Blanca Solares, Madre terrible. La Diosa en la religion del México Antiguo

Mexico, Anthropos, 2007, 430 p.

p. 187-189

Bibliographical reference

Blanca Solares, Madre terrible. La Diosa en la religion del México Antiguo, Mexico, Anthropos, 2007, 430 p.

Text

Blanca Solares dans cet ouvrage monumental à l’image de son thème d’exploration, la déesse dans la religion de l’ancien Mexique, développe pour nous, tous les visages de la « Mère terrible » dans ses diverses hypostases. Dans cette vaste enquête, aux confluences du genre, de l’anthropologie de l’imaginaire et de l’archéologie, usant de sources variées (archéologiques, codex), fondée sur les travaux les plus récents en la matière, le lecteur découvre le système de croyance des peuples de Mésoamérique depuis les époques archaïques (35 000 ans av. J.‑C.) jusqu’à des époques plus récentes (xvie siècle).

La Mère terrible est l’un des visages de la Grande Mère, mais elle incarne aussi le mystère de la féminité, liée au sang, à la naissance et à l’alimentation. Le premier chapitre préliminaire ouvre ainsi de réelles perspectives comparatistes sur le phénomène de la Grande Mère offrant au lecteur les clés d’interprétation de la mythologie fondées sur le processus de l’imagination symbolique dans la lignée des archétypes jungiens mais surtout dans la tradition initiée par Mircea Eliade, le mentor de la chercheuse mexicaine.

Dans la cosmologie des peuples de Mésoamérique, la Terre joue un rôle central célébrée par le calendrier rituel de 260 jours (hormis le calendrier solaire de 365) où sont portées les célébrations et les activités les plus importantes autour de la culture du maïs apparue autour de 7 000 ans av. J.‑C. Parmi les rites propres à la Mésoamérique : le sacrifice humain qui participe au maintien de l’ordre cosmique et accompagne la fondation d’une cité, le début d’un règne, et qui reproduit le sacrifice initial de la divinité Cipactli, ou des divinités qui s’immolèrent pour créer le monde. Le culte de la Grande Mère débute au paléolithique et il trouve son équivalent dans les autres cultures de l’Anatolie au Japon. Les visages de la divinité représentés par les hommes évoluèrent : la culture de Zohalpico aux alentours de 9 000-7 000 ans av. J.‑C. présente des sortes d’êtres hermaphrodites « tronc », mais c’est à Tlatilco, sur l’altiplano central à la confluence de trois fleuves, que l’on va découvrir d’autres types de statuettes déposées dans des céramiques, des milliers de figurines élégantes, qui vont témoigner d’un culte à une divinité parfois bicéphale qui incarne la dualité, moitié vie, moitié mort, la déesse blanche, psychopompe accompagnant les morts.

L’auteur s’attarde alors sur la religion des Olmèques, culture mère de Mésoamérique héritière de la tradition de chasseurs nomades où règne le culte du jaguar ou de l’hybride homme-jaguar, un animal symbole de la chasse mais aussi des profondeurs de la terre, des cavernes et du feu cosmique. Un autre animal s’impose, le serpent, autour duquel gravite toute la pensée symbolique de la Mésoamérique ; polysémique, symbole de la pluie, de l’union de l’homme et de la nature.

Dans les sociétés sédentarisées, les figures féminines sont dédiées aux fonctions de fertilité et de reproduction, mais aussi à d’autres activités plus sociales ; le masculin et le féminin sont alors individualisés, les sexes marqués, et une multiplicité de traditions évoquent les couples, les parents, etc.

L’un des temps fort de cette étude est l’analyse des rapports entre la déesse et le héros primordial, et la transformation mythologique du culte à la déesse dans le classique Teotihuacan. Chez les Nahuas, ce sont les ères successives qui sont représentées par la cosmogonie, et la cité sacrée commémore l’origine du cosmos, « paradigme urbain céleste », et demeure une déesse de la grotte, de l’Éden et de la fertilité. La présentation de cette cité mythique, Teotihuacan, est alors l’occasion d’expliciter les éléments les plus symboliques de son plan, et les mythes associés, celui de la création de l’homme, du maïs, du soleil, du sacrifice des dieux, et du héros primordial ; mais ce sont les sculptures retrouvées qui expriment le mieux l’ampleur du culte principal à la fertilité et à la vie.

Du xe siècle au xvie siècle, le panthéon se diversifie, intégrant les divinités des autres tribus parmi lesquelles les divinités de la Terre. Cipactli, elle, est au cœur des cultes ; on la représente comme un caïman monstrueux, mais chez les nahuas il y a beaucoup d’autres déesses dont Xochiquétzal qui incarne le côté juvénile de la Terre-mère. Xochiquétzal a donné lieu à un culte analogue à celui d’autres divinités bien connues dans les diverses mythologies, descendant aux enfers pour rejoindre leur amant. Tlazoltéotl, la mangeuse d’immondices, Mayàhuel, la plante de maguey, Chalchiuhtlicue, la déesse de l’eau terrestre, etc., sont cependant toutes des faces de la grande déesse.

Dans le panthéon aztèque, les déesses occupent la place de femme et d’épouse, mais elles possèdent aussi des attributs d’hommes guerriers et si le culte de la grande déesse est omniprésent, obsessionnel, le mystère même de la féminité n’est jamais abordé ; ou s’il l’est, c’est indirectement par le biais des calendriers associant par analogie les fonctions de la vie et celles de la nature. Ainsi, dans une société d’abord patriarcale et masculine, si les origines féminines de la vie étaient en apparence niées, en réalité, toutes les célébrations cultuelles convergeaient vers elle, vers cette force créatrice de vie et de mort, que l’on apprivoisait sous divers visages incarnant toutes des aspects différents du féminin.

References

Bibliographical reference

Anna Caiozzo, « Blanca Solares, Madre terrible. La Diosa en la religion del México Antiguo », IRIS, 34 | 2013, 187-189.

Electronic reference

Anna Caiozzo, « Blanca Solares, Madre terrible. La Diosa en la religion del México Antiguo », IRIS [Online], 34 | 2013, Online since 31 janvier 2021, connection on 18 septembre 2021. URL : https://publications-prairial.fr/iris/index.php?id=1863

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Anna Caiozzo

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