« Si j’osais la vérité dire » : prédication féminine et connivence évangélique dans la farce Le Mallade de Marguerite de Navarre (1533 ?)

DOI : 10.35562/pfl.889

Résumés

Dans Le Mallade, courte pièce restée manuscrite, Marguerite de Navarre tourne en ridicule un médecin bouffi d’orgueil, avatar scénique du docteur en théologie, en confiant à la servante du malade la délivrance de « la vérité » qui le guérit. L’article étudie la mise en œuvre théâtrale de la « connivence évangélique » qui unit la pièce de Marguerite aux sermons des prédicateurs qui l’entourent avant la Réforme. Une fois dégagé l’implicite du discours de La Chambriere, ses sources et ses filiations, sont mis en valeur les procédés dramaturgiques qui soutiennent le message de foi en « Dieu seul » confié à cette « prescheresse » inattendue.

In Le Mallade, a short play that remains in manuscript, Marguerite de Navarre mocks a doctor puffed with pride, the stage avatar of the doctor of theology, by entrusting the patient’s servant with the deliverance of “the truth” which cures him. The article examines the theatrical representation of the “evangelical connivance” that united Marguerite’ play with the preachers around her before the Reformation. Once the implicit content of La Chambriere’s speech, its sources and its connections have been identified, the dramaturgical processes which support the message of faith in “Dieu seul” entrusted to this “unexpected preacher” are highlighted.

Plan

Texte

À Aleth, Anaëlle, Angély, Coline, Lucie, Ludivine,
Marie-Espérance, Myriam, Solenn, Xéna,
joyeuses interprètes du Mallade1.

Première autrice imprimée en France de son vivant (Le Miroir de l’âme pécheresse […], Alençon, Simon Du Bois, 1531), Marguerite de Navarre est aussi la première dramaturge française de l’Ancien Régime. Entre la poésie chrétienne et les nouvelles de L’Heptaméron, onze pièces de sa main nous sont parvenues dont quatre comédies bibliques. Les textes qui n’empruntent pas leur argument à la Bible n’en développent pas moins une réflexion spirituelle, comme Le Mallade, « farce » (selon la mention du manuscrit2) composée entre 1530 et 1535 – peut-être en 15333. Imprimée seulement au xixe siècle, cette courte pièce de 438 octosyllabes disposés en huitains a probablement été jouée dans l’entourage de la reine, bien qu’il n’en demeure aucun témoignage4. Œuvre de « propagande à tonalité évangélique et réformatrice5 » comme L’Inquisiteur et Trop Prou Peu Moins, Le Mallade s’en distingue par la nature de ses personnages. Le quatuor malade, épouse, chambrière, médecin, mobilisé par ailleurs dans les textes comiques contemporains6, se trouve investi d’une mission inattendue : proposer au public un modèle de conversion du « cueur7 » à la foi authentique promue par les évangéliques, à rebours des prescriptions et de l’autorité de l’Église du temps. Rappelons l’intrigue : un malade, refusant les remèdes populaires vantés par son épouse, l’envoie chercher le médecin, avant de prendre l’avis de sa chambrière sur son mal. Celle-ci lui ouvre les yeux quant à la nécessité d’une guérison intérieure par l’abandon à « Dieu seul », conduisant son maître guéri à se rire du docteur impuissant.

Métaphore biblique développée dans le corpus patristique, la maladie procède du « péché ancestral8 » commis au paradis. La sœur de François Ier exploite ici « le thème de la maladie comme péché et de la guérison comme salut9 ». Quand elle signe « La doublement malade, Marguerite10 » en 1521 alors qu’elle souffre de l’estomac, son correspondant, l’évêque de Meaux Guillaume Briçonnet, explicite l’arrière-plan spirituel :

Puisque toute la vie du chrestien doibt tendre à mort, et plus en approche, plus est christiforme, ne puis avoir pitié, par ce qu’elle est au chemin, de la doublement malade : plus croistera la maladie, plus tost ambrassera par mort le chief […]11.

Dans une de ses dernières pièces, la Comédie jouée au Mont de Marsan le jour de Caresme Prenant mil cinq cens quarente sept, elle fera encore dire au personnage de la Sage, à propos de la lecture de la Bible :

Si vous fuyez la medecine
Qui vous peult guerir la racine
De vostre mal, vous estes morte12.

Dans Le Mallade, elle tourne en ridicule un médecin bouffi d’orgueil, hermétique à l’action de la grâce, avatar scénique du docteur en théologie. Le Mallade13 est sauvé de son mal sans le secours de l’homme de l’art, par l’entremise de sa Chambriere14. Prononçant cent onze vers en quatorze répliques, celle-ci intervient à peine moins que Le Medecin, mais davantage que son maître15. Après s’être brièvement adressée au Mallade (trois interventions de quatre, deux et six vers), la servante prononce deux tirades de quarante vers formant diptyque, selon un équilibre conforme au goût de Marguerite pour les effets de proportion numérique16. Alors que l’interdiction paulinienne de prendre la parole dans les assemblées pèse sur les femmes17, l’autrice délègue le message théologique (véritable moteur de la dramaturgie) à l’une d’elles ; par son humble condition, elle incarne la figure de l’idiota chère au christianisme, plus apte que les savants à recevoir les mystères divins.

La tradition médiévale des mystères et moralités mettait souvent en scène un prescheur18. Marguerite campe ici un personnage de « prescheresse19 » sous une forme unique dans son théâtre. La création de La Chambriere a peut-être été inspirée par une métaphore de Briçonnet :

soiez vraies chambrieres et bien amoureuses du tant doulx et debonnaire Seigneur, qui, par oultrée amour, a, pour notre vilité et rien, voulu souffrir doloreuse et ignominieuse mort et passion20.

Si la recherche d’une connivence avec tout ou partie du public est inhérente à la pratique dramatique, Le Mallade se distingue par la mise en œuvre théâtrale de la connivence évangélique à l’ère des turbulences religieuses21. Ce dispositif linguistique original, par lequel Marguerite et les novateurs diffusent la « seulle Parole de Dieu22 » dès les années 1520 au nez et à la barbe des censeurs – objectif plus ou moins couronné de succès –, offre à l’autrice un ensemble de ressources pour la création de son personnage. L’inadmissible dans la société du temps – le prêche d’une servante – devient représentable par le recours au code de communication du cercle de la reine de Navarre. Cela étant, si ce code favorise la délivrannce d’un message spirituel audacieux dans un contexte de censure, sa présence n’étouffe pas la dimension comique du texte. La farce de Marguerite fait rire le public indépendamment de la détection de la connivence évangélique, qu’il s’agisse des proches ou d’un public élargi, de son temps ou au xxie siècle – comme l’a montré notre représentation du Mallade à Lyon en novembre 202323.

Tenant en lisière la dimension farcesque, je dégagerai l’implicite du discours de La Chambriere, ses sources et ses filiations en lisant « entre les mots24 », avant de mettre en valeur les procédés dramaturgiques qui soutiennent le message confié à cette prédicante inattendue.

Proclamer la vérité au risque de la mort

Les cinquante premiers vers de la pièce opposent Le Mallade et sa Femme. Méfiante envers les médecins (ne firent-ils pas mourir « la fille de la proculeuse » ?), celle-ci propose de recourir à l’arsenal des remèdes populaires, de la « dent de sanglier » aux « herbelettes », à l’instar de ses commères, « pouvres femmellettes » dont elle se réclame25. Mais face à son époux qui « per[d s]a pascience » (v. 39), elle consent à aller quérir le médecin non sans s’indigner : « en luy seul vous voullez croire » (v. 42). Cette réplique d’une banale scène de vie conjugale livre la clé de la pièce, nous le verrons. Sa femme à peine partie, Le Mallade sollicite La Chambriere. Point ici de jeu galant à la mode des nouvelles du futur Heptaméron. Par un déplacement subtil du rôle traditionnel de la servante au théâtre, La Chambriere tient un discours spirituel de haute tenue, qui ébranlera un malade méfiant envers les recettes de bonne femme comme envers les traitements expéditifs de la médecine.

Dans une farce caractérisée par la vivacité d’échanges frisant souvent l’altercation, un contraste va surgir du long discours de La Chambriere26. Celle-ci cède, avec prudence, à la demande instante du Mallade qui se dit à l’article de la mort : « Gueres au monde ne demourray. / Que vous en semble ma servante ? » (v. 56). Sa réponse brève, la première des trois répliques précédant son discours, crée un effet d’attente qui stimule l’attention de l’auditoire :

Si je osoys la verité dire,
Et qu’il vous pleust en gré la prandre,
Bien tost seriez hors de martire,
Sans au medecin vous attendre. (v. 57-60)

L’innocente formule d’ouverture construit d’emblée l’ethos d’humilité attendu d’une servante. Toutefois la proposition hypothétique s’entend à plus haut sens – aux oreilles initiées, elle annonce que le propos qui va suivre est soigneusement codé. Elle renvoie en effet à la vérité d’ordre spirituel que les théologiens novateurs restaurent depuis la fin de la décennie 1510, en deçà comme au-delà du Rhin : la seule vérité authentique pour les évangéliques est la Parole du Christ. Lefèvre d’Étaples traduit ainsi la Bible en vernaculaire « affin que les simples membres du corps de Jesuchrist ayans ce en leur langue, puissent estre aussi certains de la verité evangelicque, comme ceulx qui l’ont en latin27 ». La vérité de la Parole a de fait été « ensevelie28 » sous les amoncellements de doctrines, ces « inventions » des « grans docteurs »29 (frères jumeaux de notre Medecin) dénoncées dès longtemps par Marguerite : « D’inventions ont leurs cueurs si pressez / Que Verité n’y peult trouver sa place30. » Les évangéliques, considérés comme hérétiques par la Sorbonne, qui en envoie plus d’un au bûcher, clament la vérité au risque de leur vie31. Une moralité réformée contemporaine, La Verité cachee, le rappelle sans ambages par la voix du personnage éponyme :

Vous devez voz corps exposer
À mort, pour verité monstrer
Au peuple, comme Jesus feist32.

La mention de « la verité » dès le vers 57 est donc l’indice incontestable de l’audacieux engagement propagandiste dont témoigne Le Mallade. Elle annonce, sur scène, le risque encouru par une femme de condition sociale inférieure s’adressant à un homme dans une société strictement régie par l’Église ; elle pointe surtout l’audace de l’autrice – même si son statut royal la protège, et même si la pièce est d’abord destinée à un cercle de proches.

Quiproquo et noms divins : « ung seul » contre « tous »

C’est alors qu’intervient la connivence évangélique. Voyant son maître confit en dévotion envers l’homme de l’art auquel il attribue – à la fois scandaleusement et plaisamment – un savoir tout-puissant, La Chambriere lui suggère de soulager sa souffrance « Sans au medecin [s’]attendre » (v. 60) : les évangéliques entendent ce verbe au sens de « s’en remettre à [Dieu]33 » par l’accueil du don de la grâce. L’échange qui s’ensuit prend la forme d’un savoureux quiproquo. Puisque sa servante le dissuade de se fier au médecin, Le Mallade croit plus sage de s’en remettre aux saints : « Je ne sçay à quel sainct me rendre, / Mais à tous ensemble me voue » (v. 61-62). Ignorant l’origine de son mal, il ne sait lequel élire, et pour cause – les saints guérisseurs sont légion comme s’en félicitera La Superstitieuse de la Comédie de Mont de Marsan :

De tous sainctz, oraisons
J’ay pour toutes saisons,
Pour garder et guerir
De tous dangiers et maulx34.

L’énigmatique réponse de La Chambriere n’aide donc pas notre pauvre malade : « Ung seul vous en peult bien desfendre, / Qui est digne que l’on le loue » (v. 63-64). Mais le public initié décode aussitôt : « ung seul » est l’un des avatars pronominaux (avec luy / vous seul) du nom divin Dieu seul de la « langue du village évangélique » créée par les novateurs pour faire jaillir la vérité en termes clairs et accessibles aux fidèles non éduqués35. Le mot seul valorise la relation exclusive au Père et à son Fils seul médiateur, par une foi intériorisée qui s’affranchit de pratiques rituelles réputées entraver l’élévation spirituelle. Quand La Femme avait bougonné, parlant du Medecin à son époux, « Puisqu’en luy seul vous voullez croire » (v. 42), la connivence avec le public s’était déjà enclenchée : la formule résonne aux oreilles évangéliques comme une profession de foi en Christ. Mais Le Mallade, se fiant donc au seul Medecin, ne perçoit pas le référent implicite du propos de sa servante. Il s’ensuit un jeu en chaîne sur les noms divins – l’énigme est fort prisée et le quiproquo doit durer. C’est d’abord sa question sur l’identité de « celui qui peut ôter, / Comme vous dites, tous mes maux » (v. 65-66). Il adopte, malgré lui, le patron biblique de la relative périphrastique, que reprendra plus loin La Chambriere (« Celluy qui jamais ne ment », v. 34836). En attendant, elle répond sur le même ton :

C’est ung, si le pouvez gouster,
Qui feroit valloir voz travaulx,
Et jamais plus n’yriez aux faulx
Medecins, vous y confiant (v. 67-70).

Pour les évangéliques, aucun doute ! Le seul qui donne du prix aux souffrances en vue du salut, c’est le Christ. Le Mallade, qui décidément n’entend rien au discours de sa servante, la presse de questions : « Qui est ce sainct ? qui peult-il estre ? / Je vous prie, nommez le moy. » (v. 73-74)

Seule cette curiosité insistante donne à l’humble femme l’audace d’entamer une ferme harangue à voix feutrée (v. 75-114). Et encore n’ose-t-elle la vérité dire qu’en la voilant à nouveau de périphrases : « C’est le sainct des sainctz, le grant maistre / Qui sanctifie pappe et roy. » (v. 75-76) Le génitif hébraïque, autre forme de dénomination de Dieu dans la Bible37, apparaît sous l’occurrence « sainct des sainctz38 » qui participe du jeu homophonique structurant saint / sain / sein39. Le référent des deux périphrases est nommé dès le vers suivant :

C’est Dieu, lequel fermement croy
Que tous voz maulx vous oustera
Quant par une asseurée foy,
Vostre cueur là s’arrestera (v. 77-80).

Le discours de La Chambriere se fait mimétique des sermons des prédicateurs dévoilant la « vive et asseurée cognoissance par foy40 ». L’énigme levée, le message est clair : substituer à tous les saints le seul et premier d’entre eux est la voie de la guérison. Pour jouir d’un corps « sain » (v. 86), il faut tendre vers la sainteté d’une âme « claire, belle et seine » (v. 111). Sain et saint, homophones récurrents dans la pièce, figurent à la rime dans Le Miroir de l’âme pécheresse :

Car mieulx ne poeut un¢ am¢ estre punie,
Que d’esloingner la saincte compaignie
Des fideles, vertueux, bons, et sainctz.
Un malade poeut bien gaster les sains41.

Mais alors que ce poème récusait frontalement le pouvoir de médiation et de guérison que prêtent aux saints l’Église et la tradition populaire (« Car il n’y a homme, ny sainct, ny ange, / Par qui le cueur jamais d’ung pecheur change42 »), l’autrice préfère dans notre pièce un discours à voix feutrée pour substituer « ung seul » à « tous ». Marguerite connaît bien les thèmes qui font bondir la Sorbonne : cette dernière a censuré comme blasphématoire et hérétique plus d’un sermon de Lefèvre (« grace et benediction ne nous est point donnée par sainct ne saincte, ne mesme par l’observation de la loy, mais par la seule foy et fiance que on a à Jesuchrist43 ») et saisit Le Miroir en août 1533.

Toutefois, la prudence de La Chambriere ne tempère pas sa véhémence (« m’entendez-vous ? », v. 84), nécessaire ingrédient dramaturgique autant qu’appel à la transformation intérieure. La guérison n’est en rien un dû : si Dieu ne l’octroie pas, il convient, dit la servante de s’offrir « A souffrir pour luy » (v. 96). Dans le Dialogue en forme de vision nocturne, de structure parallèle à notre pièce (une situation initiale de souffrance, l’intervention salvatrice d’un personnage féminin, un éveil spirituel), un autre personnage de « prescheresse », la jeune défunte Charlotte de France, avait énoncé cette affirmation paradoxale, familière aux évangéliques :

Prenés plaisir à souffrir, je vous prie,
[…]
Quant pour l’amour de Dieu souffrirés tout,
Lors aurés vous de Foy experience.44

Le couronnement de cette expérience intérieure est le contentement spirituel – la dramaturge l’a éprouvé plusieurs fois45. Le cœur du Mallade s’ouvre, et le mal le quitte :

En bonne foy je congnois bien
Que de Dieu vient toute santé.
Mon cueur s’est si fort contanté
De vous oyr de luy parler,
Que le mal qui m’a tourmenté
J’ay senty tout soubdain aller. (v. 115-120)

Cependant, quoi qu’il en dise, Le Mallade n’est pas encore « du ranc des contans » (v. 246, La Chambriere). Le mieux-être s’installe moins à ce stade par la ferme foi du cœur que par la connaissance (« je congnois ») qu’a délivrée la parole vive. En évoquant l’action salutaire de l’écoute de l’Évangile46, Marguerite interroge aussi la nature de la foi : la « bonne foy » du Mallade ne serait-elle pas cette foi morte, dite aussi historique, simple connaissance des faits bibliques sans adhésion du cœur, distinguée de la foi vive par les évangéliques47 ? Son attitude à l’arrivée du médecin le confirme : la perspective de la saignée restaure aussitôt le mal qui avait « fu[i] par pascience » (cf. v. 235-238). Il faudra attendre l’étape suivante de la conversion pour que Le Mallade déclare au Medecin : « tous mes maulx s’en sont allez / Seullement pour fermement croire » (v. 317-318).

La Chambriere n’a alors d’autre ressource que de poursuivre sa prédication (seconde tirade, v. 239-278), dont l’implicite renvoie par emphasis48 aux traités contemporains : « Tous faulx remeddes delaissez / Pour au seur et vray vous tenir. » (v. 241-242) Le « seur et vray » réfère au « seul mediateur tresseur […] Jesus Christ49 », à « la vraye verité, qui est Jesuchrist50 » et à sa Parole. Après avoir répété l’épithète seule, fil rouge du propos de la servante (« Dieu est vostre seulle vye », v. 248), Marguerite donne un indice probant de la parenté de sa pièce avec Le Miroir de l’âme pécheresse51. Elle réunit deux idées forces de ce poème, la vilité de l’âme et le motif de l’unio mystica ou fusion en Dieu, qu’elle soude dans le discours de La Chambriere par les mêmes rimes en même ordre, riens / fiens (analogie néant humain / fumier), et biens :

Pour ce que l’âme humiliée
En congnoissance de son riens,
Estant de son corps deslyée,
Qu’elle estime moings que fiens,
Soudain remplye de tous biens
Sera, et reunye en Dieu (Le Mallade, v. 263-268)

Parquoy il fault, que mon orgueil r’abbaisse,
Et qu’humblement en pleurant je confesse,
Que, quant à moy, je suis trop moins que riens :
Avant la vie boue, et apres fiens
[…]
Puis qu’en luy suis inseré¢ et entée.
Son honneur seul honnore tous les siens,
Et sa richess¢ emplit chascun de biens. (Le Miroir, v. 43-46 et 1250-1252)

L’humble prédicante prédit alors que l’abolition du « mal qui vient de peché » par l’amour, « feu de charité »52, sera le signe incontestable de l’élection parmi les saints : « À l’heure sçaurez si je ments, / Car sainct serez en verité. » (v. 277-278)

Si les docteurs « disent folles parolles / Font mal les femmes de doubter ? » (v. 357-358)

Le cycle de la prédication de La Chambriere se clôt par le retour au terme initial de verité, et fait la preuve de son efficace. Le Mallade se met à professer cette vérité dans la langue du village évangélique (v. 279-282) :

O Dieu, qui pour verité dire
Votre filz nous avez transmis,
Heureulx est qui seul vous desire
Et en vous seul son cueur a mis ! (v. 283-286)

Ayant récusé avec force les traitements médicaux violents à l’image des pratiques imposées par le clergé qui brandit la menace du feu infernal, il répond avec esprit au Medecin dérouté qui l’interroge (« N’avez-vous plus de passion ? », v. 298) : « Non, mais de consolation / J’en ai assez pour vous en vendre. » (v. 299-300) La dramaturge joue ici sur deux tableaux. D’un côté, par la mise en scène de la cupidité du Medecin, qui vient d’empocher « les ducatz » (v. 289) avant de conclure : « Santé avez, que pretendez, / Et moi j’en emporte l’argent » (v. 413-414), elle dénonce implicitement la simonie53, et la scène restaure la complicité entre les deux époux (v. 415-420). De l’autre, par la finesse du Mallade, elle souligne que la « consolation54 », fruit de l’union parfaite au Christ, se multiplie dans le partage. Ce sera le mot de la fin de la pièce. Guéri, Le Mallade souhaite « à tous chrestiens », c’est-à-dire au public, la foi ferme en Dieu seul qui l’anime désormais :

Mais puisque, sans ung seul moyen55,
Dieu m’a mis hors de tout danger,
À luy seul, où gist tout mon bien,
Doresnavant me veulx renger
Sans jamais ce propoz changer,
En priant à tous chrestiens
En Celluy, d’où ne veux bouger,
Tenir telle foy que je tiens. (v. 431-438)

Au terme de la pièce, le public décèle rétrospectivement les jalons de la connivence instaurée par la dramaturge. La première réplique du Mallade (« J’ay le goust amer, le cueur fadde », v. 3) annonce la perversion du cœur, organe moteur de la guérison spirituelle (opposé à la raison), mais aussi du goût, l’un des cinq sens spirituels selon la doctrine d’Origène56, mentionné par La Chambriere à la faveur du quiproquo initial57. L’annonce de La Femme allant chercher Le Medecin (« je le voys querre, / Puisqu’en luy seul vous voullez croire », v. 41-42) résonne quant à elle comme l’anticipation de la profession de foi finale : le référent de luy seul a glissé du docteur vers Dieu dans la trajectoire spirituelle de son mari. Rabrouée par les représentants du sexe masculin réputés savoir, La Femme est, comme La Chambriere, une ignorante. Sa simplicité même la prédispose à prédire malgré elle que la foi en Dieu seul prévaut sur l’aveuglement face aux docteurs (« Tousjours à eulx voullez courir58 ») – et le vœu que son mari se détourne du médecin, plaisamment soutenu par l’invocation d’un saint, sera exaucé : « Si vouldroys je bien, par Sainct Pierre, / Qu’il fust hors de votre mémoire » (v. 41-44).

Le signe le plus subtil de connivence intervient à la fin de la pièce, après le dialogue entre les deux femmes qui manifeste l’acceptation par l’épouse de la guérison suscitée par la servante (v. 339-348). Même si elle n’en saisit pas l’origine, confondant l’« enseignement » divin que La Chambriere dit avoir délivré (v. 341) avec la mise en œuvre mécanique de rituels (« dire une patenostre » ou « faire chanter des messes », v. 343-344), la grâce 59semble inspirer La Femme quand elle demande au Medecin avec une apparente naïveté : « Peult ung homme par seulle foy / Guarir sans prandre medecines ? » (v. 371-372) La réponse du docteur, qui concède l’existence de guérisons miraculeuses « du temps de Jesuchrist » mais glorifie surtout la « science en maint livre » (v. 375 et 387), est une nouvelle pique satirique contre les théologiens dont la lettre tue l’esprit. Mais la question de La Femme, tout en synthétisant l’enseignement pour les néophytes, s’entend aussi à plus haut sens. L’expression « par seulle foy » recèle une forte polémicité théologique. Elle convoque par emphasis un débat brûlant entre réformés et évangéliques60. Si tous s’entendent sur la justification par la foi (Romains 1, 17), ils s’affrontent sur la manière de la désigner : les premiers insistent sur le salut par la foi sans médiation des œuvres (sola fide) ; pour les seconds, la foi qui sauve rayonne évidemment par des actes d’amour : « la foi vive œuvre par charité61 », énoncé emblématique censuré par la Sorbonne en 1525. Depuis lors, le syntagme vive foi, largement promu par Marguerite, connote l’hérésie potentielle : il est remarquable qu’il soit absent du Mallade. Dans ce contexte de bataille terminologique, le propos de La Femme prend un tour que seuls décèlent les initiés – et leurs détracteurs, les docteurs de Sorbonne. Invitant à « lire entre les mots62 », cette question paraît exprimer les doutes de la dramaturge sur l’interprétation restrictive des réformés, qui creuse l’écart avec une communauté évangélique non schismatique.

***

Le mot seul, qui instaure un clivage théologique menant tout droit à la fracture confessionnelle, est donc le ferment de la révélation de la vérité au cœur de la pièce, avec douze occurrences (dont quatre adverbiales)63. Nœud de l’enseignement de La Chambriere, par l’exclusion des remèdes des « faulx Medecins » et de l’intercession des « sainctz », ce terme appelé à devenir un marqueur linguistique réformé constitue la clé interprétative du Mallade. La pièce promeut la foi en Dieu seul grâce à l’éloquence, bien différenciée, des deux personnages féminins : la dramaturge érige plaisamment La Femme en prophétesse involontaire aux côtés d’une servante « prescheresse64 ». Au-delà du dévoilement risqué d’une position hétérodoxe, l’expression « Si je osoys la verité dire » laisse sourdre une apparence de respect par l’autrice de la place assignée à La Chambriere dans un cadre triplement contraint par son sexe, sa position sociale, son ignorance. Toutefois, dans le même temps, elle valorise une autorité spirituelle féminine naissante, mais effective, en ce début de xvie siècle65 : celle de ses pareilles sans « science ne sçavoir66 » (en théologie avant tout), selon les termes de sa propre adresse « au Lecteur » du Miroir de l’âme pécheresse en décembre 1533.

Marguerite avait déjà mis en scène l’efficace de la parole féminine, medium de la grâce, sous la même forme dialogique dans le Dialogue en forme de vision nocturne. Mais les deux œuvres se distinguent par un élément majeur : leur longueur. Le processus d’édification (plus de mille deux cents vers dans le Dialogue) occupe à peine plus de cent trente-cinq vers dans Le Mallade. Marguerite, souvent si prolixe (y compris dans les pièces postérieures), atteint ici une densité qui renforce l’impact propagandiste de l’appel à « l’edification / De son prouchain, à sa salvation67 ». L’adoption inédite de la forme théâtrale pour oser la vérité dire et cette concision exemplaire sont à mettre en lien avec l’urgence spirituelle née de la crise politico-religieuse du début de la décennie 1530, particulièrement vive en 1533 – mille cinq cents ans après la mort du Christ68. Pour aider « tous chrestiens » (v. 456) à faire le départ entre « les faulx prophetes et prescheurs hypocrites, et les vrays et evangelicques69 », les vers aisément mémorisables et le jeu des personnages offrent d’autres armes que les traités catéchétiques en prose des prédicateurs. Fustigé comme « gentil jargonnement » et « parolles d’enchanteurs » (v. 350-351). par Le Medecin, le discours de La Chambriere déploie une brillante « rhétorique d’édification » à l’instar des moralités « de combat70 » du début du xvie siècle. Le rire du public, qui amplifie celui de la servante71, soude la communauté et pousse chaque membre à devenir à son tour héraut de la vérité. Dans un royaume perturbé où continuent de flamber les bûchers72, l’audace mesurée de La Chambriere frottée de connivence évangélique représente un modèle spirituel qui, s’il profite à chacun, s’adresse avec une pertinence toute particulière au personnel féminin de l’entourage de Marguerite – suivantes comme dames de haute naissance.

Notes

1 Déclamation réalisée par les étudiantes de mon séminaire de littérature du xvie siècle (Lyon 3), en prononciation restituée avec le concours d’Olivier Bettens, le 15 novembre 2023 à Lyon, lors du colloque-festival international Théâtre de femmes du xvie au xviiie siècle : archive, édition, dramaturgie, organisé par Isabelle Garnier, Edwige Keller-Rahbé, Emily Lombardero, Justine Mangeant, Isabelle Moreau et Michèle Rosellini. Retour au texte

2 Manuscrit BnF, ms. Français 12485, fos 80-88 [en ligne sur Gallica]. Sur la farce, voir Nicolas Le Cadet, « Huit idées reçues sur la farce française des xve-xvie siècles », RHR, no 93, 2021/2, p. 7-29, DOI 10.3917/rhren.093.0007. Retour au texte

3 Voir Olivier Millet, « Staging the Spiritual : the biblical and non-biblical plays », dans Gary Ferguson et Mary B. McKinley (dir.), A Companion to Marguerite de Navarre, Leiden, Brill, 2013, p. 281-321, ici p. 287, DOI 10.1163/9789004250505_010. Pour une proposition de datation plus précise, voir mon article « La prescheresse face au(x) docteur(s) : Le Mallade de Marguerite de Navarre et l’affaire du Miroir de l’âme pécheresse (1533) », dans Nina Hugot et al. (dir.), Actualités du théâtre français de la Renaissance, actes du colloque international de l’université de Lorraine, 4-6 décembre 2024, Genève, Droz, à paraître. Retour au texte

4 Voir O. Millet, « Staging the Spiritual », art. cité, p. 284. La mention d’une possible représentation est en revanche disponible pour d’autres pièces (Comédie des quatre femmes, Comédie de Mont-de-Marsan). La représentation du Mallade le 15 novembre 2023 à Lyon en prononciation restituée, commandée par le colloque-festival Théâtre de femmes du xvie au xviiie siècle à la compagnie Oghma, pourrait être la première depuis le xvie siècle. Après une lecture sur les ondes en 1964 (conservée aux archives radiophoniques de l’INA), Le Malade avait été lu en 2007 à Paris lors de la Journée de la performance à New York Université par la compagnie TAL-Jean-Louis Bihoreau, sous la direction d’Aurore Évain. Retour au texte

5 Marguerite de Navarre, Œuvres complètes, t. IV : Théâtre (désormais OC suivi du numéro de tome), éd. Geneviève Hasenohr et Olivier Millet, Paris, Champion, 2002, p. 11 ; édition en ligne Classique Garnier : DOI restreint 10.15122/isbn.978-2-37312-742-3 ; texte du Mallade, p. 243-259, DOI restreint 10.15122/isbn.978-2-8124-5729-6.p.0226. Les citations empruntent à cette édition et tout soulignement est mien. L’anthologie Théâtre de femmes de l’Ancien Régime, t. I : xvie siècle, Aurore Évain, Perry Gethner et Henriette Goldwyn (dir.), éd. Nancy Kay Erickson, Catherine Masson et Éliane Viennot, Saint-Étienne, PUSE, « La cité des dames », 2006 (rééd. Paris, Classiques Garnier, 2014, p. 73-94, DOI restreint 10.15122/isbn.978-2-8124-2053-5.p.0073) donne le texte en orthographe modernisée. Retour au texte

6 Citons, au-delà du théâtre, Jehan Du Bois, « La trente-cinquième nouvelle » dans Nicolas de Troyes, Le Grand Parangon des nouvelles nouvelles, composé par Nicolas de Troyes et publié d’après le manuscrit original par Émile Mabille, Paris, Librairie A. Franck, 1869, p. 141-148 ; voir aussi l’édition de Krystyna Kasprzyk, Nicolas de Troyes, Le Grand Parangon des nouvelles nouvelles (choix), Paris, Marcel Didier, « Société des textes français modernes (STFM) », 1970. Retour au texte

7 « Le Mallade. Farce », OC IV, p. 246, v. 80 (six occurrences en tout). Retour au texte

8 Voir Jean-Claude Larchet, Théologie de la maladie, Paris, Cerf, 1994, p. 24. Cf. Le Mallade, OC IV, v. 273. Retour au texte

9 « Le Mallade. Introduction », OC IV, p. 235. Retour au texte

10 Guillaume Briçonnet [évêque de Meaux] et Marguerite d’Angoulême, Correspondance (1521-1524), 2 vol., éd. Christine Martineau et Michel Veissière avec Henri Heller, Genève, Droz, « Travaux d’humanisme et renaissance », 1975-1979, t. I : 1521-1522, p. 71. Retour au texte

11 Ibid., p. 72. Retour au texte

12 Comédie jouée au Mont de Marsan le jour de Caresme Prenant mil cinq cens quarente sept, OC IV, p. 473, v. 555-557. Cette pièce présente un parallélisme de structure avec Le Mallade (intervention d’une conseillère, processus de conversion, lecture de la Bible considérée comme remède au péché, etc.). La maladie est exploitée par le théâtre polémique réformé pour dénoncer les abus de l’Église : voir la Moralité de la maladie de Chrestienté, à XIII personnages en laquelle sont montrez plusieurs abuz advenuz au monde par la poison de peché et l’hypocrisie des hereticques, Neuchâtel, Pierre de Vingle, 1533 (« La maladie de chrétienté », dans Recueil général de moralités d’expression française, t. XIII, éd. Jonathan Beck, Paris, Classiques Garnier, 2023, p. 49-141, DOI restreints 10.48611/isbn.978-2-406-13200-4.p.0049 et 10.48611/isbn.978-2-406-13200-4.p.0051). Retour au texte

13 Les noms des personnages sont cités dans la graphie de l’édition de référence. Retour au texte

14 Voir Colette H. Winn, « Témoignage de l’actualité médicale du temps : Le Mallade de Marguerite de Navare (c. 1535) », Renaissance and Reformation / Renaissance et Réforme, no 4, vol. 26 [ancienne numérotation : vol. 38] : Quêtes spirituelles et actualités contemporaines dans le théâtre de Marguerite de Navarre, 2002, p. 91-110, DOI 10.33137/rr.v38i4.8840 ; Olga Anna Duhl, « La farce comme véhicule de la pensée religieuse de Marguerite de Navarre. Le cas du Mallade », RHR, 2021/2, no 93 : La farce au xvie siècle, p. 79-97, DOI 10.3917/rhren.093.0079. Retour au texte

15 Le Medecin : 141,5 vers en 24 répliques ; Le Mallade : 101 vers en 26 répliques ; La Femme : 83,5 vers en 21 répliques. Retour au texte

16 Les interventions d’ordre théologique de La Chambriere se répartissent ainsi : v. 57-60, 63-64, 75-114 et 239-278. Elle reprend la parole pour un échange avec Le Medecin entre les v. 333 et 366. Retour au texte

17 1 Corinthiens 14, 34. Retour au texte

18 En milieu réformé, la scène de théâtre sera utilisée comme un relais de la parole du prédicateur : voir Katell Lavéant, « Une pièce de théâtre peut-elle être un prêche ? Le sermon dans une pièce protestante et sa représentation (1533-1563) », dans Marie Bouhaïk-Gironès et Marie Anne Polo de Beaulieu (dir.), Prédication et performance du xiie au xvie siècle, Paris, Classiques Garnier, 2013, p. 251-272, DOI restreint 10.15122/isbn.978-2-8124-1242-4.p.0251. Retour au texte

19 Cf. [Marie Dentière], Epistre tresutile faicte et composée par une femme Chrestienne de Tornay, Envoyée à la Royne de Navarre […], s. l., s. n., Genève, Jean Girard, 1539, a 4 ro, DOI 10.3931/e-rara-12685. Retour au texte

20 Correspondance, éd. cit., t. I, p. 32. Retour au texte

21 Voir Isabelle Garnier, L’Épithète et la connivence. Écriture concertée chez les évangéliques français (1523-1534), Genève, Droz, « Travaux d’humanisme et Renaissance », 2005 (désormais L’Épithète et la connivence). Retour au texte

22 Lefèvre d’Étaples et ses disciples, Epistres et Evangiles des cinquante et deux dimenches de l’an, éd. Guy Bedouelle et Franco Giacone, Leiden, Brill, 1976, p. 109 (désormais Epistres et Evangiles). Retour au texte

23 Voir supra n. 4. Retour au texte

24 Voir Ariane Bayle, Mathilde Bombart, Isabelle Garnier, « La connivence, une notion opératoire pour l’analyse littéraire », Cahiers du GADGES, no 13 : L’Âge de la connivence : lire entre les mots à l’époque moderne, A. Bayle, M. Bombart et I. Garnier (dir.), 2015, p. 5-36, DOI 10.3406/gadge.2015.987. Retour au texte

25 Voir v. 21-35 ; « proculeuse » est une variante plaisante de procureuse, signe implicite de la simplicité de l’épouse peu avertie. Retour au texte

26 V. 75-114 puis v. 239-278. À l’exception de ce discours, de l’avant-dernière réplique du Medecin (32 vers) et de la dernière du Mallade (20 vers), la pièce se caractérise par la relative brièveté des répliques. Retour au texte

27 Lefèvre d’Étaples, « Epistre exhortatoire », dans Les choses contenues en ce present livre. La S. Evangile selon S. Matthieu, Marc, Luc, Jehan, Paris, Simon de Colines, 1523, aii ro. Retour au texte

28 La Verité cachee, devant cent ans faicte et composee à six personnages, nouvellement corrigee et augmentee avec les autoritez de la saincte escripture, Neuchâtel, Pierre de Vingle, 1533 (« La moralité de La Vérité cachée », dans Recueil général de moralités, t. XIII, éd. cit., p. 193, v. 923). Retour au texte

29 Marguerite de Navarre, OC II, vol. 1, Dialogue en forme de vision nocturne ou le Dialogue de madame Charlote, éd. Isabelle Garnier, Paris, Champion, 2024, p. 177, v. 928 et 927. Retour au texte

30 Ibid., v. 928-929. Retour au texte

31 Citons Louis de Berquin, tiré deux fois du bûcher par Marguerite et brûlé comme luthérien récidiviste en 1529. Retour au texte

32 La Verité cachee, éd. cit., p. 171, v. 429-431. Retour au texte

33 Voir « Notes », OC IV, n. 3, p. 566. Retour au texte

34 « Comédie jouée au Mont de Marsan le jour de Caresme prenant mil cinq cens quarente sept. A quattre personnages, c’est assavoir », OC IV, v. 63-66, p. 455. Voir la plaisante liste de saints « guerisseur[s] » (v. 1033) soignant « fievres » (v. 1023 ; cf. Le Mallade, OC IV, v. 305) et autres maux dans La Verité cachee (éd. cit., p. 196-197). Retour au texte

35 Voir L’Épithète et la connivence, passim. De la guérison de François Ier emprisonné à Madrid, Marguerite avait affirmé : « Pas n’en donna aux medecins l’honneur, / Mais au Dieu seul de sa vie donneur », « Épître 10 » (1542), dans OC VIII, Chrétiens et mondains, poèmes épars, éd. Richard Cooper, 2007, p. 158, v. 69-76. Retour au texte

36 Cf. « Celui qui est », Exode 3, 14. Marguerite décline ce patron à l’infini ; voir Isabelle Garnier et Jean Vignes, « Nommer Dieu dans la poésie du xvie siècle : héritage biblique et innovation », dans Véronique Ferrer et Jean-René Valette (dir.), Écrire la Bible en français au Moyen Âge et à la Renaissance, Genève, Droz, 2017, p. 399-449 (en particulier les exemples de la p. 442 comme « Celuy seul qui a force puissante », v. 22 du Dialogue). Retour au texte

37 Psaumes 136, 3 : « Seigneur des seigneurs » ; Daniel 2, 37 : « Roi des rois » ; 1 Timothée 6, 15-16 : « Roi des rois et Seigneurs des seigneurs ». Retour au texte

38 Romains 1, 7 ; 1 Co 1, 2 ; 1 P 1,15. Cf. Comédie du Désert, OC IV, p. 206, v. 758. Retour au texte

39 Voir infra et « rendre sain » et mettre « en son sain [ = sein] », v. 86 et 88 ; cf. aussi v. 244 et 366. Retour au texte

40 Epistres et Evangiles, p. 279. Cf. Prologue de Marguerite « au Lecteur » du Miroir, OC II, vol. 2 (éd. I. Garnier, Paris, Champion, à paraître), v. 16. Retour au texte

41 Ibid., v. 545-548 (mise en garde contre le risque de contamination spirituelle). Retour au texte

42 Ibid., v. 137-138. Retour au texte

43 Epistres et Evangiles, p. 297. Retour au texte

44 Dialogue, OC II, 1, p. 146 et 189, v. 265 et 1211-1212. Retour au texte

45 Après la mort de Charlotte de France, Marguerite écrit à Briçonnet : « je congnois que en la douleur est le contentement », Correspondance, éd. cit., t. II, p. 291. Retour au texte

46 Cf. Romains 10, 17 (Fides ex auditu). Retour au texte

47 Voir L’Épithète et la connivence, p. 174-180, et infra. Retour au texte

48 Ibid., p. 298-320. L’emphasis « donne à entendre au-delà de ce que les seuls mots expriment » (Quintilien, Institution oratoire, VIII, 3, 87) : « Emphasis, c’est quand dessoubz aulcun dict, aultre sentence peut être entendue », Pierre Fabri, Le Grant et vray art de pleine rhetorique [1521], éd. Alexandre Héron, Espérance Cagniard, Rouen, 1889-1890 ; Genève, Slatkine Reprints, 1969, t. I, p. 193. Retour au texte

49 Almanach spirituel et perpetuel, necessaire a tout homme sensuel et temporel, [Alençon], [Simon Du Bois], vers 1530, Biii ro. Retour au texte

50 Epistres et Evangiles, p. 132. Retour au texte

51 Notons que ce poème recourt lui aussi, brièvement, à la métaphore médicale (voir OC II, 2, v. 131-134). Retour au texte

52 V. 273 et 276. Cf. « ce feu si grand, et si terrible, / Si doulx, si bon » (Le Miroir, OC II, 2, v. 1343-1344). Retour au texte

53 Cf. Dialogue, OC II, 1, p. 149, v. 325. Retour au texte

54 Ibid., p. 136, v. 47; Le Miroir, OC II, 2, v. 1285. Retour au texte

55 C’est-à-dire sans médiateur autre que le Christ. Retour au texte

56 Cf. Dialogue, OC II, 1, p. 185, v. 1117 et prologue de Marguerite « au Lecteur » du Miroir, OC II, 2, v. 26. Retour au texte

57 Voir supra, v. 67, « si le pouvez gouster ». Retour au texte

58 V. 29. Cf. « Courir aux sainctz seroit trop s’esgarer » (Dialogue, OC II, 1, p. 152, v. 399). Retour au texte

59 Voir mon article « “Parler de l’éternel, du Seigneur et de Christ” : marqueurs linguistiques de l’identité réformée dans la littérature française du xvie siècle », dans Olivier Christin et Yves Krumenacker (dir.), Les Protestants à l’époque moderne. Une approche anthropologique, Presses universitaires de Rennes, 2017, p. 381-396, [en ligne]. Retour au texte

60 Voir L’Épithète et la connivence, p. 180-185. Retour au texte

61 Epistres et Evangiles, p. 113. Retour au texte

62 Voir supra n. 24. Retour au texte

63 Voir Isabelle Garnier, « De la connivence évangélique au slogan théologique : Seul, seulle, seulement dans Les Tragiques », Albineana, Cahiers d’Aubigné, no 20, 2008, p. 37-58, DOI 10.3406/albin.2008.1107. Retour au texte

64 Voir supra n. 19. Retour au texte

65 Voir Michèle Clément, Isabelle Garnier et Dariusz Krawczyk (dir.), L’Autorité de la parole spirituelle féminine en français au xvie siècle, Leiden, Brill, 2022. Retour au texte

66 Le Miroir, OC II, 2, v. 4-5. Retour au texte

67 Ibid., v. 1365-1366. Retour au texte

68 Pour la chronologie événementielle (soupçon d’hérésie du Miroir de l’âme pécheresse, représentation par les étudiants en théologie d’une pièce satirique ciblant la reine, etc.), voir mon article cité n. 3, « La prescheresse face au(x) docteur(s)… ». Retour au texte

69 Epistres et Evangiles, p. 279. Retour au texte

70 Jonathan Beck, « La mise en scène de l’évangélisme militant (et clandestin) vers 1533-1535. Les moralités de La Maladie de chrétienté et de La Vérité cachée publiées par Pierre de Vingle à Neuchâtel », Littératures, no 24-2 : Les imprimés réformés de Pierre de Vingle (Neuchatel, 1533-1535), 2007, p. 184 et 191, [en ligne]. Le tableau des moralités (p. 213-218) inclut L’Inquisiteur mais non Le Mallade. Retour au texte

71 Didascalie après le v. 326. Retour au texte

72 L’imprimeur parisien du Miroir de l’âme pécheresse, Antoine Augereau, est brûlé à Noël 1534. Retour au texte

Citer cet article

Référence électronique

Isabelle Garnier, « « Si j’osais la vérité dire » : prédication féminine et connivence évangélique dans la farce Le Mallade de Marguerite de Navarre (1533 ?) », Pratiques et formes littéraires [En ligne], 22 | 2025, mis en ligne le 24 février 2026, consulté le 02 mars 2026. URL : https://publications-prairial.fr/pratiques-et-formes-litteraires/index.php?id=889

Auteur·rice

Isabelle Garnier

Université Jean Moulin Lyon 3 – IHRIM UMR 5317

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