Un nouvel écrin pour La contemporaine

DOI : 10.35562/arabesques.2720

p. 20-21

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Avec son nouveau bâtiment, La contemporaine rassemble enfin dans un lieu unique ses collections et ses équipes dispersées depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale sur plusieurs sites.

 

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© 123rf - Anelina

À l’entrée du campus universitaire, juste à gauche de la sortie de la gare RER de Nanterre Université, le tout nouveau bâtiment de La contemporaine1, paré de briques d’argile grise du nord, s’apprête, plus de 20 ans après les premières ébauches du projet, à accueillir le public.

Une triple identité incarnée dans un bâtiment unique

Bibliothèque-musée de la Guerre, puis Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC) à partir de 1934, La contemporaine rassemble depuis ses origines en 1918 tous les matériaux et toutes les traces pouvant servir à interpréter l’histoire de notre temps. Aujourd’hui, cette collection représente plus de 4,5 millions de documents : livres, presse, tracts, archives privées, films, documents sonores, peintures, estampes, photographies, affiches, dessins de presse et objets. Mais les aléas de l’histoire et de l’immobilier ont conduit à l’éclatement de ce fonds si particulier. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, collections iconographiques, imprimées et archives ne s’étaient plus retrouvées sous un même toit. Lorsque la bibliothèque rejoint le campus de Nanterre en 1970, le département du musée s’installe, lui, aux Invalides. Pendant des décennies, la BDIC s’efforce de maintenir une cohérence malgré tout. L’idée de rassembler les collections en un même lieu s’impose petit à petit sous l’impulsion des directeurs successifs, Joseph Hüe, Geneviève Dreyfus-Armand puis Valérie Tesnière. Au début des années 2010, tout s’accélère. L’université Paris Nanterre et la BDIC obtiennent le financement du projet par l’État et la Région Île-de-France. La future implantation est validée, le programme est finalisé. En 2016, c’est l’atelier Bruno Gaudin, chargé notamment de la rénovation du quadrilatère Richelieu de la Bibliothèque nationale de France, qui remporte le concours d’architectes. En 2018, à l’occasion de son centenaire, la BDIC devient La contemporaine, bibliothèque, archives, musée des mondes contemporains, affirmant cette triple identité qui s’incarne dans le projet architectural. Cinq ans plus tard, et malgré une fin de chantier quelque peu compliquée par les confinements et les restrictions sanitaires successifs, ce sont près d’un million de photos, 75 000 cartes postales, 90 000 affiches, 40 000 dessins, 12 000 estampes, 750 peintures, des milliers d’objets, trois kilomètres linéaires de fonds d’archives et d’imprimés qui ont rejoint les nouvelles réserves de Nanterre, enfin à la hauteur de la valeur des collections. Un système de navettes assurera la communication des documents stockés dans la tour Édouard Albert, à l’autre extrémité du campus. Un espace régie est prévu pour les expositions, un monte-charge dessert chaque étage. Quai de livraison, arrière-banque de salle spacieuse : pour ceux qui ont connu l’ancien bâtiment de Nanterre ou des Invalides, les avantages pratiques ne manquent pas. Les équipes occupent quant à elles les deux derniers étages, profitant de la lumière et d’un panorama sur le campus et le quartier en plein de développement de Nanterre Université.

Un lieu de recherche largement ouvert sur l’extérieur

Lorsqu’en 1917 les époux Leblanc, font don à l’État de leurs collections sur le conflit en cours, ils stipulent que les documents et objets rassemblés doivent former une « bibliothèque-musée de la Guerre », un établissement à la fois « scientifique » et « une œuvre d’éducation populaire ». Si La contemporaine, rattachée à l’université en 1934, a toujours assumé sa vocation scientifique, elle donne avec ce nouveau projet pleinement corps aux ambitions de ses fondateurs : La contemporaine se veut un lieu de recherche, certes, mais un lieu largement ouvert, sur l’université comme sur la ville, où étudiants, chercheurs, lycéens, professeurs, passionnés d’histoire se croisent à la rencontre d’une collection patrimoniale remarquable. Le vaste hall d’entrée dessert l’ensemble des espaces publics. Au rez-de-chaussée, la salle de lecture de 126 places permet à tout amateur d’histoire contemporaine de consulter les collections sous ses arches monumentales de béton blanc. Un libre accès de 18 000 volumes propose de retrouver ouvrages fondamentaux et actualité de la recherche. Au niveau supérieur, trois salles de formation, de trente à soixante places accueilleront cours et ateliers, la plus grande salle pouvant être transformée pour l’orga­nisation de projections ou de rencontres.

 

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© Laure Ohnona pour La contemporaine

Le nouveau bâtiment en chiffres

• 6800 m2 de surface totale

• Une salle de lecture de 126 places

• 3 salles de formation de 30 à60 places

• Un espace d’exposition temporaire de 340 m2

• Un parcours muséographique permanent, l’Atelier de l’histoire

• 10 magasins répondant aux normes actuelles de conservation

• Architecte : Atelier Bruno Gaudin Architectes

L’atelier de l’histoire : un musée pour comprendre comment s’écrit l’histoire

L’étage supérieur regroupe également une salle modulable pour les expositions tem­poraires et l’Atelier de l’histoire, le musée de La contemporaine. Pour la première fois depuis les années 1980, l’institution retrouve, avec l’Atelier de l’histoire, un espace d’expo­sition permanente et rejoint ainsi le cercle très restreint des institutions de l’enseigne­ment supérieur français dotées d’un musée. Élaboré en étroite collaboration avec le conseil scientifique de La contemporaine, le parcours muséographique décline l’ambition générale du projet qui est de montrer, contextualiser, rendre consultables par tout un chacun les sources de l’histoire.

À partir de quelles pièces l’histoire du temps présent s’écrit-elle ? Comment en est-on venu à s’intéresser à des sources jusqu’alors négligées - presse, œuvres graphiques, tracts, photographies, affiches, audiovisuel, Web ? Quelle interaction y a-t-il entre les points de vue de l’historien, du militant et du citoyen ? Pourquoi et comment transmettre ces maté­riaux aux générations suivantes ?

À travers une déambulation dans les col­lections de La contemporaine – peintures de la Grande Guerre, tracts, croquis des procès de la Libération ou carnets d’engagés de la guerre d’Algérie, archives collectées à chaud pendant la Révolution russe ou samizdats des années 1970-1980, travaux de photojournalistes, entretiens filmés, fonds d’archives militants ou associatifs –, l’Atelier de l’histoire interroge notre relation à l’histoire contemporaine et à ses sources.

 

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© Laure Ohnona pour La contemporaine

Le pari de nouveaux publics

Comme partout, la fréquentation de la salle de lecture a pâti de la concurrence du numérique et des ressources en ligne. Mais La contem­poraine, qui s’est engagée depuis plusieurs années déjà dans un programme volontariste de formation des étudiants, mise sur la forte dimension pédagogique du nouveau projet de service pour conquérir son futur lectorat : un apprentissage par les collections qui doit permettre aux licences et masters de s’appro­prier les matériaux documentaires tout en développant une culture du numérique. En effet, forte de son expérience dans l’accom­pagnement du développement des humanités numériques – numérisation, implication dans des programmes de recherche, archives numériques natives – La contemporaine a, là aussi, des atouts à faire valoir.

La contemporaine s’ouvre également aux scolaires, lycéens et collégiens de troisième. Centrés sur les collections et les méthodes d’analyse des sources, les ateliers ou visites proposés devraient faire écho aux pro­grammes où l’éducation aux médias et à l’information prend une part non négligeable. Ce sera là aussi l’occasion d’expérimenter de nouveaux dispositifs, en faisant participer les étudiants à l’accueil du jeune public.

Quant au grand public, s’il n’est pas un inconnu – sept décennies d’expositions annuelles ont permis d’acquérir une expé­rience certaine –, La contemporaine compte bien l’attirer par sa nouvelle offre culturelle, ses expositions, son musée, ses conférences, ses visites et ses ateliers, comme ceux pro­posés dès cette année dans le cadre de l’Université permanente de Nanterre. En s’ancrant dans le paysage culturel de l’Ouest parisien, La contemporaine part également à la rencontre d’un nouveau public de proxi­mité : curieux de Nanterre et des alentours, de la Seine-Saint-Denis aux Yvelines.

Ces jours-ci, l’atmosphère est fébrile, les équipes sont sur le pont pour parachever les préparatifs : derniers accrochages, déploie­ment des périodiques en salle de lecture, mises à jour du site Internet et de la docu­mentation. En ce mois d’octobre, les premiers visiteurs pousseront les nouvelles portes de La contemporaine. Ils sont attendus avec un peu d’appréhension, mais beaucoup d’enthousiasme. Habitués et nouveaux visi­teurs seront, on l’espère, au rendez-vous !

1 https://www.youtube.com/watch?v=WNkuVuLzNlQ

Notes

1 https://www.youtube.com/watch?v=WNkuVuLzNlQ

Illustrations

 

 

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© Laure Ohnona pour La contemporaine

 

 

© Laure Ohnona pour La contemporaine

References

Bibliographical reference

Salomé Kintz, « Un nouvel écrin pour La contemporaine », Arabesques, 103 | 2021, 20-21.

Electronic reference

Salomé Kintz, « Un nouvel écrin pour La contemporaine », Arabesques [Online], 103 | 2021, Online since 10 novembre 2021, connection on 05 décembre 2021. URL : https://publications-prairial.fr/arabesques/index.php?id=2720

Author

Salomé Kintz

Responsable de la communication

salome.kintz@lacontemporaine.fr

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