Accompagner la professionnalisation des étudiants-chercheurs en psychologie

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Au fil des années les voies d’accès à la professionnalisation au sein de l’enseignement supérieur se sont diversifiées. En Psychologie cette évolution prend une coloration particulière puisque ce n’est pas seulement le diplôme qui est en jeu, mais le titre de Psychologue.

Les voies d’accès au titre de Psychologue, à côté de l’École des Psychologues praticiens, furent successivement le DPP (Diplôme de Psychologie Pratique) puis le DESS (Dipôme d’Études Supérieures Spécialisées) puis, dans la nouvelle nomenclature, le M2 Pro (Master 2 Professionnel).

Le M2 Pro s’obtient généralement après un concours d’entrée sélectif situé entre la première et la deuxième année de Master. Il consiste en une année de formation comprenant des stages d’une durée importante (de 200 à 300 demi-journées) et une validation par examens sur table et/ou mémoire. Le M2 Pro peut également être obtenu par Validation des Acquis de l’Expérience (VAE) qui, suite à un accompagnement et un écrit, est reconnue (ou non, ou partiellement) devant un jury paritaire de professionnels et d’universitaires réuni sous la présidence du Responsable des Masters.

À l’issue du M1, un certain nombre d’étudiants choisit de s’engager dans un M2 Recherche (M2 R). L’entrée en M2 R est soumise à un concours impliquant une présentation de dossier et une décision finale en jury. Les étudiants qui s’engagent dans cette voie se répartissent en deux catégories : soit ils privilégient la dimension de la recherche, soit leur candidature n’a pas été retenue en M2 Pro. Le M2 R ne donne cependant pas accès au titre de Psychologue.

Il est possible de s’engager dans un M2 Pro après avoir obtenu un M2 R. Le Département de Psychologie clinique a mis en place une « passerelle » qui allège la procédure pour les étudiants concernés. Ils doivent présenter un dossier de candidature et passer un entretien, mais ils sont « hors concours », étant sélectionnés en février quand les autres sélections ont lieu en juin-juillet. De plus, durant l’année du M2 Pro, ils ne font qu’un stage, le stage obligatoire de M2 R étant pris en compte.

L’arrêté du 19 mai 2006 (Ministère de l’Éducation Nationale, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, JO du 27 juin 2006) ouvre une nouvelle possibilité de professionnalisation. Cet arrêté prévoit, dans l’année qui suit la réussite au M2 R, qu’il est possible de faire un stage de 500 heures qui donne lieu à validation par un mémoire. Le M2 R et la validation de ce stage permettent d’obtenir le titre de Psychologue.

Cet arrêté a entraîné de nombreux débats dans la profession, car il permet de devenir psychologue sans suivre la formation professionnalisante classique. En effet, si le M2 Pro comprend des stages encadrés, il comprend aussi des heures de cours, des heures de tutorat et de groupe d’élaboration de la pratique et de l’identité professionnelle.

Dans l’obligation de mettre en place cette nouvelle voie d’accès à la professionnalisation et dans un souci d’insertion professionnelle des titulaires d’un M2 R, l’Université Lumière Lyon 2 et la Commission Pédagogique de l’Institut de Psychologie ont proposé un dispositif qui accompagne au mieux ces étudiants. Ce dispositif rencontre toutefois une limite importante puisqu’aucun moyen pédagogique n’est pour le moment affecté à la réalisation de cette nouvelle charge par le ministère, ni par l’Université.

Le dispositif de stage professionnalisant s’adresse à tous les titulaires d’un M2 R délivré par l’Institut de Psychologie, que ce soit en psychologie du travail, psychologie sociale, psychologie clinique, psychologie de la santé, psychologie du développement, psychologie du handicap, psychologie du vieillissement, psychologie de l’interculturalité, ou psychologie cognitive et neuropsychologie.

L’étudiant titulaire d’un M2 R dispose d’une année après l’obtention de son diplôme pour réaliser un stage de 500 heures, rédiger un mémoire et le soutenir devant un jury.

La procédure mise en place ces dernières années se déroule en plusieurs étapes. L’étudiant trouve lui-même son stage et prend contact avec le Psychologue Praticien Référent (PPR) qui doit posséder le titre de psychologue depuis au moins 3 ans. Simultanément, il présente une demande écrite au Responsable des Masters ainsi qu’une lettre de motivation. Il est reçu en entretien individuel et le Responsable des Masters évalue la cohérence du projet. Le candidat doit également solliciter un enseignant au sein de la spécialité concernée qui l’accompagnera dans la réalisation du document final. Il doit aussi obtenir l’accord du responsable de la spécialité qui, en fonction du dossier et du parcours de l’étudiant, accorde ou pas son autorisation. À la rentrée 2013-2014 il s’agira de l’accord du responsable du M2R dont provient l’étudiant et de celui du M2Pro visé. Lorsque l’ensemble de ces accords est présenté, le Responsable des Masters signe l’autorisation de s’inscrire en Stage Professionnalisant.

Ces différents étages de signatures (PPR, Enseignant tuteur, Responsable de Spécialité et Responsable des Masters) ont une double fonction. D’une part, ils mettent à l’épreuve la volonté du candidat pour s’engager dans cette voie et ils impliquent plusieurs enseignants dans l’engagement de professionnalisation. D’autre part, ils mettent le candidat à l’abri de positions personnelles de certains enseignants qui pourraient systématiquement barrer l’accès au stage professionnalisant. L’ensemble de ces signatures implique l’institution en tant que collectivité.

Dans ce dispositif de formation, il ne s’agit pas seulement de faire un stage, mais de passer d’un positionnement de type recherche à un positionnement de type professionnel. L’accompagnement de l’étudiant est multiple : il est suivi par le maître de stage sur le terrain (PPR) et par le tuteur universitaire. Au fil du temps, cet accompagnement s’est avéré insuffisant.

Dès sa prise de fonction en 2008, Alain Ferrant a mis en place un groupe de réflexion mensuel qui réunit tous les étudiants (entre dix et vingt par an) engagés dans un stage professionnalisant, quelle que soit la spécialité dans laquelle ils s’inscrivent. Ce groupe est également ouvert aux tuteurs universitaires, s’ils le souhaitent.

À la fin du stage, l’étudiant soutient son écrit devant un jury composé du maître de stage (PPR), du tuteur universitaire et du Responsable des Masters de l’Institut de Psychologie. Il s’agit de rendre compte du passage entre recherche et professionnalisation et de l’articulation entre les deux. Il s’agit aussi de s’interroger autour de questions éthiques rencontrées au cours du stage. Enfin, on attend du candidat qu’il sache non seulement utiliser les outils propres à sa spécialité, mais aussi les interroger et d’en repérer les limites. Ceci se réalise en rendant compte d’expériences faites durant cette année dans la rencontre avec une institution, des équipes, une population ainsi que des compétences acquises, des projets d’insertion professionnelle et de formations complémentaires.

Au terme de la soutenance, le stage professionnel est validé (ou non) et le candidat peut s’adresser à l’ARS pour obtenir le titre de Psychologue et le numéro ADELI.

Au cours de l’exercice 2008-2012, il y a eu deux refus de validation au terme du jury, six demandes non validées par l’un ou l’autre des enseignants concernés et une vingtaine par abandon du candidat. Il y a eu enfin de nombreuses demandes auxquelles il n’a pas été donné suite dans la mesure où elles étaient hors délais.

Ce dispositif ayant fait ses preuves, il est également mis en place dans l’accompagnement des étudiants titulaires d’un diplôme de Psychologue délivré dans un pays étranger. Ces étudiants s’adressent d’abord à la commission des diplômes au ministère de l’Éducation nationale qui leur demande de réaliser un stage si leur formation initiale n’en comporte pas ou si la durée de stage est insuffisante.

Le groupe d’accompagnement du stage professionnalisant, qui est un dispositif original propre à l’Institut de Psychologie, a pour objectif de repérer et d’élaborer les situations rencontrées au cours du stage qui posent question sinon problème. La principale richesse de ce groupe tient au fait qu’il décloisonne les spécialités. La logique des différents parcours de Masters (nonobstant quelques éléments pédagogiques transversaux) conduit en effet à ce que les étudiants de Master (davantage en M2 qu’en M1) ne fréquentent que les étudiants qui suivent le même parcours. Cet enfermement produit des effets fantasmatiques plus ou moins marqués quant aux contenus de la formation des autres et peut générer une hiérarchisation imaginaire des formations.

Durant le groupe, sur fond de prise en compte des écarts réels entre les pratiques et les référentiels théoriques des étudiants (entre cliniciens et neurospychologues, entre psychologues du travail et psychologues interculturels, entre autres), plusieurs questions ressortent et surtout plusieurs dimensions communes peuvent être dégagées. On repère chaque fois une tension entre la position de chercheur et la position professionnelle (et ce d’autant plus que pour certains le terrain de stage est le même). La gratification du stage, qui demeure un enjeu problématique sur un certain nombre de terrains, est toujours très délicate à négocier. Enfin, l’écart entre les représentations et les réalités rencontrées, le rapport au maître de stage parfois décevant, parfois idéalisé, parfois relancé par la qualification recherche du stagiaire accueilli, constitue le lot commun des différentes spécialités. Au cours des discussions, c’est cependant la représentation du psychologue et la spécificité de son objet – globalement ce qui se passe dans la tête de l’individu et/ou ce qui circule entre les individus – qui jouent un rôle fédérateur identitaire.

Le stage professionnalisant fait porter au seul lieu de stage les apports relatifs aux outils et aux techniques du psychologue. Il fait aussi ressortir le besoin, pour toute pratique, de s’articuler à la recherche, que celle-ci opte pour une inscription universitaire ou qu’elle soit interne à l’institution d’exercice.

Pour conclure, il importe de souligner que le modèle de la professionnalisation des psychologues est un chantier ouvert. Si longtemps la différence entre recherche et professionnalisation a prévalu, la VAE et surtout le stage professionnalisant ont ouvert des ponts, des passages entre les deux. Il n’est pas sûr (cela se fait déjà à certains endroits, pour d’autres disciplines où ne se pose pas la question du titre) que la différence Master 2 R et Master 2 Pro demeure dans les futures maquettes des diplômes. Il est possible, ce qui lèverait la distinction, qu’un jour il y ait un doctorat d’exercice, comme cela se fait depuis bien longtemps en médecine, comme cela se fait dans différents pays, dont le Canada.

Ceci permet de souligner que s’il y a des différences à maintenir quant aux positionnements de chercheur et de praticien, il y a aussi enrichissement, et nécessaire circulation, entre pratique professionnelle et recherche selon des modèles qui peuvent innover dès lors qu’ils gardent pour préoccupation la qualité de la formation, la déontologie et l’éthique tant de la formation que de la recherche et de la pratique.

References

Bibliographical reference

Jean-Marc Talpin and Alain Ferrant, « Accompagner la professionnalisation des étudiants-chercheurs en psychologie », Canal Psy, 106 | 2013, 24-25.

Electronic reference

Jean-Marc Talpin and Alain Ferrant, « Accompagner la professionnalisation des étudiants-chercheurs en psychologie », Canal Psy [Online], 106 | 2013, Online since 26 novembre 2020, connection on 28 novembre 2021. URL : https://publications-prairial.fr/canalpsy/index.php?id=1634

Authors

Jean-Marc Talpin

Professeur de psychologie clinique, responsable des Masters de l’Institut de psychologie de l’Université Lumière Lyon 2. Il succède à Alain Ferrant qui a occupé ce poste jusqu’en septembre 2012.

By this author

Alain Ferrant

Professeur émérite, responsable des Masters de l’Institut de psychologie de 2008 à 2012