Richelieu : les portes s’ouvrent sur l’art et l’histoire

DOI : 10.35562/arabesques.288

p. 22-23

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Le 15 décembre 2016, après des décennies de débats et de travaux, le site Richelieu accueillait le public dans ses magnifiques espaces rénovés. Abritant depuis plusieurs siècles la Bibliothèque nationale, il réunit désormais la Bibliothèque nationale de France, l’Institut national d’histoire de l’art et l’École nationale des chartes. Visite d’un lieu historique entièrement repensé.

Ce campus d’un genre unique se veut outil documentaire, scientifique et culturel dédié à l’art, à son histoire et au patrimoine. Il ambitionne d’être un cadre de travail exceptionnel pour les chercheurs et, dans le même temps, ouvert à un public plus large désireux de découvrir ce site et ses collections. L’origine du projet remonte à la fin des années 1980. En 1988, François Mitterrand annonce une future « Très Grande Bibliothèque ». Cette décision entraîne la création de la BnF, qui depuis héberge les Imprimés sur son site de Tolbiac. La question de l’avenir du site Richelieu, vidé d’une grande partie de ses collections, se pose alors. Plusieurs scénarios sont envisagés. Il est finalement décidé d’y réunir les départements spécialisés de la BnF, la bibliothèque de l’INHA et celle de l’ENC. Si chaque institution reste autonome, elles entament une réflexion sur l’accueil des publics, la politique documentaire, culturelle et scientifique, et les modalités de fonctionnement au sein d’un espace qu’elles seront amenées à partager.

Sur le passé glorieux passe un souffle nouveau

Ce site est exceptionnel. Son histoire est à la fois celle de la Bibliothèque nationale et de la richesse de ses collections, mais aussi un ensemble patrimonial au sein duquel a oeuvré une succession d’architectes qui ont tour à tour embelli, rationalisé, modifié, densifié, modernisé, modelé les espaces afin de répondre aux différents usages selon les époques. Mais ce passé prestigieux a son revers : à la fin des années 1990, l’endroit est devenu vétuste. Les conditions de sécurité et de conservation ne sont plus assurées. Les circulations sont malcommodes, les bureaux, étroits, et l’accueil du public, malaisé. Le bâtiment n’a jamais connu de rénovation d’ensemble depuis le XIXe siècle et ne correspond plus aux besoins des utilisateurs.

C’est pourquoi un projet de rénovation du site est lancé. Il s’agit non seulement de redéfinir les espaces, mais aussi de leur donner un nouveau souffle, un nouveau destin.

S’ouvre alors une période d’études de programmation préalables (2000‑2006). Si, dès 1998, la salle Labrouste est attribuée à l’INHA, alors encore en gestation, la question du partage des lieux entre les institutions est difficile. Malgré le départ des Imprimés de la BnF, la place manque vite. Il faut rogner sur les espaces d’exposition ou de stockage. En parallèle s’élaborent aussi les grands principes d’organisation des travaux. La BnF souhaite être toujours ouverte au public. Un plan en deux phases est donc conçu. Le site est coupé en deux zones. Tandis que la zone 1 sera en chantier, la zone 2 accueillera l’ensemble des activités du site, et réciproquement.

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© Jérôme Delatour / INHA, décembre 2016

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© Olivier Ouadah / INHA, juin 2016

15 étages de chantier près des salles de lecture

En 2006, une convention permettant de lancer le chantier est signée entre les ministères de la Culture et de l’Enseignement supérieur. L’Opérateur du patrimoine et des projets immobiliers de la culture (OPPIC) pilote les travaux. Le budget alloué est de 232 millions d’euros. En 2007, l’agence des architectes Bruno Gaudin et Virginie Brégal est choisie. Les parties classées de la zone 1 sont confiées aux architectes des monuments historiques Jean‑François Lagneau et Patrice Girard. En 2009, le projet de rénovation est validé par les tutelles et le permis de construire, déposé. En 2010, la zone 1 est vidée de ses occupants : bibliothécaires et collections se resserrent dans la zone 2 ou partent provisoirement sur d’autres sites. Le chantier peut débuter. Il commence en 2011 par la mise en place d’une paroi coupe‑feu entre les deux zones, créant, pour plusieurs années, deux mondes voisins, mais totalement étanches : d’un côté, un chantier de plus de 30 000 m2 sur 15 niveaux, abritant plus de 200 ouvriers de tous les corps de métiers ; de l’autre, la vie presque habituelle des salles de lecture de la BnF et de l’INHA. Cette première étape est prévue pour durer deux ans, il en faudra cinq. Malgré les difficultés, le chantier avance et permet de faire des découvertes sur l’histoire du site à mesure que le bâtiment se dévoile. Au printemps 2016, l’OPPIC livre la zone 1 à la BnF. La commission de sécurité donne son feu vert. Les trois institutions peuvent enfin s’installer. La BnF et l’INHA, dont les espaces sont interdépendants, décident de rédiger ensemble un marché de transfert. Il s’agit de déménager 50 km linéaires de collections et 300 agents, dans un délai incompressible de neuf mois. Un planning serré est établi, tandis qu’en parallèle, les équipes de chaque institution mènent de front la préparation des collections et le maintien de l’activité. L’École des chartes, de son côté, planifie le déménagement de sa bibliothèque – encore abritée à la Sorbonne – pour la fin de l’année 2016 (la livraison des rayonnages neufs a pris du retard). Pour l’INHA et la BnF, le transfert commence en août. Les salles de lecture ferment en septembre (INHA) et octobre (BnF), pour rouvrir aux lecteurs en zone rénovée, le 15 décembre 2016. En coulisse, les chaînes de transferts continuent jusqu’à la fin du mois de mars 2017. La bibliothèque de l’École des chartes, quant à elle, ferme le 15 octobre 2016, pour rouvrir le 6 mars 2017. Le site a été inauguré le 11 janvier 2017 par le président de la République. Les trois institutions ont, à cette occasion, organisé un week-end portes ouvertes : plus de 14 000 personnes s’y sont pressées, prêtes à patienter deux heures et plus pour voir ou revoir ces bibliothèques.

Heureux rapprochement

Désormais voisines, les bibliothèques de l’École nationale des chartes et de l’Institut national d’histoire de l’art sont vouées à tisser des collaborations nouvelles. Les équipes des deux institutions disposent en effet de bureaux à proximité immédiate et de plusieurs espaces partagés, à savoir une salle de détente et deux ateliers, au sein desquels travaillent les personnels de l’atelier de reliure et de restauration de l’INHA ainsi que la restauratrice de l’ENC. Certaines orientations similaires de leur politique de services tendent déjà à rapprocher les deux bibliothèques. En particulier, la priorité donnée au libre accès est au cœur de chaque projet ; dans les deux cas, celle-ci s’est appuyée sur une importante réorganisation des collections et sur la mise en place d’une signalétique claire et lisible, faisant apparaître les ensembles thématiques – les deux bibliothèques ont à cet effet travaillé avec le même signaléticien. L’INHA et l’ENC ont également profité de la rénovation du bâtiment pour moderniser leurs équipements et offrir de nouveaux services aux lecteurs. Les salles de lecture disposent désormais de places de travail équipées de prises électriques et connectées, y compris en wi‑fi, et de nouveaux matériels de reprographie et de numérisation en libre‑service.

Circulez, il y a tout à lire !

Une complémentarité existe également entre les collections, puisque la bibliothèque de l’ENC dispose de collections en histoire de l’art et en archéologie, particulièrement pour la période médiévale en France, au titre des enseignements dispensés par l’École dans ces deux disciplines, sans toutefois prétendre au niveau d’exhaustivité pratiqué à la bibliothèque de l’INHA. Il est donc prévu d’instaurer une véritable coopération documentaire, afin de mieux articuler les acquisitions et la politique de conservation des deux bibliothèques. Ce rapprochement ouvre également la voie à des projets communs de valorisation, à commencer par les collections de l’historien de l’art médiéval Léon Pressouyre (1935‑2009), dont les archives ont été données à l’INHA, tandis que la bibliothèque a été attribuée à l’ENC. Au-delà de cette proximité évidente, le projet de rénovation du site Richelieu prévoit l’ouverture d’une circulation entre les deux bibliothèques, rendue possible par la création d’une porte entre le magasin central de l’INHA et la salle de lecture de la bibliothèque de l’ENC au rez-de-chaussée. Cette porte, actuellement réservée à l’usage des seuls personnels, devrait être ouverte au public au terme d’une réflexion sur l’impact de cette ouverture en termes de flux de lecteurs et de collections et sur la nécessaire adaptation des infrastructures techniques (systèmes antivol, SIGB, etc.). La création d’une circulation nouvelle pourrait également déboucher sur l’association de l’ENC au dispositif de carte commune qui existe désormais pour les lecteurs de l’INHA et de la BnF.

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Cliche Jérôme Delatour / INHA, décembre 2016

Illustrations

© Jérôme Delatour / INHA, décembre 2016

© Olivier Ouadah / INHA, juin 2016

Cliche Jérôme Delatour / INHA, décembre 2016

Citer cet article

Référence papier

Camille Dégez-Selves et Anne-Elisabeth Buxtorf, « Richelieu : les portes s’ouvrent sur l’art et l’histoire », Arabesques, 85 | 2017, 22-23.

Référence électronique

Camille Dégez-Selves et Anne-Elisabeth Buxtorf, « Richelieu : les portes s’ouvrent sur l’art et l’histoire », Arabesques [En ligne], 85 | 2017, mis en ligne le 18 juin 2019, consulté le 19 octobre 2021. URL : https://publications-prairial.fr/arabesques/index.php?id=288

Auteurs

Camille Dégez-Selves

Directrice de la bibliothèque de l’École nationale des chartes

camille.degez-selves@enc-sorbonne.fr

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Anne-Elisabeth Buxtorf

Directrice de la bibliothèque de l’Institut national d’histoire de l’art

anne-elisabeth.buxtorf@inha.fr

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