La bataille de Google Books

DOI : 10.35562/arabesques.2126

p. 3

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éditorial

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Au plus fort de cet été 2009 écrasé de chaleur, la question de Google Books a secoué la torpeur ambiante avec l’annonce fracassante par la presse que la BNF était en discussion avec Google pour la numérisation de ses collections. J’étais en Italie à l’époque, à un précongrès de l’IFLA : nombre de collègues de toutes nationalités, incrédules, ont interpellé les bibliothécaires français présents, sur cet apparent et spectaculaire revirement français.

La question mériterait d’échapper aux débats idéologiques réducteurs pour être étudiée sereinement. C’est ce qu’a permis une des plus passionnantes sessions du congrès de l’IFLA à Milan, consacrée à « l’accord Google Books : faut-il l’aimer ou bien partir en courant ?1 » . Un juriste (Jonathan Band, Polic-bandwidth) l’a décortiqué patiemment, systématiquement, objectivement. Il a été suivi par les points de vue d’un éditeur (Herman Spruijt, Association internationale des éditeurs), d’un représentant de Google (Jon Orwant) et d’un bibliothécaire (James G. Neal, Université Columbia) pour finir par un exposé sur la solution apportée par nos collègues hollandais à la question des œuvres orphelines (William Mossink, Fondation Surf).

De quoi comprendre que la question est complexe, difficile à appréhender dans le contexte très mouvant de l’évolution du marché du livre électronique et ne se réduit pas à un simple affrontement idéologique.

Nos collègues anglo-saxons et d’Europe du nord sont plutôt favorables à Google comme en témoigne la position de Liber qui demande des aménagements tout en étant d’accord sur le principe du partenariat public-privé. Un collègue britannique me vantait il y a peu les mérites de ce partenariat et jugeait que la position de l’interassociation française, réclamant un financement public pour une numérisation massive, était tout autant porteuse d’un monopole, public celui-ci.

Au-delà de ces débats idéologiques, un chercheur américain s’est récemment penché sur le service Google Books et ses performances. Dans « The Chronicle Review for Higher Education » du 31 août 2009, Geoffrey Nunberg titre ainsi son article : Google Book Search : un désastre pour les chercheurs. Linguiste, Geoffrey Nunberg enseigne à la School of Information de l’Université de Californie, Berkeley. Il cite les innombrables erreurs dues à la pauvreté des métadonnées de Google, certaines hilarantes : ainsi du livre « The Mosaic navigator : the essential guide to the Internet interface », que Google date de 1939 et attribue à… Sigmund Freud et Katherine Jones.

D’après Nunberg, Google pourrait vouloir acquérir les notices de catalogues de bibliothèques pour indexer les livres qu’il numérise. Nunberg estime que l’utilisation de Google Books pour la recherche universitaire suppose que Google s’appuie sur les catalogues de la Bibliothèque du Congrès et d’OCLC et les intègre à son moteur de recherche afin que les chercheurs puissent enfin obtenir des résultats fiables. C’est une excellente démonstration de l’importance de métadonnées de qualité, comme les bibliothèques savent les produire depuis toujours, mais qui supposerait que les bibliothécaires acceptent de mettre à la disposition de Google – contre paiement bien sûr – des notices produites par des établissements publics. Ce qui ne manquerait sans doute pas de susciter un autre débat idéologique…

1 Allusion au célèbre slogan que l’on voyait encore fleurir dans les petites villes du Middle West dans les années 70 : « America, love it or leave »

Notes

1 Allusion au célèbre slogan que l’on voyait encore fleurir dans les petites villes du Middle West dans les années 70 : « America, love it or leave ».

References

Bibliographical reference

Raymond Bérard, « La bataille de Google Books », Arabesques, 56 | 2009, 3.

Electronic reference

Raymond Bérard, « La bataille de Google Books », Arabesques [Online], 56 | 2009, Online since 28 août 2020, connection on 05 décembre 2021. URL : https://publications-prairial.fr/arabesques/index.php?id=2126

Author

Raymond Bérard

Directeur de l’ABES

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