais Half-Wassenaar à La Haye, ce n’étaient pas uniquement les qualités littéraires des ouvrages qui expliquaient leur survie dans les bibliothèques. Un certain nombre d’autres éléments, notamment d’ordre matériel, ont également encouragé la préservation de certains ouvrages par des dramaturges femmes. Ce sont tout d’abord des facteurs éditoriaux, à commencer par la publication même. Les nombreuses pièces de théâtre qui restent dans un état manuscrit connaissent une circulation plus restreinte que celles qui accèdent à l’imprimé. La forme de la publication est également importante. Une publication sous forme d’Œuvres complètes, dans un recueil ou dans un autre volume susceptible de « faire poids » dans une collection, est un facteur majeur dans la survie d’une pièce de théâtre par une autrice dans une bibliothèque – et donc de son éventuelle canonisation, ou pas13. Ainsi, toutes les 26 occurrences des pièces de théâtre de Villedieu dans les catalogues sont dues aux éditions de ses Œuvres comprenant son théâtre ; les éditions séparées de ses deux tragi-comédies Le Favori et Manlius Torquatus ne figurent point dans les catalogues des bibliothèques. Tel est le cas aussi pour la réception française du théâtre d’Antoinette Deshoulières. Parmi les 47 occurrences de son théâtre dans les bibliothèques françaises, toutes sont dans l’une des nombreuses éditions de ses Poésies ou de ses Œuvres comportant son théâtre (elles ne le sont pas toutes, d’ailleurs : le choix d’écarter son théâtre de certaines éditions ferait l’objet d’une autre enquête). Dans les Provinces-Unies, en revanche, 20 des 26 occurrences du Genséric de Deshoulières sont dans la traduction de Katharina Lescailje qui, elle, figure dans un somptueux volume in-4o, très prisé par les collectionneurs, de ses œuvres complètes. Le cas le plus saillant, toutefois, d’une femme dramaturge qui doit son succès dans le marché du livre au fait d’avoir fait l’objet d’une publication sous forme d’œuvres complètes est celui de Marie-Anne Barbier. La publication des Tragédies et autres poésies de Mademoiselle M. A. Barbier par l’éditeur débutant Boudouin Jansson van der Aa, à Leiden, en 1719, dans une très belle édition illustrée (fig. 1), représente une étape décisive dans la reconnaissance des femmes dramaturges, qui a sans doute inspiré d’autres projets éditoriaux semblables14.

Fig. 1. Marie-Anne Barbier, Les Tragédies et autres poésies, Leiden, Boudouin Jansson Vander Aa, 1719, page de titre

Fig. 1. Marie-Anne Barbier, Les Tragédies et autres poésies, Leiden, Boudouin Jansson Vander Aa, 1719, page de titre

Source/crédit : Google Books, université de Gand, BIB.ACC.001153

Si les exemplaires de pièces séparées ne sont pas tout à fait absents des bibliothèques, ils ne sont cités que rarement. Il en va ainsi du Faucon (Paris, 1719) de Marie-Anne Barbier, cité dans le catalogue de la bibliothèque de Claude-François-Nicolas Fessart, vendue à Paris en 1724, ou de l’exemplaire d’Habis (Paris, 1714) de Madeleine de Gomez dans la bibliothèque de Charles et Charles-Samuel Perrault, vendue à Paris en 1729. La bibliothèque du dramaturge italien Giovanni Battista Recanati, vendue à Venise en 1735, fait mention de l’Ester (Vérone, 1733) de Francesca Giusti-Manzoni et du Naufrage (Paris, 1726) d’Elena Riccoboni, parmi d’autres. Dans le catalogue de la bibliothèque de Nicolas-Alexandre Ségur, vendue à Paris en 1755, figure un exemplaire de la tragédie Les Amazones (édition non spécifiée) d’Anne-Marie Du Bocage ; dans celle du fermier général des poudres Charles-Claude Dejean, vendue à Paris en 1773, un exemplaire de la comédie Le Triomphe de la Probité (Paris, 1768), de Françoise-Albine Benoist ; et dans celle du musicien amateur Paul-Louis Roualle Boisgelou, vendue à Paris en 1806, Les Chastes Martyrs (1650) de Marthe Cosnard et Les Jumeaux martyrs (1651) d’Alberte-Barbe de Saint-Balmon. Aux Pays-Bas, grâce aux belles éditions des pièces de théâtre produites pour les sociétés littéraires, souvent sur du papier lourd avec de larges marges, et des illustrations commandées spécialement pour la publication, la survie des pièces séparées est plus fréquente.

Deuxième facteur dans les processus menant à la reconnaissance, voire la canonisation éventuelle de certains auteurs ou autrices : ce que Foucault a qualifié de fonction-auteur, ou le rôle fédérateur dans les publications du nom de l’auteur15. Or, ce sont les éditeurs, et après eux, les libraires et catalogueurs qui choisissent quel nom ajouter aux ouvrages des femmes dramaturges, dans un geste qui valorise certains auteurs ou contributeurs tout en minorant l’apport d’autres. Dans ce processus, il y a plusieurs cas de figure (tableau 3). Lorsqu’il s’agit d’une traduction, c’est très souvent le nom du traducteur ou de la traductrice qui est affiché par les catalogueurs, effaçant complètement dans certains cas le nom de l’auteur premier de la pièce. Les traductrices, loin d’être perçues comme de simples passeuses culturelles, peuvent jouir d’un nom d’auteur bien reconnu, comme nous l’avons vu dans le cas d’Isabel Correa ou de Luisa Bergalli.

Tableau 3. Le nom d’auteur des femmes dramaturges dans les catalogues de vente des bibliothèques privées (1665-1830)

Œuvres complètes, recueils (factices) Pièces séparées Pièce insérée dans l’ouvrage d’un autre auteur
Autrice nommée 281 128 -
Aucun nom d’auteur 9 27 -
Autre auteur nommé 12 6 21
Total 302 161 21

Même lorsque le nom de l’autrice est retenu, il présente néanmoins une certaine instabilité, en partie en raison des parcours biographiques des autrices et de leurs fréquents changements de nom. Anne Dacier est désignée soit comme « Mlle. Le Févre », « Mad. Le Fevre », ou « Anne le Févre épouse de M. Dacier », soit comme « Anne le Fevre (depuis Madame Dacier) », « Madame Dacier », « Anne Le Fevre, femme d’André Dacier », ou tout simplement comme le plus neutre « le Fevre » ou « Dacier », parmi d’autres variantes. Il arrive rarement que les libraires la désignent, dans un renversement de sexe, comme « M. Dacier », mais le contraire – des œuvres de son mari André qui lui sont faussement attribuées, notamment sa traduction de Sophocle – arrive bien plus souvent. La « marque » Anne Dacier, semble-t-il, est plus commercialisable que celle d’André.

Il y a aussi des attributions incertaines. Dans le catalogue de la bibliothèque du couple Garrick est cité un bel exemplaire de « [Sheridan’s] (R. B.) Rivals, a Comedy, 1726 / A presentation copy », dont le catalogue passe sous silence l’apport probable de la femme de Sheridan, Elizabeth Ann (née Linley), à sa composition. Lorsqu’il s’agit du théâtre de société, les autrices sont rarement identifiées. C’est le cas des « Œuvres anonymes. Paris, Didot, 1782, 6 vol. gr. in-8o. m. r. rel. par Derome » citées dans le Catalogue des livres de la bibliothèque de feu la duchesse de Gramont (Paris, Richard, Salior & Pernier, Girardin, an V, p. 13), vendue en 1797, ou du « Théâtre de société, Paris 1781, 4 vol. » dans le catalogue de la bibliothèque de François-Laurent-Augustin Remy de Lassusce (ou Lassus), vendue à Douai en 1825, dont le catalogueur omet les noms des autrices, respectivement Charlotte-Jeanne de Montesson et sa nièce Stéphanie-Félicité de Genlis. Parfois, les autrices deviennent des auteurs. Dans le catalogue des deux Perrault, Habis est attribué à un « M. Gomez16 ». Dans celui d’Edward Hunt, en 1735, on trouve un volume de « Mr. Philips’s Poems, with a fine Print of the Author, engrav’d by Faithorne 166917 ». Et certaines autrices ne sont jamais nommées, comme Justine Favart, dont l’auctorialité reste toujours subordonnée à celle de son mari. Malgré ses 18 occurrences dans les catalogues, son nom n’apparaît pas une seule fois comme autrice. Geneviève-Françoise Randon de la Malboissière, quant à elle, doit son invisibilité au fait que sa comédie en un acte Ilphis et Julie (s. d.) se trouve discrètement insérée à la fin du premier tome d’un Choix de poésies allemandes publié à Paris chez Humblot en 1766, pourtant bien reçu par les lecteurs à l’époque.

Un dernier facteur non négligeable dans la construction des réputations littéraires est le format de la publication. Plus le livre est grand, plus il est susceptible d’avoir une valeur dans le marché du livre. C’est pour cette raison, sans doute, que la description du volume de Katherine Philips recensé dans la bibliothèque de Cornelius Sismus vendue à La Haye en 1719 est si détaillée. Décrit comme « Poems by Mrs. Catherine Philips to Which is added Mr. Corneilles Pompey & Horace, Lond. 1678. Fr. band.18 », ce sont surtout le grand format folio et la belle reliure « à la française » qui justifient cette attention.

Citons enfin l’importance des rapports qu’entretiennent les femmes de théâtre avec leurs éditeurs. C’est en effet aux autrices de négocier les conditions de la mise en vente de leurs ouvrages, y compris les aspects matériels et la façon dont sera affiché leur nom d’autrice. Ainsi, c’est sûrement grâce à son insertion solide dans le monde de l’édition que la dramaturge hollandaise Katharina Lescailje est reconnue après sa mort par ses héritiers avec une très belle édition épitaphe de ses œuvres complètes, imprimée en 1731 dans un coûteux format in-4o, et comportant de belles gravures célébrant son œuvre (fig. 2). En effet, Lescailje, sa sœur Aletta et son beau-frère Matthias de Wreedt avaient assumé la direction de la maison d’édition de leur père après son décès, se spécialisant dans l’édition des pièces représentées au théâtre municipal d’Amsterdam. Fait remarquable, cette édition des œuvres complètes, De Tooneel- en mengelpoëzy, est la première édition connue des œuvres complètes d’une autrice néerlandaise, et semble par son aspect matériel inspirée par l’exemple fourni par le Théâtre de Marie-Anne Barbier de 1719, également sorti des presses hollandaises.

Fig. 2. Katharina Lescailje, De Tooneel- en mengelpoëzy, Amsterdam, Erfgenamen van J. Lescailje en D. Rank, 1731, page de titre du tome III (théâtre)

Fig. 2. Katharina Lescailje, De Tooneel- en mengelpoëzy, Amsterdam, Erfgenamen van J. Lescailje en D. Rank, 1731, page de titre du tome III (théâtre)

Source/crédit : site de vente Invaluable.com. Photo Wilkinson’s Auctioneers, Doncaster (South Yorkshire), vente du 23 juin 2019, lot 104

Les choix des acheteurs

Si certains bibliophiles ont choisi de se distinguer par la construction d’une belle bibliothèque théâtrale, il paraît que ce choix est plus fréquent chez les femmes, qui se spécialisaient dans l’achat de genres relevant des belles-lettres, tandis que les bibliophiles hommes étaient plus portés vers les classiques scolaires (en latin) ou les petites séries Elzevier, par exemple. Collectionneurs et collectionneuses peuvent alors commander de belles reliures pour leurs volumes, en y ajoutant leurs armes s’ils en ont, reliant plusieurs pièces ensemble pour en constituer des recueils factices personnalisés, ou les faisant décorer par d’autres moyens. On trouve ainsi dans les bibliothèques des exemplaires dorés sur tranche, comme les exemplaires du Théâtre de Marie-Anne Barbier (Paris, 1745), celui d’Aphra Behn (Londres, 1724) et celui de Suzanne Centlivre (Londres, 1735) dans la bibliothèque de Garrick et Veigel. Dans le catalogue de la bibliothèque de Paul-Louis Roualle de Boisgelou, vendue en 1806, le catalogueur précise que ce dernier a personnalisé son exemplaire du Théâtre de Marguerite, reine de Navarre (Paris, 1547) : « L’on a séparé le Théâtre du Poëme, ce qui fait que les chiffres et réclames ne sont pas de suite. D’ailleurs, l’exemplaire est bien conservé et très-complet. Note de M. de Boisgelou. »

Dans d’autres cas, l’aspect du livre découle directement du parcours biographique ou des activités professionnelles du possesseur. C’est le cas lorsque les volumes comprennent des notes manuscrites du collectionneur, ou inversement, des dédicaces manuscrites. Par exemple, la comédie The Runaway (1778) de Hannah Cowley se trouve dans la bibliothèque du couple Garrick, dont le catalogue précise qu’il comporte une « lettre manuscrite de l’autrice à Monsieur Garrick19 ». Mais le cas incontestablement le plus suggestif dans notre corpus est celui d’un volume dont fait état le catalogue de la bibliothèque du déjà nommé François-Laurent-Augustin Remy de Lassusce, en vue de sa vente à Douai le 19 décembre 1825. En effet, son catalogue renferme un lot in-4o décrit comme « Les épreuves de la constance, comédie, par Thérèse de Heger, 1 vol. manuscrit, reliée en maroquin20 ». Le volume refait surface deux décennies plus tard dans le catalogue de la bibliothèque du grand collectionneur Alexandre Martineau de Soleinne, qui précise qu’il s’agit d’un « sujet espagnol, comédie en 3 actes et en prose ». Après cette date, malheureusement, nous perdons sa trace21.

Quelle est cette pièce, et qui en est l’autrice ? La biographie de Lassusce nous livre au moins quelques pistes suggestives. Né à Douai en 1754 et mort dans la même ville en 182522, il exerce plusieurs fonctions, dont celle de directeur du Mont-de-Piété à Douai. Douai connaît à cette époque une foisonnante vie culturelle, en tant que ville frontière et ville étape pour les artistes venant de Paris. Tout comme dans les Provinces-Unies, la diversité et l’ampleur de la vie associative y sont remarquables. La ville connaît une intense activité théâtrale et musicale, où les femmes jouent également un rôle important23. Lassusce s’engage vraisemblablement dans cette vie culturelle, notamment par sa proximité à une « académie joyeuse » dans la ville – l’académie joyeuse du Valmuse –, dont les membres ont ensuite été dispersés par la Révolution. Parmi les Valmusiens dont nous connaissons les noms figure sa sœur aînée, Marie-Antoinette-Charlotte-Constance, tandis qu’un autre Valmusien, Charles-Louis-Auguste Hacket, fait les plans pour le nouveau théâtre de Douai, inauguré en 1785. Ils s’adonnent régulièrement à l’écriture de vers et de textes théâtraux, dont n’ont cependant été préservés que quelques exemples24. Aussi la bibliothèque de Lassusce témoigne-t-elle de son intérêt pour le théâtre. Parmi les 36 pièces de théâtre qu’elle comporte figurent des pièces de Genlis, Gomez, et Deshoulières. À plusieurs égards, on serait même tenté de qualifier cette collection de bibliothèque féminine, en raison du nombre important de romans écrits par des autrices, des livres de cuisine, et d’autres livres figurant normalement dans une bibliothèque de femme25 ; nous ignorons toutefois si le célibataire Lassusce partageait sa maison avec l’une de ses cinq sœurs, ou avec une autre femme qui pourrait être responsable de l’acquisition de la pièce de Heger. Malgré ces données, et malgré des traces de quelques autres femmes portant un nom similaire à cette époque dans la même région26, nous n’avons pas pu, jusqu’à présent, identifier cette femme dramaturge.

Le cas de la mystérieuse Thérèse de Heger, enfin, pointe vers un ensemble de facteurs d’ordre culturel qui ont joué également un rôle dans la création des réputations littéraires des femmes dramaturges, mais qui feraient le sujet d’un autre article. Ces facteurs tiennent notamment aux formes que la culture théâtrale a historiquement revêtues au sein des différentes communautés de lecteurs, à son degré de centralisation et à son ouverture à diverses catégories de participants, ainsi qu’aux relations entre auteurs, autrices et autres acteurs du champ littéraire, en particulier les éditeurs et les institutions officielles. En somme, il s’agit des significations, en tant que capital symbolique, que le théâtre a pu revêtir pour ses lecteurs et spectateurs à différentes époques. Or, ces significations commencent justement à se dessiner lors de la première mise en circulation des pièces des femmes dramaturges, et les catalogues de vente de bibliothèques privées nous offrent quelques précieuses pistes initiales à cet égard.

Notes

1 Il n’existe pas de chiffres fiables sur l’ampleur du marché du livre d’occasion par rapport au marché du livre neuf, mais Hannie van Goinga, citée par David McKitterick, a estimé qu’il pourrait représenter la moitié de tous les livres vendus au xviiie siècle (David McKitterick, The invention of rare books. Private interest and public memory, 1600-1840, Cambridge University Press, 2018, p. 20, DOI restreint 10.1017/9781108584265). Retour au texte

2 Seulement 10 % à 20 % des catalogues ont été préservés dans au moins un exemplaire. Retour au texte

3 Ce projet a bénéficié d’une subvention du Conseil européen de la recherche (ERC) dans le cadre du programme de recherche et innovation de l’Union européenne Horizon 2020 sous la convention no 682022. Voir aussi le site du projet http://www.mediate18.nl/, [en ligne, consulté le 15 octobre 2024]. Retour au texte

4 Alicia C. Montoya, Micha Hulsbosch, Helwi Blom, Evelien Chayes, Anna de Wilde, Rindert Jagersma, Juliette Reboul et Joanna Rozendaal, base de données MEDIATE, 2022, [en ligne, consultée le 15 octobre 2024]. Retour au texte

5 Helwi Blom, Rindert Jagersma et Juliette Reboul, « Printed private library catalogues as a source for the history of reading in 17th-18th century Europe », dans Mary Hammond (dir.), The Edinburgh history of reading : early readers, Edinburgh University Press, 2020, p. 249-269. Retour au texte

6 Pascale Casanova, La République mondiale des lettres, Paris, Seuil, 1999. Retour au texte

7 Le nombre de catalogues est légèrement inférieur puisqu’un certain nombre décrit le contenu de plusieurs collections. Retour au texte

8 Ces chiffres peuvent encore changer légèrement, le corpus Sandbox n’ayant pas encore pris sa forme définitive. Retour au texte

9 Alicia C. Montoya, « Women’s libraries and “women’s books”, 1729-1830 », dans Mónica Bolufer, Laura Guinot-Ferri et Carolina Blutrach (dir.), Gender and cultural mediation in the long eighteenth century, Cham, Palgrave Macmillan, 2024, p. 289-314, DOI 10.1007/978-3-031-46939-8_12. Retour au texte

10 Dans l’ordre décroissant d’occurrences (je me base ici sur les noms du site MEDIATE), Anne-Marie Du Bocage (6 occurrences), Madeleine-Angélique de Gomez, Geneviève-Françoise Randon de Malboissière, Marie-Jeanne Riccoboni (toutes avec 5 occurrences), Louise Labé (4 occurrences), Françoise de Graffigny, Louise-Geneviève de Sainctonge, Catherine Durand (toutes avec 3 occurrences), Catherine et Madeleine Des Roches, Françoise d’Aubigné marquise de Maintenon, Louise-Céline De Beaunoir (née Cheval), Françoise-Albine Benoist, Charlotte-Jeanne Béraud de La Haie de Riou, marquise de Montesson, Olympe de Gouges, Alberte-Barbe d’Ernecourt de Saint-Balmon, Marthe Cosnard, Élisabeth Jacquet de La Guerre, Mademoiselle Du Val [Duval] et Thérèse de Heger. Retour au texte

11 Thomas and John Egerton, A Catalogue of the Library of John Henderson, Esq[uire]. (Late of Covent Garden Theatre) Deceased, consisting of A well chosen Collection of the most approved modern Writers, many of the earliest Editions of the Old English Poets, Novels and Romances, and the completest Assemblage of English Dramatic Authors that has ever been exhibited for Sale in this Country […] [Catalogue de la bibliothèque de John Henderson. (Ancien membre du Covent Garden Theatre) Décédé, comprenant une collection bien choisie des auteurs modernes les plus reconnus, de nombreuses éditions anciennes des poètes, romans et romans d’amour anglais, ainsi que l’assemblée la plus complète d’auteurs dramatiques anglais jamais mise en vente dans ce pays…], s. l. [London], s. n., 1786, n. p. Nous traduisons de l’anglais. Retour au texte

12 « Beneevens een schoone Collectie van Toneelspeelen, meest alle in Eng. Ruggens gebonden en onafgesneeden », Catalogus Van een extra Fraaije Verzaameling net Geconditioneerde Boeken. Bestaande in Godsgeleerde, Rechtsgeleerde, Mathematische, Philosophische, Historische, Poetische, Reisbeshryvingen, Levensbeschryvingen, Fraaije Romans, &c. […] Hendrik Koster, op den 22. en 23. October 1770 […] [Catalogue d’une collection supplémentaire de beaux livres récemment restaurés. Comprenant des ouvrages théologiques, juridiques, mathématiques, philosophiques, historiques, poétiques, des récits de voyage, des biographies, de beaux romans, etc. […], les 22 et 23 octobre 1770…], Leyden, Hendrik Koster, 1770, p. de titre. Nous traduisons du néerlandais. Retour au texte

13 Perry Gethner, « Stratégies de publication et notions de carrière chez les femmes dramaturges sous le règne du Roi Soleil », dans Claude Bourqui, Edric Caldicott et Georges Forestier (dir.), Le Parnasse du théâtre. Les recueils d’œuvres complètes de théâtre au xviie siècle, Paris, PUPS, 2007, « Theatrum mundi », p. 309-323. Retour au texte

14 Alicia C. Montoya, Marie-Anne Barbier et la tragédie post-classique, Paris, Champion, « Les Dix-huitièmes siècles », 2007, p. 195-199. Retour au texte

15 Michel Foucault, « Qu’est-ce qu’un auteur ? », Dits et écrits 1954-1988, t. 1 : 1954-1969, Daniel Defert et François Ewald (éd.), Paris, Gallimard, 1994, p. 817-849. Retour au texte

16 Catalogue des livres de monsieur Charles Perrault, L’un des quarante de l’Academie Françoise, et de monsieur C. Perrault son fils, dont la vente à l’amiable commencera le Vendredy 27 [barré et remplacé manuellement par « Lundy 30 »)]. May 1729. & jours suivans, depuis huit heures du matin jusqu’au soir. Le prix sera marqué sur chaque Livre, Paris, Frères Osmont, 1729, p. 14, no 177. Retour au texte

17 Bibliotheca curiosa. Or a catalogue of A Select Parcel of books, in Greek, Latin, Italian, Spanish, French and English, being the Library of Mr. Edward Hunt, deceased. […] To be Sold very Cheap, on Wednesday the 27th Instant, 1735, and to continue Selling Daily ‘till all are Sold, By Olive Payne, Bookseller, At Horace’s Head in Round-Court, in the Strand [Bibliotheca curiosa. Ou catalogue d’une sélection d’ouvrages en grec, latin, italien, espagnol, français et anglais, provenant de la bibliothèque de feu M. Edward Hunt. […] À vendre à très bas prix, le mercredi 27 courant, 1735, et à vendre tous les jours jusqu’à épuisement du stock…], [Londres], s. n., 1735, p. 3. Retour au texte

18 Catalogus librorum, Praecipuè medicorum, historicorum, theologicorum & miscellaneorum. Quos magno studio & sumtu dum vixit collegit Vir Reverendus Cornel[ius]. Sismus, ’Medicinæ Doctor. Qui publica Auctione distrahentur ad 5 Octobris 1719 & sequent. Per Johannem Swart, In Aula Magna (vulgo) de Groote Zael van ‘t Hof [Catalogue de livres, principalement médicaux, historiques, théologiques et divers. Que le révérend Cornelius Sismus, docteur en médecine, a collectionnés avec beaucoup de zèle et à grands frais au cours de sa vie. Ils seront vendus aux enchères publiques le 5 octobre 1719 et les jours suivants. Par John Swart, dans la Grande Salle (communément appelée de Groote Zael van ‘t Hof)], La Haye, Johannes Swart, 1719, p. 5. Retour au texte

19 « Letter from the Authoress to Mr. Garrick », A catalogue of the library, splendid books of prints, poetical and historical tracts of David Garrick, Esq[uire]. removed from his villa at Hampton, and house on the Adelphi Terrace, with the modern works added thereto by Mrs. Garrick. Which Will by Sold by Auction, by Mr. Saunders, at his great room, “the poets’ gallery,” No. 39, Fleet Street, On Wednesday, April 23d, 1823, and 9 following days, (Sunday excepted,) […] [Catalogue de la bibliothèque, splendides livres d’estampes, traités poétiques et historiques de David Garrick, provenant de sa villa à Hampton et de sa maison sur Adelphi Terrace, auxquels s’ajoutent les ouvrages modernes ajoutés par Mme Garrick. Ils seront vendus aux enchères par M. Saunders, dans sa grande salle, « The Poets’ Gallery », au no 39, Fleet Street, le mercredi 23 avril 1823 et les 9 jours suivants (sauf le dimanche), à midi et demi précises], [Londres], Longman and Co / Triphook, 1823, p. 15. Nous traduisons de l’anglais. Retour au texte

20 Catalogue des livres composant la bibliothèque de feu M. Remy de Lassusce, Décédé Directeur du Mont-de-Piété de Douai, dont la vente aura lieu, par le ministère de l’un des Commissaires-Priseurs Deloffre et Braine, le 19 décembre 1825 et jours suivans, quatre heures précises du soir, dans le logement de M. le Directeur du Mont-de-Piété, Douai, IWagrez aîné, 1825, p. 25. Retour au texte

21 P.-L. Jacob [Paul Lacroix], Bibliothèque dramatique de Soleinne, t. III, Paris, Administration de l’Alliance des arts, 1844, notice 3109, p. 35. Retour au texte

22 Selon son acte de décès (archives départementales du Nord, DOUAI / N,M,D, Ta [1823-1825]5 Mi 020 R 047). Retour au texte

23 Guy Gosselin, L’âge d’or de la vie musicale à Douai (1800-1850), Liège, Mardaga, « Musique musicologie », 1994. Retour au texte

24 M. le docteur Maugin, « L’académie bocagère du Valmuse. Notice humoristique » (procès-verbal de la séance publique du 10 novembre 1867), dans Mémoires de la société impériale d’agriculture de sciences et d’arts séant à Douai centrale du département du Nord [Mémoires de la Société centrale d’agriculture, sciences et arts du département du Nord], t. IX : 1866-1867, Douai, 1866, p. 53-175. Retour au texte

25 A. C. Montoya, « Women’s libraries », art. cité. Retour au texte

26 Comme une Marie-Thérèse Heger (1771, Malines-1847, Bruxelles), mère de Constantin Heger, professeur de français de Charlotte Brontë à Bruxelles. Retour au texte

Illustrations

  • Fig. 1. Marie-Anne Barbier, Les Tragédies et autres poésies, Leiden, Boudouin Jansson Vander Aa, 1719, page de titre

    Fig. 1. Marie-Anne Barbier, Les Tragédies et autres poésies, Leiden, Boudouin Jansson Vander Aa, 1719, page de titre

    Source/crédit : Google Books, université de Gand, BIB.ACC.001153

  • Fig. 2. Katharina Lescailje, De Tooneel- en mengelpoëzy, Amsterdam, Erfgenamen van J. Lescailje en D. Rank, 1731, page de titre du tome III (théâtre)

    Fig. 2. Katharina Lescailje, De Tooneel- en mengelpoëzy, Amsterdam, Erfgenamen van J. Lescailje en D. Rank, 1731, page de titre du tome III (théâtre)

    Source/crédit : site de vente Invaluable.com. Photo Wilkinson’s Auctioneers, Doncaster (South Yorkshire), vente du 23 juin 2019, lot 104

Citer cet article

Référence électronique

Alicia C. Montoya, « Le théâtre des femmes dans le marché européen du livre : enquête dans les catalogues de vente des bibliothèques privées au xviiie siècle », Pratiques et formes littéraires [En ligne], 22 | 2025, mis en ligne le 24 février 2026, consulté le 02 mars 2026. URL : https://publications-prairial.fr/pratiques-et-formes-litteraires/index.php?id=755

Auteur·rice

Alicia C. Montoya

Université Radboud (Pays-Bas) – Radboud Institute for Culture & History (RICH)

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