Le GéoRéseau, un réseau ouvert au service des cartothécaires

DOI : 10.35562/arabesques.1870

p. 6-7

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À l'origine du GéoRéseau1, il y a la prise de poste en 2001 de la nouvelle responsable de la cartothèque de l'université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis, cartothèque associée du SCD et située au sein du département de géographie.

Comme Robinson sur son île...

Cette installation, sans connaissance préalable des cartothèques et sans transmission de savoirs avec la personne remplacée, donne l'impression d'aborder une terre inconnue et quelque peu effrayante. En effet, tous les nouveaux cartothécaires n'ont pas eu la chance de faire des études de géographie et surtout, il n'existe pas de formation aux cartothèques. Cette lacune est liée à la situation en retrait des collections de cartes dans bon nombre d'établissements, retrait accentué par l'absence de personnel dédié. À Paris 8, cette ignorance des pratiques propres à une cartothèque se couplait à un fort sentiment d'isolement, malgré la présence d'une collègue technicienne en poste depuis la création de l'université.

À partir de 2003, pour rompre cet isolement, des contacts sont pris avec d’autres cartothèques universitaires, qui suscitent de nombreux retours d’autres Robinsons. En 2004, un questionnaire est envoyé par mèl à ces premiers contacts (informations sur le personnel, la formation, le budget, le nombre de lecteurs, les collections, etc.). Se confirme alors que les moyens en budget et en personnel sont très faibles, et le sentiment d'isolement aussi fort que l'envie d'échanger par tous les moyens. Faute de formation, de budget et de temps, la gestion des cartothèques reste très artisanale. La plupart ne possèdent alors pas de catalogue, n'effectuent aucun inventaire, ne gèrent pas les prêts, n'ont aucune statistique sur leur activité.

Petit à petit, le réseau se développe grâce aux échanges d'information entre ces cartothèques. En 2008, il comprend une quarantaine de membres. L'intervention de Bernadette Joseph, directrice de la Bibliothèque de Géographie, permet d'introduire ce réseau auprès des institutions, notamment du CFC (Comité français de cartographie). C'est par son intermédiaire qu'en 2008 le réseau fait la connaissance de Jean-Luc Arnaud, qui est en train de réfléchir à un catalogue collectif de cartes conçu à partir d'une interface cartographique. La collaboration autour du projet CartoMundi2 est l'occasion de réunions de travail avec d'autres institutions, comme le département des cartes et plans de la BnF3 ou la cartothèque du Muséum national d'histoire naturelle.

En 2008, un site internet est développé par la cartothèque de Paris 8, qui rassemble des informations indispensables à la gestion d'une cartothèque et constitue une mémoire de l'état des cartothèques en ce début de siècle, avec ses ressources uniques et ses lacunes. Un journal numérique, la Géofeuille4, créé en 2011, présente une fois par an quatre articles rédigés par des membres du réseau. Des cartothécaires y présentent leurs collections, des cartes particulières, des outils propres à la gestion d'une cartothèque, etc.

La première des rencontres annuelles entre membres du réseau a lieu en 2010 à la cartothèque de Nanterre. Alternant entre Paris et la province, ces rencontres rassemblent une vingtaine de personnes en moyenne. Le fil d'actualités5 est la dernière forme prise par l'indispensable veille.

Enfin, la liste de diffusion de GéoRéseau touche 120 destinataires en 2020. Les messages échangés abordent des sujets variés : recherche documentaire, équipement des cartothèques, catalogage et acquisitions, mise en valeur des collections, etc.

En 2020, GéoRéseau déborde largement du cadre universitaire. Il touche tout type d'établissement gérant des collections de cartes. Cartothèques d'université, d'institutions patrimoniales, de grandes écoles, d'archives, d'éditeurs géographiques, échangent des mèls, participent aux rencontres ou à des groupes de travail, rédigent des présentations de leurs collections. La liste des membres et la carte des fonds cartographiques6 contribuent au recensement de toutes ces cartothèques à l'échelle nationale. Le réseau cherche toujours à s'agrandir vers d'autres établissements détenant des fonds cartographiques (bibliothèques municipales, musées, etc.).

Copie d’écran de la carte des fonds cartographiques

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Un site internet et un fil d’actualités d’échanges et de partages

« Je cherche une carte récente de Ouagadougou avec les limites d'arrondissement » ; « Je cherche une carte anamorphose » ; « Je cherche le tableau d'assemblage de l'Algérie au 1 :50 000 » sont quelques-unes des questions postées sur la liste de diffusion de GéoRéseau. Pour autant, les interrogations n’émanent pas seulement des lecteurs. « Où puis-je acheter un meuble à plan ? » ; « Comment équiper mes cartes en RFID ? » ; « Quels sont les éditeurs de cartes murales ? » ; « Comment stocker des atlas grand format ? » sont quelques-uns des problèmes qui intéressent le quotidien des cartothécaires, sans oublier le catalogage des documents cartographiques - la question de la datation n'étant pas la moindre des difficultés abordées.

Le site internet reprend pour partie ces échanges, résumés et mis en forme afin qu'ils profitent à tous, mais on y trouve aussi des ressources spécifiques. Les légendes et les tableaux d'assemblage des séries françaises les plus communes, les catalogues de cartes numériques français et étrangers, les dernières séries saisies dans CartoMundi ne sont qu'une partie de nombreuses rubriques touchant au quotidien, aux cartes en ligne, à l'histoire des cartes, aux dons et acquisitions.

Copie d’écran du fil d’actualités

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Une triple approche

Par ailleurs, le site reprend certains outils élaborés par la cartothèque de Paris 8 à destination de ses lecteurs étudiants et enseignants. Cette expérience née du contact direct est indispensable pour élargir la gestion d'une cartothèque pour la plus grande satisfaction des usagers, car les demandes sont très spécifiques, qui allient une discipline particulière, la géographie, à un support particulier, la carte. La documentation propre aux bibliothèques est muette sur les tableaux d'assemblage, la recherche de cartes à l'intérieur des monographies, la numérotation d'une photographie aérienne, l'identification d'une carte de bocage ou de champ d'éoliennes...

La troisième contribution au site internet de GéoRéseau est issue des réflexions et chantiers du catalogage collectif liés à CartoMundi, qui est l'occasion d’œuvrer en commun et de se retrouver physiquement autour de la saisie d'une série, de réfléchir aux pratiques, de les normaliser, de se former et même de nouer des contacts avec des bibliothèques de cartes étrangères.

Cette triple approche (gestion pratique d'une cartothèque, satisfaction des lecteurs, œuvre collective) explique la présence de rubriques très diverses, et le site internet de GéoRéseau est une vitrine non exhaustive mais parfois très novatrice des cartothèques françaises.

Le fil d'actualités, lui, replace le réseau des cartothèques au sein du vaste monde de la géographie. Cette page illustrée déroule des événements, des sites utiles, des articles touchant de près ou de loin à la géographie, la cartographie, les cartothèques françaises et étrangères. Il y apparaît que les événements concernant les cartes sont rares : les expositions françaises ou étrangères, physiques ou virtuelles, ne se bousculent pas. Par contraste, l'usage de cartes en ligne a explosé. Le fil d'actualités s'intéresse donc à des ressources comme Géoportail, Openstreetmap ou la lettre de l'Institut géographique national. On dit souvent que la géographie est une discipline carrefour, et les informations relatives aux cartothèques reflètent cette place privilégiée. La complexité en est le revers. Le cartothécaire n'est pas un géomaticien7, un sigiste8, un historien des cartes, un géologue, un cartographe ou un informaticien, mais il doit s'y connaître un peu dans tous ces domaines, en plus des connaissances usuelles en bibliothèque. Le fil d'actualités présente ces notions et ouvre des horizons et la possibilité de collaborations fructueuses.

Le GéoRéseau est un réseau informel, sans hiérarchie, évoluant selon les rencontres, les chantiers, l'implication des uns et des autres. Il est d'abord un outil d'entraide pour les bibliothécaires en poste dans une cartothèque, découvrant combien pauvre est la littérature professionnelle sur ce métier. De nombreuses bibliothèques s'étant lancées dans la reproduction numérique de leurs fonds cartographiques, une formation au métier de cartothécaire semble indispensable pour dépasser la simple gestion de stock et encourager une réelle mise en valeur des collections numériques. En attendant, le GéoRéseau et son archipel de cartothèques continuent à rassembler, partager et innover.

1 http://geographie.ipt.univ-paris8.fr/rubriks/carto/journalGR/accueilGR.php

2 Voir dans ce numéro : « CartoMundi – Des services innovants pour la valorisation du patrimoine cartographique », pp. 8-9.

3 Voir dans ce numéro : « Au carrefour de multiples enjeux : le département des cartes et plans de la Bibliothèque nationale de France », pp. 12-13.

4 http://geographie.ipt.univ-paris8.fr/rubriks/carto/journalGR/edito.php?etat

5 http://geographie.ipt.univ-paris8.fr/rubriks/carto/journalGR/actuGR.php

6 http://geographie.ipt.univ-paris8.fr/rubriks/carto/journalGR/cartefonds.php

7 Le géomaticien s’occupe de collecter, de traiter et de diffuser des données géographiques.

8 Le sigiste conçoit des architectures de bases de données géographiques, analyse et exploite des données issues de systèmes d’informations

Notes

1 http://geographie.ipt.univ-paris8.fr/rubriks/carto/journalGR/accueilGR.php

2 Voir dans ce numéro : « CartoMundi – Des services innovants pour la valorisation du patrimoine cartographique », pp. 8-9.

3 Voir dans ce numéro : « Au carrefour de multiples enjeux : le département des cartes et plans de la Bibliothèque nationale de France », pp. 12-13.

4 http://geographie.ipt.univ-paris8.fr/rubriks/carto/journalGR/edito.php?etat

5 http://geographie.ipt.univ-paris8.fr/rubriks/carto/journalGR/actuGR.php

6 http://geographie.ipt.univ-paris8.fr/rubriks/carto/journalGR/cartefonds.php

7 Le géomaticien s’occupe de collecter, de traiter et de diffuser des données géographiques.

8 Le sigiste conçoit des architectures de bases de données géographiques, analyse et exploite des données issues de systèmes d’informations géographiques.

Illustrations

Copie d’écran de la carte des fonds cartographiques

Copie d’écran de la carte des fonds cartographiques

Copie d’écran du fil d’actualités

Copie d’écran du fil d’actualités

References

Bibliographical reference

Nathalie Rigaud, « Le GéoRéseau, un réseau ouvert au service des cartothécaires », Arabesques, 98 | 2020, 6-7.

Electronic reference

Nathalie Rigaud, « Le GéoRéseau, un réseau ouvert au service des cartothécaires », Arabesques [Online], 98 | 2020, Online since 08 juillet 2020, connection on 21 septembre 2021. URL : https://publications-prairial.fr/arabesques/index.php?id=1870

Author

Nathalie Rigaud

Cartothèque de Paris 8

Nathalie.rigaud@univ-paris8.fr

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CC BY-ND 2.0