SIGB vs « cloud computing »

DOI : 10.35562/arabesques.1282

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éditorial

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Le projet de système mutualisé de gestion de bibliothèques suscite de nombreuses interrogations de votre part. Rappelons-en d’abord la genèse : ce n’est pas l’Agence mais les représentants des établissements au Conseil d’administration qui en ont émis l’idée, reprise ensuite par le Conseil scientifique. Un consensus s’est immédiatement établi pour que l’ABES joue un rôle dans la mutualisation d’une offre de SIGB aux établissements qui le souhaiteraient. L’idée n’est en réalité pas si nouvelle : la Suisse romande et plusieurs réseaux régionaux allemands se sont organisés sur ce modèle. En France, les collègues ayant connu l’aventure du Sudoc se rappelleront qu’elle avait été discutée lors de la rédaction du cahier des charges puis abandonnée, avec pour résultat un paysage des SIGB très éclaté : les échanges entre le Sudoc et les systèmes locaux fonctionnent avec 15 logiciels de SIGB différents fournis par 11 sociétés !

Pourquoi l’idée ressort-elle aujourd’hui ? C’est que les SIGB, s’ils jouaient il y a 15 ans un rôle pivot dans la structuration documentaire des sites, sont devenus moins stratégiques. Les mentalités ont aussi évolué : pourquoi rédiger chacun de son côté des cahiers des charges largement semblables et négocier en ordre dispersé face à un marché qui s’est considérablement concentré ? Ajoutons-y certains SIGB en fin de vie qui forcent à presser le pas.

Il s’agissait donc au départ d’un projet classique visant à faire des économies pour acheter ensemble un SIGB traditionnel, l’ABES en assurant le portage administratif sur le modèle des groupements de commande de documentation électronique. Entre-temps, les systèmes hébergés de nouvelle génération sont arrivés sur le marché et ont commencé à proposer une alternative crédible aux SIGB traditionnels. Cette perspective a donné une ampleur bien plus vaste au projet par son impact sur l’organisation du signalement au niveau local comme au niveau national. C’est cette nouvelle dimension qui a suscité un aussi grand intérêt de nos collègues, comme en témoigne le succès du séminaire organisé par l’ABES en mai 2011, succès qui nous a contraints à fermer les inscriptions au bout de deux heures. Cet intérêt déborde le cercle des établissements documentaires de l’enseignement supérieur par son impact potentiel sur le modèle d’organisation et de diffusion de l’information bibliographique en France.

Quels sont les enjeux ? Rien moins que de substituer une base globale, partagée par des établissements dans toute l’Europe et au-delà, à une base nationale telle que nous la connaissons. C’est le concept de l’informatique en nuage (« cloud computing »). Un scénario maximaliste consisterait pour l’ABES, au moins à moyen ou long terme, à utiliser un de ces systèmes pour ses propres besoins en remplacement, partiel ou total, du Sudoc. Une dynamique s’est enclenchée avec la constitution d’un groupe de travail piloté par le PRES de Toulouse qui a largement défriché le sujet et identifié les enjeux stratégiques posés par ces nouveaux systèmes. Réflexion enrichie par les travaux d’un groupe d’élèves conservateurs de l’ENSSIB sur les scénarios d’articulation des solutions de nouvelle génération avec le Sudoc.

L’ABES prend aujourd’hui le relais en recrutant un chargé de mission qui évaluera les impacts techniques, financiers et juridiques du choix d’un système de nouvelle génération sur l’existant, à la fois au sein des établissements et de l’ABES. Il évaluera aussi les impacts d’un tel système sur l’organisation actuelle des workflows du Sudoc et sa compatibilité avec les outils qu’a développés l’ABES, notamment les API. Il est en effet capital que l’Agence puisse poursuivre sa stratégie de développement de services reposant sur des standards ouverts, interconnectables avec les systèmes locaux sans se retrouver prisonnière de formats propriétaires.

Ce projet traverse toute l’ABES : il ne concerne pas seulement le Sudoc mais croise le travail en cours sur le signalement des ressources électroniques courantes tel qu’il est prévu dans ISTEX ainsi que le projet de hub de métadonnées. Nous sommes face à des choix aux enjeux très lourds : comment bénéficier des avancées permises par l’informatique en nuage sans nous retrouver prisonniers de solutions dans lesquelles nous ne maîtriserions plus rien ? L’ABES est véritablement à la croisée des chemins.

References

Bibliographical reference

Raymond Bérard, « SIGB vs « cloud computing » », Arabesques, 66 | 2012, 3.

Electronic reference

Raymond Bérard, « SIGB vs « cloud computing » », Arabesques [Online], 66 | 2012, Online since 21 janvier 2020, connection on 30 novembre 2021. URL : https://publications-prairial.fr/arabesques/index.php?id=1282

Author

Raymond Bérard

Directeur de l’ABES

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