BNU Nouvelle : quel(s) chantier(s) ? / !

DOI : 10.35562/arabesques.1367

p. 22-23

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Le 1er octobre 2010, le bâtiment emblématique de la Bibliothèque nationale et universitaire (BNU), place de la République, fermait ses portes au public pour être complètement évacué de tout ce qui y avait été rassemblé depuis son ouverture en 1895. Depuis la mi-août, les collections – 47 kilomètres linéaires sur les 67 que possède la bibliothèque – avaient commencé leur transhumance vers quatre différents points de stockage. Le 8 octobre 2010, soit une semaine après la fermeture du bâtiment principal, deux petites salles de lecture étaient ouvertes dans les bâtiments Joffre et Fischart permettant la consultation des ouvrages patrimoniaux des magasins. S’y ajoutaient naturellement des banques d’accueil et de prêt pour les inscriptions, le conseil et le prêt à domicile.

Dès lors, la BNU a continué de remplir ses missions principales, avec un service certes dégradé1, mais surtout la reconnaissance appuyée de ses usagers – étudiants, enseignants-chercheurs, grand public – qui, de la sorte, n’auront pas été privés pendant les trois années du chantier de documents indispensables à leurs études et recherches.

Un emplacement privilégié

Doté d’un financement de 61 millions d’euros2 le projet BNU Nouvelle avait pour objectif initial la mise en sécurité du bâtiment situé place de la République. Très rapidement, de nouveaux objectifs3 se sont ajoutés à ce chantier d’ampleur. Le choix a été fait de conserver l’emplacement privilégié de la BNU au centre-ville, à la croisée de l’université et de la cité, vraie passerelle entre science et culture, entre État et 22 collectivités. Assurée par l’Agence Nicolas Michelin et associés (ANMA), la maîtrise d’œuvre du projet est complétée par l’intervention de l’architecte en chef des monuments historiques, Christophe Bottineau (Agence 2BDM Architectes). La maîtrise d’ouvrage est, elle, assurée par le rectorat de l’Académie de Strasbourg, qui effectue un travail remarquable sur l’opération.

Premier défi : le déménagement des collections

Le déménagement des collections et l’accès maintenu à celles-ci durant les années du chantier ne furent pas les moindres défis que l’établissement a surmontés. Car c’est bien là le maître-mot de cette opération ambitieuse qui se décline en de multiples challenges que le personnel a su, jusqu’à présent, relever avec talent. Pour lui-même et dans l’attente de la réouverture en 2014, le personnel s’est serré les coudes, au propre et au figuré.

En effet, le maintien de l’accès aux collections n’allait initialement pas de soi : les coûts élevés d’un déménagement assorti d’une installation des collections sur des étagères provisoires4 supposaient tout d’abord de convaincre de la nécessité, pour le site universitaire strasbourgeois, d’assurer cet accès ; la logistique, ensuite, mettant en mouvement environ 47 km linéaires de collections, ne laissait pas de faire douter de la réussite d’une pareille entreprise. La réussite fut au rendez-vous et, grâce à la mise en place d’une navette, tout livre reste disponible dans un délai jugé raisonnable compte tenu de l’ampleur de l’opération.

Défis techniques et architecturaux ensuite

Les défis se sont ensuite succédé. Défis techniques et architecturaux en premier lieu : la BNU dispose actuellement de la plus grande grue de Strasbourg ce qui assure de la visibilité au chantier même si le gros de l’opération est interne ; en effet, derrière les façades classées, la quasi-totalité des planchers doit être abattue ; il faut donc évacuer plus de 8 500 m3 de gravats par un « trou de souris »5, en fait une porte de garage, véritable tour de force accompli par le tandem d’entreprises de gros œuvre Urban et Demathieu & Bard. Défi encore, l’installation d’une poutre de couronnement en béton, une légère surélévation provisoire du dôme de 460 tonnes et le coulage de nouveaux piliers de soutènement qui allégeront in fine la structure, permettant une meilleure diffusion de la lumière naturelle dans les espaces de lecture. Défi toujours, la sauvegarde de deux étages de magasins anciens, témoins des différents états de la bibliothèque, grâce à un système ingénieux de suspension des planchers : pendant un temps, les poteaux de fonte des magasins ont donné l’impression de fl dans le vide, spectacle saisissant ! Relevant le gant, les entreprises de gros œuvre ont accompli leur mission avec efficacité, à tel point que quelques semaines ont été gagnées sur le calendrier : pourvu que ça dure !

La BNU en chantier

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Phot. BNU-JPR 2011

Paysage institutionnel et enjeux documentaires

Sur les versants institutionnel, scientifique et bibliothéconomique, les chantiers sont multiples et complexes. Le décret du 10 septembre 2010 a donné un nouveau visage au conseil d’administration de l’établissement et prévoit, en particulier, le rattachement de la BNU par convention à l’université de Strasbourg, tout en maintenant son autonomie d’établissement public national à caractère administratif.

À cela s’ajoute la prochaine création, courant 2012, d’un conseil scientifique qui aura pour mission, par exemple, d’émettre un avis et des recommandations sur le développement de la recherche à partir des richesses – en collections et en hommes – de la BNU, sur les corpus à numériser, l’action culturelle, etc. L’accès aux services et aux collections fait partie, aussi, des axes de travail : préparation de 200 000 ouvrages pour le libre accès, mise en place de la RFID, constitution de la bibliothèque numérique, achèvement de la rétroconversion afin de disposer d’un catalogue informatique exhaustif...

On voit bien à l’énoncé de ces objectifs que les ambitions de l’établissement sont élevées. Et que, de fait, les attentes de l’extérieur – tutelle, universités, usagers, grand public, etc. – sont légitimement conséquentes.

Ajoutons pour conclure que l’intérêt que suscite la BNU au plus haut niveau a été attesté par la visite, le 8 novembre dernier, du Président de la République accompagné notamment de Laurent Wauquiez, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, et de Philippe Richert, ministre en charge des collectivités territoriales et président de la Région Alsace, naturellement en présence d’Alain Beretz, président de l’université de Strasbourg, de Roland Ries, sénateur-maire de Strasbourg, et de Guy-Dominique Kennel, président du Conseil général du Bas-Rhin. Cette conjonction du national, du territorial et de l’universitaire a consacré, une fois de plus, l’originalité de l’établissement dans ses différents ancrages et dans la richesse de ses missions.

BNU Nouvelle : plan de coupe

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© Agence Nicolas Michelin et Associés – Artefactory perspectiviste

Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg
http://www.bnu.fr/

Administrateur : Albert Poirot
albert.poirot@bnu.fr

Chargé de mission BNU Nouvelle : Pierre Louis
pierre.louis@bnu.fr

Délégué à l’action culturelle, aux relations internationales et à la communication externe : David-Georges Picard
david-georges.picard@bnu.fr

1 La BNU, avant travaux, demeurait ouverte 72 heures hebdomadaires. L’établissement s’était d’ailleurs vu attribuer le label NoctamBU en 2010. Les

2 Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, finance les deux tiers (40,5 ME), tandis que la Région Alsace, le Conseil général du

3 Voir le détail sur http://www.bnu.fr/la-bnu/le-projet-architectural

4 4 ME, compris dans les 61 ME que représente ce chantier.

5 Expression reprise d’un article de Laurent Miguet paru dernièrement dans le Moniteur des travaux publics.

Notes

1 La BNU, avant travaux, demeurait ouverte 72 heures hebdomadaires. L’établissement s’était d’ailleurs vu attribuer le label NoctamBU en 2010. Les salles de lecture offraient alors plus de 500 places assises.

2 Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, finance les deux tiers (40,5 ME), tandis que la Région Alsace, le Conseil général du Bas-Rhin et la Communauté urbaine de Strasbourg apportent chacun un financement à hauteur de 6,8 ME.
Les 61 ME, seuls financés portent sur les deux bâtiments République et Fischart. L’ensemble du projet qui inclut des travaux à réaliser dans le bâtiment Joffre représente 75 ME (valeur 2008). Se sont récemment ajoutés 1,4 ME pour la restauration de la façade principale du bâtiment, non prévue dans le programme arrêté en 2005.

3 Voir le détail sur http://www.bnu.fr/la-bnu/le-projet-architectural

4 4 ME, compris dans les 61 ME que représente ce chantier.

5 Expression reprise d’un article de Laurent Miguet paru dernièrement dans le Moniteur des travaux publics.

Illustrations

La BNU en chantier

La BNU en chantier

Phot. BNU-JPR 2011

BNU Nouvelle : plan de coupe

BNU Nouvelle : plan de coupe

© Agence Nicolas Michelin et Associés – Artefactory perspectiviste

References

Bibliographical reference

Albert Poirot, « BNU Nouvelle : quel(s) chantier(s) ? / ! », Arabesques, 65 | 2012, 22-23.

Electronic reference

Albert Poirot, « BNU Nouvelle : quel(s) chantier(s) ? / ! », Arabesques [Online], 65 | 2012, Online since 20 décembre 2019, connection on 06 décembre 2021. URL : https://publications-prairial.fr/arabesques/index.php?id=1367

Author

Albert Poirot

Administrateur - Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg - http://www.bnu.fr/

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