IFAO – Bibliothèques d’Orient, un outil de valorisation des collections

DOI : 10.35562/arabesques.2189

p. 8-9

Plan

Texte

Né d’un vaste programme international de numérisation associant une douzaine de partenaires, le portail Bibliothèques d’Orient offre aux collections de l’Institut français d’archéologie orientale du Caire une visibilité incomparable.

En 2016, la Bibliothèque nationale de France (BnF) a lancé un projet de numérisation en coopération avec huit institutions du pourtour méditerranéen : l’École française d’études anatoliennes (Istanbul), la fondation SALT (Istanbul), l’École biblique et archéologique française (Jérusalem), la bibliothèque orientale de l’Université Saint-Joseph (Beyrouth), l’Institut français du Proche-Orient (Beyrouth, Amman, Damas), le Centre d’études alexandrines (CEAlex, Alexandrie), l’Institut dominicain d’études orientales (IDEO, Le Caire) et l’Institut français d’archéologie orientale (Ifao, Le Caire). Depuis s’y sont joints d’autres partenaires comme la New York Public library ou la Bulac. Il s’agit de numériser et de mettre en valeur sur un portail, Bibliothèques d’Orient1, les documents de ces établissements qui témoignent des relations de la France avec chaque pays de la fin du XVIIIe siècle à la première moitié du XXe siècle. Au-delà, le programme vise, dans un contexte d’instabilité politique au Moyen-Orient, à préserver et à mettre à disposition de tout un chacun un patrimoine inestimable et bien souvent unique. Les documents sont intégrés sur Gallica, et ils sont organisés thématiquement et éditorialisés sur le portail des Bibliothèques d’Orient. L’Ifao2, né École française du Caire en 1880, est un institut de recherche français spécialisé sur l’histoire de l’Égypte de la préhistoire à l’époque moderne. Il dépend du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’innovation et travaille en réseau avec les autres écoles françaises à l’étranger (EFE)3, l’École française d’Athènes, l’École française de Rome, la Casa de Velázquez et l’École française d’Extrême Orient. Il gère une trentaine de chantiers archéologiques à travers l’Égypte et offre de nombreux services d’appui à la recherche à travers des laboratoires, dont un laboratoire d’analyse au Carbone 14, ou les services de céramologie, de topographie et de photographie, mais ce sont particulièrement trois services qui participent au projet Bibliothèques d’Orient : le pôle éditorial, les archives et collections, et la bibliothèque. Le pôle éditorial sélectionne pour le programme les publications épuisées de l’Ifao, qui est maison d’édition depuis 1889. Le service archives et collections, qui gère les manuscrits, les ostraca, les papyrus, les cartes et plans, les photographies et les objets archéologiques, a opté principalement pour des photographies et des manuscrits emblématiques des fouilles de l’institut (Medamoud, Kôm Ombo, Edfou). Enfin, la bibliothèque opère des sélections parmi sa réserve de livres rares anciens et précieux. La sélection scientifique est menée en complémentarité avec les documents numérisés déjà accessibles sur Internet, sur des sites ouverts et gratuits, et assurant la pérennité d’accès aux documents et aux métadonnées associées. Ce processus, relativement long, se fait en collaboration avec les chercheurs spécialistes des disciplines, égyptologues, coptisants et arabisants, qu’ils relèvent de l’établissement ou qu’ils soient extérieurs, et la sélection est validée in fine par un comité scientifique interne associant la direction de l’Ifao et les experts scientifiques.

Planche d’illustrations des travaux et recherches de G.Belzoni en Égypte et en Nubie, 1821-1822.

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©Ifao

Numériser pour Gallica, numériser en Égypte

Pour intégrer Gallica et le catalogue général de la BnF, il est nécessaire de suivre strictement les règles édictées par la BnF et rassemblées dans ses référentiels4. La BnF avait par ailleurs dispensé au démarrage du programme une formation destinée aux porteurs de projet dans chaque établissement, et continue d’en assurer le suivi technique et scientifique. L’Ifao, pour effectuer les numérisations du programme, a dû se tourner vers les deux autres partenaires situés en Égypte, l’IDEO5 et le CEAlex6. Si un service de photographie existe bien au sein de l’institut, celui-ci est en effet très sollicité par les missions archéologiques et n’a que peu de temps matériel à y consacrer. D’autant que numériser consiste, certes, à prendre des vues photographiques des documents, mais surtout à assurer leur post-production sur des logiciels dédiés, type Photoshop, à la fois pour le redressement des images et pour leur détourage7, ce qui est très chronophage. L’IDEO disposant d’un numériseur en V limité au format A2, l’Ifao s’est également adressé au CEAlex qui dispose d’un banc de numérisation avec prise de vue zénithale pour les ouvrages de grands formats, pour les dépliants qui, une fois dépliés, dépassent le format A2 ou encore pour les planches dont la charnière est significative et qui demandent une prise de vue globale d’une double page. Au regard de la haute définition de 400 dpi demandée par la BnF, il est parfois nécessaire pour ces très grands formats de prendre plusieurs vues pour reconstituer en post-production la vue finale de la page. Cette haute définition permet sur Gallica de zoomer sans perdre en qualité de visionnage. Outre les états de collection à faire signer à réception et à récupération des documents par les partenaires, cette externalisation induit d’autres tâches, comme le conditionnement des documents, mais surtout leur convoiement : si l’IDEO est situé au Caire, mais néanmoins à 45 mn de route de l’Ifao, il faut 6 heures de route aller-retour pour rallier Alexandrie où se trouve le CEAlex. Quant à l’intégration des métadonnées dans le catalogue général de la BnF, si l’export des notices UNIMARC sous XMLMARC n’a posé aucun problème pour les documents de la bibliothèque à partir de son catalogue, il a été nécessaire pour les documents des archives de co-construire avec la BnF une matrice sous Excel dans la mesure où les métadonnées n’étaient pas exportables. Enfin, il faut établir sur un tableur Excel un mapping entre pagination réelle et pagination électronique du visualiseur de Gallica avec les codes BnF ad hoc. Une fois les documents numérisés et contrôlés, ils doivent être versés sur le serveur de la BnF. Le débit Internet étant trop faible à l’Ifao et à l’IDEO, le versement se fait in situ en amenant les disques durs à Paris. Pour finaliser la publication sur Gallica, les partenaires ont accès à l’espace coopération de la BnF où sont effectués les liens entre la référence ark de la notice du catalogue général, le document numérisé et le tableur Excel de pagination.

À savoir

Fondée en 1880 avec l’Institut, la bibliothèque de l’Ifao est, avec ses 90 000 volumes, l’une des meilleures bibliothèques dans le monde en égyptologie et papyrologie. Elle a donné lieu à une présentation détaillée dans le numéro 86 (juillet – septembre 2017) d’Arabesques.

8 500 visiteurs, 20 000 téléchargements

Sur un plan scientifique, réunir sur un portail unique des documents visant une même aire géographique et issus de bibliothèques dispersées est une véritable aubaine pour les chercheurs et, au-delà, pour tout amateur éclairé qui peut librement accéder à ces documents sur Gallica. Les statistiques de consultations fournies régulièrement par la BnF montrent que cet intérêt ne se dément pas, y compris pour les documents versés anciennement. Fin 2019, 414 documents de l’Ifao étaient visibles sur Gallica, et en cumulatif, on comptait plus de 9 000 visites, environ 8 500 visiteurs et quasi 20 000 téléchargements. Au titre à titre, on voit que les documents sélectionnés par les trois services de l’Ifao s’apprécient de manière égale, ce qui nous conforte dans nos choix scientifiques. On peut également accéder aux documents depuis le portail Bibliothèques d’Orient et bénéficier de l’éditorialisation par des experts scientifiques dont les articles éclairent et contextualisent les documents. L’Ifao est particulièrement concerné par deux articles. L’un, de Mercedes Volait, historienne et directrice de recherche au CNRS, porte sur un album de photographies8, Photographs of various buildings in Egypt, publié par le gouvernement égyptien dans les années 1930 et illustrant des bâtiments principalement cairotes, construits au début du XXe siècle. Cet album de la réserve précieuse de la bibliothèque est considéré comme un unica et il est depuis trois ans dans le top 5 des consultations Ifao sur Gallica. L’autre, de Rémy Arcemisbéhère, doctorant es lettres à Sorbonne Université, concerne Gérard de Nerval étudié à travers plusieurs documents du portail9. Grâce à ce doctorant et au projet, l’Ifao a découvert que sa réserve précieuse possédait plusieurs ouvrages consultés et même annotés par Gérard de Nerval, identifiés in situ par Rémy Arcemisbéhère.

Photographie sur plaque de verre [janvier 1925 ?] extraite du fonds de photos des fouilles de Médamoud numérisé en 2017.

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©Ifao

Un portail trilingue

Le choix du trilinguisme pour le portail, français, anglais, arabe, n’est pas étranger à ce succès, et les trois pays en tête des statistiques générales de consultations sont la France, les États-Unis et l’Égypte. Pour l’Ifao, outre la visibilité donnée à l’institut et à ses documents, et de belles découvertes associées, le projet est également une opportunité pour mener des travaux de restauration sur les documents sélectionnés (ante ou post-numérisation), mais également d’y lier d’autres projets, comme « la bibliothèque des épuisées » pour le pôle éditorial qui permettra une publication à la demande, ou encore l’insertion de documents dans le système d’information géographique Navigae10, du centre IST Regards CNRS-UMR Passages. Pour ce dernier projet, la géolocalisation des chantiers archéologiques concernés par les documents avait été déterminée en 2015 dans le cadre d’un projet subventionné ISTEX, ArchéoRef11 (contraction de archéologie et IdRef), en partenariat avec l’Abes. Le programme Bibliothèques d’Orient est toujours en cours. Il se poursuivra et s’élargira à des nouveaux partenaires ces deux prochaines années grâce à une subvention de la fondation Mellon. Il fonctionne en effet principalement sur mécénat depuis ses origines. Cela dit, pour l’Ifao associé au CEAlex, il a pu bénéficier d’un financement complémentaire CollEx-Persée au titre de l’appel à projet 201812, qui témoigne de fait d’une reconnaissance de la qualité scientifique de ce projet et de son apport pour la recherche.

1 https://heritage.bnf.fr/bibliothequesorient/fr

2 http://www.ifao.egnet.net/

3 http://www.resefe.fr/

4 https://www.bnf.fr/fr/les-referentiels-de-numerisation-de-la-bnf

5 https://www.ideo-cairo.org/fr/

6 http://www.cealex.org/

7 Pour Gallica, il est nécessaire de détourer à 5 mm du texte sur les marges extérieures et à 2 mm en charnière.

8 http://heritage.bnf.fr/bibliothequesorient/fr/album-volkoff-art

9 http://heritage.bnf.fr/bibliothequesorient/fr/gerard-de-nerval-1808-1855

10 https://www.navigae.fr/a-propos/?lang=fr

11 Un nouveau programme ArchéoRef, associé à des alignements de référentiels, est lauréat de l’AAP CollEx Persée 2019, en

12 https://www.collexpersee.eu/projet/egynum/

Notes

1 https://heritage.bnf.fr/bibliothequesorient/fr

2 http://www.ifao.egnet.net/

3 http://www.resefe.fr/

4 https://www.bnf.fr/fr/les-referentiels-de-numerisation-de-la-bnf

5 https://www.ideo-cairo.org/fr/

6 http://www.cealex.org/

7 Pour Gallica, il est nécessaire de détourer à 5 mm du texte sur les marges extérieures et à 2 mm en charnière.

8 http://heritage.bnf.fr/bibliothequesorient/fr/album-volkoff-art

9 http://heritage.bnf.fr/bibliothequesorient/fr/gerard-de-nerval-1808-1855

10 https://www.navigae.fr/a-propos/?lang=fr

11 Un nouveau programme ArchéoRef, associé à des alignements de référentiels, est lauréat de l’AAP CollEx Persée 2019, en partenariat avec les cinq EFE, l’Abes, Frantiq et la Bibliothèque interuniversitaire de la Sorbonne.

12 https://www.collexpersee.eu/projet/egynum/

Illustrations

Planche d’illustrations des travaux et           recherches de G.Belzoni en Égypte et en Nubie, 1821-1822.

Planche d’illustrations des travaux et recherches de G.Belzoni en Égypte et en Nubie, 1821-1822.

©Ifao

Photographie sur plaque de verre             [janvier 1925 ?] extraite du fonds de photos des fouilles de             Médamoud numérisé en 2017.

Photographie sur plaque de verre [janvier 1925 ?] extraite du fonds de photos des fouilles de Médamoud numérisé en 2017.

©Ifao

Citer cet article

Référence papier

Agnès Macquin, « IFAO – Bibliothèques d’Orient, un outil de valorisation des collections », Arabesques, 99 | 2020, 8-9.

Référence électronique

Agnès Macquin, « IFAO – Bibliothèques d’Orient, un outil de valorisation des collections », Arabesques [En ligne], 99 | 2020, mis en ligne le 07 octobre 2020, consulté le 21 septembre 2021. URL : https://publications-prairial.fr/arabesques/index.php?id=2189

Auteur

Agnès Macquin

Directrice de la bibliothèque de l’Institut français d’archéologie orientale du Caire

amacquin@ifao.egnet.net

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