Exploration lexicale de « l’entre-deux » : imaginaire de la langue et topique de la pensée

Lexical Exploration of the In-Between: Linguistic Imaginary and Mind’s Topic

DOI : 10.35562/iris.1354

p. 15-33

Abstracts

Associé à l’instabilité et à l’insaisissable, mais aussi aux liens et contacts multiples (entre deux peuples, deux cultures, deux phénomènes), le concept d’entre-deux semble échapper à toute définition construite sur des oppositions binaires. Il figure parmi les notions à la mode. Nous semblons innover « entre ». L’« entre-deux » nous intéresse comme image heuristique. Parce que le lexique est source de questionnement, laboratoire ou observatoire de nos imaginaires, nous proposons ici une exploration lexicale de cet « entre-deux ».

Elusive, associated to the instability, but also to multiple relationship and contacts (between two nations, two civilizations, two subjects), the concept of in-between seems to decline any definition built on binary oppositions. This notion is in fashion. It seems that we innovate “between”. The in-between interests us greatly as metaphor and heuristic image. Because the vocabulary originates questions, and appears as a laboratory or an observatory of ours imaginaries, we want to explore the vocabulary of the in-between.

Index

Mots-clés

imaginaire linguistique, logique alternative et relationnelle, espace transitionnel, champ de forces, tension, arbitrage, atopos, vide créatif

Keywords

linguistic imaginary, alternative logic and connection, transitional space, magnetic field, tenseness, arbitration, atopos, creative empty space

Outline

Text

« Bifurquant au cours d’une tempête, l’éclair — qui gouverne l’univers et la pensée — décharge son énergie entre deux pôles. Entre ? Ce mot-clef ouvre un espace-temps exemplaire et particulier, intermédiaire, ensemencé, comme il sied, d’obstacles et de passages, un champ d’énergie traversé de messages et de messagers, un paysage […] Les prépositions organisent et gouvernent l’espace-temps avant qu’une géodésique ne s’y trace ; comme si elles indexaient un pré-espace, avant tout itinéraire possible. Elles modèlent la langue, elles sculptent les choses du monde, elles me constituent. Je […] pense et vis entre. Bien nommées, les pré-positions précèdent et le mouvement et la position […], précieuse boîte à outils de potentialités […]. Entre vient de en, dedans, à l’intérieur, et de trans, à travers, dehors, ailleurs. […]. En reste vers l’interne et trans va vers l’externe ; elle désigne donc cette singularité spatiale, ce fermé-ouvert, cette topologie paradoxale, ramifiée, tout en bifurcation, gauchère, boîteuse […] Entre mélange l’immanence à la transcendance. »
Michel Serres
(Le gaucher boîteux, 2015, p. 126, 127, 159, 163)

Nous nous proposons une exploration du lexique de l’entre, à une époque où nous nous situons dans un entre-deux, là où les repères s’effacent et évoluent les paradigmes scientifiques. L’humanisme classique se délite, sous la pression des technosciences qui rêvent d’un sujet corporellement élargi, « trans-humain », aux nouvelles fonctionnalités. Coupés de nos ancrages (remise en cause du sujet épistémologique), confrontés à un déracinement symbolique, nous sommes en train de passer sur une autre rive. Et face à elle, pris dans un courant, nous nous sentons parfois à la dérive. Fruit d’une époque inquiète, dé-territorialisée et d’une « société liquide » (Bauman, 2006), la recherche à son tour est en quête d’un nouvel ancrage. C’est dans ces périodes et espaces intermédiaires (la dimension temporelle de l’entre serait à étudier aux côtés de l’approche spatiale) que l’on peut espérer trouver l’imaginaire en travail.

Cette exploration lexicale sur l’entre-deux rives nous amènera sans doute à la nécessité de réviser nos catégories de l’inscription ; elle nous place d’emblée dans une dynamique transformante, une tension non résolue, où la pensée refuse ce qui ramène le même au même. Le champ lexical présuppose des ré-élaborations imaginaires constantes, des adaptations, et postule qu’il y a du créatif dans l’entre-deux, car de l’altérité et du nouveau.

Il ne s’agit pas d’une classification, où chaque terme s’inscrirait dans un groupe et un seul, mais d’un inventaire d’images associées à ce champ lexical (entre-deux, intervalle, interstice, entrevision, entrelacs), rendant parfois poreuses les frontières entre ce qui relève de l’écart et ce qui appartient à l’intersection.

Nous voulons déplier ce qui, à notre insu, — dans l’usage d’un terme à la mode, dans l’étymologie ou le choix de tel préfixe préféré à tel autre (préfixes si voisins qu’ils en deviennent presque interchangeables : entre ou inter) —, est entrelacé, imbriqué, et finit par passer inaperçu sous les mots galvaudés que nous utilisons sans plus les interroger. Dans l’entre, se produisent des entrecroisements, mais aussi des interpénétrations. Est-on conscient de ce que ces différences de préfixe engagent dans l’imaginaire ? On se demandera par exemple pourquoi les théoriciens ont préféré le concept d’interculturalité au néologisme écarté d’entre-culture. L’interculturel pose d’emblée l’a priori du commun et de la mutualité, au-delà du seul contact des langues et des cultures. La notion véhicule le postulat d’une nécessaire harmonie. Et cette euphorie de la quête communautaire souvent occulte la nature conflictuelle des rencontres. Plus neutre, le terme de contact est aujourd’hui plébiscité par les défenseurs de l’interculturel, car pouvant être amoureux ou violent. La question se pose : doit-on envisager comme a priori l’idée de la communauté ? Peut-être y a-t-il tout au plus un « intelligible commun » (Jullien, 2012, p. 61) compréhensible, car appréhendé dans l’espacement et l’écart. Quand les mondialistes entonnent le chant du métissage, c’est avec un parti pris mixophile ; mais n’est-ce pas oublier que le mot de métissage s’entend de deux façons : l’hybridation réussie d’une part (des fils se croisent sur une trame, donnant un récit harmonieux), et le mé-tissage ou mauvais tissage, apportant disharmonie et conflit (un entrecroisement de fils qui cette fois inquiète, du point de vue de la tradition).

Le lexique est assurément source de questionnement : laboratoire ou observatoire de nos imaginaires. Nous croyons avec Durand au « réservoir énergétique du verbe et de la langue » et reconnaissons avec Nietzsche qu’il n’y a pas de connaissance intrinsèque sans métaphore.

L’entre-deux conteste la logique binaire sur laquelle se sont construites la plupart de nos représentations, générant cloisonnements, hiérarchie et discrimination. Paradigme nouveau, « concept privilégié par la critique universitaire de ces dernières années » (Ionescu, 2010, p. 4), il induit un espacement, tierce voie ou tiers-lieu, l’instabilité d’une filiation, l’écart d’un intervalle. « Les peintres l’exhibent, nos pratiques le traversent, maints messages y circulent, l’Univers le déploie, la mathématique l’expose et l’explore. » (Serres, 2015, p. 158) S’il continue à postuler la bipolarité à travers les deux rives, ce vocable (renvoyant à la dimension de l’entre qui sépare) se focalise sur le fleuve, si essentiel, qui, parce qu’il n’appartient ni à l’une ni à l’autre des rives, peut faire travailler chacune d’entre elles. L’entre-deux n’est pas fusion indifférenciée de deux pôles, mais attestation d’un espace de médiation irréductible entre les deux. Caractère de ce qui ne peut être défini dans l’opposition des contraires ou des différences, l’entre-deux ne dissout pas les bords, il les met en relation, lieu d’une dia-lectique. Là où certains ne perçoivent l’articulation que sur le mode de la conciliation avec tout ce qu’elle a de potentiellement mortifère et entropique (volonté d’osmose), d’autres y voient une mise en tension des contraires, se refusant à la résorption des écarts. Convient-il (à l’instar du philosophe Jullien) de repenser l’écart, de dégager de l’entre pour faire « émerger de l’autre » et du nouveau, de voir dans « le tiers-espace : une pensée de l’émancipation », un opérateur de créativité, attention accordée aux totalités mouvantes ? L’entre-deux, tout à la fois « césure de la rivière » et « lien du pont » (Serres, 2015), obéit à une logique dilemmatique et alternative. S’il y a incontestablement un imaginaire de l’entre-deux (réserve d’images), nouvelle topique culturelle (susceptible de réinventer la cartographie des savoirs, de redessiner les frontières disciplinaires), pouvons-nous pour autant postuler que ce qui œuvre dans l’entre-deux correspond au travail de l’imaginaire ?

La tentation est grande, si l’on entend par imaginaire un univers duel, « mixte de réalité et d’irréalité », si on le définit dans une logique relationnelle, non comme un corpus (collection d’images additionnées), mais plutôt comme une articulation dynamique et un réseau, entre bios, social et sacral. La spécificité du rêve, remarque Castoriadis, est qu’il n’est « ni dedans ni dehors, mais qu’il abolit — dans et par son mode d’être — le “dedans” et le “dehors” qui ne sont réintroduits que pour autant précisément que l’on reste prisonnier d’une philosophie de la conscience » (1981, p. 189). L’onirisme met en question les confins et les séparations, préférant l’entre-deux et l’entrelacement. Certaines citations d’artistes et de théoriciens de l’imaginaire invitent à voir dans l’atopos de l’entre un vide productif et une image heuristique, dans les espaces intermédiaires des intermondes ouverts au surréel et à l’imaginal, et au centre des carrefours (point d’indétermination et d’indécision, où circule Hermès, le messager) le champ des possibles et l’avènement du nouveau. Poésie de l’intervalle, chant du vide et du blanc, apologie du « ni ni », autant d’images matricielles qui repensent l’écart et postulent la dynamique créatrice de l’entre, champ de force, lieu de résonance, espace de travail. Léonard de Vinci ne conseillait-il pas aux peintres en déficit d’inspiration devant la nature de « regarder d’un œil rêveur les fissures d’un vieux mur ? » (Bachelard, 2013, p. 136). Et Bachelard d’inviter à « trouver le cosmos de l’entrouvert » ou à voir dans les images les plus belles, des « foyers d’ambivalences ». Caillois (1987), lui, assimilait le mythe à une « dialectique d’interférence » ; Durand (1996) faisait de l’imaginaire un « entre-savoir » ; Serres se veut le chantre d’un « pays transitionnel », « pays des formes et des métamorphoses » (2015, p. 137), faisant de la philosophie une « traversée » et du territoire de « l’entre » « un creuset de transformations ou de morphismes », « topologie doublée d’une énergétique ». Pour lui, assurément, nous innovons entre, l’espace de la pensée se situe entre, la puissance naît entre. Il nous rappelle que « l’énergie coule de deux sources : haute et basse, voici la cascade ; chaude et froide, voilà le moteur thermique ; pôle plus et pôle moins, différence de potentiel, voilà l’électricité. La puissance jaillit de l’écart ». « Amoureux ou physique, un coup de foudre provient toujours d’un court-circuit entre deux pôles opposés. Issues d’une même mise en relation, une intuition, une invention claquent et brillent comme « […] l’éclair dont Héraclite a dit qu’il gouverne l’univers » (2015, p. 129). Sans l’écart ni l’abîme de la séparation, aucune parole ne serait possible, déclare Blanchot (2012). Intervalle créateur ! Blanc structurant pour Mallarmé ! L’armature intellectuelle du poème se dissimule et tient dans l’espace qui isole les strophes, parmi le blanc du papier : significatif silence qu’il n’est pas moins beau de composer, que les vers eux-mêmes. Il faut de l’air entre les vers, de l’espace, toute une page de blanc ; oscillation adroite entre promiscuité et vide, la brochure doit être placée entre les yeux et la mer. La poésie « s’entrevoit ». Tout dans la création mallarméenne devient suspens, disposition fragmentaire avec alternance et vis-à-vis. Quant au poète de l’Alpha-Parole (Roubaud), il flaire la « craquelure où jaillira l’incandescence » (Rahmi, 2003).

La préposition entre : Serres la dit « explosive », Jullien « exploratoire ».

Elle signifie : au milieu de deux choses, à l’intérieur de cet intervalle […], mais se composant d’un en ou dans et d’un second élément, signifie transport, traversée, traduction, actions de transiter, de transformer, voire de trépasser. Entre signifie donc à la fois — quelle bombe ! — un mi-lieu et tout le milieu, fleuve et mer, ici et parmi, une singularité particulière et l’universel, immanence et transcendance… Rien de plus discret, invariant, monosyllabique, rien de plus minuscule et doux que ce mot-là, et voilà qu’il remplit l’Univers ! (Serres, 2015, p. 175)

Désormais, en ce début de siècle, où l’on s’attache à l’intergénérationnel, l’international, l’intérim, l’entre-prise, l’entre-tien, l’interface, où l’on conceptualise l’intermédialité, l’interartialité, ou l’intergénéricité…, « il n’y a plus tant à penser l’être, qu’à penser l’entre, et cela dans des champs si divers » (Jullien, 2012, p. 64).

Cette exploration lexicale, encore à ses prémisses, repère six micro-constellations, autour desquelles s’organise le vocabulaire de l’entre-deux :

  • les images du cadrage (voire de la frontière) : image matricielle et épistémologique de l’intervalle ou de l’interstice ;

  • le vis-à-vis ou les deux rives (image que j’ai de l’autre à travers la brume de l’écart) : (visage/vision ; envisager/dévisager ; imaginer l’autre, projection, imagologie, réflexivité) ;

  • la problématique du lien : lacets de l’entrelacs, interaction ;

  • la question du passage, de l’à-travers et de l’au-delà, travail qui s’effectue d’une rive à l’autre : le « trans » (migration, transhumance, traduction, translation, transposition, transplantation, transfiguration, transition, transitionnel, transitif, transmission, transgénérationnel, transcendance, transsexualisme, la question du genre, la tension, cette énergie de l’entre, transformateur électrique ou générateur de puissance), ce que Jullien se propose de repenser : « l’entre-deux du flux », « l’indistinct de la transition », le « tao, voie de viabilité » ;

  • une approche de la médiation (médium, intermédiaire, agent de liaison, metaxu, passeur, milieu) ;

  • la béance ou le suspens (cet entre qui inquiète ; l’antre ou le ventre de l’entre : abîme, déchirure, rivage d’inconnaissance, avec l’angoisse et la dysphorie qui génèrent la quête du savoir, moments blancs du traducteur ou du poète, temps du doute méthodique de Descartes).

On peut voir là une tentative de cadastrage du réel, repérage des topologies ou topos de l’imaginaire de l’entre, la question des rapports entre imaginaire et modernité se plaçant sur un plan souvent spatial.

L’entre-deux : acception et usages de la langue

L’entre-deux est une expression plutôt floue, passe-partout et d’ailleurs assez rebattue. On sent bien qu’on peut lui faire dire à peu près n’importe quoi, si l’on ne prend pas le temps d’en préciser le sens autant que le statut heuristique. L’expression fait l’objet d’une variation orthographique non sans implication signifiante. On songe à l’orthographe rectifiée (entredeux) qui supprime le tiret, effaçant la distance que postule la graphie traditionnelle au profit d’une écriture fusionnelle.

De zone frontalière à zone contact

Dans le dictionnaire, l’entre-deux tantôt désigne la « partie ou place qui forme séparation entre deux choses1 », tantôt renvoie à ce « qui est au milieu de ces deux choses avec lesquelles il a relation ou contiguïté ». Une première acception analyse l’entre-deux en termes de coupure, comme une frontière établissant des différences en clôturant des entités, ligne de démarcation ou partition institutrice de limites. La seconde définition, loin de surévaluer la dynamique de différenciation posée par toute séparation, voit dans l’entre-deux une zone de contact (contiguïté, mitoyenneté) associée à une dynamique de l’échange. Elle postule une relation. Elle renvoie à un espace ouvert réalisant une médiation entre deux ensembles en contact. On se dirige vers une conception de l’entre-deux conforme à la définition du psychanalyste Sibony :

[…] une forme de coupure-lien entre deux termes, à ceci près que l’espace de la coupure et celui du lien sont plus vastes qu’on ne croit ; chacune des deux entités a toujours déjà partie liée avec l’autre. La différence apparaît comme un entre-deux trop mince, elle coupe là où c’est la coupure même qui ouvre l’espace d’un nouveau lien. (2003, p. 11)

L’entre-deux invite dès lors à établir des rapports, connexions plutôt que différences réductrices.

Du médian à l’intermédiarité

Souvent le mot « entre-deux » vient à exprimer un degré moyen. « L’homme entre deux âges », mis en scène par Jean de La Fontaine, est bien cet homme de moyen âge ou d’âge moyen (trente ans selon Furetière) qui, « tirant sur le grison », pense qu’il est « saison de songer au mariage ». Dans un usage familier, où il est utilisé comme locution adverbiale (Fait-il froid ? Entre-deux), il garde le sens de moyennement, comme ci, comme ça. Et à partir de ce statut moyen ou médian, s’opère un glissement de sens vers la médiation et l’intermédiation. Les articles des dictionnaires (obéissant à cette logique heuristique) définissent très vite l’entre-deux comme un « état intermédiaire entre deux extrêmes ».

Le jeu des occurrences fait de l’entre-deux un espace médian ou central, un mi-lieu, voire un juste milieu, ce qui l’érige en modèle potentiel, à travers la mise en place d’un middle way, troisième voie, moyenne ou modérée, sorte d’utopie, symbole désirable ou possible solution vertueuse. On citera ici Aristote dans son Éthique à Nicomaque (livre II, chap. 6) :

L’égal est intermédiaire entre l’excès et le défaut […]. J’appelle mesure ce qui ne comporte ni exagération ni défaut. L’excès est une faute, et le manque provoque le blâme ; en revanche la juste moyenne obtient éloges et succès, double résultat propre à la vertu. La vertu est une sorte de moyenne, le but qu’elle se propose est un équilibre entre deux extrêmes.

L’espace médian serait un espace de pacification, voire de tolérance. Quoique les concepts de médian et d’intermédiaire se réfèrent à des paradigmes différents, l’un de position, l’autre de fonction, les deux sont liés, et on ne peut avoir le second sans le premier. Le médian est condition sine qua non, mais non suffisante pour assurer l’intermédiarité.

Tiers-lieu ou troisième degré d’une gamme, l’entre-deux semble fait pour assurer une fonction d’interposition, voire d’intercession. Ce tiers neutre, indépendant et impartial, appelé médiateur (de mediator, dérivé du latin medius : milieu et formé sur la racine indo-européenne med qui selon Ernout et Meillet [2001] signifie « penser »), facilite la circulation d’information, rétablit des relations, aide à la compréhension de situations relationnelles conflictuelles ou bloquées, arbitre. Après avoir eu en ancien français le sens de division, la médiation prend au xvie siècle sa valeur moderne d’entremise destinée à concilier. Acteur de médiation pédagogique, culturelle, scientifique et territoriale, l’entre-deux (mode alternatif ou procédé de communication et de transmission) renvoie aux disciplines de la qualité relationnelle et de la résolution des différends.

La logique du ni… ni

L’entre-deux ne valorise aucun des deux pôles qui le délimitent. Cette logique du ni… ni est contenue dans les sens répertoriés par le dictionnaire. Dans son usage adverbial, l’entre-deux signifie ni dans un sens ni dans un autre. Le Nouveau Larousse illustré renvoie à une citation de Pascal qui postule cette occultation des deux bornes : Malheureusement ce sont ceux qui ne sont ni forts ni faibles, les gens d’entre-deux, qui font les entendus et troublent le monde. On notera la capacité perturbatrice de cette catégorie de l’entre-deux qui embarrasse en inquiétant quelque peu.

Une catégorie mêlée ou le clair-obscur de l’entre-deux

Du neutrum latin (celui qui n’est ni l’un ni l’autre), nous glissons à l’utrumque (à la fois et l’un et l’autre) : un mixte, un hybride. « Nous […] végétons comme nous pouvons, dans l’entre-deux de la vérité et du mensonge, clair-obscur de la justice et de l’injustice mêlées. » (Guéhenno, 1948, p. 13) Que suggère pareille citation du Petit Robert 2011 ? Une nouvelle fois, l’entre-deux — espace intermédiaire et instable — relève moins d’une image positive que dystopique. Nous comprenons que si l’entre-deux devait être érigé en paradigme épistémologique, il se proposerait, non plus (comme les opérateurs de l’épistémologie classique) en termes de savoir découpant des espaces de clarté, mais de connaissance vibratoire attentive au clair-obscur et à la pénombre. La pensée de l’entre-deux implique des effets de contraste, un ensemble de lumières et d’ombres, fondues et nuancées, une combinaison de logiques antithétiques, des dynamiques transversales aux contours évolutifs, aux interfaces perméables. L’entre-deux : minuscules liaisons ou écarts infimes de tonalité ou de luminosité.

Mais avant d’être outil épistémologique ou paradigme esthétique, l’entre-deux renvoie à des réalités concrètes, objets du quotidien ou terminologie spécialisée (vocables de lingerie, de fabrique, de marine ou de pêche).

De la console à la dentelle : une pièce d’ornement

L’entre-deux est une pièce d’ornement. Il est au xviie siècle comme au xviiie siècle une espèce de console qu’on place entre deux fenêtres ou deux croisées, un élément du mobilier qui comble le vide de l’espacement. En lingerie, il désigne une bande de dentelle, de tulle ou de percale brodée qui sépare ou réunit les deux parties d’un tissu, embellissant la toilette (souvent intime) des femmes.

De ces deux désignations concrètes, on retiendra d’une part le couple (séparation-réunion), une nouvelle fois associé, pour faire de l’entre-deux une coupure-lien ou un espace jonctif, d’autre part le caractère décoratif et ornemental, voire le pouvoir érotique de l’entre-deux (point de broderie ou bien ouvrage de lingerie). Tout n’est que subtile dentelle et fin tissage. On postule l’entre-deux comme couture esthétique entre des espaces.

L’entre-deux de l’arbitrage

Mais l’entre-deux n’est pas qu’un meuble à hauteur d’appui entre deux huisseries ou qu’une tapisserie à bords droits, cousue des deux côtés d’une pièce de lingerie, il désigne depuis 1931 au basket-ball la remise en jeu par l’arbitre, entre deux adversaires. Il s’exécute après diverses fautes ou au commencement de chaque mi-temps. La pratique sportive assimile entre-deux et arbitrage, entre-deux et équidistance ou équité.

L’entre-deux : oscillation entre espace plein et espace vide

En mécanique, l’entre-deux des tiroirs désigne la partie pleine qui sépare les orifices du tiroir. En termes de marine de guerre, l’entre-deux des sabords est un espace plein, portion de muraille séparant l’embrasure des canons. Quant à l’entre-deux des lames, il renvoie au contraire à cet espace vide que laissent entre elles les lames élevées par une grosse mer, creux séparant deux vagues voisines.

L’entre-deux : un terme technique : pont/interposition/inclusion

Le mot, bien représenté dans le champ de la marine où il désigne la portion du pont comprise entre le grand mât et le mât de misaine, est usité par ailleurs dans bien des domaines techniques. En cuisine, l’entre-deux est la partie d’un poisson coupée entre la tête et la queue. On en trouve une occurrence chez les imprimeurs où il renvoie à ces planchettes de bois utilisées pour les plats des reliures médiévales, ou à ces plaques rectangulaires en carton destinées à la mise en presse d’un livre à relier. On y recourt aussi pour qualifier les bulles qui se forment dans le verre pendant qu’on le travaille.

Quelques formules figées qui sollicitent l’entre-deux méritent qu’on s’y arrête un moment. Il en va ainsi des expressions : être entre deux vins ou entre deux âges, ou encore nager entre deux eaux, être entre deux tirs, être assis entre deux chaises.

L’entre-deux : champ d’indétermination

De l’irrésolution à l’équivoque et au louvoiement

Certaines expressions populaires concourent à faire de l’entre-deux une zone d’ambiguïté et d’équivoque. Il en va ainsi de la formule métaphorique : Nager entre deux eaux, qui date du xive siècle. À cette époque, nager voulait dire conduire un bateau. En marine, lorsqu’un bateau navigue entre deux eaux, c’est qu’il est ballotté par les courants et doit maintenir le cap malgré tout. Il s’agit d’une métaphore pour parler d’une personne indécise, qui refuse de prendre position, ou qui manœuvre pour ne pas se compromettre. Ce refus de choix équivaut à délaisser les pôles, à ne privilégier aucune borne ou rive, à ne se prononcer pour aucun parti, pour se focaliser sur le mouvement de balancier.

L’entre-deux se définit comme un espace de va-et-vient permanent, synonyme de louvoiement habile, art de ménager la chèvre et le chou. L’apparente indécision qui en découle tantôt signe la faiblesse si elle trahit des irrésolutions, tantôt traduit une stratégie manœuvrière, appliquée en temps de discordes civiles ou de troubles politiques où il convient de se ménager des intelligences dans tous les camps, sans s’attacher à aucun. Ce proverbe répond à celui des Latins : duabus sedere sellis, s’asseoir sur deux sièges. Pour désigner un sournois ou un hypocrite, on le qualifie (selon le Dico Nombre du web) d’« homme entre deux terres ». Dire d’un individu qu’« il a l’entre-deux », revient (même source) à évoquer sa manière habile de se faufiler dans le monde. Lieu d’indécidabilité ou champ propice à l’entregent, l’entre-deux demeure une zone interlope suscitant la perplexité.

L’inconfort de l’entre-deux

Apparentée à cette locution verbale entre deux eaux, une autre expression voisine par le sens être assis entre deux chaises, ou dans un registre plus vulgaire avoir le cul entre deux chaises renvoie à l’inconfort associé à cette situation. N’est-il pas fort déplaisant d’être placé entre vent et marée, poussé tantôt dans un sens tantôt dans l’autre, de se retrouver entre la vergue et les rabans, gêné et serré en une fâcheuse posture, hésitant entre deux maux inévitables, prisonnier entre Charybde et Scylla ? Il est indéniablement douloureux d’être pris entre deux feux, en position de recevoir des tirs ennemis depuis deux directions opposées, autrement dit de se trouver placé entre deux dangers. « Entre deux maux, il faut choisir le moindre », rappelle un proverbe populaire. L’entre-deux souvent est source de souffrance et d’écartèlement entre des postulations contradictoires. Et que penser de l’état de l’alcoolique entre deux vins, jamais ivre mort, mais jamais tout à fait sobre non plus !

« L’entre-deux ne vaut rien » : ou la médiocrité

On songe ici à la formule de Mauriac : « Le christianisme ne souffre pas les cœurs médiocres. L’entre-deux ne vaut rien. » (1967, p. 30) Le statut médian de l’entre-deux le condamne quelquefois à la médiocrité, vocable lui-même issu du latin médius (au milieu). De moyen, il en devient au-dessous de la moyenne, négligeable, pitoyable, sans éclat ni intérêt, comme le fait d’être entre deux âges, middle aged diraient les Anglais. Terrible expression qui désigne celui ou celle qui n’est plus tout jeune, sans être vraiment vieux. La période est fadasse, sans véritable charme, dépourvue de la noblesse de la force de l’âge comme de la maturité. À cet homme ou femme d’âge moyen sera associée la « crise » du milieu de la vie.

L’entre-deux âges est bien un temps critique, comme le suggère la dix-septième fable peu célébrée du premier Livre de La Fontaine « L’homme entre deux âges et ses deux Maîtresses », où deux veuves — difficiles à départager — se disputent un quasi-grison pour s’en rendre maîtresses. Comme « il avait du comptant », toutes les dames cherchaient à lui plaire. Mais voilà un chasseur de « belles », soumis, jusqu’au détail de son corps, à une entreprise de maîtrise. Les deux femmes finissent (au propre comme au figuré) par « lui prendre la tête ». Badinant, riant, lui faisant fête, pour le rapprocher d’elle, la première « encore verte » lui arrache « les poils blancs de sa tête grise » pour lui rendre la chevelure de ses vingt ans. La seconde, « un peu bien mûre », « emporte un peu du poil noir qui lui reste ». Ces testonnantes le saccagent et firent si bien que notre tête grise demeura sans cheveux. Le constat est sévère, à la limite de la misogynie, qui veut qu’à l’usage non seulement toute relation amoureuse laisse des traces, mais que chaque belle, ici chaque veuve (dont le statut les apparente à la Mort), oblige l’homme à vivre à sa guise. L’homme entre-deux âges semble d’abord vulnérable. Entre une jeunesse dévolue aux désirs et un âge consacré à la sagesse, ce temps intermédiaire le laisse encore en proie aux concupiscences sans le rendre totalement sage. Il doit songer au mariage, à sa sécurité, et sans doute à sa cage. Il sait le temps, il en connaît l’inévitable. Mais il lui reste malgré tout assez à vivre pour que vaille le maintien de sa liberté. Il se sait déjà vieux, mais pas au point de « quitter sa façon » ou d’abdiquer tout libre arbitre. L’homme entre deux âges, après avoir été le jouet malmené des veuves, en fin de fable réagit, non sans élégance ni lucidité. Rendant grâce aux charmes des deux « Belles », prudemment il préfère rompre. Par un retournement complet, celui qui semblait pris se délivre et assène une leçon à qui croyait le maîtriser. « L’homme entre deux âges » est une méditation sur le maintien, en ce monde, de la liberté personnelle. « Je vous suis obligé, belles, de la leçon. »

Et les leçons se multiplient, comme dans l’œuvre populaire de Georges Brassens où l’homme « qui balance entre deux âges » (assimilé au poète) finira par être le détenteur d’un impartial message :

Le temps ne fait rien à l’affaire, / Quand on est con, on est con. Qu’on ait vingt ans, qu’on soit grand-père, / Quand on est con, on est con. / Entre vous, plus de controverses, / Cons caducs ou cons débutants, Petits cons de la dernière averse, / Vieux cons des neiges d’antan […] / Méditez l’impartial message / D’un type qui balance entre deux âges.

Un concept à la mode

Aujourd’hui, on part une semaine à la campagne, puis au mois d’août une quinzaine à la montagne. Et « dans l’entre-deux », on retourne au bureau. Si l’on se réfère aux archives du « parler quotidien », force est de constater que « l’entre-deux » est un concept, ou simplement un mot, qui gagne en importance. Et pourtant, cette expression sert souvent à exprimer un moment sans épaisseur ni existence officielle. C’est du temps volé, grignoté sur le reste. On se rencontre entre deux portes, on se voit entre deux réunions ; pour une petite vérification, le dentiste vous prend entre deux rendez-vous. Les hommes d’affaire, trop occupés, se retrouvent entre deux avions et telle vedette de cinéma élève ses enfants entre deux films. Un homme politique, malade, continuera à travailler entre deux crises.

Le concept est à la mode, comme en attestent les nouveaux actes de baptême commerciaux qui inondent le net : intitulés d’enseignes pour de nouveaux restaurants, ou noms prédestinés pour des boutiques branchées promouvant l’interculturel. L’entre-deux fait fureur au point de devenir un objet vendeur et une thématique marketing. À Lille surgissent des « Bars Entre-deux », pour faire la sieste entre deux rendez-vous. En 2010, la Peugeot SR1, véritable dream-car dévoilée au Salon de l’automobile de Genève, était présentée comme « une voiture d’entre deux âges », hybride, conciliant environnement et luxe, 313 chevaux, des velléités écologiques avec ses deux moteurs, à essence et à propulsion électrique : un cycle mixte.

Le concept séduit les partisans d’un nouvel imaginaire social qui se font les chantres de conduites alternatives ou d’une éthique du partage. De nombreux sites vantent désormais les mérites d’un immobilier collectif, intergénérationnel, autant d’habitats communautaires qui s’intitulent, à Montréal par exemple, « Entre-deux-Âges ».

Le monde de la culture choisit l’entre-deux pour bannière. Le nom a ici valeur de symbole, signe de ralliement à toutes les pratiques d’interculturalité et de croisement des disciplines artistiques. À Avignon, c’est un centre culturel qui porte le nom d’Entre-deux. En 2000, en Pays de la Loire, voit le jour la « Compagnie de l’Entre-Deux » de Daniel Dobbels, qui crée et diffuse des pièces chorégraphiques, propose des conférences dansées, et mène des actions de sensibilisation en direction de publics multiples. En choisissant l’entre-deux pour emblème, cette compagnie porte la signature d’un chorégraphe qui a fait de la danse contemporaine un terrain de réflexion, au croisement entre singularité et adaptabilité, entre intime et collectif, entre un espace et un autre, entre un ici et un ailleurs, entre la mémoire et l’instant, entre danse et architecture, entre danse et conte. La danse, effervescente « pratique de l’altérité », semble le champ expérimental qui interroge le mieux l’entre-deux et où s’inventent d’autres façons de vivre l’intercorporéité. La présence de l’Autre circule dans des territoires nouveaux et instables de partage.

Les inscriptions toponymiques de l’entre-deux dans la cartographie française

De la réalité géographique des « espaces intermédiaires » à un imaginaire géo-poétique

L’Entre-deux devient nom propre et sert d’acte de baptême à des communes françaises. Quand on tape « géographie de l’entre-deux », on tombe sur la région bordelaise comme sur une commune française de la Réunion dont les habitants sont appelés les Entre-Deusiens. Entre-Deux-Mers est le nom d’une ancienne prévôté, située dans la province de Guyenne. C’est aujourd’hui une immense région viticole que bordent des deux côtés la Garonne et la Dordogne, et qui s’étend jusqu’à la limite sud-est du département de la Gironde. Plus proche, Entre-deux-Guiers est une commune de l’Isère, à 27 km de Grenoble, sur le Guiers-Vif, et près de son confluent avec le Guiers-Mort.

Tout un imaginaire semble poindre avec cette onomastique géographique, où les noms seuls confèrent à ces espaces un statut intermédiaire, sorte d’intermondes. Si l’acte de baptême du territoire est directement inspiré par la topographie, il paraît inciter à son tour à une explosion d’images faisant sens. C’est à se demander si, en ces lieux, l’imaginaire parfois ne précède pas le réel, donnant naissance à une géo-poétique. L’Entre-Deux réunionnais est déjà une terre de l’au-delà, de l’Outre-Mer. L’Entre y joue une partition avec la fusion, le syncrétisme de la réunion, tout comme avec le métissage et la créolisation. Dans cette perle de l’océan Indien, les peuples se mêlent. L’espace insulaire a toujours été un espace symbolique de l’imaginaire ou une modélisation de l’utopie. La commune tire son nom de sa situation géographique, entre deux affluents de la Rivière Saint-Étienne : le Bras de Cilaos et le Bras de la Plaine à l’est. Et cette situation explique sa devise : « Deux Bras, un Cœur ». On peut y voir tout un programme imaginaire, faisant de l’entre-deux un cœur battant, un centre palpitant. Entre Saint-Louis et Saint-Pierre, Entre-Deux a pour communes limitrophes « Cilaos » et « Le Tampon », deux terres aux noms programmatiques. Ce nom de Cilaos proviendrait du mot malgache tsilaosa signifiant, selon une croyance très répandue, « lieu d’où l’on ne s’échappe pas », cirque difficile d’accès, longtemps refuge d’esclaves marrons. La commune de l’Entre-Deux est par ailleurs dévolu à la broderie (cet artisanat, transmis par des religieuses bretonnes, réputé bien au-delà des mers, est une curiosité locale). On s’en étonnera à peine tant l’activité de tissage, d’entrelacs et de dentelle y devient doublement symbolique, nouvelle mise en abyme de l’entre-deux. Et quand commencent en 2001 les travaux du nouveau pont reliant l’Entre-Deux et le Bras de Pontho, c’est un défi architectural et technique qui est relevé : un « pont en dentelle de trois cents mètres », aux lacis inextricables, arc à structure mixte béton et métal, reliant les deux rives du Bras de la Plaine, désenclavant la petite cité, coincée entre les ravines du Bras de Cilaos à l’ouest et du Bras de la Plaine à l’est, et le massif du Dimitile au nord. Broder, tisser, n’est-ce pas imaginer ?

L’entre-deux géographique joue ici avec le métissage, le tissage comme avec l’entrelacs, qu’il soit artisanal ou architectural : entrelacement d’images symboliques.

Plus généralement, au-delà de la toponymie de nos cartes, l’idée de « Territoires de l’entre-deux » émerge aujourd’hui : métaphore moderne d’espaces frontaliers, « instrument et lieu d’une dialectique du partage et du passage » (Ecrement, 2010) ; ou figures interstitielles, transitoires, espaces en chantier et à ré-enchanter. Espaces tampons ? Espaces refuges ? Qu’en est-il ? Zones de circulations ? Ou « limologie : science des limites ? ». Existe-t-il une dynamique propre à ce type d’espace ? Autant de représentations de ces territoires « entre-deux » qui mériteraient une exploration.

L’entre-deux : un opérateur épistémologique

Avant d’analyser le succès de ce nouveau paradigme, commençons par rappeler l’invisibilité durable de l’entre-deux. Les analystes, qu’ils soient philosophes (comme Jullien) ou urbanistes (comme Priscilla De Roo, chargée de mission à la DATAR), déplorent fréquemment le désintérêt des théoriciens pour l’entre, ou l’entre-deux, dimension trop souvent négligée, voire invisible2.

Sibony (psychanalyste, mathématicien et philosophe) accorde un statut tout à fait majeur à l’entre-deux dans le champ des activités et des expériences humaines, au point d’affirmer que « toutes nos situations cruciales sont sous-tendues par une position d’entre-deux ». Dans les contextes les plus variés, l’écrivain qui se débat entre deux langues, la femme qui, pour accéder à sa propre féminité, doit se dégager de la Femme originelle, l’adolescent ou le chômeur cherchant une place (qui ne soit pas un simple trou), tous passent par un entre-deux. Celui-ci se révèle être passage ou impasse, selon que l’origine qui se rejoue dans cette épreuve se révèle accessible ou pas à une sorte de partage. En raison de l’extraordinaire diversité des situations, l’entre-deux n’est pas chez Sibony théorisé comme un concept, mais comme un « opérateur » : opérateur d’analyses et de pensée. D’une certaine manière, il s’agit moins pour Sibony de penser l’entre-deux, que de penser à partir de l’opérateur « entre-deux » certaines situations où agit la dynamique de l’entre-deux : « […] dans l’entre-deux des termes, il n’y aurait pas de no man’s land. Il n’y a pas un seul bord qui départage, il y a deux bords mais qui se touchent ou qui sont tels que des flux circulent entre eux. » (2003, p. 11)

De nombreux néologismes commencent à être forgés. On connaît « l’entre-deux-morts » de Lacan. Aujourd’hui on se met à substantiver l’expression « l’entre-deux-personnes ». On parle d’« entrelangue » ou d’« entre-deux-langues », définissant le phénomène du bilinguisme, utilisation en alternance de deux idiomes choisis par le locuteur en fonction de la situation de communication.

Faisons un sort à l’expression usitée d’« Entre-deux-Guerres » qui est devenue un champ d’observation que privilégient historiens ou critiques littéraires. L’expression est née en 1915, pour désigner la période qui allait de 1871 à 1914, et dont le sens s’est évidemment modifié après la Seconde Guerre mondiale pour recouvrir désormais la période 1918-1939.

L’entre-deux est devenu un paradigme esthétique et architectural. Tschumi recourt au concept de l’entre-deux, qu’il définit comme « un condensateur de champs d’investigation entre disciplines, entre l’enseignement, le spectacle et la recherche, entre l’art et le cinéma, la musique et l’image » (2009, p. 34).

L’entre-deux se confond avec l’espace du travail social : espace transitionnel et transitoire. « Cet espace d’entre-deux est l’espace social », écrit Menchi (2011, p. 132). « La culture du travail social s’inscrit en faux contre toutes les tentatives de bipolarisation. L’histoire du travail social se confond avec l’histoire des tiers secteurs. » « Indécidable », « entre-deux », les formules se succèdent pour signifier la difficulté à situer le travail social, tant au niveau conceptuel que concret. Docteur en sociologie, animateur de la Plateforme régionale Recherche et Formation en Action sociale de Midi-Pyrénées (PREFAS), Menchi rappelle que le champ du travail social, tel qu’il s’est construit à la fin du xixe siècle, a eu ceci de remarquable qu’il n’est pas rentré dans une logique d’institutions, ni hospitalière, ni éducative publique, ni judiciaire, mais qu’il s’est constitué en ouvrant une nouvelle voie. Il s’est placé entre l’État et la société civile. Le développement de la formation par alternance, à laquelle le travail social va s’arrimer, entre dans cette même logique de l’entre-deux, tout comme les pratiques de soin ré-éducatives qui font appel à la place du « tiers », de « l’autre » ou du « médiateur ». La mobilité joue un rôle prépondérant dans la structuration des rapports sociaux. Dans cette optique, « l’entre-deux n’est pas un juste-milieu ! C’est un espace libéré », dira Menchi (2011, p. 132).

On pourrait passer du « travail social » à la « pratique sociologique », et dire avec Passeron que la raison sociologique est une raison mixte, raison de l’entre-deux, non pas raison du mélange, car elle n’est pas moins claire que toute autre raison scientifique, ni non plus raison modérée, ni encore moins demi-raison. Elle est raison du double, entre nom commun et nom propre, entre logique déductive et logique inductive. Moins raison du milieu que raison du mouvement, car il s’agit moins d’occuper un espace intermédiaire que de le constituer sur le pas du danseur : une logique du va-et-vient perpétuel.

Pour conclure cette exploration lexicale de l’entre-deux, je dirais que les termes ont une fonction performative, qu’ils structurent les représentations projetées et que l’imaginaire de la langue vient nourrir jusqu’au contenu des paradigmes épistémologiques. Notre investigation nous a permis de poser quelques réflexions relatives à l’espace médian/intermédiaire. L’entre-deux se donne comme une interposition, un espace-limite qui assure la transition d’une aire à l’autre, espace transitionnel mais aussi relais, permettant la médiation et l’intermédiation. Il s’offre comme interface assurant la jonction et la communication. On l’analyse en termes de dynamiques de transformation. Tantôt espace de rupture, tantôt espace d’interférences, tantôt zone de conflits, tantôt espace fécond pacifié et tolérant, il est toujours espace de contact et de création, et semble animé d’une dynamique propre. Lieu d’indétermination, remettant en question le sujet de la connaissance, l’entre-deux semble relever du domaine fascinant de l’imaginaire et de l’ambiguïté ou de l’ambivalence. L’entre-deux serait cet espace géographique, fonctionnel et symbolique entre deux antipodes, théâtre de mutations assurant le passage d’un pôle à l’autre. Son analyse ne saurait être limitée à sa position seule, mais doit aussi tenir compte de sa fonction de médiation, de continuité et de rupture. L’entre-deux serait un opérateur transdisciplinaire pour penser le dialogue entre les cultures et les disciplines, les transferts de modèles, aux implications nombreuses dans une recherche en sciences humaines, mettant à contribution la topologie comme la psychanalyse, l’urbanisme comme l’esthétique. Mais l’entre-deux reste incertitude, ouverture à l’imprévisible, au précaire, au passager et au passage, parole sans aucune prétention de démontrer, parole en suspens. Insolite développement. Vers une science de l’entre-deux, ainsi Lerbet (1988) titrait-il son livre.

Épilogue : un paradigme spatial de plus dans la pensée contemporaine ?

Les concepts d’intervalle ou d’interstice sont caractéristiques d’une pensée contemporaine caractérisée par la multiplication de références spatialisantes, qui emprunte assez logiquement bon nombre de ses concepts à la topologie mathématique (notamment les notions de voisinage, de plis, de réversibilité, comme le soulignent en 2002 Benoist et Merlini) et postule une « néo-géographie philosophique ». Près de nous, en effet, Dagognet (1973) écrit Une épistémologie de l’espace concret, et emprunte à la topologie pour construire sa philosophie. Une philosophe (Thomas-Fogiel) s’est interrogée sur cette entreprise de « spatialisation de nos concepts », montrant que l’on doit ce tournant de la pensée contemporaine à Merleau-Ponty, dès la Phénoménologie de la perception, qui procède à une revalorisation philosophique de l’espace. Elle a interrogé le statut de ces concepts et tiré quelques enseignements de cette tentative de spatialisation de la pensée, dans l’article « L’espace comme chiffre de l’être : Merleau-Ponty et l’espace projectif ».

C’est bien à partir du paradigme spatial que l’on entend désormais repenser toute relation, c’est bien en spatialisant que les penseurs contemporains (ceux de l’entre ou de l’entre-deux en l’occurrence) tentent de renouveler les questions fondamentales de relation, d’opposition, d’identité et de différence. Penser revient, dans la topologie, à saisir des voisinages, à établir des relations sans réduction au même (inclusion) ou rejet radical de l’autre (exclusion). La fonction de ces concepts topologiques est de permettre la pensée d’une relation entre les disciplines sans fusion, ni annexion.

On se souvient que Foucault, avec son concept d’« hétérotopie » apparu dans Les Mots et les Choses, développé l’année suivante dans sa conférence « Des espaces autres » (1967), tentait de ne plus penser à partir de l’absence de lieu (U/topie), mais à partir d’un lieu qui, bien que réel, nous décentre de nos lieux naturels, un lieu qui littéralement nous « excentre ». Comme le souligne Thomas-Fogiel,

C’est avec ce même objectif que François Jullien aujourd’hui reprend cette notion. Soucieux de porter un regard décentré sur la philosophie occidentale, il entreprend de faire un détour par la pensée chinoise qui devient ainsi « l’espace du dehors » d’où mieux reconsidérer le champ initial. Cette opération de décentrement, de décalage, ou encore de « révolution du point de vue » est sans doute un des aspects les plus décisifs de cette volonté de spatialisation des questions. (2008, p. 1)

Toutefois ces métaphores spatiales de l’intervalle ou de l’interstice traduisent beaucoup moins que d’autres (celles d’enjambement, d’empiétement, de plis) cet arrachement au temps qui serait une caractéristique de la pensée de ces quarante dernières années. Il y a des dimensions temporelles dans les intervalles et les interstices. Jusqu’à Foucault, le temps apparaissait comme la « matrice de toute solution », ce en quoi les contradictions seraient dépassées, les impossibilités levées, les problèmes résolus. Le temps comme schème en lequel se résolvent à terme toutes les contradictions est une évidence pour tout le xixe siècle et une bonne partie du xxe. Ce moment de la pensée, qui court de Hegel à la fin de la Seconde Guerre mondiale, est le siècle du messianisme, tant dans ses aspects hégéliens et marxistes que dans ses aspects moins optimistes, qu’incarne par exemple Benjamin. Ce serait cette temporalisation de toutes nos oppositions qui serait unanimement remise en question depuis deux générations. Avec Foucault, l’organisation spatiale supplante la dimension historique, grande hantise du xixe siècle, et c’est à la suite de Foucault qu’a pu être créé, par Soja (1989), le concept d’hétérotopologie, pensée qui entend faire de la géographie et non de l’histoire le paradigme de nos investigations.

La question du statut de ces notions topologiques

Se pose la question du statut des notions topologiques de l’entre. L’entre-deux (interstice ou intervalle) est là certes pour penser la relation entre domaines, relation de voisinage loin de la classique relation d’inclusion, passage d’une rive à l’autre, d’une culture à l’autre, d’un champ à l’autre. Voisiner, on le redit, n’est pas inclure. Être voisin ne signifie pas être annexé. Mais quelle est la valeur de ces notions topologiques de l’entre, dont l’extension pourrait invalider la pertinence ? Disant trop, le concept ne décrirait plus rien. La remarque s’entend. S’agit-il de simples métaphores ? La critique universitaire assurément s’est toujours méfiée des concepts métaphoriques, même lorsqu’ils émanent des plus grands philosophes, comme la notion d’empiètement chez Merleau-Ponty, qui relevait du paradigme de l’inter. Songeons au réquisitoire de Saint Aubert qui, à propos de cette notion, écrit :

[…] le philosophe fréquente parfois les marges de l’équivocité. Le danger est redoublé par la signification même de l’empiétement qui tend à mêler des champs séparés pour en brouiller les frontières. Et lorsque cette figure, comme c’est le cas chez Merleau-Ponty se généralise à outrance, elle frôle un nouvel abîme : celui de se détruire elle-même, faute de frontières à transgresser3. (2004, p. 20)

Quel sens conceptuel conférer à des notions intuitives comme celle d’intervalles ou d’interstices ? Valent-elles comme catégories esthétiques ? comme « transcepts » ? Comment passer de l’espace interstitiel à un processus interstitiel ? Qu’est-ce qui « se tient » dans l’entre de « l’entretien » et de l’interstice ? Quel statut prêter à l’entre-deux ? celui d’une figure de l’imaginaire ? Faut-il le voir comme un modèle ouvert ? contesté ou à l’inverse idolâtré par la postmodernité, consensuellement entonné par l’idéologie médiatique ? Serions-nous au fond juste tentés de céder à une mode terminologique ou une utopie contemporaine ? Autant de questionnements qui méritent réflexion.

« Nous innovons entre »

Si l’entre-deux, nouvelle topique culturelle, fascine, malgré des réserves méthodologiques, c’est sans doute parce que « l’imaginaire n’est pas une discipline, mais un tissu conjonctif entre les disciplines » (Durand, 1994), et que chercher l’imaginaire, c’est le trouver dans l’entre. La spécificité du rêve est qu’il n’est ni dedans ni dehors, mais qu’il abolit dans et par son mode d’être le dedans et le dehors qui ne peuvent être réintroduits que pour autant que l’on reste prisonnier d’une philosophie de la conscience. Le rêve est entre-deux et l’onirisme entrelacement. L’image est atopique ; elle ne se fixe « ni sur le pôle du monde, ni sur celui du moi » ; elle renvoie constamment de l’un à l’autre dans un dynamisme perpétuel (Merleau-Ponty, 1964, p. 23). Entre science et poésie, l’œuvre de Bachelard illustre ces relations conflictuelles mais plurielles, qui se tissent entre l’épistémologie et l’esthétique, la rationalité et l’imaginaire. Et c’est dans cette zone de turbulence que s’enracine la pensée féconde. « Géomètres ou non (Serres le rappelle), nous innovons entre. » (2015, p. 149) En témoigne la physique, dont les grandes découvertes naquirent dans cet espace-temps intermédiaire : attraction universelle entre les corps, propagation de la chaleur, électricité, magnétisme, théorie des champs, relativité, mécanique quantique, forces d’interaction… L’entre-deux associe figure topologique et énergétique, il répond à une posture intellectuelle pour laquelle — outre la compréhension de la complexité — les images les plus belles sont foyers d’ambivalence. Hermès, le messager, habite cet espace-temps intermédiaire, il y circule, il y prospère, lieu où s’opèrent les transformations :

Notre temps, notre pensée vibrent en équilibre métastable, comme en double traversée, retour et allée, entre les messages et le messager, entre douceur et dureté. Quand je pense, je prétends à ce double voyage, à cette vibration, à ce déséquilibre instable et stable. (Serres, 2015, p. 156)

1 <http://littre.reverso.net/dictionnaire-français/définition/entre-deux> ;<http://fr.wiktionary.org/wiki/entre-deux>.

2 Les villes moyennes, par exemple, poseraient aujourd’hui à l’action territoriale une question existentielle. D’un côté les métropoles monopolisent l

3 Or, « les concepts de topologie dans l’œuvre tardive de Merleau-Ponty avaient pour but de penser le “voisinage” ou “l’entrelacement” entre les

Bibliography

Aristote, 1990, Éthique à Nicomaque, Paris, Vrin, coll. « Bibliothèque des textes philosophiques – Poche ».

Bachelard Gaston, 2013, La poétique de l’espace [1957], 11e éd., Paris, PUF.

Bauman Zygmunt, 2006, La vie liquide, Rodez, Le Rouergue/Chambon.

Benoist Jocelyn & Merlini Fabio (éds), 2002, Historicité et spatialité. Le problème de l’espace dans la pensée contemporaine, Paris, Librairie philosophique J. Vrin.

Blanchot Maurice, 2012, L’entretien infini [1969], Paris, Gallimard, coll. « NRF ».

Caillois Roger, 1987, Le mythe et l’homme [1938], Paris, Gallimard, coll. « Folio Essais ».

Castoriadis Cornelius, 1981, Fait et à faire. Les carrefours du labyrinthe V, Paris, Seuil.

Cuilllerai Marie, 2010, « Le tiers-espace : une pensée de l’émancipation ? », Dossier critique, Acta fabula, vol. 11, no 1 (Autour de l’œuvre d’Homi K. bhabha). Disponible sur <www.fabula.org/acta/document5451.php>.

Dagognet François, 1973, Une épistémologie de l’espace concret, Paris, Vrin.

Delain Pierre, 2006, Les mots de Jacques Derrida, Paris, Galgal.

Durand Gilbert, 1996, « L’imaginaire, lieu de l’entre-savoir », communication donnée au 1er Congrès international de transdisciplinarité à l’Université internationale de Lisbonne en 1994, Champs de l’imaginaire, Grenoble, Ellug, p. 215-227.

Ecrement Bernard, 2010, « Territoires de l’entre-deux », Revista F@ro-Monográfico, vol. 6, no 12, Revista teórica de la Facultad de Ciencias Sociales Universidad de Playa Ancha, p. 1-10. Disponible sur <http://web.upla.cl/revistafaro>.

Ernout Alfred & Meillet Alfred, 2001, Dictionnaire étymologique de la langue latine, Paris, Klincksieck.

Foucault Michel, 1966, Les mots et les choses : une archéologie des sciences humaines, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des sciences humaines ».

Guéhenno Jean-Jacques, 1948, Jean-Jacques en marge des « Confessions », T.I. 1712-1750, Paris, Grasset.

Ionescu Mariana, 2010, Les cahiers du GRELCEF, no 1 (L’entre-deux dans les littératures d’expression françaises), revue électronique du Groupe de recherches et d’études sur les littératures et cultures de l’espace francophone de l’Université Western Ontario. Disponible sur <www.uwo.ca/french/grelcef/cahiers-intro.htm>.

Jullien François, 2012, L’écart et l’entre, Paris, Galilée.

Lerbet Georges, 1988, Insolite développement. Vers une science de l’entre-deux, Éditions universitaires, coll. « Mésonance, altérologie ».

Mauriac François, 1967, Dieu et Mammon [1929], Paris, Grasset.

Menchi Patrick, 2011, « Tiers / Intermédiaire. La Recherche participative. Sur les pratiques en travail social », Pensée plurielle, no 28, p. 123-132.

Merleau-Ponty Maurice, 1964, L’œil et l’esprit, Paris, Folio Gallimard.

Rahmy Philippe, 2003, « Jacques Roubaud ou l’Alpha-parole », remue.net, 9. Disponible sur <http://remue.net/spip.php?article297>.

Saint Aubert Emmanuel de, 2004, Du lien des êtres aux éléments de l’être, Merleau-Ponty au tournant des années 1945-1951, Paris, Vrin.

Serres Michel, 2015, Le gaucher boîteux, Paris, Le Pommier.

Sibony Daniel, 2003, Entre-deux. L’origine en partage [1991], Paris, Seuil, coll. « Points Essais ».

Sibony Daniel, 2007, L’enjeu d’exister, Paris, Seuil.

Soja Edward, 1989, Postmodern Geographies: The Reassertion of Space in Critical Social Theory, Londres-New York, Verso.

Thomas-Fogiel Isabelle, 2008, « L’espace chez Merleau-Ponty, problèmes et enjeux contemporains », conférence donnée à l’Université de Pékin lors du colloque « Merleau-Ponty, contemporain » le 5 septembre 2008, CERIUM, Centre d’études et de recherches internationales, Université de Montréal. Disponible sur <http://archives.cerium.ca/IMG/pdf/PEKIN_2008_Merleau.pdf>.

Thomas-Fogiel Isabelle, 2009, Le concept et le lieu. Figures de la relation entre art et philosophie, Paris, Cerf, coll. « La Nuit surveillée ».

Thomas-Fogiel Isabelle, « L’espace comme chiffre de l’être » : Merleau-Ponty et l’espace projectif ». Disponible sur <http://artsites.uottawa.ca/isabelle-thomas-fogiel/doc/Merleau.pdf>.

Tschumi Bernard, 2009, « Le Fresnoy. Architecture », Art press 2, no 11, p. 31-35.

Wunenburger Jean-Jacques, 2011, L’imagination, mode d’emploi ? Une science de l’imaginaire au service de la créativité, Paris, Éditions Manucius, coll. « Modélisation des imaginaires. Innovation et création ».

Notes

1 <http://littre.reverso.net/dictionnaire-français/définition/entre-deux> ;
<http://fr.wiktionary.org/wiki/entre-deux>.

2 Les villes moyennes, par exemple, poseraient aujourd’hui à l’action territoriale une question existentielle. D’un côté les métropoles monopolisent l’attention des chercheurs… De l’autre l’espace rural fait l’objet de sollicitudes régulières, lors de recensements qui constatent sa renaissance, ou lors d’appels à projets. Les villes de l’entre-deux demeureraient invisibles, prises en étau dans une pensée binaire du territoire. Alors qu’elles représentent 20 % de la population et 30 % des citadins, la ville moyenne resterait un objet réel non identifié.

3 Or, « les concepts de topologie dans l’œuvre tardive de Merleau-Ponty avaient pour but de penser le “voisinage” ou “l’entrelacement” entre les disciplines, de mettre en œuvre “l’universalité concrète” du dialogue, et non pas de fondre toutes les disciplines en un indistinct magma » (Thomas-Fogiel, 2009, p. 61).

References

Bibliographical reference

Véronique Costa, « Exploration lexicale de « l’entre-deux » : imaginaire de la langue et topique de la pensée », IRIS, 37 | 2016, 15-33.

Electronic reference

Véronique Costa, « Exploration lexicale de « l’entre-deux » : imaginaire de la langue et topique de la pensée », IRIS [Online], 37 | 2016, Online since 15 décembre 2020, connection on 22 septembre 2021. URL : https://publications-prairial.fr/iris/index.php?id=1354

Author

Véronique Costa

ISA/LITT&ARTS, Université Grenoble Alpes

By this author

Copyright

CC BY‑NC 4.0